‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 154 sur 215 · M® DE VAUCRESSON · texte numérisé non relu

M® DE VAUCRESSON

agressif, la mine insolente, l'incroyable audace des propos qu'il tenait en tous lieux.

Dans cette affaire de Bombelles, il dut causer quelque scandale d'audience, car, après son plaidoyer, . l'avocat général de Vaucresson, se levant pour conclure contre « la demoiselle Camp », commença par c( mulcter » M*^ Linguet. « Il exhorta * les jeunes ora- « teurs à ne le point prendre pour modèle, soit dans « son art dangereux de couvrir tout de ses sarcasmes « et de travestir en satires des plaidoyers faits pour (( défendre l'innocence ou atténuer le crime; soit (( enfin dans son audace effrénée à faire des apo- « strophes indécentes au public, comme pour s'en « faire un rempart et forcer les suffrages des juges. »

Sur-le-champ, après cette harangue, il fut ordonné un délibéré qui dura trois heures, et souffrit de grands débats.

« Le public ne désemparait point et restait dans (( la Grand'Ghambre, dans la Grand'Salle et dans (( toutes les avenues du Palais. »

Et parmi ce public se tenait, anxieuse, suivant toujours Linguet « comme si elle eût été son secrétaire )), cette petite bourgeoise de Nogent-le-Rotrou, Mme Bultet, dont on a lu l'épître, et qui couvait de ses tendres regards « le Gicéron français ».

Enfin l'arrêt fut rendu. Il déboutait la demoiselle Gamp de sa demande, « ordonnait que l'enfant serait mis au couvent pour être élevé dans la religion catholique, apostolique et romaine », aux frais de M. de Bombelles; et condamnait enfin ledit Bombelles à 12000 livres de dommages et intérêts envers la de-

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