‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 157 sur 215 · QUERELLES AVEC LE PARQUET · texte numérisé non relu

QUERELLES AVEC LE PARQUET

notre Cathos de Nogent! Aussi se garde-t-elle d'insister, et la lettre s'achève en une double confidence : Mme Buttet est athée, et elle adore l'astronomie.

Et cet état d'esprit d'une bourgeoise provinciale du XVIII'' siècle, exaltée, ridicule, mais fort instruite, bourrée de philosophie et de géométrie non moins que de littérature, semble curieux à observer.

« Depuis que je ne vous ai vu, dit-elle à Linguet ce en terminant, j'ai presque toujours habité avec a M. de la Caille une de ses étoiles, et je ne sais a rien de ce qui se passe dans ce monde sublunaire. « Je l'aurais même oublié si vous ne le rapeliés sou- « vent à mon souvenir. Je veux avoir votre Mémoire. « Pour Dieu, faites-le moi passer. Si vous m'en « privés, soyez sur que dans mon premier voyage à « Paris, sans aucune pitié pour votre simplicité « champenoise je vous traînerai encore au Thuileries « entendre une Rodogune ou une Pertharite de Gor- « neille, et peut être même une pièce de M. de La « Harpe si je veux porter ma vengeance plus loin. »

Le Mémoire fut envoyé sans doute et Mme Buttet n'eut point à venir à Paris. C'est Linguet qui l'ai la trouver, et non pas de son gré, par suite d'incidents qu'il faut maintenant raconter.

Linguet n'avait pas pu répondre sur-le-champ à la verte apostrophe de l'avocat général de Vaucresson dans l'affaire de Bombelles ; mais il n'était pas homme à négliger un tel affront, et comme M. de Vergés

s'était dans quelque autre circonstance associé aux objurgations de son collègue, Linguet se trouva en brouille déclarée, et bientôt en guerre implacable avec le Parquet du Parlement Maupeou.

Heureux temps où cette guerre héroï-comique pouvait suffire à la curiosité de Paris et à la verve des chroniqueurs!

Les avocats généraux et mes confrères, écrivait plus tard Linguet, affectèrent « dès mon début dans (( les affaires de Gouy et de Bombelles, de m'insulter (( avec une licence dont il n'y avait pas eu jusqu'alors {( d'exemple au barreau. Il fallut bien répondre, et (( dès lors on m'accusa ouvertement d'avoir changé (( le ton du barreau, d'y avoir introduit l'usage des « sarcasmes, moi qui en avais été le premier objet, (( et qui n'avais employé cette ressource (si l'on veut « qu'en effet je l'aie employée) que pour me garantir « d'en devenir victime. »

Quoi qu'il en soit, les altercations devinrent quotidiennes. Linguet plaidait tous les grands procès, dans un temps où l'opinion avait pour aliment de choix cette escrime judiciaire, et il n'était point une de ces causes qui ne tournât à des piques, à des colères; qui ne fût émaillée de ces terribles mots que notre avocat envoyait de sa voix aigre et perçante, de cette voix a. flûtée pour le sarcasme », comme disait Berryer l'ancien.

Une sorte de ligue s'établit peu à peu contre lui, l'alliance des rancunes, des jalousies inavouées, et Linguet lui fournit des armes par les torts qu'il se donnait chaque jour, obstinément et comme avec délices.

« Il y a un grand schisme dans le Nouveau Tri-

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