‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 158 sur 215 · UN SCHISME AU PALAIS · texte numérisé non relu

UN SCHISME AU PALAIS

(( bunal, disait le Journal du Parlement Maupeou, (( à l'occasion de M*" Linguet, ce boute-feu, qui « semble porter l'incendie partout. Les gens du (( Roi intriguent fortement pour le faire expulser; c( les présidents de Châteaugiron et de Nicolaï le « soutiennent avec éclat. »

Quel protecteur Linguet n'eût-il point découragé par ses incroyables violences?

Un jour, il entre au Parquet, où se trouvent UM. de Vergés et de Vaucresson entourés de plusieurs personnes. Linguet va droit à M. de Vergés qui se tient debout à la cheminée, et l'interpelle.

« Vous croyez peut-être que je viens vous faire « des excuses relativement à mon nouveau Mémoire, « et vous vous trompez. — Votre Mémoire, réplique « Vergés, contient des choses très répréhensibles, (( et l'on pourrait bien vous apprendre à vous « réformer. » Linguet alors : « Mon Mémoire ne « contient rien de répréhensible. Je sçais jusqu'où « doit et peut aller mon zélé dans la défense de mes ({ clients; je ne vous crains pas : vous croyez peut- (( être me faire abandonner le Palais; mais j'y de- « meurerai tant que je voudrai, et le temps où je le « quitterai est dans ma tête. »

Le bonhomme Hardy qui, fort scandalisé, raconte l'aventure, conclut ainsi : « Mais que pourrait-on (( faire contre Linguet? il est soutenu par la Comtesse « du Barry et par le Duc d'Aiguillon. Les nouveaux « juges tiennent aussi à Linguet qui fait recette. »

Une autre fois c'est en pleine Grand'Ghambre que la dispute recommence entre l'avocat et M. de Vergés.

(( Savez-vous bien à qui vous parlez? » s'écrie enfin ce dernier en colère.

« Oui, Monsieur, riposte Linguet, je parle à (( M"" Jacques de Vergés, avocat général du Parle- « ment, à mon refus ! »

L'état d'esprit de Linguet pendant cette période se peint bien clairement dans une folle lettre à son ami le Président de Châteaugiron. C'est bien là le langage d'un homme prêt à toutes les sottises.

a On me paraît déterminé, dit-il, dans votre com- « pagnie dont je n'ai jamais démérité, à me sacrifier « à la vengeance lâche de deux avocats généraux qui « ne vous prennent pas pour modèle et semblent (( prendre à tâche de décrier leur place. Je n'ai pas « encore pris de parti, mais j'en prendrai un, et, s'il « faut que je me retire, ma retraite sera celle du « lion, je ne tournerai pas le dos et je combattrai « jusqu'au dernier soupir. »

En attendant de faire retraite, le lion attaque, et mord à belles dents. Il ne choisit pas toujours ses victimes, et, disons-le tout bas, il en arrive aux voies de fait. Aujourd'hui le voilà qui maltraite le sieur Tesson, concierge de la Conciergerie! et Tesson et Linguet s'en vont ensemble chez le lieutenant général de police, M. de Sartine.

Une autre fois à l'audience du Parc civil, Linguet se prend de bec avec un de ses confrères et « s'oublie « au point de lui donner au travers du visage « quelques coups d'un sac de procédures qu'il tient (( à la main ». Le lieutenant civil, témoin de l'aventure, lui dit : « Sortez, maître Linguet, et qu'on ne « vous revoie plus ici ! »

Et, parmi ces scènes scandaleuses, Linguet, malgré tout, grandit et s'élève à force de talent, de labeur acharné. Sa vie sans tact, sans dignité, est surpre-

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