GUERRE CONTRE D'AIGUILLON
aussi des refus ou des réponses dilatoires. Renvoyé indéfiniment de l'abbé Terray au premier Président Bertier de Sauvigny, il arrivait peu à peu à cet état de surexcitation morbide où ses actes et son langage ne connaissaient plus aucun frein. Un jour il se plaignait de la disparition au parquet ou au greffe de pièces lui appartenant, telles que la minute en parchemin de l'arrêt de sursis, et il s'écriait : « Car- (( touche volait aussi les gens mais il ne prenait pas « pour cela une robe de magistrat! »
Il venait sans cesse assiéger son rapporteur au Conseil des Dépêches, le duc de la Vrillière : ce J'avais « toujours, a-t-il écrit ', pour rapporteur le plus « borné des Ministres, le plus naïf, le moins raalfai- « sant, et cependant celui que sa faiblesse, celle de « son maître, et la corruption de ses entours ont « rendu le plus funeste à la France : le pauvre « M. de la Vrillière. Je l'importunais de sollicita- « tions : il se défendait : j'insistais sur le long temps (( qu'il avait passé sans s'occuper de mon affaire.... « II lui échappa de me dire que ce n'était pas sa « faute, que je n'avais qu'à m'en prendre au duc (( d'Aiguillon, qui avait exigé qu'on me sacrifiât. »
Jamais parole imprudente ne déchaîna plus de tempêtes !
« C'est à Compiégne, ajoute Linguet, que je reçus « cette terrible révélation. Dès lors, je n'avais plus « de ménagements à garder avec mon ancien client. »
A la période des récriminations amères, mais dis- ;crètes, allaient succéder la demande publique d'honoraires et les menaces de procès.