MENACES DE PROCES
(( utile, OU l'espérance de le recouvrer, j'ai cru c( devoir dissimuler votre oubli. Aujourd'hui, vous « voilà également à l'abri des dangers et des distrac- « tions; mais je me trouve victime d'une injustice (( que vous n'avez pas voulu prévenir ou réparer, « quand vous le pouviez. C'est le moment de rompre (( le silence.
« J'ai composé pour vous trois ouvrages énormes : (( ils m'ont fait plus d'ennemis qu'ils ne renferment « de lettres, j'y ai sacrifié dix-huit mois, ma santé, « mon repos. Pour tout cela vous m'avez fait « remettre quatre cents louis, en me prévenant à (( chaque fois que ce n'était qu'un acompte, sans quoi ({ vous sentiez bien qu'ils n'auraient pas été reçus : « le compte définitif n'est pas venu, et il est tems d'y « procéder.
(( Je vous supplie de vouloir bien m'honorer d'une (( réponse. Je l'attendrai pour prendre un parti. Si (( je n'en reçois pas. Monsieur le Duc, je vous préce viens que j'aurai recours aux tribunaux. J'y « paraîtrai sans rougir : mais quelles conclusions y (( prendra M. le duc d'Aiguillon contre M" Lin- « guet?
« Dans tous les cas, je ne puis que gagner à la (( discussion. Votre conduite publique envers moi « fait croire que vous vous êtes acquitté en secret « avec la plus généreuse profusion. On s'intéresse (( moins à la détresse où je me trouve, parce qu'on «. croit que j'ai de quoi me consoler dans la fortune « qu'on supposeque vous m'avez faite.... Il serait bon (( qu'on sût ce qui s'est passée cet égard,... cela prou- (( verait la pureté de ce zèle dont l'ardeur a blessé (( tant d'esprits. . . . Mais pour votre tranquillité et pour
c( la mienne, il est encore plus nécessaire que je sois (( satisfait; je n'ai pas de ressource plus prochaine, « et je ne crois pas que vous ayez de dette plus « sacrée. »
Pour toute réponse, le duc envoya son intendant qui, (( après des invectives très injurieuses », proposa à l'avocat « de mettre en arbitrage la question de {( savoir si le Duc était quitte ou non envers son « ancien défenseur ».
L'intendant fut mis à la porte « avec hauteur », et le jour même, 3 septembre 1774, Linguet écrivit une nouvelle lettre à M. d'Aiguillon.
Puisque vous m'y forcez, lui disait-il, je vais vous prouver que, « même en bornant mes droits à la « simple main-d'œuvre, vous êtes mon redevable et « de beaucoup ». Suit le calcul : «Vous ne pouvez éva- (( luer à moins de douze mille rôles ce que j'ai fait « pour vous; comptez-les à un écu, c'est le prix couce rant au Palais pour les grosses de procureur : ce (( sont 36 000 livres. Aimez-vous mieux compter par « vacations? Dans les pays où cette mesure est en (( usage, elles sont d'une heure, et se paient douze « livres. Douze mille rôles, avec lés longues, les fré- (( quentes conférences qu'on n'a cessé de me c{ demander et que je n'ai jamais refusées, ne peu- (( vent faire moins de 6 000 vacations : vous me rede- « vriez 72 000 livres. »
(( Ce calcul est humiliant, ajoute Linguet, mais (( vous sentez bien que ce n'est pas pour moi qu'il « l'est. »
Le duc dira-t-il que c'est une bassesse à son défenseur de le poursuivre? que les avocats n'ont pas d'action pour le paiement de leurs honoraires :