‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 197 sur 215 · RÉUNIONS DE L ORDRE · texte numérisé non relu

RÉUNIONS DE L ORDRE

« et si froide m'a rempli, je me suis jeté au devant (( de la porte, et j'ai crié avec des sanglots à ces « juges impitoyables : vous ne sortirez point que (( vous ne m'ayez entendu; ce ne sera qu'en m'écra- (( sant que vous vous ouvrirez un passage! Eh bien ! (( à cette expression de désespoir, une réclamation {( presque universelle et furieuse s'est élevée, comme (( si j'avais fait à l'assemblée le plus violent des « outrages : les yeux se sont allumés; j'ai vu l'in- {( stant où des hommes graves, que l'expérience, « l'âge, leurs occupations ont mûri, violaient l'im- « munité de l'enclos du palais, où ils employaient « la force pour arracher de leurs genoux un confrère (( qui les baignait de ses pleurs, et qui demandait au (( nom de l'innocence, de la vérité, de la justice, la « seule, l'unique faveur d'être entendu. »

Cette scène, nous l'avons dit, se passait le 29 décembre.

C'est le 11 janvier 1775 que l'arrêt du Parlement annula l'arrêt du 11 février 1774 et tout ce qui avait précédé ou suivi.

Par là « toutes les machinations couvertes du voile (( de la justice, et les prétendues délibérations des « avocats jusqu'au jour de l'arrêt, étaient-elles annu- « lées? »

Ce n'était point l'avis des députés de l'Ordre. Ils soutinrent que la défense provisoire de communiquer prononcée le 22 décembre échappait à l'arrêt du 11 janvier. Informé de ce « caprice séditieux », Linguet se présenta le 19 janvier à l'assemblée de l'Ordre. On refusa encore de l'entendre.

« Le 25, note Hardy dans son Journal, délibération « tumultuaire des députés des Bancs et des anciens

« bâtonniers de l'Ordre. On ne s'entend pas sur Lince guet; remise au lendemain. »

Enfin, le 26, l'accusé est admis à s'expliquer devant ses pairs.

Il entre, tire son écritoire et un papier sur lequel est écrit un discours. Il veut le lire : refus net.

Cependant il parvient à placer quelques mots. « Je vous demande la permission, dit-il \ d'écrire « les griefs que vous m'allez communiquer; il s'agit « de mon honneur, c'est-à-dire de ma vie : je ne (( répondrai à aucune question, qu'elle ne soit bien (( clairement posée.... » « N'oubliez pas, dit-il encore, « que la cause de la comtesse de Béthune est au (( rôle, qu'elle y est sur un placet coté de mon nom, « et que cette femme héroïque est déterminée à sou- « tenir son choix, à moins qu'on ne lui démontre « par des faits graves et prouvés que je suis indigne « de sa confiance.... »

Le bâtonnier lui coupe la parole, l'oblige à s'asseoir, et à entendre avant de rien dire les griefs du barreau.

« Il m'a donc fallu écouter, dit Linguet, en écri- (( vaut comme j'ai pu sur mes genoux. Le bâtonnier « parlait bas et si bas que j'ai été forcé, vingt fois, (( de le prier de parler plus haut. Il parlait avec c( une diffusion qui laissait à peine entrevoir le vrai « grief, noyé dans une multitude de paroles superce flues. A force d'attention et de sang-froid, je les ai ce enfin saisis, ces griefs, je les ai écrits devant eux. »

Voici l'étrange catalogue, soigneusement numéroté. En tête de l' ce absurde nomenclature » (ce sont

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