‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 198 sur 215 · LES QUINZE GRIEFS · texte numérisé non relu

LES QUINZE GRIEFS

les expressions de Linguet) s'aperçoit le capital reproche des députés de l'Ordre au confrère égaré.

Premier grief : « Vous n'aimez pas le Droit Roa main ».

La spirituelle réponse de Linguet mérite d'être citée :

« J'ai avoué, dit-il, que je n'avais pas une passion « bien tendre pour les Pandectes ou pour le Code et (( les Novelles. J'ai observé que j'avais l'honneur d'être « avocat de Paris, et non de Rome ou de Gonstanti- (( nople; que d'ailleurs beaucoup d'hommes savants « avaient pris la liberté de penser comme moi, sur (( l'informe recueil de Tribonien; que si c'était une (( méprise de l'esprit, elle ne compromettait point la « droiture du cœur ; que ma répugnance pour cette « volumineuse collection venait surtout de ce que l'on ({ y trouvait dans toutes les questions, des armes pour « et contre; ce que j'ai prouvé sur le champ par « le passage même d'un de mes mémoires, où cet « effrayant délit, cette haine perverse est constatée; (( en répondant à un passage tiré contre le marquis « de Soiecourt mon client, de la Loi, ff. de Univ., j'en (( ai trouvé en sa faveur un tout contraire dans la (( Loi. ff. pro Soc. »

Ici, remarque Linguet, « s'éleva un petit murmure {( de surprise ou de colère dans l'assemblée ^ ».

Quand il fut apaisé. M" Lambon reprit la liste des griefs :

1, Le premier grief de l'Ordre était si sérieux qu'un des Ijiographes de Linguet l'a sévèrement relevé en 1808 {Essai historique sur la vie et les ouvrages de Linguet, Lyon, 1808, in-8) en reprochant à Linguet la légèreté de sa réponse. « Les " anciens, s'écrie l'auteur, M. Gardaz, sont encore et resteront « à jamais nos maîtres en législation. »

« Vous avez maltraité l'Ordre ; votre ton n'est pas « celui du barreau ; on craint que vous ne nous (( attiriez des affaires comme vous vous en êtes déjà « fait plusieurs. »

Sur tous ces points, les réponses devenaient difficiles, aussi Linguet, par un stratagème permis, se borna-t-il à citer divers fragments des plaidoyers de confrères présents, pour établir que ses propres violences étaient égalées ou surpassées par celles d'avocats que personne ne songeait à rayer du tableau.

Nouveau grief : « Le journal que vous avez entrepris « ne s'accorde guère avec l'étude nécessaire à un (( avocat ».

« Guère, riposte l'accusé, eh bien! pourvu qu'il (( s'accorde un peu, n'est-ce pas assez? D'ailleurs, « que vous importe? c'est mon affaire, de concilier c( ce travail littéraire avec celui du barreau. Est-ce (( inquiétude pour ma santé qui vous fait blâmer cet (( alliage? Mon repos vous est-il si cher, que vous « trembliez de me voir surchargé d'un excès de « fatigue? Craignez-vous que mes affaires, ma répu- « tation, ne souffrent de ce surcroît d'occupations, (( et que l'habitude de cueillir les fleurs de la littéra- « ture, n'énerve une main destinée à défricher les « champs arides du barreau? Ah! si je néglige l'un (( pour l'autre, reposez-vous sur le public du soin de « m'en punir! La désertion de mon cabinet en sera « bientôt le châtiment; les clients, qui sont bons « juges en cette matière, sauront, sans vous, faire « justice d'un jurisconsulte frivole, qui ne méritera (( plus leur confiance.

« Trouveriez- vous ce genre de travail avilissant? « incompatible avec la noblesse de votre profession?

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