SUPPLEMENT AUX REFLEXIONS
(( que l'on puisse m 'objecter, c'est d'avoir trop peu (( ménagé mes confrères; on veut que je les aie « traités trop durement. Eh bien! c'est une offense; « il doit y avoir des satisfactions autres que la mort « pour l'effacer : qu'on en fixe une, et je ne m'y « refuserai point. »
Malgré ces plaintes éloquentes, la journée du lundi 26 janvier s'acheva mal pour l'avocat de la comtesse de Béthune. Les députés de l'Ordre, à l'unanimité moins trois voix, se prononcèrent, non plus pour des mesures provisoires, mais pour la radiation.
Le lendemain 27 janvier, Linguet présentait requête au Parquet « à l'effet d'obtenir que le Parlement, c( confirmant son arrêt du 11, le déclarât commun (( avec l'Ordre et lui permît de faire assigner la comte munauté des avocats et procureurs de la Cour, en « la personne du bâtonnier ».
Ainsi, à la querelle de Linguet avec ses confrères, s'ajoutait la perspective d'un conflit du barreau avec le Parlement.
Et les graves questions, tant de fois soulevées, allaient se présenter encore :
Les avocats étaient-ils maîtres souverains de leur tableau, maîtres de recevoir, de rayer à leur guise?
Leurs décisions en matière de discipline étaientelles au contraire des décisions de première instance, toujours soumises au contrôle du Parlement? Cette antique question devenait une brûlante actualité.
Le 30 janvier, Linguet publiait son « Supplément ce aux Réflexions pour M" Linguet, avocat de la com- « tasse de Béthune ».
On a pu déjà juger de cet écrit par les morceaux que nous y avons puisés. C'est un récit tragique et
passionné des incidents que nous venons de peindre.
Ce Supplément fait grand brait dans Paris :
(( C'est un écrit forcené, disent les Mémoires se- (( crets \ où M" Linguet, oubliant toute pudeur, se (( déchaîne avec une fureur sans égale contre l'Ordre (( entier, dont il récuse d'avance le jugement, s'il ne « lui est favorable.... Il termine par des Idées, qui « méritent d'être méditées, dont le résultat serait, (( suivant lui, la nécessité d'ôter à l'Ordre des avocats (( la police sur ses membres, ou de la subordonner (( au Parlement..., En général, ce Mémoire n'est (( qu'une déclamation, où l'auteur parait avoir tota- (( lement perdu la tète. »
Mais sur ce Supplément, les Opinions sont fort contradictoires. Le bonhomme Hardy constate avec douleur qu' « on voit dans un café de Paris une « clique d'abbés, au milieu de laquelle ce Mémoire <( se lit avec enthousiasme ».
A peine a-t-il paru que les députés des Bancs se réunissent , heureux de l'argument suprême que l'accusé vient de leur fournir.
Enfin le 31 janvier, Linguet est renvoyé à YAssemhlée générale de VOrdre.
Cette assemblée est fixée au 3 février.
Dans l'intervalle, Gerbier, qui a renoncé provisoirement au barreau, et qui se tient dans la coulisse, prêt à rentrer quand la perte de son rival sera définitive, publie un Mémoire pour M* Gerhier, ancien avocat au Parlement. L'ouvrage est précédé de cette épigraphe : « Quod genns hoc hominiim? »
Et le lendemain même de cette publication, Ger-
i. Mémoires secrets, t. XVII, p. 307.