‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 203 sur 215 · PLAIDOYER DE LA COMTESSE · texte numérisé non relu

PLAIDOYER DE LA COMTESSE

(( Battements de mains prolongés des partisans de ^< Linguet, note Hardy. On aura du Linguet débité « par la comtesse! mais jamais, jamais depuis l'ori- « gine des Parlements, il. ne s'était vu qu'une femme « plaidât! — on le verra. »

Enfin, le 23 février, Linguet trouve, non sans peine, un huissier pour signifier au Procureur général son opposition à l'arrêt du 4 février. Et(( pour être statué sur cette opposition » l'audience est fixée au 2 mars Ce jour-là en effet Linguet plaide « merveilleuse- « ment », disent les gazettes. Le 3, il continue; le 4, MeSeguier prend la parole, et, se déjugeant à quelques jours d'intervalle, il conclut cette fois pour Linguet. (( Après un délibéré de plus de deux heures, la « Cour ordonne qu^avant faire droit, Linguet sera « entendu de nouveau dans une Assemblée Générale « de l'Ordre. »

Les avocats sont consternés. Eh ! quoi, le Parlement dans cette affaire, varie d'un jour à l'autre, obéissant a des influences secrètes, peut-être aux ordres des ministres ou même à une inspiration plus haute'

Aujourd'hui il semble que les magistrats veulent « d un seul coup, anéantir la discipline de l'Ordre « et pour soutenir un sujet tel que Linguet t »

Le dimanche 5 mars, à la Bibliothèque des avocats « Cour de l'Archevêché ),, réunion générale sur 1 initiative de Target. On est furieux de l'arrêt de la veille; on délibère de trois à neuf heures du soir vainement. '

Chaque jour, éclate un nouveau scandale.

Le 6 mars, la comtesse de Béthune plaide pour elle-même à la Grand'Ghambre, multipliant, comme un vieux procureur, les incidents de procédure. Ce

jour-là, Hardy scandalisé rencontre Linguet dans la Grand'Salle, « vêtu d'un habit gris, d'une veste grise, (( et d'une culotte noire, avec des bottines et des (( éperons, son chapeau enfoncé sur ses yeux, affec- « tant une contenance audacieuse ».

Le 7 mars, le Parlement change encore d'attitude. A la demande du barreau, il modifie son arrêt du 4. Ce n'est plus par « ordre des magistrats », mais spontanément que les avocats vont se réunir « jeudi (( prochain pour entendre Linguet et en finir ».

Le jeudi 16 mars, 260 avocats se réunissent. Linguet est entendu, plaide fort bien, avec mesure.

Cependant, par 184 voix, l'assemblée décide « que (( la délibération de radiation du 3 février précédent (( sortira son plein et entier effet » .

Est-ce fini? Pas encore. Le 17 mars, Linguet s'oppose à l'homologation de la délibération du 16.

Le Parlement décide de l'entendre. Le 23 mars, Linguet plaide devant la Grand'Chambre; le 29, il continue. Enfin, M. de Barentin, second avocat général, substitué à Séguier qui renonce à poursuivre le cours de ses contradictions, conclut « à l'homo- (( logation de la délibération de l'Ordre des avocats « suivant laquelle Linguet a été rayé ».

A ce moment, les juges étant sur le point d'opiner à huis clos, un bruit se fait entendre dans la lanterne du premier Président. On soupçonne que la comtesse de Béthune est parvenue à s'y glisser, pour suivre l'audience, et surprendre les secrets du délibéré. Quelqu'un va faire perquisition, et trouve la comtesse (( couchée ventre à terre ». On la fait sortir.

Alors la Cour homologue la délibération de l'Ordre,

Cette fois la sentence est bien définitive. Les magis-

Page 1