MUTILATION DU CRUCIFIX
contre les hommes et les mœurs de son temps (et particulièrement contre les mœurs judiciaires) quand on a assisté à la lutte qu'il eut à soutenir, dès le début de sa carrière, contre d'étranges magistrats; quand on a pénétré les dessous de cette incroyable affaire où, sans sa courageuse intervention, trois innocents au lieu d'un devaient être livrés au bourreau.
Ouvrons donc les pages mêmes de la procédure suivie à la sénéchaussée de Ponthieu, ces belles pages grossoyées, dont la calligraphie à paraphes et à panaches recèle l'histoire du drame sanglant.
Nous sommes à Abbeville, en 1765, à une époque bien voisine de celle où Linguet philosophait dans ce pays, comptait les filles à marier, ou bien projetait des canaux en compagnie de son ami Douville.
Le 9 août, un bruit se répand dans la ville :
(( Un crucifix de bois ', exposé sur un pont à la « vénération publique, a été trouvé le matin chargé (( de plusieurs coups de sabre, qui y ont laissé des « traces profondes : cet événement, dès qu'il est connu, (c excite une consternation générale. Le peuple s'as- (( semble autour de la croix pour en détester la pro- « fanation. »
Tout se met en mouvement. Le Procureur du roi, Ilecquet, et l'assesseur criminel, Duval de Soicourt, faisant les fonctions de lieutenant, s'acquittent de