‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 45 sur 215 · LES MONITOIRES · texte numérisé non relu

LES MONITOIRES

savamment organisées. On put bientôt s'en apercevoir dans le procès du Crucifix .

Le 17 août, Hecquet, Procureur du roi, avait écrit à M. Joly de Fleury, Procureur général du Parlement de Paris, pour l'informer de la mutilation, et demander ses ordres au sujet d'impiétés, plus graves encore, que l'enquête faisait découvrir.

(( En portant plainte du fait de la mutilation, disait- « il, j'ai appris qu'on débitait que plusieurs jeunes « gens se vantaient d'avoir commis des impiétés « encore plus grandes; j'en ai fait mention dans ma « plainte sans les désigner autrement K »

Et le 22 août le Procureur général répondait '^ : (( J'ay reçu votre lettre au sujet des particuliers qui « se sont livrés aux excès et aux impiétés les plus (( criminelles. Vous devez continuer d'en faire infor- (( mer, et de faire toutes les . diligences nécessaires « pour faire découvrir et arrêter ces particuliers et

d. Lettre de Hecquet, Procureur du roi, au Procureur général (dossier Joly de Fleury). Inédite.

2. Lettre du Procureur général à Hecquet, du 28 août 1765, inédile. Malgré la hàle de cette réponse et la sévérité des ordres qu'elle contient, le Procureur général semblait, dans cette fin d'août, moins préoccupé de l'affaire des impiétés d'Abbeville que des vacances judiciaires imminentes, et des préparatifs de son départ pour les champs. 11 désigne pour suivre le procès le doyen de ses substituts, M. Boullenois (substitut du Procureur général depuis 1723). Et le doyen, magistrat consciencieux, poursuit de rapports le Procureur général en villégiature. M. Joly de Fleury qui, dans la hâte du départ, avait enfoui des lettres et pièces venant du Parquet d'Abbeville dans son cabinet à l'hôtel de Créquy, rue Saint-Guillaume, lui écrivait un peu impatienté : « Je n'ai point ici le fond « de la liasse ; je l'ay laissée dans mon cabinet à Paris où il serait « peut-être difficile de la retrouver. M. Boullenois pourrait-il ('. s'en passer pour répondre à la dernière lettre de M. Hecquet? « S'il ne le peut pas, il faudra bien faire rechercher la liasse. »

(( leur instruire le procès dans la plus grande rigueur (( de l'Ordonnance. Vous aurez agréable de m'en- (( voyer à fur et à mesure copie des procédures ^ »

Ces instructions étaient précises. Elles flattaient trop vivement certains sentiments secrets de la magistrature d'Abbeville pour que celle-ci ne les accueillît point avec transport, résolue d'étonner par son zèle le Procureur général.

D'abord, malgré ce zèle, l'objet de la plainte portée le 10 août ne parut point s'éclaircir.

(( Monseigneur, écrivait le Procureur du roi à (( M. Joly de Fleury, si je ne découvre rien par la (( voye du Monitoire, dont la troisième publication (( doit se faire dimanche prochain, il faudra nécessai- « rement arrêter toute poursuite ^ »

Personne en effet, écrit Linguet dans son Mémoire, ne connaissait le sacrilège.

Mais il ajoute ^ : « Au défaut de cette connaissance, (( qui était pourtant le seul but du procès, les té- « moins, en se présentant devant le juge, s'efforce çaient de paraître instruits, au moins sur quelques (( chefs relatifs à celui qu'il s'agissait d'éclaircir. Ils (( faisaient une espèce d'examen de leur conduite, (( et beaucoup plus encore de celle des autres. Les (( ouï-dire, les simples soupçons même se trouvaient c( rappelés comme des vérités essentielles, et les ru- « meurs les moins probables prenaient en passant « par leur bouche toute l'apparence de la certitude.

1. Lettre de Joly de Fleury au Procureur du roi d'Abbeville, du 22 août 1765 (dossier Joly de Fleury). Inédite.

2. Lettre de Hecquet au Procureur général, du 30 août 1765 (dossier Joly de Fleury). Inédite.

3i Mémoire, déjà cité, p. 6 et suiv.

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