‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 47 sur 215 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

DUVAL DE SOICOURT. g^

l'une à l'autre deux causes absolument différentes, égarer l'opinion et même l'histoire '.

Quels étaient donc les motifs de la haine du juge contre de La Barre, Dou ville de Maillefeu, Moisnel et d'Estalonde?

Il faut ici, en ce début d'octobre, à l'aurore du procès sanglant, faire une halte afin d'observer le milieu où va se mouvoir le drame, la physionomie des acteurs, surtout celle du magistrat étrange qui tient tous les fils de l'intrigue, de Duval de Soicourt

On se souvient du mayeur d'Abbeville qui fit mander Linguet, trouvant ses démarches suspectes, et ordonna plus tard des perquisitions dans son domicile. Ce mayeur n'était autre que Duval de Soicourt, maintenant juge de de La Barre, et chef du tribunal qui allait dans cette affaire trouver un si triste renom.

Ce personnage, le point est hors de doute, contribua puissamment à machiner le procès et les con-

/\v.^" l]^^ ^"""'^ ^^- "^"" ^^''^'■" (^^'■^'«"■'^ d^ France, " h^^^'.f?;.^^^^'"" crucifix placé sur un pont d'Abbeville ayant « ete mutile pendant la nuit, l'évêque d'Amiens cria vengeance « Deux jeunes officiers de dix-huit ans, La Barre et d'Esla-" « onde, furent accusés de ce sacrilège. D'Estalonde s'enfuit- <. La liarre fut condamné par le présidial d'Abbeville, sur de « vagues présomptions, à être brûlé vif, après avoir eu li « langue et la main droite coupées! Appel fut porté au Parle- <. ment de Pans. Le Parlement confirma la sentence, en accor- « dant au condamné la faveur d'être décapité. >. Ce passage on le verra d'ailleurs, contient un grand nombre d'inexactitudeL

damnations en vue de satisfaire ses rancunes personnelles. Mais les motifs d'une vengeance aussi féroce ont été diversement exposés. Voltaire, sur ce point, a fait un récit romanesque qui semble contredit par l'examen des documents originaux.

Duval, selon Voltaire *, aurait été amoureux de Tabbesse de Willancourt , tante de de La Barre. Dédaigné, évincé, il aurait fait payer un peu cher au neveu les refus de la vertueuse abbesse.

C'est le roman, voici l'histoire, l'intrigue dont Linguet n'a pas craint d'exposer la trame, en termes peu voilés, dans son Mémoire au Parlement.

({ Des cinq accusés % dit-il, il y en a quatre dont « les parents ont eu avec M. Duval de Soicourt des « torts, ou des procédés qui peuvent lui paraître (( mériter ce nom. Par conséquent il n'aurait pas dû « se présenter pour les juger, et moins encore pour (( instruire le procès où ils sont compromis.

(( Le fait est tout récent. II se trouvait curateur « d'une jeune personne riche et sa parente. Il avait « formé le projet de la marier à son fils unique. Il « avait sollicité vivement la supérieure d'une maison « religieuse % où demeurait la demoiselle, de trace vailler pour l'amener à ses vues. Cette supérieure (( s'y était refusée. On avait tenu, devant un conseiller (( au Présidial \ une assemblée de parents pour le « dépouiller malgré lui de son titre de curateur, et

1. Qui le nomme à tort Delleval. Il y avait à Abbevillc un juge honorable et estimé qui portait le nom de Belleval. Il ne fut point flatté de cette confusion.

2. Gaillard d'Estalonde, Lefebvre de La Barre, Dumayniel de Saveuse, Moisnel, Douville de Maillefeu.

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