‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 56 sur 215 · LETTRE DU PRINCK DE SOUBISE · texte numérisé non relu

LETTRE DU PRINCK DE SOUBISE

« écrite le 30 du mois dernier, à Foccasion de l'odieuse (( affaire dans laquelle il y a des gendarmes de la « garde surnuméraires impliqués. On ne peut être (( plus sensible que je le suis au procédé obligeant (( que vous voulez bien avoir dans cette circonstance « pour un corps qui ne s'est jamais écarté des prin- « cipes de l'honneur, et qui verrait avec indignation {( un de ses membres accusé et convaincu des crimes « dont il est question. Ces criminels ne sont point « gendarmes; il se peut faire qu'ils ayent été prête sentes, mais je ne les trouve point inscrits, et ils « n'ont jamais servy au corps ny fait aucun service (( auprès du roy. Par conséquent ils ne doivent ny « ne peuvent en prendre le titre ny la qualité. Je vous « serai sensiblement obligé de ne point souffrir qu'ils (( la prennent dans les procédures qui se feront contre « eux. Si vous croyez que, dans celles qui sont déjà « faites, cette qualité prise mal à propos puisse tirer à (( conséquence, vous me ferez plaisir d'en ordonner (( la radiation, sinon que dans le jugement qui inter- (( viendra je vous prie d'avoir attention que l'on ne « donne pas cette qualité au sieur Moisnel. Recevez, (( Monsieur, les remerciements que je vous dois en (( mon particulier et soyez persuadé qu'il ne se peut (( rien ajouter aux sentiments avec lesquels je suis « très parfaitement. Monsieur, votre très humble et « très obéissant serviteur.

a Maréchal prince de Soubise. »

Cette lettre assurément n'ajoutera rien à la réputation du héros de Rosbach, du digne ami de Mme Pompadour et de Mme du Barry ; mais elle montre qu'à

Versailles, chez le roi et dans les petits appartements dont Soubise avait les secrets, les soi-disant criminels d'Abbeville n'excitaient qu'une vertueuse et implacable indignation \

Aussi devenait-il dangereux, non pour Linguet seulement, mais pour le përe même de l'un des accusés, pour M. Douville, de défendre ces grands coupables. Hecquet et l'assesseur étaient furieux à la pensée que Linguet et M. Douville surveillaient point par point leur enquête, et se trouvaient, malgré le mystère de l'instruction, au courant de bien des choses. Aussi, à la moindre difficulté qui surgissait devant eux, ils accusaient ces deux personnages.

Un beau matin, le petit Moisnel s'avisa de rétracter solennellement ses célèbres aveux, la confession qui avait mis tant de joie dans les âmes du substitut et de l'assesseur. Duval faillit périr de rage : il s'en prit à Hecquet, et celui-ci imagina que les rétractations de Moisnel avaient été dictées par Linguet ou par M. Douville, et que ce dernier avait dans la prison de secrètes intelligences.

Ces imaginations incitèrent le Procureur à des démarches déraisonnables : le 10 janvier 1766, il envoya à M. Joly de Fleury un long rapport ^ exposant : qu'il avait fait fouiller Moisnel et qu'on avait trouvé dans ses poches quelques vieux morceaux de papier. Sur ces papiers on avait pu à grand'peine

1. Malgré les protestations du maréchal, Moisnel était si bien surnuméraire que cette qualité lui fut conservée dans toutes les pièces de la procédure et notamment dans l'arrêt du Parlement.

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