LA SENTENCE
déchiffrer ces mots : c'est-à-dire faire... de nier ce qu'il u a... dépo.... Ces griffonnages signifiaient clairement aux yeux de l'ingénieux procureur qu'im conseil de rétractation avait été donné à l'accusé.
Mais par qui donc? Par M. Douville.
(( Plusieurs personnes en place, écrivait Hecquet « à M. Joly de Fleury, à qui j'ai montré le papier, (( croient reconnaître l'écriture de ce billet pour être (( celle du père d'un des accusés. »
Ainsi le fait est prouvé, établi. Gomment ne le serait-il pas par ce charitable propos des personnes en place"! L'accusé est suborné, « on ne doit ajouter « aucune foy à sa rétractation ». Ce n'est pas tout! Si on cherchait le suborneur?
Le Procureur, dans son zèle, irait jusqu'à greffer le procès du père sur le procès du fils!
Et il conclut ainsi : « Je vous supplie de nous « tracer la route que nous devons suivre ».
Le doyen Boullenois qui reçut l'étrange rapport, eut cette fois un éclair de bon sens. Il répondit tout sec : « Faites juger le procès d'impiétés ».
Il fut obéi, et le 20 février 1766, le tribunal d'Abbeville rendit sa sentence, dont les extraits suivants méritent d'être reproduits :
(( Tout vu, considéré, diligemment examiné..., (( En ce qui touche Jean-François Lefebvre, che- (( valier de La Barre, le 'déclarons dûment atteint et « convaincu d'avoir appris à chanter et chanté des
c( chansons impies, exécrables et blasphématoires « contre Dieu; d'avoir profané le signe de la croix en ce faisant des bénédictions accompagnées de paroles « infâmes que la pudeur ne permet pas de désigner; (( d'avoir sciemment refusé les marques de respect au (( Saint-Sacrement porté en la procession du prieuré « de Saint-Pierre; d'avoir rendu ces marques d'ado- (( ration aux livres infâmes et abominables qu'il avait « dans sa chambre; d'avoir profané le mystère de la (( Consécration du vin, l'ayant tourné en dérision, {( en prononçant à voix basse dessus un verre de vin (( qu'il avait à la main les termes impurs mentionnés c( au procès- verbal, et bu ensuite le vin; d'avoir enfin (( proposé au nommé Pétignal qui servait la messe (( avec lui, de bénir les burettes en prononçant les « paroles impures mentionnées au procès.
ft Pour réparation de quoy, le condamnons à faire (( amende honorable, en chemise, nu-tête et la corde (( au col, tenant en ses mains une torche de cire (( ardente du poids de deux livres au devant de la « principale porte et entrée de l'Église royale et col- « légiale de Saint- Wulfran, où il sera mené et con- (( duit dans un tombereau par l'exécuteur de la haute « justice qui attachera devant lui et derrière le dos « un placard où sera écrit en gros caractères impie; « et là, étant à genoux, confessera ses crimes à haute « et intelligible voix; ce fait aura la langue coupée et (( sera ensuite mené dans ledit tombereau en la place {( publique du grand marché de cette ville pour y ({ avoir la tête tranchée sur un échafaud; son corps (( et sa tête seront ensuite jetés dans un bûcher pour (( y être détruits, brûlés, réduits en cendres, et ycelles « jetées au vent. Ordonnons qu'avant l'exécution ledit