LES SCRUPULES DE LA GRAND'CHAMBRE. IH
Enfin, le 16 mars, les accusés atteignent le but de leur voyage, et le chevalier dine * et soupe pour la première fois à la Conciergerie. Quand ces trois malfaiteurs : le chevalier, Moisnel et leur inséparable compagnon le Dictionnaire philosophique, se trouvèrent écroués, les deux premiers dans les cachots de la Conciergerie, le troisième au Greffe, les magistrats prirent leur temps et trois mois s'écoulèrent.
Trois mois tragiques! pendant lesquels le comte de Lally fut jugé et exécuté avec les raffinements de férocité que l'on sait ^
Enfin, la cause du chevalier de La Barre fut appelée, devant la Tournelle et la Grand'Chambre assemblées, le 4 juin 1766, trois semaines après le martyre de Lally.
Ici demandons-nous si l'on peut accepter le récit de Voltaire.
A l'entendre, le Parlement fut en proie à de longs et honorables scrupules. Le Procureur général Toly de Fleury demanda l'intirmation : dix juges sur vingt-cinq le suivirent et opinèrent pour la clémence. La Grand'Chambre hésita longtemps avant de confirmer le jugement d'Abbeville, et, après la confirmation, six jours s'écoulèrent pendant lesquels
1. Ces deux repas avec le vin coulèrent au roi 1 livre 14 sols, suivant «. l'étal de la nourriture fournie à Monsieur le chevalier de La Barre » qui figure au dossier du Procureur général (État de la nourriture fourny à .M. le chevalier de La Barre par l'ordre de M. Tesson, à comencer le 15 mars 1766, finissant le 27 juin dernier, par Bavière).
Sur cet état on voit pour chaque jour une mention semblable à la suivante : le 16 mars, dîner, souper et vin, 1 livre 14 sols. Total des frais de nourriture, 175 livres (dossier Joly de Fleury). Pièces inédites.