‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 65 sur 215 · LE SURSIS · texte numérisé non relu

LE SURSIS

« Ayés agréable, aussitôt ma présente lettre reçue, « de faire surseoir l'exécution de l'arrest du parle- « ment du 4 de ce mois, que je vous ai envoyé contre (( Jean-François Lefebvre de La Barre et autres, jus- « qu'à ce que vous ayez reçu autres nouvelles de ma (( part. En conséquence vous ferez repartir, aussitôt (( ma présente reçue, l'exécuteur de la haute justice, (( et je vous prie de faire part de ce que je vous « marque à M. le lieutenant criminel de votre siège (( afin qu il puisse s'y conformer également. Comme (( il ny a pas un moment à -perdre, je vous envoie « ma lettre par un exprès, pour faire surseoir à rex,é- (( cution de cet arrest; mais cela ne doit pas vous (( empêcher de faire garder très soigneusement les (( prisonniers dans vos prisons jusqu'à ce que je vous (( aye donné de mes nouvelles. »

A la suite de cette lettre sont classées plusieurs minutes, adressées aux divers officiers de justice, et destinées à assurer le sursis '.

A ces documents est joint l'ordre donné à un inspecteur de police, nommé de la Villegardier, de partir en toute hâte pour Abbeville avec les lettres de grâce.

Enfin, un singulier petit billet du Président d'Ormesson est épingle sur tout cela.

Ce billet, destiné au Procureur général, est ainsi conçu :

« M. de Boëncourt reçoit. Monsieur, une lettre « qu'il est nécessaire que vous voilez sur le champ, (( et qui vous mettra peut-être dans le cas de surseoir.

1. Ces pièces portent au dossier Joly de Fieury les n"" d04, 105, 108, 109, 110, 111, 112, 113.

« Donnez ordre, je vous prie, qu'on le fasse entrer; (( il est luy-mème le porteur de cette lettre ^ »

Tels sont les documents qui posent l'inquiétante énigme.

Nous n'essaierons pas de la deviner.

L'ordre de surseoir est-il parvenu au Parquet le dimanche soir, le lundi à la dernière heure? De la Villegardier, parti en toute hâte, est-il arrivé trop tard?

Ou bien ces pièces, préparées à tout événement, sont-elles restées sans emploi?

Ceci paraît invraisemblable si l'on observe les mentions administratives portées sur les minutes relatives au sursis. Il semble bien que ces lettres ont été copiées par les expéditionnaires, signées par le Procureur général, el ensuite remises à la Villegardier.

N'insistons point sur ce mystère, que la lettre suivante du Procureur général semble envelopper à dessein d'un voile plus impénétrable encore.

({ Il s'est répandu à Paris, écrit M. Joly de Fleury (( à Hecquet % que vous deviez différer l'exécution (( de l'arrêt du Parlement du 4 du mois dernier. « Comme je ne comprens pas d'où ce bruit peut ce provenir, et qu'il ne peut y avoir aucun prétexte c( à aucun délay, vous aurés agréable aussitôt ma c( présente lettre reçue et dans le cas où ledit arrêt « n'aurait pas encore été exécuté de faire procéder « sans délay à son exécution et de m'en donner avis « aussitôt. »

1. Billet du Président d'Ormesson à M. Joly de Fleury (dossier Joly de Fleury). Inédit.

2. Minute, portant en tète, et de la main du Procureur général, la mention suivante : Ex. le 1"' juillet 1766.

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