‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 69 sur 215 · DERNIER INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

DERNIER INTERROGATOIRE

(( Au second coin. » (Mêmes questions, mêmes a réponses.)

« Au troisième coin.... »

A ce moment, le plus pénible des tortures, le juge impitoyable presse le chevalier de questions si absurdes et si ignobles que la plume se refuse à copier cet incroyable procès-verbal. En voici un extrait pourtant, qui permettra de juger du reste.

(( Demande. — A-t-il ce poussé sa selle » et « mis de (( la m... » aux pieds du Crucifix du cimetière? »

Sur les dénégations obstinées du patient, les bourreaux emploient alors le moyen suprême que traduit le procès-verbal sinistre, dans sa monotonie, dans l'allure paterne de son style basochien,

c( A luy représenté que ce n'est que le commen- « cément des douleurs, qu'il peut s'en faire sou- (( lager en convenant de ses crimes et de ses com- (( plices.

« A dit qu'il nous a dit la vérité et que s'il nous « déclarait autre chose, ce serait contre la vérité et (( par la violence des tourments.

{( Avons alors présenté au condamné le quatrième (( coin pour la question ordinaire, et les quatre autres (( coins pour la question extraordinaire qui ont été « placés les uns sur les autres, prêts d'être frapés et « enfoncés.

« Avons interpellé derechef le condamné de nous {( déclarer s'il n'a aucun autre complice; l'avons (( exhorté à nous le déclarer pour sa décharge et « l'acquit de sa conscience.

« A dit qu'il nous a dit la vérité, et que s'il nous (( déclarait autre chose, ce serait contre la vérité et « par la violence des tourmens. »

Les trois coins n'avaient servi de rien. Allait-on « fraper et enfoncer » les autres?

Le chevalier devait le croire au moment de sa fière et suprême dénégation ; mais de plus experts que lui en procédure criminelle l'eussent, avant toute réponse, rassuré pleinement.

En effet, le quatrième coin de la question ordinaire et les quatre coins de la question extraordinaire ayant presque toujours pour effet de broyer les chairs et de faire éclater les os, Duval de Soicourt aurait manqué à toutes les traditions de l'élégance professionnelle s'il avait ainsi détérioré sa victime et risqué de l'achever avant l'exécution. Aussi le procès- verbal conclut-il simplement par ces mots :

« Ce fait, la question ayant duré une heure, le con- « damné a été retiré et détaché de la question et mis (( sur le matelas, et luy avons d'abondant fait prêter « serment de dire vérité.

« Interrogé de tous les faits repris dans les inter- « rogatoires cy-dessus transcrits et des autres parts, « y a persisté sans augmenter ni diminuer. »

Tel est le procès-verbal qui, selon le Procureur Hecquet, contenait le formel aveu de tous les crimes de La Barre.

Après que les exécuteurs eurent levé le chevalier du matelas, il fut admis au bénéfice du sacrement que l'Ordonnance, par un texte formel, réservait à tout condamné, et qu'on nommait « confession à la mort ».

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