‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 78 sur 215 · LES ATTAQUES DU (( MERCURE · texte numérisé non relu

LES ATTAQUES DU (( MERCURE

« et courageuse. Il est mon bienfaiteur, le défenseur « de ma famille et le sauveur de mon fils. »

Ce jeune Maillefeu, que notre stagiaire avait tiré des griffes de Duval de Soicourt, devint un gentilhomme aussi républicain, aussi libre d'allures, et aussi obstiné que tous ceux de sa race. Il n'oublia jamais son terrible grief contre le Parlement, le roi et le clergé. Devenu après 89 un des familiers de Danton, il s'employa avec passion et avec succès à la réhabilitation du pauvre chevalier Lefebvre de La Barre *.

Ensuite il s'occupa, avec non moins d'ardeur, de la condamnation de Louis XVI. On le voyait dans les couloirs de la Convention, gourmandant ceux des nobles qui avaient accepté la Révolution, et obtenant de plusieurs d'entre eux un vote pour la mort du « tyran ».

Le (( tyran » mort, et de La Barre réhabilité, il semblait que M. Douville de Maillefeu, parvenu à l'âge mûr, n'eût qu'à jouir en paix de son triomphe.

Il en jouissait en effet, lorsque, longtemps après, en 1814, une nouvelle lui parvint, la nouvelle maudite du retour des Bourbons. M. Douville de Maillefeu

1. En 1789, la noblesse de Paris demanda dans ses cahiers la réhabilitation de de La Barre; mais la mémoire de cet infortuné ne reçut cette réparation que par un décret de la Convention nationale. Quant à d'Estalonde, Voltaire ne put rien obtenir pour lui. En 1774, le vertueux Maupeou refusa de lui restituer ses biens qui avaient été confisqués. En 1775, Voltaire revint à la charge et consulta Linguet sur le point de savoir s'il fallait reprendre le procès. Linguet fut d'avis de s'abstenir. Plus tard, d'Estalonde adressa un mémoire au roi (publié par M. Pouy, Amiens, 1869), et des lettres d'abolition lui furent enfin accordées par Louis XVI et enregistrées au Parlement le 2 décembre 1788.

eut une attaque,... et il mourut assassiné indirectement par ces Bourbons qui l'avaient voulu rôtir un demi-siècle auparavant.

Tout cela maintenant est de l'histoire ancienne, sauf en Picardie où la question du procès de La Barre est, paraît-il, aussi vivante que jamais.

Le nom de Duval de Soicourt est éteint, il est vrai, tandis que la race des Douville demeure aussi républicaine, vibrante et guerroyante qu'au temps jadis,

A cela près, rien n'est changé sur les bords de la Somme; les partis continuent leurs anciennes disputes près de l'église de Saint- Wulfran, et la question de savoir si le chevalier de La Barre aura sa statue à l'endroit même où le peuple a dispersé ses cendres, semble encore bien loin de recevoir une solution.

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