‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 79 sur 215 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I. Premiers clients de Linguet. — La Théorie des Zoza-; Discours préliminaire; la vengeance de Duval de Soicourt. — II. Un précurseur de Karl Marx et Lassalle; le bon despote; un socialiste méconnu. — III. Critiques furieuses contre la Théorie des loix : Grimm; Dupont de Nemours; La Harpe; Mirabeau. — IV. Les clients affluent. — Les secrétaires de Linguet; François de Neufchàteau. — Pierre Lequesne; le Suisse des Tuileries. — V. Ouvrages littéraires; l'Histoire des jésuites; le roi de Prusse; M. de la Bletterie; les Canaux navigables. — Attaques contre Cicéron. — Correspondance avec Voltaire; le cul-de-sac de Rohan. — VI. Guerre avec le Mercure. — VIL Un projet de mariage royal; Louis XV et Mme du Barry ; iWé/«o!Ve j^our Simon Sommer, charpentier à Landau.

« Les juges de province ne brûlent pas tous les jours (( de jeunes gens, et l'attention publique ne s'attache ({ guères qu'aux affaires qui portent sur de grandes « infortunes ou sur de grandes singularités *. »

1. Mémoires et Plaidoyers, t. IX, p. 17. Réflexions pour M" Linguet, avocat de la comtesse de Béthune.

i56 LINGUET.

Aussi Linguet, qui a écrit ces lignes où perce une mélancolie particulière, une mélancolie d'avocat, fut-il condamné, après l'affaire de La Barre, à de longs et pénibles loisirs.

«. J'errais au Palais, dit-il, sans protecteur, sans « caution ; une figure inconnue et peu prévenante, « un air timide que l'on pouvait croire sauvage, ne « détruisaient pas les impressions que l'on tâchait « d'accréditer contre moi. J'ignorais que pour se « ménager un accès facile au barreau, il fallut s'atta- (( cher aux pas d'un ancien, choyer sa décadence, « épargner à sa main fatiguée et quelquefois à sa tête (( épuisée, les travaux qu'exigeait la confiance publi- « que, lui sacrifier sa propre jeunesse en attendant c( le moment de s'approprier un jour celle d'un autre; « enfin, en nouvel Elisée, recueillir le manteau de ({ quelque vieil Élie, et ne débuter dans ses essais « qu'à l'abri de cette égide respectable. »

Dans ce tableau poussé au noir, Linguet exagérait ses infortunes. Il avait quelques dossiers dans ses sacs, surtout des procès venant de Picardie, où il était grand homme. Mais ces travaux étaient insuffisants à coup sûr pour absorber son activité et pour satisfaire son ambition.

Aussi incapable de renoncer à la gloire que de l'attendre avec patience, ou de la poursuivre avec art, il se morfondait dans la rédaction d'obscurs écrits judiciaires : pour le « sieur Virloys contre les (( prétentions du sieur Bellegueule prêtre à Amiens », pour « la dame Masset contre les échevins de Saint- (( Valéry », pour « le capitaine Saisseval », « le cha- « noine Thévenin » ou « la communauté des maîtres (( maréchaux de Troyes »... C'était une maigre pâture !

Page 1