FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU. \SZ
(( Palais : assemblée des députés. On arrêta de ne (( jamais recevoir sur le tableau un homme souillé (( par une pareille alliance! »
Notons, pour n'y plus revenir, qu'après ce premier affront, François de Neufchàteau voulut se faire admettre parmi les avocats au Conseil, et que ceux-ci repoussèrent, comme leurs confrères du Parlement, et pour le même motif, le neveu de Préville.
Mme de Neufchàteau en mourut de chagrin et de honte. L'infortuné « enfant célèbre » s'enfonça alors dans la retraite, fut lieutenant général dans un bailliage de Lorraine, puis s'en alla en Amérique *. Plus tard, au Cap français, il exerça les fonctions de Procureur général.
Président de l'Assemblée législative, ministre de l'Intérieur en 1797, Directeur après Carnot, il devait entrer en 1816 à l'Académie française, et mourir en 1820, fort loin, comme on le voit, de ses anciennes mésaventures, et oublieux sans doute des affaires « Ruby contre le maréchal de Richelieu » et « de la Saussaye contre les comédiens françois », qu'il préparait en 1769 dans le cabinet de Linguet.
\. Pendant les voyages de François de Neufchàteau, le bruit courut qu'il avait péri dans une tempête. Aussitôt Linguet, qui était réfugié en Angleterre, annonça ce décès dans ses Annales et fit la biographie de son ancien secrétaire. Mais à peine cette oraison funèbre avait-elle paru que l'on apprit que « M. François » vivait encore. D'après la suspecte Correspondance secrète, Linguet aurait tenté de faire passer pour mort François de Neufchàteau pour lui être agréable, et sur sa propre demande. Le fait est que, dans plusieurs lettres inédites, et notamment dans une lettre du 10 vendémiaire an xiv, qu'il a écrite étant président du Sénat (Bibliothèque nationale, Manuscrits, fonds français, nouvelles acquisitions), François de Neufchàteau parlant de ses voyages et de ses traversées ne fait aucune allusion à la tempête qu'il aurait essuyée.
Même avec le secours de quatre secrétaires, on a peine à comprendre comment Linguet a pu venir à bout, en 1768 et 1769, des multiples besognes qu'il avait entreprises.
Il composa, dans ces deux années, sept ouvrages littéraires sur les sujets les plus variés, et cela sans négliger les procès qui le faisaient vivre.
Ces procès, avons-nous dit, étaient déjà nombreux. Il en est un que nous ne saurions passer sous silence, car il se lie étroitement, par les relations qu'il fit naître, à la vie de notre héros.
Deux négociants, nommés Pierre Lequesne * et Levasseur de Verville, plaidaient contre un certain Charles Roger, marchand d'étoffes de soie, détenu à la Conciergerie pour crime de banqueroute frauduleuse. Linguet se chargea de leur cause.
L'affaire était banale en elle-même, mais elle fourmillait de détails curieux, et l'avocat sut les mettre en relief dans un mémoire qui nous est resté.
Charles Roger n'était pas un accusé ordinaire; il avait l'esprit plein de stratagèmes, l'esprit d'un Gil Blas de la banqueroute. En 1765, il avait découvert une amusante ruse pour mettre sa personne et ses marchandises à l'abri des poursuites de ses créanciers.
Il avait acheté, à prix d'or, la complaisance d'un des Suisses des Tuileries ; et, de connivence avec cet homme, nommé Cazenove, il s'était installé, avec ses soieries, dans une chambre du château. Quel asile plus sûr aurait-il pu souhaiter qu'une maison royale, où, par respect pour le prince qui était censé