HISTORIQUE
Les gangrènes cutanées, par leur apparition soudaine, leur extension rapide, leur étiologie obscure, ont suscité de tous temps l'attention des bactériologistes. Deux types de gangrènes surtout ont été étudiés : les gangrènes primitives de la peau disséminées el les gangrènes génitales. Dans ces deux types de lésions, en effet, il n'existe pour ainsi dire pas de lésions artérielles : ces gangrènes apparaissent comme primitives d'emblée entourées d’un ensemble de signes généraux plus ou moins intenses qui signent la nature vraisemblablement infectieuse de ces processus nécrotiques. Aussi a-t-on cherché à déceler les germes capables de provoquer ces lésions.
Comme dans de nombreuses autres lésions infectieuses, le rôle du streptocoque a pu paraître capital; il est en effet d’une fréquence extrême : nous l'avons trouvé dans tous les cas étudiés; mais, s’il peut entretenir ou même provoquer des suppurations étendues et durables, il semble incapable de reproduire à lui seul la gangrène : toutes les recherches expérimentales faites dans ce but sont restées négatives. Carle, à propos de gangrènes multiples et primitives de la peau, incrimine un streptocoque d’une extrême virulence, mais dans de nombreux cas il ne peut « découvrir le moindre germe pathogène ». Veillon et Hallé attribuent de nombreuses gangrènes infantiles au B. racemosus. Auché, par contre, n'a jamais trouvé ce bacille, il ne le considère donc nullement comme spécifique, mais il admet « un complexus clinique produit par le développement de microbes ou d’associations microbiennes de nature variable sur un organisme prédisposé ».