SCÈNE IV
Les Mêmes, moins FRANÇOISE.
GIGNOUX
Où en étions-nous, quand cette fille nous a interrompus?
M""' FLÉGUETTE
Je ne sais plus : vous me parliez de mes relations.
GIGNOUX
Je vous disais donc que votre position était très difficile à tenir.
Je ne trouve pas.
(;h;noux Vous êtes exposée à toutes les médisances, si vous sortez.
]M""' FLÉCHETTE
Bon. Je ne sortirai pas.
<;i(;n()UX Alors, vous^ôtes exposée aux mauvaises impulsions de l'ennui; ce qu'il vous faut, c'est....
M'"'' FLÉCHETTE, rairèlant.
Je VOUS demande pardon, j'ai oublié de dire à Françoise de ne pas me réveiller demain matin.
(Elle sorl.) GIGNOUX, seul.
Il n'y a pas moyen de causer deux minutes de suite avec cette femme-là.
M"^'' FLÉCHETTE, revenant.
Là! c'est fait. Vous disiez?
GIGNOUX
Je disais... je disais que vous ne resterez pas éternellemeni veuve. Vous avez trente ans....
M'"'' FLÉCHETTE
Vingt-sept seulement, s'il vous plaît.
GIGNOUX
Ah ! Tant pis ! Enfim! vous avez besoin d'un appui, d'un ami sûr !..
M™' FLÉCHETTE
Mais non... ça ferait jaser!...
GIGNOUX
Eh! j'entends par là que vous avez besoin d'un mari! Et quel mari? Un homme jeune, rieur, fringant?
M""" FLÉCHETTE, séduite.
Oui... peut-être.
GIGNOUX, avec autorité.
Non. Il VOUS faut, au contraire, un homme entre deux âges.
Kl f/.V BAIN QUI (IfM/FE.
JSl""' FLKCIIETTJ;, (lérllc.
Ilculi!
(ilGXOlX
Connaissanl la vie, un homme qui ail passé le temps des l'olies.
M"" FLKCIIETTi;
La jolie garantie de bonheur!
(JioNoux, ])icssaiil.
Certainement! Et s'il faut vous mettre les points sur les i. l'homme que vous cherchez....
M""' IXKCUKTTE
.le ne cherche pas, je vous jure....
GIGNOUX, (Mlll)all(''.
Peu importe! L'homme tout désig-né à votre choix, c'est... voyons! vous ne devinez pas... c'est....
((irand éclair.) U'"^' FLKCUETTE, i)Ovissanl un cii.
Ah! vous avez vu? Quel éclair!...
GIGNOUX
Qu'est-ce qui vous prend! pour un éclair....
M""' FLÉCUETTE
.le suis si peureuse! je ne dormirai pas ce soir.... El vous?
GIGNOUX, désolé.
Bon! nous voilà encore une fois hors de propos!
M"*^ FLÉCHETTE
L'orage est sur nous!
GIGNOUX
Un bain qui chauffe, ce ne sera rien! Écoulez, j'aime mieux VOUS déclarer les choses brulalement; sans ça, nous n'en finirions pas. .le suis garçon; vous ôles veuve... voulez-vous de moi pour mari ?
M""^^ FLÉCHETTE
Vous, mon mari?... Quelle drôle d'idée!
GIGNOUX, vexé.
Dieu merci, je suis encore présentable ; je n'ai que quarante ans.
M""' FLÉCHETTE
Pardon, quarante-cinq. Vous, non plus, vous n'avez pas la mémoire des dates.
GIGNOUX
.le ne vous plais pas? Soit, n'en parlons plus.
M""' i'LÉcui-/rTi':
Voilà que vous vous vexez, maintenant?
GIGNOUX
Parbleu ! à moins que vous n'ayez un autre mari en vue!
Dieu! non! je ne me remarierai point.
GIGNOUX
Allons donc! Vous ne resterez pas veuve à cause de Fléchette. Sans doule, c'était un bon garçon... mais, ce n'est pas pour le déprécier, il y a mieux.
U'"^ FLÉCHETTE
.J'ai été heureuse en ménage; il serait imprudent de renouveler l'expérience.
GIGNOUX
Ce n'est pas votre dernier mot! Promettez-moi que ce n'est pas votre dernier mot.
M"" FLÉCHETTE
Si ça VOUS fait plaisir! A propos, il esl neuf heures, je n'ai que le temps d'écrire mes adresses....
(iIGNOUX
Je n'y pensais plus! (Parlagcmi les enveloppes.) Je vous laisse la moitié du paquet. Cela suffira....
M"" FLÉCUETTIl, allant au secrélaiic. .lai là une liste de l'an passé. (Elle lii-c une liste.) Deux cents personnes au moins!
Gi(;N()r\ ' .
Envoyez des invitations à toutes. Bonsoir. Ne me reconduisez pas.
Vous trouverez tout seul le chemin pour partir? (Elle fait ses i)réparatil's.) GiGNoux, sur le seuil.
Je le trouverai encore mieux pour revenir.... Ah!... si vous vouliez... enfin, vous réfléchirez... à tout à l'heure. (Il sori.)