SCÈNE DEUXIÈME
La veuve?
RENÉ
Si elle n’était pas veuve, comment m’épouserait-elle? La polygamie n’a pas cessé d’être un cas funeste.
GASTON
Pas d’équivoque; entendons-nous bien.. .Tu parles de madame Henriette de Chailly, l’amie de ma femme?
RENÉ
La meilleure amie de madame de Marsac, à coup sûr.
GASTON
Qui demeure rue de Varennes?
RENÉ
Je n’en connais pas d’autre.
GASTON
Et dont l’hôtel est au numéro 120?
RENÉ
Sans doute. — Où veux-tu en venir avec cette mitraille de points d’interrogation dont tu' me fusilles depuis un quart d’heure?
GASTON, bas.
Jouons serré. (Haut.) Du moment où les choses sont tellement avancées que le jour même des noces soit fixé, veux-tu me permettre de formuler encore un petit point d’interrogation ?
RENÉ
Oui; mais à la condition expresse qu’il sera tout petit et que ce sera le dernier.
GASTON
Comment se fait-il, mon bien bon, que tu n’aies pas accompagné la fiancée, cette nuit, au bal de madame de Barny?
RENÉ
Tout simplement, mon bien bon, parce qu’elle n’.y est pas allée.
GASTON
Ah! elle n’y est pas allée!
RENÉ
Non.
GASTON
Tu le supposes?
RENÉ
Je ne le suppose pas, je l’affirme.
GASTON
Ahl... Et si je te dis que je crois l’avoir reconnue sous un domino... Ici, j’ouvre une parenthèse : C'était un domino noir, avec des nœuds roses. Que répondras-tu?
RENÉ
Je répondrai que tu as eu tort d’ouvrir ta parenthèse, et je te conseillerai de la fermer à double tour. — J’ai passé la soirée chez madame de Chailly; je l’ai quittée à minuit, un peu souffrante et ne songeant guère, je t’assure, à revêtir un domino noir (René yo s’accouder à la cheminée) * fùt-il même agrémenté de nœuds roses.
Soit, mon cher René, je n’insiste pas; je me serai trompé; j’en fais ici l’aveu ingénu.
RENÉ
C’est bien de la bonté de ta part.
* René, Gaston.