‹ Un Baiser anonymeChapitre 6 sur 34 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

GASTON

Ainsi, tu te maries dans trois semaines... juste le temps né cessaire pour rédiger le testameut de ton bonheur, dont tu te disposes à conduire le deuil?

RENÉ

Que parles-tu de testament et de deuil? Si je me marie, c’est que j’ai le sérieux espoir d’être heureux en ménage.

GASTON

C’est juste, j’oubliais: la félicité conjugale! le paradis à deux!..! moins l’intermède de la pomme et du serpent... Voilà le phare trompeur qui vous attire et vous consume tous, ô papillons du célibat!

RENÉ

Je te conseille de te plaindre, toi, le plus heureux mari des vingt arrondissements!

GASTON

Mon cher, tu as la chance d’être domicilié dans le vingt et unième; crois-moi, ne déménage pas.

RENÉ

N’es-tu pas la preuve matérielle que le bonheur existe dans le mariage?

GASTON

Matérielle! matérielle!... Tu as des façons de t’exprimer

RENÉ

Immatérielle, si tu le préfères.

GASTON

Et qui t’a dit que le bonheur soit compatible avec la vio conjugale?

Toi-méme, bien souvent, sans que je te l’aie demandé.

GASTON

La belle preuve! C’est affaire aux maris de tenir ce perfide langage.

RENÉ

Dans quel but?

GASTON

Afin de n’en pas dégoûter les autres.

' ' ' ‘ RENÉ

Voyons, Gaston, sois sérieux un moment, si ce sacrifice n’est pas au-dessus de tes forces. Nieras-tu que madame de Chailly soit aussi bien douée au moral qu'au physique? Tous les pauvres du quartier te répéteront qu’elle est un ange de charité et de bonté.

GASTON

Mon cher, la bonté et la charité sont deux nobles vertus et

respectueusement je leur tire mon chapeau Mais il y aurait

beaucoup à dire sur le compte de ces natures toutes de tendresse et de dévouement envers le prochain. Une jeune veuve, accoutumée à chérir, à secourir également tous scs semblables, et qui se voit réduite tout à coup à ne plus aimer qu’un grand garçon comme toi, doué d’une santé florissante... (bos.) Attrape!.. (Haut) et n’ayant besoin d’aucun secours, Dieu merci!... Tiens! rien que d’y songer, j’en ai le frisson!

RENÉ

Décidément, mon cher de Marsac, tes raisonnements battent la campagne ce matin... Avoue que tu viens de te quereller avec ta femme, et que tu regardes la vie à travers dc3 lunettes noires. Est-ce que je me trompe?...

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