‹ Un bas bleu, vaudeville en 1 acteChapitre 3 sur 14 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ATHKNAIS, LA CL.IRLNILTTE DU VOISIN.

Athénais va commencer des roulades sur le refrain de l’air précédenl , lorsqu'on entend en dehors l'air t l’Ilytnen est un tien charmant, joué sur une clarinette. Alhennis s'arrête cl va regartler à ta fenêtre qui est entr’ouvcrtc.

ATIIÉNAIS.

Allons! bon, voilà encore mon voisin qui fait des tiennes. A-t-oii jamais vu un original de celle espèce! Dans le temps, je me trouvais souvent avec lui chez monsieur Susse, où il apportait des aquarelles de sa composition ; ce jeune homme était ^ssez gentil; mais il portail des lunettes à trji^r^ lesquelles je vis tout de suite qu'il vou- ^ 1ait rue parler mariage! Oh! mariage! « Nii, mein licrr! » lui répondis-je en lui tournant le ' dus. Je crus que j'avais été comprise... ouiebe! 'frois mois plus lard, à la mort de ma (ante, je viens un soir louer un petit logement dans cet hôtel garni. Le lendemain matin, j'ouvre ma croisée pour donner du colilichcl à mon serin, et qu'est-ce que j’cnlrepcrçois à la fenêtre d’en face? mon enflammé derrière une giroflée jaune, qui m’adressait la déclaration la plus tendre sur sa clarinette en mi bémol. Je ferme vile ma persienne, je pars pour la Hrie, où m'appelaient les affaires (le la succession ; et qu'('St-ce que je trouve à Meaux, logé dans le même hôtel que r?ioi? encore mon incendié avec sa darinelte. Je nie bouche les oreilles, je remonte en diligence, je reviens a Paris; et ce matin, qui répond tout d'abord a ma voix? la clarinette sus-inenlionnéc.

On entend de nouveau la clarinette répéter la fin de

Voir précédent tpiAthénaie répété autei: •

« L’amour, l'intime H l’amitié i

> Sont les compagnons du vorage...»

C’est connu! Parole d'honneur, il faut que cet instrument à vent soit pou au courant du répertoire moderne, pour continuer à me floriliirer sa déclaratios sur un air qui date du consulat!...

Kh bien, pbisqu'il aime tant à causer en ponts- ' neufs, je vois lui en donner du rococo!...

Elle prend sa guitare et accompagne l’air suivent dont elle fredonne les pr«’miers vers:

« Conscrv ons-bicu la pan du creur...» j

La Llarinette, toupture en dehnr». répond por f’nir : j « Kemmen, vouiez-vous éprouver.»

Femmes, voulez-vous éprouver! Ah! c’est trop fort! Apprenez, monsieur mon voisin, que je ne veux rien éprouver du tout; et décidément je vais le lui signijicr par écrit.

Elle se met à la table et commence une lettre pendant ce qui suit.

' SCÈiNE III.

J ATHÈNAIS, TllOMASSEAL.

I TiioMASSEAU, en entrant , d la cantofiade.

I C’est bon, vous dis-je; atlendez-moi dans la J petite cour, je vous retrouverai en sortant ^ ATUÉNAis, levant la tite et cessant d'érrire.

I Eh ! mais, à cet air docte et à celle belle douil- I lelle de taffetas, je reconnais le doeyeur Thomas- ' seau.

' TIIOMASSEAU. *

Lui-même, qui s’est empressé d’aceouriïtpour faire connaissance avec la nièce de celte chère madame Chamuscl, ma meilleure amie, que j ai toujours regardée comme une exception dans nia clientèle.

ATIlé.NAIS.

Et pourquoi donc ça ?

i TIIOM.ASSKAU.

Parce qu’elle était raisonnable celle-là. Aussi je ne l'ai pas traitée d’après mon système ordinaire, j’ai eu pour elle des soins particuliers.

I atiiénÀis, à part.

Pauvre tante I c’est peut-être |K»ur ça...

TIIOMASSEAU.

A sa mort elle me nomma son exécuteur testamentaire; j’acceptai... cl je viens, selon vos désirs, vous rendre vos comptes de succession. J'ai amené en même temps Champioux, le fermier de votre tante, dont le bail est à renouveler. 11 attend en bas dans la cour.

ATilÉ.NAIS.

C’est fort aimable à vous, docteur; mais si vous voulez permettre, nous ne parlerons pas affaires ce matin; c’est un patois qui tient du bédouin, et je n’enlcnds pas l’arabe; j’aime bien mieux vous consulter sur ma lettre dctoul à riicurc,..ma lettre relative à mes projets d'avenir.

TIIOMASSEAU.

Ah! oui, oui. tb bien, mon enfant, il faudrait soigner ça.

atiii!nais.

Comment! vcfus me tâtez le pouls?

TIIOMASSEAU.

Ilum! ea va mal; lésion commonçaiilc de Fenrépbâle, compression des lobes du cmeiet, raniollissemenl de rintellecle...

ATIIÉNAIS.

Ah ça, vous croyez donc que je suis toquée, moi qui me porte comme le pont Neuf... dans son adolescence. rif

TltOUA.SSEAU. \

Pauvre jeune personne! quel dtmmafifel àviogi-

trois ans» à la lële d'une jolie figure dont plus d*un galant homme accepterait si bien la nu-propriété. •

ATIIÉNAIS.

Un instant. Je vous comprends. Mais qu'esl-çe qu'un mari? je vous le demande... ifVie chose qui rappelle le temps de la féodalité et des serfs.

Aia Aubergisltt deqiialité.

^ La toi lui donoe la licrnre

De nou< loger, s’il le rroit bon,

A Quimpor, à Pont Saint-Maicuce,

Ou même en fac’ de l'Odéon î

11 a l' droit d' nous Hanquer un’ taloche, '

Un mari peut nous Oanquer un' talpche,

Dans l'omhte et sans publicité ;

Et pour comble d'iniqiiitéi Garder tout l'argent dans sa poche,

Pare’ qu'on est en communauté.

Garder tout l’argpnl dans h-ur |H>che,

Ils appell’nt ça communauté.

TllOMASSEAU.

Ah! voilà le grand mot lâché! C’est donc bien tentant l'existence d’une demoiselle réduite à l'état de fruit sec? Où en arrive-l-elle quand elle est vieille? pas d'autre affection que celle de son chardonneret ou de son angora, d’autre société que les édentées du voisinage, qui, dans leurs raouts de vicillès momies, mordent sur le prochain, ne pouvant plus mordre dans la croûte de pâté.

ATIlé.NAIS.

Tu l tu ! lu I tu ! Bloi je soutiens avec les génies contemporains de la qualité la plus superfioe, que la femme a le dfoil de se priver de tout ce qui est gênant, ennuyeux ou peu agréable... Voilà!

TIIOHASSEAU.

Oui, d’après le système de ces femmes tachées d’encre qui signent leurs écrits du prénom masculin de Théodore oud’Hercule, juste-milieu bizarre entre la moustache et la papillote, troisième sexe qui n’est ni chair ni poisson!... 5fais, par la corbleu! quand feu votre tante entendait raisonner de la sorte...

ATllÉNAIS.

Bah ! ma tante portait des lunettes, et n’y voyait pas plus loin que son nez, et encore il était camardt

TliOMASSBAlK

Ne dites pas de mal de votre tante, nièce in- i grale. Si vous aviez suivi scs conseils...

ATllé.VAIS.

Pardinel j’aurais épousé mon cousin Polydorc, , je le sais bien... Avec ça que c’est fait pour vous monter la tète; un jeune-francc qui applique ses hautes capacités au commerce des tricots, nanelles, bonnets de coton et autres objets d’art.

THOUASSBAC.

Mais l'âge et les convenances s'y trouvaient du moins,' et la fortune aussi, puisqu'il partage avec vous l'héritage.

^ ATUé.VAlS.

Qu’esl-cc que ça me fait?... je veux rester garçon, moi!... et mêmç, si j’étnis réduite à eu ve-

nir à celle extrémité, j'aimerais mieux épouser le voisin a la clarincUe.

Elle monirc la fciicire.

rnoMASSB-^u.

Eh bien , choisissez le voisin à la clarinette, si sa musique vous convient; mais suivez les conseils de la défunte.

ATHf-NAIS.

Non , cent fois non ; je n'irai pas comme ça couper le cou à mon avenir, écraser ma renommée dans l’oeuf, et faire une omelette de ma célébrité; je suivrai les conseils de Pasipbaé.

TUOHASSEAU.

Ou’est-ec que c’est que la Pasiphaé?

ATIIÉNAIS.

Une femme forte... un pur sang! chez qui je dois me rendre ce matin pour me faire recevoir membre du club des bas bleus... un nouveau cercle fondé dans le quartier des Lorettes.

TltOM ASSEAU.

Au diable!... c’est trop fort... votre Pasiphaé est une folle, et vous êtes, comme elle, incurable... Serviteur... voilà vos comptes... (il jette des papiers sur fa table. ) Lorsqu'on ne veut pas de mattré, il faut savoir gouverner soi-méroe ses affaires; et quant à moi, j’attendrai pour revenir que vous soyez à la dernière extrémité ; car, pour vous guérir, il faudrait une douche aussi grosse que défunt le puits de Grenelle...

Aih du Naufrage de la Jüéduse. (Opéra.)

Adieu; de me revoir Pour looglems perdez tout espoir;

Pourtant souvenez-vouH Oue vous aimer m’eilt semblé doux.

athEsais.

Calmez votre courroux.

Et plus de colère entre nous ;

(jue tout soit oublié,

Car je tiens à votre amitié.

inoMASSEAC.

Ah I vraiment, plus je vous étudie.

Plus je crains une mooomanie.

Tout mon latin S'y perdrait; ut je vais enfin Uevoir mes fous.

Qui le sotit un peu moins que vous t ENSEMIîLE.

THOMASaCAr.

Adieu; de me revoir, etc. ,

ATDE:(Ani.

Adieu; de vous revoir.

Docteur, je conserve l'espoir.

Olmez votre courroux,

Et plus de colère entre nous.

Thomasseau sort.

Page 1