‹ Un bas bleu, vaudeville en 1 acteChapitre 5 sur 14 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ATHÉN.A1S, CllAMPIOLX,

CBAiiPioux, à la porte, avec Vaceent normand.

Excusais, la bourgeoise... C’est-y point ici mam’sclle Tbélals Cbamuset ?

atiuSais, à part.

Bon... un importun mnintcnanl!

cHAMPtoux, enfranf.

Eh I... mais c*c8l vous-mème... pardine oui!... Je vous reconnais au portrait qu’on m'a fait d’ vout’ physique... ein teint d’ rose pompon... eine taille de guêtre... et des pieds petits comme des zharicois... Cré coquin 1 j’ suis ty ben aise d’ vous rencontrais !

ATHÉVAis, d parf.

ftfirci... moi je ne le suis guère. (I7auf.) Mais, avant tout, mon brave homme, faites-moi savoir à qai j’ai affaire.

CUAMPIOUX.

Eb bé, j’ sis Claude Champioui du Cotentin donc... r fermier d’ feu vout’ tante, né natif original de Yire-sus-la-Vée , departement du Calvados.

ATuéNAia.

Vous êtes Cbampioui?

CHAUPIOUX.

I.i-méme... J'élins v'nu à c’ matin trouvais r docteur pour y dire deux mots sur vout' ferme, et je ratieindais là dans la p’tiC cour. Mais vil qu'ciu dcscindant il m'ar’bufféen m’ diseiutd’allais m' promenais... Moi qui viens d’ faire quinte yeues à pied sus mon bidet... A-l-on vu c’ t'idée! Alors j’ sis monté par c’ p’lit escalier pour m'expliquais avé vou... Puisqu’il n' veut point m’écoutais, r vieux grigou ...

ATHÉ?(A1S.

Voyons, je suis très-pressée, parles vile.

ciiAurioux, pleurnichant.

Oh ! j’en ai gros à vous raconter.

Air normand.

Ça m’ tcumbe dru sur la coloquinte.

Vrai, c’est pisqu’eun' bénédiction!...

Y a mon p'tit damier qu'a la quinte.

Mon grand gars qu’est d’Ia conscription!

J'ai nout' âue et not’ ménagère Qu' ont été pris d'eun' mauvais' toUx,

Si bé qu’à c’ gueux d* vétérinaire M’a fallu payer pus d’ cent sous t

Un scélérat de polhicaire qui y a fait prendre du son tourné dans un sciau d’eau, avec un boisseau d' chènevJs, une botte d’ carottes et deux pintes d’ vinaigre... qu’ ma pauv’c femme tournait l’œil et qu’a gambillailnipusni moinsqu’un caniche qu'a avalé une gobbe... Sanscompterque ces gueuses de rats ont dévoré ma dernière quittance... Va donc falloir que je paye deux fois... pis que vout' notaire m’a fait faire une obligation qu’est échue d’avant-zhicr... et cependant je n' devais pas un rouge yard. J’co lève la main... j’en lève le pied... j’en lève tout.

(.Suite de roir.)

Queu guerdin d* sort, j' n’muis jioint U chance,

Eaut qu’ y ait là-d’ sous queuqu* manigance;

L* malheur fait d’ mé son compagnon,

11 me Up’ sus r chignon,

J’empogn’ toujours l’ognon ;

C’est ^'a qu’est du guignon!

ATHÉNAIS.

Vous voyez, mon brave homme, ce que c’csl que d'avoir affaire aux rats... et aux notaires. cnAMPioux, pleurnichant.

Aussi la bourgeoise, si vous n’ prenez point piquié d’ mon infortune, faudra que je moisisse en prison. [Jetant ton chapeau par terre.) Nom d'un p'tit bon homme ! cré nom d'un chien ! c’csly dur pour ein honnête père d’ famille de quatorze eofauts.

ATntlNAIS.

Quatorze enfants!... Voyez-vous les dividendes du mariage!

chjUIPIOOX, sanglotant, y n’ons pus qu’elne ressource... c'esl de flanquais ma femme en nourrice, de j'ter mes gars’ dans 1a Vire, ei de me met’ aux infants trouvais. athiInais.

Comment l vous aux enfants trouvés ?

CHAUPIOUX.

Eh ! pardon... excuse... c'est la cervelle qui m’ tourne 1

athIxais.

Voyons, voyons .. séchez vos pleurs, bas Normand; je consens à faire quelque chose pour vous... Cet engagement qui vous inquiète doit être dans ces paperasses.

Elle prend le dossier du docteur et cherche.

ciiAMPioux, montrant un popier.

Justement le v'ià... je Treconnais à c'te gueuse de timbre.

atbInais, le déchirant. ,

Tenez, nous sommes quittes.

CHAUPIOUX, ramussanf les morceaux- Est-il de Dieu possible qu’il y ait des Ames aussi charitables que ça?

ATHéXAlS.

Vous êtes donc content de moi?

CUAUPIOUX.

Mol pas content ? Mais pour point baiser les pas par où qu’a marche, faudrait être un malfaictcur !... Oh l si tous les créanciers et tous les propiélaires vous ressemblaient, ils iraient tout Hn dret en paradis et mériteraient des pothéoses, des tas de pothéoses. Mais soyais tranquille... vous n’aurez point affaire à un ingrat... Sarvice pour service; vous n’étes point sans ignorer maint’oant que r bail que j’avais passé avec vout’ tante d<V funte a été ruineux pour nié... que j'y ai mingé tout mon pauv’e saint frusquin..,Y'lg 1’ momint d’ le r'nouv’iais... c* bail... parsonne qu' mé vous ne offrirait seurmeut les trois quarts, pas même la rnoiqui' du dernier prix... Eh bé !... parce que c'est vous je le r’ prendrai... avec eunep'tit' diminution.

ATHéXAlS.

Comment! une diminution... Mais le terrain n’est donc pas bon ?

CHAMPIOOX.

Tout sable... tout ramassis... on y plante des neiiiilles, on y récolte des cailloux... pas moyen d’ tirer seurmeut eune pauve carotte.

ATIIÊNAIS.

Vous m'effrayez !... on m’avait pourtant dit... CIIAMPIOCX.

Le v'ià c' diable d’ bail tout préparé. ( Il tire un papier de sa poche. Tournant le papier dans tous les sens ) Don Dieu 1 il y a peut-être là* dedans des choses pernicieuses pour mé... et c’est sur timbre encore...

ATHéNAIS.

Ail ça, mais ça me fera-t-il une grande diminution dans mes revenus?

I CHAUPIOUX.

I Bé peu de chose...

ATüéNAlS.

I Vous m’en répondez?

I CHAUPIOUX.

I Si j' roins d’ein root, que l’ pain que j’ mange I devienne de la poison.

ATHBXAis, à part.

Il m’a l’air d’un honnête homme... Et puis, je ; n aurai pas d’obligation à ce vieux docteur... Bah! je me décide.

I CHAMPioux, lui présentant une plume et posant le papier sur son chapeau.

j J crois bé!... C’est une bonne afiCairequ* vous ( faites, allez!... Tenez bé... je vas faire ma croix.

I II fait sa croix , Athénats signe et change le double avec ; lui.

j cbaupiocx, fautant de joie et fredonnant,

I Madelon Dette a les genoux tout ronds,

I La jambe allonguette,

Et les pieds petitons, etc.

I ATfléxAlS.

Eh bien! qu’esl-cc qui lui prend? êtes-vous fou?... dans votre position.,, le père de quatorze enfants...

CHAUPIOUX.

Mes quatorze enfants! Ab! ouiche! Us sont tretous morts en bas âge.

ATHÉ.VAtS.

Mais votre femme? .

CHAUPIOUX.

Mon épou.seI elle s'a ensauvée avec le 15« léger... mais s’agit point de ça... maintenant que v’Ià le bail signé, faut réglais nos comptes. ATUÉNAIS.

Puisque je vous.ai donnné quittance.

CHAUPIOUX.

Ah! je vois votre trompe... je vois votre trompe...

ATIllVAlS.

Comment! ma trompe I

CHAUPIOUX.

^ous m'avez donné quittance d'mon dû, je ne dis point... mais moi je ne vous ai point corc donnais la mienne... c’est cent écus qu'vous restez me d’voir fin finale d’ compte.

athIvais.

Comment! je vous dois trois cents francs?

CHAUPIOUX.

Pour les dégâts de riiioiidaiion et de la grêle. ATHÉNAIS.

Et vous croyez que je payerai?... non pas, je m’adresserai à l'autorité du pays.

CHAUPIOUX.

De quoi? de quoi? pis qu'c'esi moi qu’est le maire de la commune de Coquinville.

ATIlé.VAIS.

Coquinville! ville de coquins plutôt!... N’importe... je plaiderai contre vous...

CHAUPIOUX.

Tant mieux encore... j'adore les proucès... j'sis du pays ou c’ qu’on les a inventés...

MAGASIN THEATRAL

Air : Par trop noviet un« fiUe (Cocoriro). i

Mia pèr' plaidait cont’ ma mère, I

Qui plaidait cont' f^nd papa;

Mon oncle plaidait cont’ son frère, '

Qui contre ses n’veui plaida ;

Ma tant’ plaidait contr’ sa fille ,

Pus tard cont’ ses deux maris ;

Hé j* plaid' cont' tout' ma famille,

Et c’est comni’ ça d' père en fils :

I)' plaideurs not* pays fourmille.

Loin d’ céder,

J' veux plaider. j

En instanc’ comme en appel.

Même Ponlro V père éternel ;

Lever 1’ pied, le bras ou la main Pour infonrer iwm prochain.

Plaidais contre le genre humain.

C’est le r'frain

Du Cotentin. I

ENSEMBLE

aTOKRAIS. I

Tromper ainsi son prochain.

C’est être par trop coquin.

Je m' défierai, c'est certain.

Des fermiers du Cotentin. I

cnAMPiom. I

Lever V pied, V bras ou la main, |

Pour infoncer, etc. >

Il sort par le fond. <

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