ACTE I, SCÈNB VL
MICHKL.
Amoureux! c'est une raison cela... au printemps; que ne le disais-tu tout de suite ?
PIBRRE.
C'est si bête à raconter un amour sans espoir.
MJ C II E L.
Pourquoi donc sans espoir? Tu n'es pas joli, joli, mais enfin tu > es plus joli que moî, et je ne me trouve pas laid. £lle est donc bien dégoûtée?
PIBRHE.
Elle ne sait seulement pas que je l'aime, et elle ne W saura jamais.
HICHEI.^
(Ju'es^-ce que c'est que ça ?
PIBRRK.
Elle est ici depuis huit jours, elle part demain et je n'aurai pas Toccasion de la revoir.
Diable! diable! c'est fort l)6te, ce (fui l'arrivé là... Te voilà du chagrin sur la planche pour tout T lu ver.
PIERUE.
Ne t'inquiète pas; si la tète me tourne, il y a un garj|e-fou... je me suis juré de l'oublier dès que je ne la verrai plus, et je l'oublierai. Tu me connais.
MICHEL
Mais alors quel singulier plaisir trouves-tu?...
PIERRE
A me donner le vertige quand je me sons en sûreté? Rien n'est plus enivrant. Tu ne comprends pus ca , toi, l'homme tort; et je t'étonnerais bien si je te disais que le charme de cet amour, c'est justement d'être sans espoir.
MICHEL
Tu m'étonnerais bien.
PIKRRK.
Eh! mon cher, qu'est-ce (jue Te^poir? Une Iransaction du rêve avec la réalité; et quand un attend (ju(^lque cIkxp de celle-là, on devient l'esclave de tous ses capi iccs. Elle ne \ous fait que des mLsères. Moi, rien ne dérange le roman que je bâtis dans ma téle;
j'en sui? le maîtro absolu, et il m'arnvc^ les aventures les plus ravissantes!... Je n en avais jamais eu dans ma vie de piocheur; je me rattrape, val Si je te les racontais...
Je les cdniiais : c'est toujours la même. Tu lui sauves la vie, et tu réponses malgré ses nobles parepts.
PIBRBB. X
Elle n'est pas noble.
MICHEL
Pas noble! A ta timidité je la croyais du sang des La Trémouille ! Elle n'est pas noble? ehl bien, ni toi non plusf je ne vois pas d*ob8tacle. ' .
PIBRRB.
Elle est riche.
MICHEL
Raison de plus; je t*ai toujours destiné une belle fille avec des écus.
PIERRE
La boulangère? tu ne méf^rises donc plus l'argent?
MICHEL
Distinguo : l'argent des sots, je le méprise, parce qu*il s'appelle tout simplement le luxe; l'argent du travailleur, je le respecte parce qu'il a nom Indépendance. Tu as une occasion d'arriver à la fortune par le bonheur, tu serais un« niais de la perdre par timidité.
PIBRRB.
' Ge n'est pas par timidité, je t'assure.
MICHEL
Fausse fierté, alors l
P^IBRRB.
Elle ne serait pas déjà si fausse; mais ne discutons pas, je m'abstiens devant l'impossible : mademoiselle Clémentine ne soupçonne môme pas que j'existe.
• MICHEL
Il y a donc d'autres jeunes gens que toi dans la maison?
PIBRRB*
Non.
m;ghel.
Alorâ tu peux ôtre sûr qu'elle a fait attention à toi.