LETTRE DE SARRAZIN À M. DE REAUMUR
(Pièce de la Bibliothèque de Reims, Manuscrit Tarbé Carton XVI, p. 77)
Monsieur,
J’ai receus la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrir. Il est vrai que j’ai receus une lettre de monsieur Disnard qui m’a fait un vrai plaisir, car je ne comptois plus avoir d’anciens amis à Paris. Je ne scais par quels hazards, ses lettres, quoiqu’hazards fort ordinaires en Canada, et les miennes ont été
(1) Comme pour la lettre précédente bien que celleci ne porte pas d’adresse, il est facile en comparant aux précédentes et suivantes de constater qu’elle est aussi écrite à M. de Réaumur. Cette pièce nous a été fournie par M. le Bibliothécaire de Reims qui insiste sur le français déplorable de Sarrazin.
perdues. Il m’a fait quelques questions concernant le rat musqué — scavoir de quel espèce de jonc, il fait sa loge; j’aurai l’honneur de l’assurer que les marais et les bords de nos rivières sont icy comme en France garnis de joncs de quantité d’espèce, entre autres le Joneus maxime reflexo maior. Je n’ai jamais cru que ce fut une circonstance nécessaire dans le fait dont il s’agit : on aurait pu me demander aussi la description de touttes les espèces de bois dont le castor bâtit sa cabanne, indifféremment de touttes les espèces de bois qui sont aporté de l’endroit qu’il a choisi. Je renvois le tout à l’année prochaine. Et s’il fallait satisfaire aux demandes que l’on me fait pour les plantes qu’on me redemande pour le Jardin roial etc., j’aurois plus de 200 lieues à faire. Je ne scai si l’on croit qu’on herborise en Canada comme en France. Je parcourerois plus aisément toutte l’Europe, et avec moins de danger que je ne ferois 100 lieues en Canada, et avec plus de péril. Vos messieurs, ou plustost monsieur Vinslow que je n’ai point l’honneur de connoitre, me fait plusieurs questions sur le rat musqué. Il n’est plus temps d’y penser, il n’y a qu’à voir ce que j’ai dit des parties naturelles de cet animal, et on verra qu’il faut absolument touttes les saisons de l’année pour l’observer, ce que je mande à monsieur de Vinslow touchant la méchanique du déplacement du testicule et de l’éloigne-
ment de l’épididime du testicule même, et sans aucun comerce de l’un à l’autre que le vaisseau de communication dont j’ai parlé. C’est icy où je pourois me plaindre sans cependant vouloir me plaindre de ce qu’on n’a pas examiné en France le rat domestique et le rat d’eau de la Seine. Il y en a et j’en ai tué en France peut-être m’auroit-on donné des lumières qui m auroient conduit pour mieux connoitre ces parties.
Vous m’étonez, monsieur, de n’avoir pas connu parfaitement la pointe du piquant du porte epy car vous êtes muni de tous les moyens nécessaires, pour en venir aisément à bout, pour moi, qui suis en touttes manières du commun, je n’ai qu’une louppe qui n’est point bonne. En sorte qu’étant aussi gueux que je le suy je ne peux qu’avec peine me fournir des instrumens nécessaires pour démêler les parties qui peuvent échaper à la vuë. J’ai tant perdu <st par les billets de banque et par l’incendie d’une maison qui me donnait 600 livres de rentes, que j’ai bien de la peine à vivre. Les paiements de ma gratification sont si retardez qu il m’en est dû trois années, ce qui rend ma situation fort triste et fort dure. Si vous avez l’occasion, monsieur, d’en parler à monsieur l’abé Bignon, qui peut tout auprès du ministre, vous me rendrez de ces services, monsieur, qu’011 peut apeler charité.
Monsieur Dupuis, médecin du roi à Rochefort, mon bon amy, m’a mandé que c’étoit à ces messieurs de l’Acaddémie de me faire payer de ma gratification, c’est pour cela même que j’ai mal fait d’avoir envoié ou donné ma procuration à monsieur Delorme mon beaufrère ; je croiois faire des merveilles en vous délivrant, monsieur, de la peine de vous en faire paier ; ce qui me chagrine encor, c’est qu’il est les trois quards de l’année à Bennevent qui est une abaïe du Chapitre de Québec, et qu’il ne sauroit profiter des bons moments où l’on paie au Trésor, si monsieur de Réaumur veut bien recevoir l’une de mes procurations, car je l’ envois par duplicata et je prirai monsieur Delorme de la lui remettre pour dans son absence me faire le plaisir. Ce que vous apelé tracasserie, terme qui convient parfaittement à la conduite du chirurgien de notre hôpital qui ne vouloit point de subordination, est amoindry, fort humilié pour cela. Ht pourquoi, pour avoir voulu trop s’élever et n’avoir pu soutenir la gajeure ; comme j’aime la paix, quelques cas épineux l’ont dérangé, plusieurs se sont plain avec moi, ce qui a fait venir quelques ordres qui l’ont mis à la raison, d’ailleurs ce que j’ai fais n’a été que pour le bien des malades.
Monsieur Redot a quité le bureau, et par conséquent les affaires du Canada. Je perdrai beaucoup par sa retraitte, parcequ’il avoit
beaucoup d’estime pour moi, c’est une endroit où je n’ai plus de connoissance. Enfin, monsieur, il n’y a donc rien affaire pour avoir quelque espèce de place à l’Académie et vous avoue que n’en sachant le rit, je m’étois toujours daté que j’y trouverai quelques coins avant que de mourir.
J’ai oublié de vous dire, monsieur, que j’ai encor examiné la pointe du piquans, il y a certainement quelque chose, et ce quelque chose me parait toujours une vis-enfin, ce que j’en ai écry.
J’ai remarqué et tiens que quand le porte épy est pris, il ne lance plus ses piquans, il ne fait que s’aplatir contre terre, ce qu’il est bon dire dans l’occasion et en avertir monsieur de Fontenelle, monsieur l’abé Bignon. En me parlant dudit animal, dit le porte apic sur lequel vous travaillé. Il n'est plus nécessaire que j’y travaille. C’est un ouvrage fini à moins qu’on ne croïe que j’ai manqué à quelque chose. Je crois qu’en voila assez ou plustot je n ai été que trop long-. Continuez moi, monsieur, l’honneur de votre bienveillance, puisqu’il est très vrai que j’ai l’honneur d’être avec tout l’attachement et l’estime parfaite,
Monsieur,
Votre très humble et très
obéissant serviteur,
Sarrasin
A Québec ce ioème 8bre 1726.
LETTRE DE SARRAZIN A M. DE REAUMUR (Pièce des Archives de l’Académie des Sciences de Paris) (1)
Monsieur,
J’ai receus la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrir, comme aussy la louppe que vous avez bien voulu donner à monsieur Delorme mon beau-frère, qui me la fait tenir fidellement. Vous me flattez encor d’une seryngue à injection. Je le veux bien, monsieur; mais il faut absolument que vous en acceptiez le remboursement. Et je charge fort monsieur Delorme de vous le faire.
Vous me mandez, monsieur, que vous faites imprimer la description anatomique du rat musqué. Vous me permettrai, monsieur, de vous faire ressouvenir de la demande que monsieur de Vinslow ma faite, qui est de rendre raison de l’écartement de l’épididime et comment il se peut faire que la membrane adipeuse fasse fonction de muscle crémaster, sans néa-(n) moins y avoir reconnus aucunes fibres charnues. Je vous envois, monsieur, le nouveau travail que j’ai fais sur cet animal. Vous ver-
(1) Cette lettre comme celle à l’abbé Bignon .et les deux qui suivent nous ont été aimablement fournies par Monsieur Lacroix, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences qui nous a également fait connaître 1 existence du catalogue écrit par de Jussieu possédé par le Muséum et dont on trouvera plus loin le document photographié.
rai que je néglige rien pour vous satisfaire, quoique je ne sois pas encor contant de mes recherches, et si j’ay examiné cet animal avec toutte l’atantion possible, parce que j’ai toujours crus qu’il en valoit bien la peine. Comme on ne fait pas en Canada tout ce que l’on veut, non plus qu’ailleurs, j’ai prié monsieur l’Intandant de me faire avoir des rats musquez. J’en ai eu moien quatre ou cinq ce printemps que j ai préparé, et je lui ai fait voir 1 écartement de 1 épididime et la membrane adipeuse. Sa présence est d’un grand agrément pour moi, car du premier coup d’œil, il est au fait de tout ce qu’on veut lui faire connoitre , c est d ailleurs un excellent témoins pour moi, en sorte que ce que (je) sçai par moi-même cadre fort bien avec ce que vous m’en avez mandé, car il est universel.
Çnfin monsieur 1 Intendant a connu comme moi l’écartement de l’épididime, mais qui est bien plus étandu que je ne l’avois observé jusqu’alors. Car un certain corps que j’ai dis autrefois glanduleux (qui est apuié sur la membrane adipeuse, et qui descend le long du testicule vei s ce que j ai appelé d’abord epididime auquel ü se joint) en fait partie. Car ce corps aussi bien que l’épididime d’opaque et de glanduleux, qu’ils sont hors le temps du îhut, comme je l’ai déclaré devient dans le temps du rhut clair, transparens, et rempli de vaisseaux fort blancs, comme dans l’épididi-
me même. Et c’est ce que nous avons découvert la louppe à la main, monsieur l’Intendant et moi. Ce fut même lui qui découvrit le premier ces vaisseaux, et qui sans un raion de soleil qui donna sur ces parties préparées dans ce moment, me seroit encor inconnu car des que le soleil nous quitoit, la loupe nous devenoit inutile.
Vous verrai le détail que je vous en fait et le jugement que j’en ai porté, que vous aprouverai si vous le jugez à propos.
Nonobstant la peine que j’ai eu jusqu’à présent pour connoitre parfaitement le rat musqué, n’espérant presque plus de rien découvrir, j’y travaillerai encor quand ce ne seroit que pour ma propre satisfaction. Et si je trouve quelque chose de nouveau, je ne manquerai pas de vous en informer, car je ne m’en tiens pas quite.
Il y a deux ans que je parlé d’un animal qu’on apele bête puante en Canada; mais j’y ai renoncé, car il est d’une puanteur execrable, capable de faire deserter tout un canton, si vrai que quand un chien a receu l’élancement d’une eau qu’on croit son urine, il en meurt ou tout au moins il en est bien malade, et souvent on est obligé de le tuer. Il est ex g encre verminoso ( i ) .
Je viens au doute où vous est, monsieur, que porte-pic lance ses piquans, de captif ne les
(1) Faute pour venenoso. Note de M. Lacroix.
lance plus quand il est pris. Vous est bien persuadé, monsieur, que je ne saurois sçavoir le naturel des animaux que par les colonistes chasseurs et les naturels du pays. Je regarde comme une vérité authentique ce que j’en ai apris par les personnes que j’ai cité. Ne sçavons nous pas que le loup (qui est un animal fort féroce' et fort dangereux) est sans deffense quand il est tombé dans une louvetiere. Le louvetier y descend, le bat, 1’enmusèle^ l’enchaisne, sans qu’il ose se déffendre. Il relève seulement les ievres et montre les dents .comme un chien qui n’est pas le plus fort ; et n’ose mordre ce qu’il feroit bien sil etoit libre. De la je tire une conséquence que le porte pic qui ne lance point ses piquans quand il est pris, les lance quand il est libre et qu’il est poursuivi.
J’ai encor examiné la structure de l’extrémité du piquans avec monsieur Dupuis, qui comme moi a trouvé la viz. Il semble que cette viz est entrecoupée et forme des rugositez qui représentent une râpe ou lime en queu de rat. Vous devez voir la même chose ; mais il faut faire cet examen au soleil. C’est de votre louppe que je me suis servis, qui est fort bonne. Ce que j’ai l’honneur de vous dire du rat musqué pour ce que j’ai nouvellement découvert, cest avec une louppe pareille à la votre que j’ai heureusement trouvée chez les Jésuittes sans m’engager, je vous dirai, monsieur,
que j’ai envie de revoir le castor cet hyver, que je n’ai disséqué que le printemps. Je soupsonne cet animal d’avoir des changements comme le rat musqué. Je dis : sans m’engager, parcequ’il n’est pas aisé davoir le castor dans le commencement de lhyver, parcequ’on en fait pas bien la chasse dans ce temps-la. Je crois, monsieur, que voilà tout ce que je peut vous ecrir a présent. Conservez moi, je vous prie, l’honneur de votre estime et de votre bienveillance. Jai lhonneur d’etre avec bien de la reconnoissance et bien du respect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Sarrasin
A Québec ce io 8bre 1727.
LETTRE DE SARRAZIN À M. DE REAUMUR (Pièce des Archives de l’Académie des Sciences, Paris)
Monsieur,
Voicy la seconde lettre que j’ai l’honneur de vous écrir qui n’est cependant pas un duplicata de la première comme nous avons accoutumé de le faire. Les vaisseaux restent si peu de temps dans la rade de Québec, que nous 11’écrivons qu’avec une précipitation extraordinaire. Vous avez du recevoir, monsieur, les
parties naturelles du rat musqué dessinées tel quel. Louvrier n’y entand rien du tout, et c’est la première fois de sa vie qu’il a été assez hardy pour entreprendre de faire de si belles choses, et affin que vous le connoissiez, monsieur, c’est moi-même. Voila une peinture de la facilité qu’il y a de faire quelque chose en Canada. Une preuve cependant que je crois l’idée que je donne assez bonne pour servir à connoitre ce que j’ai écris, j’en envois une seconde, et l’une et l’autre par monsieur de Rochefort.
Je prends la liberté, monsieur, de vous adresser une lettre pour monsieur de Vinslow. Je vous l’envoi à cachet volant pour que, si vous avez quelque raison de ne la pas donner, vous ne le fassiez pas. Il faut que je vous avoue bonnement pourquoi je prens ces mesures : c’est qu’on m’a mandé que la plus part de ces messieurs de l’Académie avoit un fort grand mépris pour les ouvrages de ceux qui n’étoient point académiciens pensionnaires ; ou autremens s’il y avoit quelques mesures à prendre, vous m’obligeriez beaucoup de m’en avertir. Du reste, je trouverai très bon tout ce que vous ferai.
J’ai l’honnçur detre avec respect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Sarrasin
A Quebec, ce 27 8bre 1727.
LETTRE DE SARRAZlN A M. DE REAUMUË (Pièce des Archives de l’Académie des Sciences, Paris)
Q’importe à quel prix, monsieur, quand on obtient ce qu’on aime. Je vous avoue que j’étois inquiette de n’avoir aucunes de vos nouvelles et elle m’ont fait dautant plus de plaisir, que je desesperois d’an avoir. Je me plaignois, et je la plaignois (je veux dire votre lettre) de son mauvais sort, croiant qu’elle avoit celui du malheureux navire du roi qui a fait naufrage a neuf lieux de Québec. Il n’y a cependant presque que le roi qui a perdu son vaisseau, car tout le monde a été sauvé, et presqu’aussy toutes les marchandises. Mais en faut-il davantage pour nous rendre tout affait odieux dans l’esprit de la Cour, surtout dans celui d’un ministre, de qui les faveurs et le zèle pour cette malheureuse colonie devient inutile. Que n’a il pas perdu, le roi, par la perte entière du Chameau; que ne perd-il pas encor aujourd’hui par celle de Y Eléphant. Ces mauvaises avantures dégoûtent.
C’est le ton sur lequel on parle qui rend l’expression bonne ou mauvaise. Il est vrai, monsieur, que j’aurois souhaité que l’hystoire anatomique du rat musqué n’usse pas été imprimée, car ce que je vous ai envoié l’été dernier, suposé que vous l’aïez receu, étoit dans
Ce fait ce qu’il y avoit de plus curieux et de plus nécessaire à sçavoir, et il a falu disséquer un rat musqué vivant, comme je vous lai mandé, sans quoi je n’en serois jamais venus à mon honneur. Je dis, monsieur : suposez que vous laiez receus, car comme vous ne me dite pas positivement ce que vous avez receus, savoir que dans la lettre que j’avois l’honneur cie vous écrir que vous y aviez trouvé, sçavoir un dessin qui representoit parfaittement la correspondance du testicule avec l’épididime, épididime d’ailleurs extraordinaire, puisque la semence sort d’une bube ou petite saillie qui sort de la partie moienne du testicule, qui est tournée du côté de l’anus et qui coule ou s’échappe par de petits vaisseaux qui s’avancent en forme de raion, et von joindre l’épididime tel que je l’ai decritte dans la lettre dans laquel étoit le dernier dessin que j’ai eu lhonneur de vous envoier, et qui nartit d’icy au mois de juin 1728, l’année, girâce au Seigneur que monsieur Dupuis est retourné en France. Un de mes etonnemens, c’est de ce qu’il s’est humilié jusqu’au point d’avoir bien voulu vous écu ii sur une matière qu il n’a pu entandre qrr autant que je lui en ai donné l’intelligence. Je vous prie, monsieur, si jamais vous faittes réimprimer cette ouvrage, ne parlé non plus de lui que si je ne l’avois jamais vus. Je le supose que vous le fassiez réimprimer ; il ny a, monsieur, qu’à retrancher ce que j’ai dit du
vaisseau de communication et mettre à la place le dernier dessin que vous avez receus, qui est très fidel. Une remarque que vous pouvez faire, monsieur, c’est ce que j’ai dis des vaisseaux sergmatiques (spermatiques) sçavoir qu’ils s’échappent du testicule en l’ouvrant, comme de la bouillie, ce qui doit faire sentir que la semence est extrêmement coulante, fluide et capable de sortir par voie de filtration à travers les membranes du testicule dont la bube dont j’ai parlé est formée. Pour toucher au reste de l’ouvrage, tant pour la diction que pour les figures, je n’ai garde ; tout y est si juste et si fidel que je ne le pourois sans tout gâter. Pour le castor, monsieur Dupuis me dérouta entièrement; ce dernier hyver, ce sont les maladies. Notre hyver a été terrible aussy bien qu’en France. Il est cependant mort fort peu de monde du moins entre mes mains ; mais surtout à Québec, les pluresies, les fluxs, le scorbut ont etez les maladies dominantes et régnantes. Faittes écrir, je vous prie à notre nouvel Intandant qu’il me favorise de quelque grâce pour mes recherches. Je veux dire, par ce mot de grâce, qu’il se serve de son authorité pour avoir les animaux sur lesquels je dois travailler, v. g. : le castor; car pour de grâce il ne faut plus en espérer ; d’ailleurs absentibus ossa. Fa Cour est la maîtresse, elle s’ennuie quand il lui plait,
et un pauvre diable comme moi travaille jusqua la mort.
En voila, monsieur, assez long pour vous ennuier. Continuez moi, je vous prie, l’honneui de votre estime et vos bienveillances. J ai celui detre très parfaittement et avec respect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Sarrasin (i)
A Québec, ce 4 8bre 1728.
LETTRES DE M. SARRAZIN A M. l’aBBÉ BIGNON
transmises par M. Beau-
cnesnes, pp. 139 et suivantes) Papiers de M. l'abbé Bignon.
le 2e avril 1727.
Monsieur,
J’ai receus la Lettre que vous m’avez fait honneur de mécrir, Le 14 mai 1726, Je suis pene monsieur de vous avoir Ecris une Si longue lettie, ou du moins de L’avoir remplie de
(1) On remarquera que toutes les lettres citées ne sont pas signées de la même façon. Dans es unes Sarra /m est écrit avec un z, dans les autres celles de l’Academie, avec un s. Malgré la longue discussion déjà sou-
, t 0 Sm; C? LVet et qui est soigneusement exposée dans e travail de Monseigneur Laflamme, nous avons adoMé 1 orthographe avec z, étant donné que les signatures due
!d°ttre.aV0US 1>U VÜU' 110US semblent bi«l comporter 'cette
tant de circonstances différentes, puisqu’elle Vous a Engagé à une réponse qui a pu Vous fatiguer, mais J’ay crus monsieur que quand Il s’agissoit d’un grand détail, vous Chargiez le correspondant de faire votre réponse a L’Etranger. Je serai monsieur dorénavant plus modéré.
Mes plaintes de ce que Je n’entendois rien dire des observations anatomiques que Jai Envoié II y a longtemps, etoient fondées sur L’Ignorance ou J’ai été qu’on ut fait Imprimer celle du carcaiou, pareeque Jai Crus qu’étant un animàl aussy rare, que son naturel est Extraordinaire Il meritoit quelques atantions. Si j’avois sceus qu’il Est été Imprimé Je L’aurois fait venir. Les Explications que vos messieurs de Lacadémie me demandent touchant le rat musqué m’etonnent ; d’autant quils ont Entre Leurs mains le Rat d’eau de la Seine que je les ai prié d’ Examiner et qui pouroit Leurs donner les lumières quils souhaittent dans le fait dont il s’agist, Je les prioL même de me Les communiquer, ce qui m’auroit fait un fort grand plaisir, on pouroit En même temps Le joindre aux genre des rats Et cepandant en dire les différences aussy bien que jay dit celles du rat domestique, si J’avois pu travailler sur cet animal avant le départ de nos vaisseaux Je L’aurois fait, mais on scait que Je ne le peux que de saison en saison quoi qu’a l’avance Je ne crois pas le pouvoir mieux
Connoitre que Je Lai connus, Et je ferai mon possible pour contanter monsieur de Vinslow sur la membrane adipeuse L’Epididyme.
Je vous suplie monsieur de m’obtenir de monseigneur Le Comte de maurepas La pension dont je pris La Liberté de vous parler L’année dernière, C’est un bien que je demande pour ma famille qui en a un vrai besoin plust a dieu que monsieur sceut La scituation ou Je me trouve, Je suis certain qu’il auroit La bonté de S’Emploier Efficacement pour Elle Et pour moi.
J’ai Lhonneur D’Etre avec une parfaitte reconnoissance Et Un respect très profond
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Sarrasin
Le départ de monsieur et de madame begon dont nous n’oublirons Jamais Les bienfaits Et L’amitié, Et Un coup pour ma famille et pour moi Le plus triste qui put m’ariver pandant ma vie Ils auront la bonté de vous parler de moi, Ils sont Lun Et Lautre d’un caractère si genereux et si bienfaisant que sans aucun autre obligation que Le plaisir qu’ils ont de faire du bien, Je me flatte que dans Loccasion Us me rendront service.
Monsieur,
Je me suis déia donné L’honneur de Vous Ecrir deux fois ; quoique J’aie Une assurance morale que Le navire L’Elephant dans Lequel sont monsieur Et madame Begion, Et Leurs famille arrivera a bon port, La prudence veut cepandant que je profite Encore de l’un des navires qui doit partir dans peu. dieu ne doit rien a personne, mais II me semble, Et je dirai hardiment qu’il semble a toutte La Colonie qu’un heureux Voiage Leur Est du. Il n’ont fait de peine a personne, Et Je ne scai s’il y a une famille dans Le Canada, a laquel Us n’aient pas fait du bien.
Je vous ai Informé monsieur de ce que je ferai pour Le rat musqué, on me redemande des plantes que J’ai autrefois Envoiés En Canada, Il faudroit bien faire deux cent Lieues dans Les pays que J'ai parcourût pour Les retrouver Enfin Je ferai ce que Je pourai. Si j’avois Une bonne louppe, J aurais satisfait monsieur de réaumur du premier coup . pour la poncture du piquant du porte Epy. Si J’avois osé J’en auroit demandé, ou prié monseigneur Le Compte de maurepas de m en faiie donner une, car celle que J’ai ne grossit pas assez, Et qui que ce soit n’En a En Canada. U me faudroit aussy Une Seringue à Iniection.
Souvenes vous de moi monsieur pour ce qui regarde La pension que Je voua ai deia des-
mandé. Si Vous n’avez cette bonté pour moi, Je n’aurai Jamais rien Et ma famille sera fort a plaindre apres ma mort Je me donne L’honneur d’Ecrire a monsieur Begon a qui J’en ai jamais osé parler En Canada personne ne pouroit mieux me rendre ce service que Lui b il veut bien cadrer avec Vous monsieur pour cela, continues moi monsieur Lhonneur de votre protection puisque J’ai celui d’Etre avec une parfaitte reconnaissance, et Un très profond respect,
Monsieur,
Votre très humble et très
obéissant serviteur
Sarrasin
a Quebec ce 20 8 bre 1726.
Si J avais le temps Je transcriroy cette Lettre qui est un peu brouillée.