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CHAPITRE II

LA MÉDECINE AU XVIIe SIÈCLE ET AU COMMENCEMENT DU XVIIIe

Médecine et chirurgie. — La vocation de Sarrazin. — • La Médecine scientifique et clinique. — La Faculté de Paris. — L’enseignement médical. — Le journalisme médical. — ■ Le développement scientifique. — Le Jardin Royal. — Pitton de Tournefort. — L’Académie des Sciences. - — - Sarrazin docteur. — Ses relations. - — - L’appel de la colonie.

On conçoit mal aujourd’hui cette différence absolue encore existante au XVIIè siècle entre la médecine et la chirurgie. Malgré notre spécialisation outrancière, médecins et chirurgiens sortent maintenant des mêmes écoles et si l’on peut être médecin sans être chirurgien, l’inverse n’est pas vrai.

Au temps qui nous occupe, au contraire, les deux corporations étaient absolument distinctes. Nous n’insisterons pas sur les disputes interminables survenues entre médecins, chirurgiens et barbiers, sur les rapprochements momentanés entre les uns et les autres. Il im-

porte de retenir en tout cas que le chirurgien n’était pas forcément médecin. C’est le fait de Sarrazin à son premier voyage.

Cette formation chirurgicale était du reste assez simple à acquérir et ne demandait pas la longue préparation qu’on exigeait déjà du médecin. Rien de surprenant si le nombre des chirurgiens dans la colonie était assez imposant alors que de médecins on ne semble trouver trace. Les plus en vue de nos praticiens d’alors relevaient simplement du groupe de ces barbiers chirurgiens dont Madry s’était assuré la maîtrise. Ils venaient de partout en ces villes de province où chez un maître local ils avaient facilement décroché cette maîtrise ou même se la faisaient décerner au pays. Il n’y a pas à s’étonner qu’un homme d’une valeur incontestable et d'une moralité parfaite, tel que Sarrazin, ait pu jouir parmi tant d’autres dès ses débuts d’une réputation déjà brillante.

Mais précisément sa valeur et son caractère lui permirent de comprendre qu’une formation médicale complète lui était nécessaire même en Nouvelle-France pour pouvoir accomplir toute sa mission. A ce titre seul, Sarrazin est un exemple digne d’être cité aux générations modernes. Convaincu de l’insuffisance de sa culture après ses premiers essais de clientèle pour remplir toutes les fonctions auxquelles il était appelé, il voulut être médecin.

Rendu à Paris, il ne songe pas longtemps à la prêtrise. Dans une lettre de l’abbé Tremblay, des Missions Etrangères, à l’abbé Glandelet, du Séminaire de Québec, en date des 8-1 6 avril 1696, celui-ci s’exprime ainsi à ce sujet : ( 1 )

“ . J’ai peu vu monsieur Sarrazin de¬

puis l’arrivée des navires. Il est venu me voir depuis peu et ne m’a pas trouvé. Je crois qu’il ne songe plus à être prêtre, de quoi je suis très fâché; car je lui en avais encore proposé des expédients la dernière fois que je lui en parlai, qu’il n’a pas cru devoir prendre ; je lui ai même proposé de se joindre à nous dans le dessein d’aller dans les missions d’Orient où un homme comme lui ferait de très grands biens. J’ai remarqué qu’il n’a pas encore acquis cette latitude de coeur qui nous fait reposer amoureusement en l’aimable providence de Dieu. Il craint un peu que la terre ne lui manque, il est d’ailleurs encore bien susceptible du point d’honneur. Il craint de paraître en Canada dans un degré inférieur à celui où il a été. Je l’ai invité à y retourner comme Monsieur l’Intendant l’invite pour être .en quelque façon médecin, mais avec des appointements moindres à ceux qu’il avait. Il a cru que celà ne serait pas assez honorable pour lui. Heureux ceux qui ne sont plus si pointilleux sur leur réputation et sur toutes ces

(1) Archives du Séminaire de Québec.

considérations humaines. Ce que je vous dis de lui n’empêche qu’il n’ait beaucoup de vertu. Je vous prie même de ne pas dire à d’autres ce que je vous en écris. Peut-être agit-il par des motifs plus spirituels et qui ne me sont pas connus. J’ai toujours remarqué en lui un grand désir de connaître la volonté de Dieu et de la suivre, et il a fait de grandes démarches pour celà qui lui ont beaucoup coûte .

Sarrazin était encore hésitant sur sa vocation et n’était pas non plus très disposé à revenir au pays où il avait quitté une situation qu’il craignait de ne pas retrouver aussi brillante. D’avenir montrera cet étudiant d’âge mûr poursuivant entre temps ses études médicales à Paris.

. La médecine était déjà très largement sortie des. ornières où l’attachement inconsidéré à Galien l’avait si longtemps maintenue. Avant d’entrer dans le XVIIIè siècle où elle allait forcément emprunter à la mentalité un caractère par trop théorique, correspondant aux systèmes philosophiques, elle semblait vouloir prendre son essor scientifique.

Le XVIIè siècle constitue en effet dans l’histoire médicale une époque classique. Dès les premières années de cet âge incomparable, la découverte de la circulation du sang par Harvey, en Angleterre, ouvrait une ère nouvelle où la tournure scientifique du découvreur

ne laissait rien à désirer. Puis ces bases fondamentales de toute la physiologie allaient rapidement s’élargir par les travaux successifs d’Asselli en Italie, de Pecquet en France, qui trouvaient à leur tour les vaisseaux chylifères et les lymphatiques et ouvraient les portes à toutes les données futures se complétant entre elles.

Si les périodes précédentes avaient permis certains développements, grâce aux nombreux travaux d’anatomie qui avaient déblayé le terrain, la physiologie jusque-là était restée complètement dans l’ombre et l’avancement n’était plus possible sans éclairer l’horizon de ce côté. Un grand pas se trouvait réalisé. Une médecine rénovée devait en découler, dégagée de toute l’antiquité souvent mal comprise et en tout cas trop servilement suivie.

D’autre part les travaux particuliers auxquels on se livrait en différents milieux, soit sur la chimie, soit sur la physique, allaient susciter la formation de groupes médicaux se rattachant soit ici soit là, imbus, il est vrai, de multiples idées fausses et de trop de parti pris, mais qui créeraient un rapprochement indispensable, plus tard, entre la médecine et les autres sciences. Ces deux groupes importants seraient connus sous le nom d’iatro-chimistes et d’iatro-mécanistes, suivant que leurs tendances les liaient à la chimie ou à la physique. Ils cherchaient par suite à expliquer soit par

l’une soit par l’autre de ces doctrines tous les phénomènes de la machine humaine et toutes les maladies qui peuvent s’y rencontrer. Théoriciens effrénés, ils versaient souvent dans l’erreur, mais ne manquaient pas de créer tout de même un esprit nouveau dont les influences se feraient sentir.

Enfin des hommes comme Morgagni et Malpighi en poussant à l’étude de la constitution intime des organes et des tissus ouvraient le champ aux conceptions modernes et devenaient les incomparables précurseurs d’une vaste part de la médecine actuelle. A côté de toute cette médecine scientifique nouvellement édifiée et qui porterait ses fruits, un grand clinicien surgissait capable par son esprit d’observation, son travail et sa méthode de donner le jour à la médecine clinique et de préciser non seulement la connaissance de certaines maladies qu’il décrira, mais encore l’emploi de certains médicaments dont il réglemente l’administration. C’est Thomas Svdenham, mort en 1689, en fermant par la clinique le siècle que dans cette même Angleterre, Harvey avait ouvert par la recherche.

Résultat tangible: non seulement la médecine scientifique était en herbe, mais la médecine clinique qui intéresse plus directement le malade, bien que la première lui soit nécessaire, sortait également de la routine et rentrait dans l’histoire.

On le voit, les conditions étaient sensiblement meilleures que ne pourrait le laisser croire la simple lecture de Molière. Sarrazin maître en chirurgie pouvait acquérir des connaissances médicales qui feraient de lui un médecin fort convenable et déjà largement digne de ce nom.

Tout ce progrès ne se réalisait pas cependant sans luttes et sans discussion. La querelle des anciens et des modernes est chose qui se poursuit de siècle en siècle et dans tous les domaines. Elle semble nécessaire pour calmer l’opinion des esprits trop avancés tout autant que pour stimuler les énergies des retardataires.

L’Ecole de Paris, entre autres, n’avait au cours du siècle avancé que lentement sur ces nouveaux terrains et on y rencontrait des adeptes nombreux de l’antiquité restant à tout prix des anti-circulateurs et luttant à merveille contre l’antimoine et tout ce qui n’était plus la routine. Tous les siècles et toute.s les écoles ont eu sous ce rapport des esprits de même ordre et il ne faudrait pas s en etonner outre mesure, quand on sait les brillantes phalanges qui ont succédé depuis à ces maîtres réfractaires. Parmi ceux dont les énergies et la plume facile s’appliquèrent à démolir les théories nouvelles, il suffit de mentionner le spirituel Guy Patin autrement digne de se faire pardonner sa passion de l’antique. Mais il im-

porte de savoir que les maîtres de l'heure, fussent-ils docteurs régents, doyens ou médecins de. cour, évoluaient de telle sorte qu’ils pouvaient provoquer toute la satire. Et si à l’époque où Sarrazin travaille, l’évolution s’est déjà fait sentir, le milieu toutefois n’est qu’au début de sa transformation.

Les étudiants ne sont du reste pas encore nombreux. La vie universitaire, très organisée, coûte cher. Plusieurs d entre eux comme aux temps modernes doivent par un travail à côte subvenir a leur existence. Quelques-uns même allaient jusqu’à mendier (i).

A la fin du siècle les élèves de la Faculté de Paris ne sont pas plus de quatre-vingts à cent et tous doivent produire un certificat de maître es arts (2). On se demande comment Sarrazin, dont la formation littéraire, entre autres, ne semble pas très complète, put arriver à pi éparer son doctorat dans ces conditions.

Les cours débutaient à la St-Luc, le 18 octobre, dans des locaux qui n’avaient rien des écoles actuelles. C’est en 1608 seulement que l’on avait exproprié, l’année même de la fondation de Québec, le local de la rue du Fouarie où Ion devait reconstruire le premier amphithéâtre érigé quatre ans auparavant. C’est

(1) Dr Jules Roger: “La vie médicale d’autrefois”

(2) Idem.

dans cet amphithéâtre Riolan que Sarrazin et ses successeurs allaient suivre les cours. De même il dut pénétrer et dans l’ancienne chapelle de l’école, sise en la bibliothèque jusqu’en 1695, et dans la nouvelle, dont Fagon, d’illustre mémoire, avait fourni les grilles (1).

Le baccalauréat, la licençe, le doctorat et la régence constituaient des étapes couvrant plusieurs années et que Sarrazin dut forcément abréger puisque reçu docteur à Reims, il revenait au pays en 1697. Les études duraient en fait sept ans, il franchit le tout en moins de quatre, mais évidemment sans devenir docteur régent.

Outre les cours, l’enseignement clinique se. faisait à l’ Hôtel-Dieu de Paris ou chez le client avec le praticien. Il est certain que de ce côté un chirurgien revenant des colonies avait déjà par devers lui un très grand avantage et pouvait disposer d’une expérience personnelle favorisant l’assimilation rapide des nouvelles connaissances acquises. La grande pratique médico-chirurgicale de Sarrazin pendant ses huit ans passés au pays dut lui être substantiellement utile. Lorsqu’on sait l’étendue que cette pratique avait déjà prise et le sérieux avec lequel on l’avait toujours considéré, on reste convaincu que sa formation théorique dut facilement se compléter en te-

(1) Dr Jules Roger loc. clt.

nant compte de l’esprit d’observation dont if fait preuve.

Voilà l’école et le milieu médical officiel, voilà l’état où en était la médecine scientifique et clinique dans le monde et à Paris. Il y a plus encore : depuis quelques années, Nicolas de Bligny, non seulement avait créé le “ Botin ’, mais encore avait fondé la presse médicale. A l’époque de Sarrazin, Claude Brunet publie en continuation au premier journal de de Bligny “ le progrès de la Médecine” (i). Nous sommes presque aux temps modernes et pour un esprit curieux qui d’aventure s’est déjà largement ventilé par un voyage en Amérique, 1 ambiance devient particulièrement intéressante et propice. Dans le même ordre d’idées, 1 abbé de la Rocque dirige le “ Journal des Savants”, organe important où l’on retrouvera plus tard certains travaux de Sarrazin.

C est qu en effet on s’éveille de toutes parts et si 1 on est habitué a saluer le siècle de Rouis XIV pour ses littérateurs, il ne faudrait pas oublier la large part qui revient encore au roi Soleil dans le développement scientifique général. . Si la médecine a retardé un peu dans le Paiis du grand roi, dont les médecins ont donné pi ise a certains ridicules, il n’en est pas moins vrai que les sciences y ont acquis un dé¬

fi) Dr Jules Roger loc. cit.

veloppement appréciable et digne de mention. Le fait est à noter pour comprendre comment Sarrazin se trouve naturellement orienté vers ses futurs travaux. Ce mouvement intense devait servir à l’édification d’ensemble et préparer le glorieux avenir avec une prévoyance certainement égale à l’encouragtement aux savants dont on fait si grand cas lorsqu’il s’agit cent ans plus tard de Napoléon.

Certaines institutions concouraient de façon précise à cet état de choses. Les savants étaient appuyés ostensiblement par le pouvoir, les gratifications qu’on leur octroyait étaient relativement importantes.

Et d’abord c’est le Jardin Royal ou Jardin des Plantes qui deviendra à la révolution le Muséum d’Histoire Naturelle. Hérouard et Gui de la Brosse, médecins de Louis XHI en avaient été les fondateurs . Cette création ratifiée par le pouvoir royal n’était pas étrangère à l’enseignement de la médecine. L edit qui la créait porte en effet qu’“attendu quon n’enseigne point ès école de médecine a faire les opérations de pharmacie.... le sieur Bouvard nous aurait supplié que trois docteurs choisis par lui dans la faculté de Paris, soient par nous pourvus pour faire aux ecohers la emonstration de l’intérieur des plantes et de tous les médicaments et pour travailler a la composition de toutes sortes de drogues par

voie simple et chimique . etc.” (i).

La Faculté ne voit pas la chose d’un très bon oeil. Peu importe, la charge et la direction de l’institution revenaient à un médecin du i oi et Fagon quelques années plus tard allait lui donner tout son essor. Fn effet dès 1683 ce premier médecin du roi, élevé au Jardin des Plantes à titre de neveu de Gui de la -Brosse et épris de sciences naturelles allait chercher en province Joseph Pitton de Tournefort pour le nommer professeur de botanique rournefort devait créer la botanique moderne et par ses voyages et l’apport de tous les voyageurs creer aussi le Muséum. Mais avant d etre lui-même charge de mission scientifique au Levant, il allait faire sa médecine et il semble bien que ce soit là qu’il fit connaissance de Sarrazin. Si celui-ci l’eut comme maitie, il dut aussi le coudoyer comme condisciple, car lorsqu’il revint au Canada en 1607 avec son titre de docteur, Tournefort était encoie a préparer sa thèse passée en 1698, sur un sujet diatro-mécanisme: “Le traitement des maladies doit-il se rapporter aux lois de la mécanique? Le grand précurseur de Linné seia comme nous le verrons, un des premiers protecteurs de Sarrazin dont il saura mettre en valeur les connaissances scientifiques.

nJ1uu“LLJardin des Plantes Couailhac Ed. Curmer, 1842.

P. Bernard et L.

Voilà déjà une oeuvre d’importance où les sciences naturelles sont fortement en honneur. Inutile d’ajouter qu’au vieux Collège de France on enseignait la botanique et l’astronomie depuis le règne de Henri IV.

Mais non moins utile aussi à ces développements, cette Académie Royale des Sciences dont Sarrazin sera correspondant et qui constituait un milieu hors pair à Paris. Les travaux de Descartes et de Galilée, d’Harvey, de Warthon, de Glisson, de Pecquet, de Malpighi et de tant d’autres avaient attiré l’attention. Fontenelle dans son admirable histoire de l’Académie montre comment les réunions intimes des Pascal, des Roberval, des Gessendi, des Descartes, précédèrent la formation de ce cénacle fondé dès 1666 par Colbert, se mettant rapidement au travail pour m’être réellement réorganisé et régulièrement constitué par Louis XIV qu’en 1699.

C’est le milieu fréquenté par Sarrazin au moment où il complète sa formation médicale et prépare même ses recherches scientifiques. Il est depuis toujours fortement attiré vers les sciences. Nous avons vu sa grande intimité avec Franquelin, l’hydrographe, dès son premier séjour au Canada. Bien qu’il ne paraisse pas avoir poursuivi de travaux spéciaux sur l’histoire naturelle durant son séjour à Paris, il avoue avoir tué des rats d’eau de la Seine qu’il n’a pas toutefois étudiés d’assez

près pour faire la comparaison avec le rat musqué ( i ) . Il sait néanmoins regarder, ce qui est la première qualité du médecin et du savant.

Ses études terminées à Paris, il va prendre son titre de docteur à Reims. On a beaucoup discuté sur ce point (2) et personne n’a voulu choisir entre Reims et Rennes. Il ne peut cependant y avoir de doute possible pour l’excellente raison (3) qu’il existait alors à Reims une écqle de médecine et qu’il ne s’en trouvait point à Rennes. Du reste l’ortographe employé „dans le registre du Conseil Souverain “Rens” ne peut correspondre comme prononciation a auti e chose que Reims. Et trente ans plus tard, c’est dans cette ville que le fils viendrait à son tour reprendre la trace du père.

L’intendant Champigny, comme le dit l’abbé Tremblay, désirait fortement le retour au pays de cet excellent médecin que l’on manquait dans la colonie (4)- Ecrivant au ministre le 6 novembre 1695, ^ insiste sur ce retour en sollicitant un traitement de six cents livies pour celui qui “après avoir acquis une expérience consommée dans les fonctions de chirurgien en ce pays pendant six ou sept ans,

D) Lettre de Sarrazin Bibl. de Reims, loc. cit.

(2) Mgr Laflamme loc. cit.

(3) Note fournie par Mgr Amédée Gosselin.

(4) Lettre de l’abbé Tremblay déjà citée.

a été en France pour achever de se perfectionner dans l’étude de la médecine ” ( i ) .

Sarrazin attendra encore et différera de longtemps son voyage malgré ces sollicitations. Puis lorsqu’il s’embarquera formé dans ce milieu spécial au contact du monde savant à un moment où celui-ci se développe et utilise tous les rapports possibles de l’étranger, c’est avec des charges définies, dans un but tout autant scientifique que médical qu’il va rejoindre son poste (2). Et Tournefort est peutêtre dès cette époque directement intéressé à la chose.

On ne se leurre pas sur le fait, même en

Nouvelle-France: . “ Comme il y a lieu de

1’apprendre que le sieur Sarrazien a eu d’autres veuës en revenant au Canada que celle de traiter seulement les malades, s’appliquant beaucoup aux dissections des animaux rares qui sont en ce pays, ou à la recherche de plantes inconnuës, on a tout lieu de croire et de craindre qu’après qu’il se sera pleinement satisfait là-dessus, ou plutôt quelques personnes de conséquence de sa profession , qui nous paraissent avoir bonne part à ces sortes de recherches, il ne s’en retourne, en France, flatté de leur protection et de son avancement par leur moyen. . . ” (3).

(1) Lettre citée par Mgr Laflamme loc. cit.

(2) Mgr Laflamme, loc. cit.

(3) Arrêts du Conseil de Québec 1694-1702.

Voilà évidemment des relations que Sarrazin ne s’était pas créées par correspondance seulement, (à cette époque on n’avait pas encore publié ses principaux travaux) mais qu’il avait fortement établies lors de ses études à Paris en prouvant ses dispositions et aptitudes à ceux-là mêmes qui étaient susceptibles d’en juger et en mesure de les apprécier à leur valeur. C’était le moment où Tournefort était chargé par le roi de cette mission dans le Levant dont nous parlions tout à l’heure, mission où allaient l’accompagner Gundelsheimer et le dessinateur Aubriet, il était naturel que Ton ne craignît pour Sarrazin une simple expédition de même ordre en Amérique et un retour précipité auprès de l’Académie et des milieux scientifiques, assurément plus attrayants que la forêt et les neiges, et offrant surtout plus de facilité de travail à un esprit averti et chercheur.

Plus que jamais la colonie, où l’on avait souffert de sa longue absence se rendait compte de sa valeur médicale et désirait se l’attacher du simple point de vue professionnel. Le malade s’intéresse peu à la science pure, c’est au guérisseur qu il s adresse et malgré le nombre imposant de chirurgiens disséminés en Nouvelle-France et dont certains ne manquaient pas de réputation, la confiance allait surtout^ r Sarrazin déjà bien vu au départ, mais bénéficiant en plus de toute la réclame

fournie par ce séjour prolongé en France, les nouvelles études qu’il s’était imposées et le titre de docteur en Médecine rapporté par lui, titre encore une fois peu fréquent au nouveau monde.

Pour l’époque, sans aucun doute, il ne fut pas moins bon médecin qu’il ne se montrait biologiste d’envergure. Et la clientèle canadienne était tout aussi nombreuse que variée dans un pays où les rigueurs du climat et les difficultés matérielles de la vie s’alliaient à l’isolement et à la morbidité. Les maladies épidémiques faisaient encore partout de par le monde des ravages heureusement inconnus de nos jours.

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