MICHEL SARRAZIN, MEDECIN-CHIRURGIEN EN NOUVELLE-FRANCE
Le retour. — Epidémies. — - La constitution médicale. — • La médecine chez les sauvages. — ■ Sarrazin médecin. — - Sa thérapeutique. — Sa pratique chirurgicale. — L’expertise médico-légale. — Le contrôle scientifique des miracles. — Médecin des hôpitaux. — ■ Les charlatans. — La valeur de Sarrazin au point de vue médical.
Pour se remettre à l’œuvre et reprendre la pratique, Sarrazin n’allait même pas attendre d’avoir mis pied à terre. Il rentrait en Nouvelle-France en 1697 sur l’escadre commandée par Monsieur Nemond, comprenant plusieurs vaisseaux et sur laquelle revenait Monseigneur de Saint-Valier. Une épidémie sérieuse sévissait à bord et les passagers de la Gironde surtout furent éprouvés. L’évêque fut gravement malade et seul “ un monsieur Sarrazin put le sauver” (1), se dévouant à tout l’équi-
(1) Archives de l’IIôtel-Dieu.
page, contractant lui-même le “pourpre’’ (i). Cette maladie alors fréquemment épidémique décrite dans la première moitié du XVI le siècle par Rivière de Montpellier, est peut-être avec le scorbut et la variole celle qui causait à l’époque le plus de ravages au pays. Elle originait souvent comme le scorbut au cours de ces longeus et pénibles traversées où l’organisation sanitaire faisait totalement défaut, au même titre qu’on l’a souvent rencontrée dans les prisons insalubres. Affection hémorragique très grave lorsqu’elle sévissait ainsi à l’état aigu, elle s’attaquait sous forme de fièvre éruptive à tous ces sujets débilités, mal alimentés et exposés pendant de longues semaines aux fatigues du voyage, au froid et à l’humidité. Elle se communiquait ensuite aux habitants, et dans le milieu hospitalier au personnel surmené. A l’arrivée de la Gironde le 8 septembre, l’Hôtel-Dieu est rempli et débordé ; plusieurs religieuses furent atteintes* auprès desquelles Sarrazin rétabli, continua d’exercer ses intelligents services (2). En effet il les sauva toutes et se dévoua jusqu’au bout. Il se prodiguait également au dehors et ses succès furent tels, — il ne perdit à peu près pas de malades, alors qu’une épidémie semblable douze ans auparavant en avait emporté plus
(1) On la désigne aujourd’hui sous le nom de “purpura” dont il existe plusieurs variétés.
(2) Archives de l’HÔtel-Dleu.
de huit cents (i), — qu’il fut assiégé de toutes parts, donnant par écrit des consultations aux chirurgiens et curés du voisinage.
Un tel succès venant s’ajouter dès l’arrivée à une réputation déjà établie ne pouvait manquer de lui créer aussitôt une situation d’estime et de stabiliser la confiance. Dès le 15 octobre la mère St-Ignace de l’Hôtel-Dieu, redoutant un mois après le retour un nouveau départ, ne manque pas de s’écrier: “ Que Dieu bénisse un si sage, si vigilant et habile médecin, et qu’il inspire au ministre de lui donner quelque bonne pension qui l’attache en ce pays ” (2).
Nous avons dit la fréquence de ces maladies contagieuses. L’une succédait à l’autre et les descriptions en sont parfois terrifiantes.
Vers la fin de l’année 1700, le pays fut en proie à une de ces épidémies de grippe dont notre génération connaît la marche meurtrière. Toute la région fut atteinte au point que les chanoines en mission ne pouvaient quitter leurs postes et qu’il fut un moment où au Séminaire un seul prêtre en santé, l’abbé Pocquet, ne suffisait plus “ à administrer les sacrements et enterrer les morts” (3). C’est cette épidémie qui emporta, outre les chirurgiens
(1) Registre des arrêts du Conseil Supérieur 1694-
(2) Archives de l’Hôtel-Dieu.
(3) L’abbé Auguste Gosselin: “ M. de Bernières ”.
Beaudoin et Roussel (i), hommes réputés, le premier curé de Québec, Monsieur de Bernières (2).
Deux ans plus tard la variole apparaissait à son tour et cette succession ininterrompue de calamités ne manque pas d’énerver les esprits. Les craintes inspirées par ces fléaux et la sensation de sécurité découlant par contre de la présence de Sarrazin justifient pleinement et suffisent à expliquer cet attachement sans cesse grandissant, si nettement témoigné à chaque page où l’on retrouve son nom.
Cette épidémie de variole de 1702 et 1703 mérite qu’on s’y arrête ; sa gravité, son origine, la rapidité et l’étendue de son développement illustrent bien les conditions en épidémiologie.
Les annales de l’Hôtel-Dieu en fournissent une description fort intéressante :
“ M. de Beauharnois qui venoit intendant arriva le 29e d’aoust, il fut reçu avec de grands honneurs... Il passa pour la première année le plus cruel hyver qui se soit peut-être jamais vu en Canada, non pas par la rigueur du froid qui fut assez tempéré, mais par la fâcheuse picotte qui désola toute la nouvelle france. Ce fut un sauvage venant d’orange qui nous 1 apporta 1 automne, il en mourut à
(1) Ahern loc. cit.
(2) L’abbé Gosselin loc. oit.
Québec et on l’enterra honorablement comme un chef.
“ La maladie commença par la maison où il avait demeuré et se communiqua en peu de temps partout avec une fureur incroyable, il n’y eut point de maison épargnée dans la ville, ceux qui conservaient leur santé ne suffisaient pas pour soulager les malades, les familles entières se trouvaient frappées de ce mal et le peu de soins qu’ils recevaient, joint à l’infection et à la malignité de cette peste les faisoit mourir fort promptement. Il est vray qu’il en mourut un grand nombre à qui rien n’avait manqué et que l’effroy s’étant mêlé dans cette affliction générale, plusieurs moururent de peur seulement sans qu’on put remarquer sur leurs corps aucune apparence de petite vérole.
“ La mortalité fut si grande, que les prêtres ne pouvant suffire à enterrer les morts et assister les mourants, on portoit chaque jour les corps dans l’église de la basse-ville ou dans la cathédrale sans aucune cérémonie, et le soir on les inhumoit ensemble quelquefois jusqu’au nombre de quinze, seize et dix-huit. Celà dura plusieurs mois, en sorte que l’on comptoit sur les registres mortuaires plus de deux mille morts dans Québec sans parler des environs qui n’eurent pas un meilleur sort. Jamais on n’a tant vu de deuil, chacun pleuroit ses proches l’un sa femme, l’autre son mary, celuy-cy son frère, celuy-là ses enfants, les orphelins
pleuroient leur père et leur mère, tout le monde étoit dans les larmes et pendant tout l’hyver on ne fit des assemblées que pour des funérailles. Ceux qui n’êtoient pas attaquez de ce mal fuyoient les maisons où il y avoit des malades mais malgré leurs précautions, ils étaient pris a leur tour, et mouroient comme les plus exposez.
“ Nôtre hôpital fut rempli d’une si grande quantité de malades, que ne pouvant tous les y loger, et n’ayant pas d’endroit chaud pour les mettre, nous les plaçâmes dans le Choeur, on interrompit les observances et nous retardâmes les vêtures de mes Soeurs Jeanne Geneviève Beaudri de la Conception, et fraçoise Auclair de St-Bernard qui êtoient entrées icy dans le cours de l’été, parceque dans cette désolation publique nous n’avions pas le tems de nous reconnoître. Nos Rses tombèrent malades en si grand nombre dès le commencement, qu’il n’en resta pas assez de saines pour soigner les malades de nos sales, et de nos infirmeries, c’est pourquoy nous acceptâmes l’offre que plusieurs bonnes veuves nous firent de nous rendre service. Elles venoient pour avoir soin des religieuses malades et les Rses qui se portoient bien avoient soin des sales, car nous ne voulûmes pas faire servir les pauvres par des séculières. Ce fût un espèce de bonheur de ce que nous essuyâmes les premières les rigueurs de ce fléau, parceque cela nous mit en
état de soulager les autres dans le temps qu’ils en eûrent le plus de besoin, et cela nous donna aussy l’expérience qu’il falloit avoir pour les traiter, il en mourut peu à l’hôpital en comparaison de ce qui mourroit dans la ville, ce qui redoubloit l’empressement qu’on avoit de venir chez nous ” ( i ).
Ce très sombre tableau qui nous révèle certains aspects du Moyen-Age et de la peste de Marseille permet aussi des rapprochements avec les temps modernes et les fléaux fort heureusement plus rares et mieux contrôlés, susceptibles encore de terroriser le public dans une certaine limite.
Ce côté de la pratique médicale journalière, en somme ou presque, donne aussi à ces temps un caractère particulier différenciant la médecine d’alors de celle du jour, et la laissant plus dénuée encore dans un pays où son exercice était par ailleurs difficile.
Epidémies apportées par les vaisseaux, naissant sur place ou occasionnées par des voyageurs indigènes, démontrent les nombreuses causes de contagion toujours menaçante pour la population. Mais à cela ne se limite pas la constitution médicale du siècle. Le genre de vie, la dureté du climat exposaient les habitants quels qu’ils fussent, indiens ou Français, à des accidents assez fréquents. Parmi ceux-
(1) Annales de l’Hôtel-Dieu.
ci, Kalm dans sa relation de voyage (i) ne manque pas de signaler les rhumatismes et les affections pulmonaires; on sait d’autre part la fréquence du scorbut et sur ce point les données modernes sur les maladies par carence sont venues fournir l’explication qu’on attendait et préciser ces accidents dus au régime alimentaire défectueux.
Parmi les infections il faudrait mentionner encore ce mal de Siam, — aujourd’hui la fièvre jaune, — plusieurs fois signalé et dont on constate une épidémie en 1709. Il ne faudrait pas négliger non plus la tuberculose dont les ravages sont assez accentués pour attirer l’attention en éveil de Sarrazin. Après avoir constaté son état endémique, il cherche les moyens de traitement efficace et 11e craint pas de demander l’envoi d’ânesses dont le lait est réputé à ce moment pour le traitement de cette maladie. On fait droit à sa demande et le ministre soucieux de la santé de ses administrés ordonne d’expédier au pays ces animaux.
Si l’on joint à ces cadres nosologiques la kyrielle habituelle des affections chroniques qu’une vie difficile ne manquait d’aggraver, on peut facilement conclure que la clientèle ne faisait pas défaut à ces médecins du XVIIIè siècle et qu’ils trouvaient un champ fort varié où exercer leur compétence.
(1) Voyage de Kalm en Amérique. Mémoires de la Société Historique de Montréal 8è livraison 1880.
Il ne faut pas croire non plus que les sauvages d Amérique aient attendu l’arrivée des blancs pour se soigner. Comme tous les peuples, ils possédaient leur médecine et leurs médecins. Une médication très simple et des régimes sévères, leurs tendances humoristes naturelles démontrent que leur thérapeutique cadrait assez avec celle des mondes civilisés (i). Leur clientèle ne relevait donc pas exclusivement des médecins dont les services étaient surtout appréciés auprès de la population française.
La pratique médicale de Sarrazin n’était pas moins heureuse en médecine courante qu’en épidémiologie. Il traite M. de Callières (2), — comme il sera le médecin de tous les gouverneurs, — d’une hydropisie très grave, puisque personne n’avait encore pu le guérir et le soulagea momentanément du moins. Il se fit sur le traitement de la pleurésie une réputation enviable (3), et écrivit sur le sujet un traité resté manuscrit dont le gouverneur de la Galissonnière lui-même put éprouver la valeur comme il le raconta à Kalm. Ce traitement de la pleurésie institué par Sarrazin consistait en l’alternance des sudorifiques et de la saignée, méthode suffisante pour nous rensei-
(1) Mémoire sur l’état de la Nouvelle-France, Bougainville Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec 1923-1924.
(2) Archives de l’Hôtel-Dieu.
(3) Bibliothèque des auteurs de Bourgogne.
gner sur son mode thérapeutique. On ne tarit pas d’éloges sur sa grande valeur professionnelle : religieuses de l’Hôtel-Dieu, hommes politiques, clergé, voyageurs de passage, plusieurs années après sa mort (i) se font l’écho de cette valeur avec une insistance propre à le classer indéniablement en toute première ligne dans le domaine médical, bien avant que l’on n’aborde sa formation scientifique, et ceci d’autant plus sûrement qu’on ne peut avec son caractère lui supposer la moindre tentative de charlatanisme trop souvent propre à emballer la clientèle la plus avertie.
Cette notoriété a, même de ce point de vue, franchi les mers et ses connaissances thérapeutiques sont si bien reconnues qu’on ne craint pas de lui confier des recherches sur la composition de l’alkermès ou Daurifique de Glauber, qu'il est chargé de poursuivre avec le frère apothicaire des Jésuites (2). Or cet électuaire très en usage à l'époque était considéré comme un des médicaments importants dont il fallait bien connaître la composition très complexe. Sarrazin, comme le démontre la liste des produits utilisés durant son premier séjour, suivait l’enseignement thérapeutique dans ses données les plus larges et usait
(1) Kalm loc. cit.
(2) Archives Publiques (lu Canada (Archiv. Nationales Série B) Vol 48-2 page 20.
de tout avec l’esprit le plus ouvert et sans parti pris d’école, sans exclusivisme.
Ses travaux botaniques lui permettaient encore d’élargir ses connaissances pratiques. I] ne manque point de noter pour chaque plante recueillie et étudiée, les propriétés pharmaceutiques qu’on lui reconnaît au pays et l’usage qu’on en fait (i). Dans le catalogue des plantes envoyées par lui en 1704 au Jardin Royal, établi plusieurs années plus tard par Antoine de Jussieu, on retrouve sur ce point de nombreuses annotations. Ici c’est une angélique dont les propriétés sont superposables à celles de la ciguë et susceptible de produire des convulsions ; là c’est Yaralia canadensis dont la racine vulnéraire est utile pour le traitement des vieux ulcères et dont on peut encore apprécier les qualités apéritives, ou encore pour une autre espèce de la famille, c’est la guérison constatée d’un anasarque. Uarum canadense est propre au traitement des tumeurs, alors que Y aster corona est utilisé par certains au même titre que la bitoine dont on vantait les propriétés émétiques et purgatives, autant que son action révulsive et même son emploi connu depuis Galien dans l’épilepsie et les convulsions. D’autres sont diurétiques, d’autres tel Yatoca sont utilisées par les sauvages con-
(1) Catalogue des plantes envoyées par Sarrazin au Jardin Royal et établi par Antoine de Jussieu. Pièce conservée au Muséum de Paris. Cf. Pièces justificatives.
tre les “cours de ventre’’. Celle-ci a la réputation auprès des Iroquois de neutraliser le venin des serpents à sonnettes, celle-là provoque l’avortement, tandis que les chirurgiens du Canada et de l’Acadie emploient le physolacea americana majori fructu comme purgatif.
Mais Sarrazin s’il rapporte consciencieusement les données qu’on lui fournit d’un bout à l’autre du pays, en détaillant même la manière dont on utilise chaque espèce, la partie de la plante dont on vante les propriétés, tel cet arbor acadiensis qui porte une gousse contenant entre chaque semence une liqueur balsamique dont les sauvages se servent pour les blessures, Sarrazin n’admet pas tout. Aussi lorsqu’on prétend que telle écorce appliquée sur les cancers en calme la douleur, bien que le traitement soit préconisé par l’abbé Gendron, Sarrazin n’en convient pas. C’est un parfait éclectique à tendances humorales basées sur l’expérimentation et l’observation.
C’est précisément là qu’il est facile de constater sa formation supérieure et son sens médical. Le médecin chez lui est assez outillé pour ne point verser sans contrôle dans le charlatanisme facile. Surtout s’il s’agit d’une affection essentiellement chirurgicale, son premier entraînement vient compléter ses connaissances et équilibrer ses opinions.
Ses notions, sa pratique et son habileté ne sont pas moindres, sur ce sujet. En abordant
la médecine, il n’a pas abandonné la chirurgie, mais est devenu un chirurgien moderne imbu de l’aphorisme d’Hippocrate : “ Ce que les médicaments ne guérissent pas, le fer le guérit ; ce que le fer ne guérit pas le feu le guérit ; ce que le feu ne guérit pas doit être regardé comme incurable” (i).
On le voit appelé à traiter des blessures, à juger de leur gravité, ce qui certes est assez banal et du domaine de tous ses confrères. Mais il va plus loin, et c’est dans la chirurgie de grande envergure pour l’époque que l’on peut juger plus facilement de sa valeur. Or il s’exerce à celle-ci à l’Hôtel-Dieu et y jouit sous ce rapport d’une réputation tout aussi enviable que dans l’exercice médical. C’est en ces termes que s’expriment encore les annales de la maison, à propos d’une intervention assez importante pratiquée sur une religieuse :
“ Dès le petit printemps de l’année 1700, la chère sœur Marie Barbier de l’Assomption, Congréganiste, descendit de Montréal pour se faire guérir chez nous d’un cancer qu’elle avait au sein. Elle avait déjà demeuré quatre mois dans notre communauté en 1698, où on la traita pour ce même mal, qui étant depuis considérablement augmenté l’obligea d’y revenir ; et après quelques préparations. Monsieur Sarrasin , aussi habile chirurgien que savant
(1) Aphorismes d’Hippocrate, traduction Littré, septième section, page 243, paragraphe 87.
médecin, lui fit très heureusement l’opération le 29ème de mai ; c’était le seul remède qui pouvait l’empêcher de mourir. Elle s’en retourna l’automne à Montréal parfaitement guérie” (i).
Cette cliente de Sarrazin est par plus d’un point, une des plus intéressantes dont l’histoire nous soit parvenue. Elle fut en effet la deuxième supérieure de la Congrégation et durant son long règne à la communauté, elle occupa à plusieurs reprises des charges importantes (2). Reconnue pour sa grande . piété, elle laissa chez ses sœurs une réputation de sainteté établie par toute sa vie de devoir et de mortifications. On attribue à ses pratiques de pénitence la lésion dont elle souffrait et qu’eut à traiter le chirurgien. C’est à la suite du port constant de cilices, de corsets et de ceintures hérissées de pointes que la tumeur apparut (3). Peut-être est-ce la raison pour laquelle Sarrazin n’intervint pas lors du premier voyage de la religieuse à Québec, croyant à une lésion irritative. Elle y venait résignée à tout et convaincue de la gravité de son mal. Longtemps elle en avait supporté les atteintes, continuant ses fonctions, lorsque Monseigneur de Saint-Valier conseilla de la faire voir par Monsieur Sarrazin, étant donné les pro-
(1) Annales de l’Hôtel-Dieu.
(2) Montgolfier: Vie (le Marguerite Rourgeois.
(3) Montgolfier: Vie de la soeur Barbier.
grès rapides en 1698. Elle subit un traitement médical impuissant à la soulager. Très probablement, Sarrazin dut tenter l’efficacité de cette écorce à laquelle on attribuait tant de vertus curatives dans le cancer, et l’insuccès le confirma dans son opinion.
Lorsqu’en 1700, après la mort de Marguerite Bourgeois, elle revint à l'Hôtel-Dieu, son état semble désespéré et il ne reste plus en dernier ressort que l’intervention à tenter. Sarrazin la vit le jour de son arrivée et ne put que constater les progrès de la maladie: “ Quelque parti que je prenne, disait-il, je vois la sœur de l’Assomption en danger d’une mort prochaine. Si on ne lui fait pas l’opération elle mourra certainement et sous peu de jours, son mal empirant à vue d’œil ; et tenter l’opération c’est lui donner presque infailliblement le coup de mort, n’y ayant quasi pas d’espérance qu’elle la soutienne et moins encore qu’elle en puisse guérir” (1). En chirurgien éclairé, il prépara l’intervention par un traitement local et procéda à l’amputation dix jours plus tard, après avoir voulu lui-même en grand chrétien s’approcher avec sa cliente et toute la communauté de l’Hôtel-Dieu de la sainte table (2). Ce geste de foi nous rappelle plus d’un siècle à l’avance, la constante pratique religieuse du grand Récamier. Les résultats fu-
(1) Montgolfier: Vie de la Soeur Barbier.
(2) Idem.
rent des plus heureux, après une alerte au cours de la convalescence, et la Mère Barbier accomplit à Notre-Dame-de-Lorette et à St- Joseph-de-Lévy de pieux pèlerinages, vœux faits pour sa guérison.
Retournée à sa communauté, elle reprenait ses pleines fonctions l’année suivante et pendant dix-neuf ans encore, continuait sa vie de charité et d’enseignement. Elle ne mourut qu’en 1739 à l’âge de soixante-dix-sept ans
Il était intéressant de suivre Sarrazin auprès de cette malade pour juger en même temps de son tact médical, de sa conscience professionnelle, de son habileté chirurgicale et de sa haute valeur religieuse et morale. On perçoit aussi par là toute l’attention portée à cette cliente et l’immense effort accompli pour consulter à tout prix l’homme réputé compétent.
Quelques mois plus tard, Sarrazin pratiquait sur une autre religieuse la même opération (2). Les annales de l’Hôtel-Dieu ajoutent qu’il fit de nombreuses interventions des plus importantes. Cette pratique chirurgicale n’était cependant point aussi étendue que pourrait le faire supposer au premier abord, la
(1) Registre de Ville-Marie 20 mai 1739, Renseignements transmis par la Révérende Mère Supérieure de la Congrégation Notre-Dame à Montréal.
(2) Mgr Laflamme loc. oit.
grande extension de la chirurgie moderne. On en a la preuve dans le simple fait que Sarrazin lui-même mentionne l’opération d’une fistule faite en 1717 comme un incident remarquable, dans une lettre à l’abbé Bignon. Il est vrai d’ajouter que dans ce même mois, il avait constamment eu à traiter plus de quatre-vingts malades ( 1 ) .
Il est très curieux d’observer avec quelle fréquence et cela dans tout le pays, on poursuit des enquêtes médico-légales de toutes natures. L’expertise est la règle dans la moindre affaire criminelle, qu’il s’agisse de coups et blessures, d’une simple rixe, d’affaires de mœurs, de constats médicaux, de certificats variés, d’assassinats supposés. Certains ont sur le sujet une réputation très assise, tel Forestier à Montréal (2), qui semble un expert attitré. On les associe souvent deux à deux pour poursuivre leur enquête et les choses se passent au mieux sans qu’il soit question de ces divergences néfastes, qui de nos jours ont troublé à tel point l’expertise, qu’elles lui ont enlevé en partie sa valeur.
Sarrazin apparaît souvent dans ces sortes d’affaires. Il y a fait ses débuts, nous l’avons vu, dès son premier séjour lors d’un duel. Par¬
oi) Lettre de Sarrazin à M. l’abbé Bignon 5 novembre 1717. Archives de l’Académie des Sciences. Cf. pièces justificatives.
(2) Mgr Laflamme loc. cit.
mi les causes importantes auxquelles il se trouve mêlé, il faut citer entre autres celle où avec Lajus il eut à examiner le sieur Corriveau, et surtout l’enquête qu’il poursuivit à Beaumont sur le cadavre de La Chaume assassiné et trouvé sur la grève de l’endroit dans un état avancé de décomposition, enquête dont il fut chargé par le Conseil le 23 octobre 1702.
Ces expertises établissent encore combien l’on visait à l’organisation aussi parfaite que possible au point de vue administratif. En effet s’il est incontestable que la médecine légale existait aux temps les plus reculés, il reste hors de doute que la constitution criminelle “ la Caroline ” en Allemagne au XVIè siècle et l’ordonnance criminelle de Louis XIV en 1670 en sont le point de départ efficace (i). A dater de 1692 les experts officiels étaient déjà chargés en France des visites et rapports. Il n’en est pas m6ins étonnant que ces données fussent si scrupuleusement observées dans la colonie.
Cette expertise médicale trouve aussi un autre champ d’action dans un domaine très différent. C’est avec un sens critique des plus avertis, qu’on cherche dans un siècle, où pourtant la naïveté s’exerçait sans merci jusque dans Paris, pour tout ce qui touchait au mys-
(1) LeGrand Du Saule: Traité de Médecine légale.
tére, à vérifier les miracles aussi scientifiquement que possible. Qu’il s’agisse d’une affirmation de Jean Coutard, chirurgien du Roy à Québec, relatant la guérison miraculeuse survenue aux Trois-Rivières, grâce au frère Didace Pelletier, récollet, chez un malade atteint d’une tuberculose du genou (i); ou bien que l’on relise le certificat délivré au même endroit par le chirurgien Duguay, alors que l’on recueille des témoignages de guérisons dues à la même intervention, sur un malade guéri lui aussi d’une affection du même type (2), les faits sont également curieux.
Sarrazin prit part à une constation de cet ordre au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. L’incident est assez spécial et établit une fois de plus les précautions dont on entourait soigneusement l’étude de ces faits. Le miraculé est un blessé de St-Laurent, île d’Orléans, qui plusieurs mois auparavant s’est fait couper le tendon rotulien d’un coup de hache. Traité sucessivement par deux chirurgiens, le sieur Le Conte de Château-Richer et un sieur Belle-Isle de Québec sur lequel on manque de renseignements (3), il est resté impotent, le membre ballant, par défaut de cicatrisation. Au cours d’un pèlerinage à Ste-Anne, au printemps de 1700, il y rencontre l’intendant et
(1) Aliern loc. cit.
(2) Idem.
(3) Il n’est pas cité par Aliern.
madame de Champigny, qu’accompagne Sarrazin. Ce dernier assiste à la guérison et, après interrogatoire et examen, atteste que le fait est miraculeux et n’aurait pu se produire naturellement (i). Son témoignage est celui d’un homme “ fort expert en la connaissance des blessures aussi bien que des maladies ” (2).
Les rédacteurs des mémoires de Trévoux firent de leur côté de grands éloges de Sarrazin, à propos d’une constation singulière qu’il fit un jour à l’Hôpital Général (3) sur le corps de trois religieuses mortes de la petite vérole et dont les cadavres ensevelis dans la chaux étaient parfaitement conservés. Ce procès-verbal qui tient à la fois de l’enquête médico-légale et du procès pour miracle, vaut d’être consulté (4). Les conclusions n’en sont guère précises cependant: “Qu’on regarde la chaux comme étant éteinte ou comme étant vive, j’avouerai ingénument que le fait est problématique ; mais s’il fallait cependant décider, je ne pourrais moins dire sinon qu’il y a de l’extraordinaire, et je pourrais peut-être sans témérité en dire davantage ” (5). Voilà certes
(1) Archives du Séminaire Procès verbal de M. Leveyer, curé de Ste-Aime du Petit Cap. Cf. pièces justificatives.
(2) Idem.
(3) Cité par Mgr Laflamme loc. cit.
(4) Histoire de Mgr de Saint- Valier et de l’Hôpital Général.
(5) Cité par Mgr Laflamme loc. cit.
comme le dit si bien Monseigneur Laflamme, un esprit scientifique sur la mentalité duquel on ne peut se tromper et qui par ses procédés se classe dans la lignée ouverte par Harvey et continuée depuis par la “ traînée lumineuse ” des grands expérimentateurs.
L’opinion publique et politique n’avait pas tardé à se rendre compte de la valeur d’un tel homme. Malgré des démarches répétées, le ministre n’avait pas voulu accorder à Sarrazin au début un brevet de Médecin des Hôpitaux, il redoutait surtout des demandes subséquentes d’appointements (i). En 1700, le Roy le nomme définitivement médecin des hôpitaux de la Nouvelle-France (2).
On n’avait pas attendu cette ratification qui portait avec elle un traitement. Sarrazin était médecin de l’Hôtel-Dieu, de l’Hôpital Général et de la communauté des Ursulines. Il réunissait donc tous les services officiels, et partout faisait honneur à sa situation. Dans sa vaste clientèle qui s’étendait beaucoup au dehors de Québec, il comptait encore tous les clients de marque. Médecin, nous l’avons dit, des gouverneurs et intendants, il fut aussi celui de Monseigneur de Laval (3) et de Monseigneur de Saint-Valier. La quantité et la qualité, tout
(1) Lettre du Ministre à l’intendant Eochart Champigny. Archives de la Province de Québec.
(2) Cf. Pièces justificatives.
(3) Lettres du frère Houssard, cité par Mgr Laflamme loc. cit.
y était et l’on finit par se demander, comment il pouvait en même temps répondre à un tel appel, pousser de tels travaux scientifiques, s'occuper encore de l’administration, s’intéresser à certaines questions matérielles et traiter même d’affaires commerciales.
Tout concourt, la pratique, la clientèle et les clients de marque. Quels étaient en regard les confrères de cet homme supérieur et comment était-il entouré au point de vue professionnel ? Il y en avait de toutes classes, il n’en faut pas douter.
Chirurgiens des villes et des campagnes, les uns jouissent d’une certaine réputation et semblent jouer un rôle dans la colonie ; les autres humblement passent à peu près inaperçus. Presque tous, à tour de rôle, agissent comme experts et c’est surtout là que l’on retrouve leurs noms. En tête se rencontrent des chirurgiens de l’Hôtel-Dieu et de l’Hôpital Général, les lieutenants du premier chirurgien du roi. les médecins des troupes, tous bénéficiaires des octrois royaux. Parmi ceux-là, il faut citer à Québec, Berthier, qui, avec Sarrazin, fut le médecin de Monseigneur de Saint-Valier et l’embauma après sa mort (i). Il jouissait d’une réputation assez marquée et fut chirurgien de 1 PIôtel-Dieu qu il quitte en 1725. Il est même probable que ce fut avec lui que Sarrazin eut
(1) Ahern loc. cit.
certaines difficultés à l’hôpital, lorsque dans une lettre de 1726, il fait allusion en ces termes, à des remarques de son correspondant sur une mésentente entre confrères: “ Ce que vous apelé tracasserie, terme qui convient parfaitement à la conduitte du chirurgien de notre hôpital qui ne voulait point de subordination est amoindry, fort humilié pour cela et pourquoi, pour avoir voulu trop s’élever et n’avoir pu soutenir la gageure, comme j’aime la paix quelques cas épineux l'ont dérangé, plusieurs se sont plain avec moi ce qui a fait venir quelques ordres qui l’ont mis à la raison, d’ailleurs ce que j’ai fait n’a été que pour le bien des malades ” ( 1 ) . Ce passage suffit à établir que les relations entre confrères ne différaient guère de ce qu’elles sont encore et entraînaient déjà des mésententes fréquentes dans la profession. Les situations ne changent point sous ce rapport malgré les progrès de la civilisation. D’autres tels Benoît qui remplit à lui seul pendant un temps les fonctions de chirurgien de l'hôpital de Montréal où il s’adjoint son fils, né au pays et devenu médecin par ses seules études locales (2). D’autres encore comme Alavoine, à 1 hôpital des Trois- Rivières, ajoutent à leurs devoirs professionnels et augmentent leurs émoluments par leur participation aux deniers du culte à titre de
(1) Lettre de Reims.
(2) Ahern loc, cit.
maître chantre de la paroisse (i). Ou bien ce sont des dynasties médicales telle celle des Soupiran, qui, de père en fils, pendant trois générations pratiquent la médecine à Québec sans autre formation que celle transmise de 1 un à l’autre, renouvelant la charge héréditaire de la Grèce antique.
Les protestations s’élèvent à certains moments sur la trop grande liberté de la pratique médicale, liberté persistante jusqu’en 1788 (2). C est ainsi que Lajus, médecin de l’Hôpital Général, associé à Sarrazin dans certaine expertise, voudrait en 1712 obtenir du Conseil qu à l’avenir le nombre des chirurgiens pratiquant à Québec soit limité à quatre, et “ en conséquence faire deffences à tous chirurgiens qui pourraient venir sur les navires tant d’Europe et des pays étrangers que d’ailleurs d’y traitter, pencer et médicamenter aucunes personnes nv mesme vendre ny détailler aucuns î emèdes sous quelque prétexte que ce puisse estre a peine de deux cents livres d’amande et de confiscation de tous leurs remèdes, Instruments et médicaments, mais seulement de les vendre en gros” (3).
Ou bien c’est le sieur Sylvain, pratiquant à Montréal et se plaignant de Benoit, plainte
(1) Ahern loc. oit.
(2) , ,de M°ntigny “Histoire du Droit cana¬
dien ”, Montréal, 1869.
(3) Ahern loc. cit.
pour laquelle on fait intervenir le gouverneur (t). Ou c’est au sujet du même Sylvain, du reste d’origine irlandaise, une lettre de Beauharnois qui demande de lui faire subir un examen devant Sarrazin, pour se rendre compte de ses connaissances, étant donné qu’il ne s’est procuré un brevet de médecin que par son alliance au pays (2).
Sarrazin encore là est considéré comme le seul homme pouvant juger de ces questions. O11 admet en fait que sa présence suffit à rehausser le niveau professionnel et que par sa valeur et ses connaissances, il contribue à faire travailler ses confrères et les force à se développer, à maintenir en ordre leur arsenal thérapeutique et matériel, à pratiquer convenablement leur art.
On ne peut enfin fermer cette liste sommaire de collègues d’importance, sans ajouter un mot sur ce Timothée Roussel, illustre processif, médecin de l’Hôtel-Dieu qui semble bien avoir eu des difficultés avec toutes les classes de la population, depuis ses serviteurs juqu’à ses clients et dont les bureaux très fréquentés étaient situés rue Buade, où il construisit luimême la trop fameuse maison du “ Chien d’Or ”. C’est dans le groupe un caractère ori-
(1) Archives publiques du Canada, lettre à. M. M. de
Beauharnois et Dupuy. ^ ,
(2) Lettre de Beauharnois 1727 in Bult. des Recherches historiques, Vol. 23 pages 325.
g-inal ne manquant pas de faire beaucoup parler de lui jusqu’après sa mort.
Puis ce sont tous ceux qui, plus modestes encore, pratiquent une médecine souvent rudimentaire dans la campagne, joignant parfois à leur profession des charges d’importance, tel René ^ Cochon, juge bailli de St Laurent île d’Orléans ( i ) ou Garon praticien de Ste-Anne-de-la-P ocatière s’intitulant pompeusement chirurgien-major (2).
Autour de ce monde médical, ne fût-ce seulement que de nom, il faut ranger aussi la longue liste de charlatans dont quelques-uns fort illustres acquirent parfois des réputations dépassant alors comme aujourd’hui celle des corps constitués. Ils furent nombreux et de toutes classes. Il ne s’en faut point scandaliser. Si dans nos civilisations le charlatanisme grossier jouit d’un plein succès à côté d’un charlatanisme plus raffiné qui sévit souvent jusque chez les fils d Lsculape, il 11’est pas déplace de reti ouver cette forme de la médecine populaire dans une colonie du XVIIIè siècle.
Il faudrait d’abord mettre dans une classe à part les frères Boispineau, apothicaires chez les Jésuites, dont 1 aîné surtout, Boispineau 1 ancien eut une réputation considérable (3).
(D Ahern loc. cit.
(2) Idem.
(3) Sur le sujet Cf. Ahern loc. cit. d’où proviennent ces renseignements.
Boispineau l’ancien voyait souvent des malades délaissés par les médecins et exerçait même la chirurgie. Il pratiquait assez ouvertement la médecine pour qu’on puisse presque le considérer comme de la profession. On le consultait en haut lieu pour apprécier la note contestée de tel chirurgien en vue, ce qui cadrait peut-être avec ses fonctions régulières d’apothicaire. Il n’y a en fait aucune illusion à se faire sur sa préparation peut-être supérieure à celle d’un grand nombre des confrères de Sarrazin. Il fut même consulté par des clients de ce dernier. Ces frères Jésuites, comme d’autres religieux, eurent longtemps dans la colonie un succès incontesté en la matière.
Puis s’alignent de nombreux rebouteurs et charlatans non moins importants bien que plus ignares. Hommes et femmes se partagent ces fonctions. L’une d’elles, Marguerite Désy, fut aussi célèbre par ses guérisons que par sa conduite scandaleuse (i). Marguerite était née aux Trois-Rivières.
D’autres collègues vinrent s’installer après avoir acquis en France leur pouvoir guérisseur. De ceux-là Phlem (2) est peut-être celui qui eut la renommée la plus étendue et vit accourir chez lui, à Ste-Anne-de-la-Pérade, tous les laissés pour compte de la médecine canadienne. Il partageait cet honneur avec le
(1) Ahern “Quelques charlatans du régime français”.
(2) Aliern Quelques charlatans etc.
sieur François Paris dit La Magdelaine, cordonnier venu de Franche-Comté à Québec, et soignant généreusement les malades avec' sa femme non sans se faire grassement payer comme c’est la règle (i).
Si 1 on ajoute à ces grands noms du charlatanisme les sages-femmes qu’on envoyait officiellement au pays avec un traitement fourni pai le Roy, tel Magidelaine Bouchette passée en Nouvelle-France en 1722 sur la flutte le Chameau ” (2), et plus simplement ceux qui s intitulent compagnons chirurgiens, comme David -ou Gaschet engagés chez Roussel (3),
1 on aura en somme tout le ban et l’arrièreban d’une profession où les adeptes de tous gi ades sont on ne peut plus multiples.
Lt de cette coui te énumération, Sarrazin ne sera que grandi. La réputation qu’on lui fait ne pour 1 a que s affirmer. Dans le monde médico-chirugical, il apparaît en pleine lumière, incontestablement supérieur par sa formation unique à ce moment, incontestablement aussi indiscuté sur ses connaissances et la valeur intégrale de sa pratique médicale. Si les témoignages que lui apportent ses concitoyens ne suffisaient point, sa haute compétence scientifique, nous l’allons voir, pourrait à elle seule faire vérifier la chose.
(1) Ahern : Quelques Charlatans, etc.
(2) Archives publiques du Canada Vaudreuil et Bégon 1er Juin 1722.
(3) Ahern Notes pour servir etc.
lettre à M. de
L'homme qui allait édifier de toutes pièces la science canadienne, sous le contrôle de l’Académie des Sciences elle-même, ne pouvait être considéré comme un inférieur dans une profession où l’esprit scientifique s’alliait déjà sensiblement à l’art.
A ses succès dans la clientèle et le service hospitalier, tant en chirurgie qu’en médecine, Sarrazin apportait le complément indispensable d’un esprit vraiment formé : une puissance d’observation et la curiosité du chercheur ciui feraient de lui un savant digne de son époque et peut-être en avance sur son siècle.