‹ Un biologiste canadienChapitre 6 sur 26 · SARRAZIN BOTANISTE ET CHIMISTE · texte numérisé non relu

SARRAZIN BOTANISTE ET CHIMISTE

Los académiciens. — Nomination de Sarrazin comme correspondant. — La recherche scientifique aux colonies. — Le Ginseng. — Un curieux manuscrit. — Les prédécesseurs au. pays. — -La manière scientifique de Sarrazin. — Les difficultés techniques. — Sarrazin herborise. — L’envoi de 1704 au Jardin Royal. — La suite. — ■ La Sarracena purpurea. — L’érable et le sucre d’érable. — Les eaux minérales du Cap- de-la -Madeleine. — Sarrazin chimiste.

Ta réorganisation de l’Académie des Sciences suffirait à prouver tout l’intérêt que l’on portait aux sciences dans le Paris de Louis XIV. Les noms de quelques-uns des académiciens établissent sans contredit la haute valeur de cette société, peut-être jamais plus florissante qu’à cette époque. En voici un certain nombre dans tous les domaines, îepiesentant l’élite du moment : Tournefort, Maupertuis,

Réaumur, de Fontenelle, les Bernouillis, Halley, Cassini, Boerhaave, Varignon, Roemer, Pierre le Grand, Mariotte, Marchant, Malebranche, de la Hire, Antoine et Bernard de Jussieu, voire même Newton (i), nommé associé étranger, l’année où Sarrazin devient membre correspondant, soit en 1699 et exactement pour ce dernier le 4 mars (2).

Ces hommes qui ouvraient la voie à l’esprit nouveau et allaient préparer les siècles modernes avec une précision trop souvent ignorée par la suite, ne voulaient pas limiter à leurs seuls travaux l’apport recherché. Bs s’évertuaient au contraire à étendre le champ, à utiliser toutes les sources accessibles, à fouiller au dehors tout ce qui pouvait élargir le domaine dont ils prévoyaient l’immense étendue. Sans mesquinerie et sans amour-propre, dénotant déjà le caractère essentiellement curieux et large du savant idéal, ils voulaient que tous ceux-là contribuent à l’œuvre qui étaient susceptibles d’y apporter leur part. La nomination de plusieurs d’entre eux indique à quel point ils savaient reconnaître que la science n’a pas de patrie ; le choix judicieux de leurs correspondants démontre combien ils apprécient la recherche poursuivie sur tous les coins

(1) Mgr Laflamme loc. cit. d’après l’Histoire de l’Académie et les tables de l’abbé Rozier.

(2) Bulletin des Recherches Historiques, XVIIIè vol

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du globe et voulaient déjà établir ces relations qui sont devenues mondiales entre les groupes de chercheurs.

Mais étant donné les conditions existantes, on ne procédait pas dans ce choix de la même manière qu’ aujourd’hui. Chaque académicien visait évidemment à s’apporter des concours propres à lui être utiles. Chacun allait donc cueillir, où il se trouvait, l’homme de sa connaissance dont la compétence lui apparût établie. C’est ainsi qu’à l’une des premières réunions : “ Tous les académiciens présents nommèrent aussi les différentes personnes avec qui ils seraient en commerce sur les matières de sciences, soit dans les provinces, soit dans les pays étrangers ” (i).

Tournefort pour sa part désigna Sarrazin, dont il avait pu, nous l’avons indiqué, reconnaître la valeur et plus peut-être encore l’esprit de recherche et la méthode de travail.

Depuis plusieurs années cette organisation scientifique extérieure existait d’une façon assez précise dans toutes les colonies. L’esprit aventurier de ceux qui allaient chercher par delà les mers de nouvelles terres et de nouveaux horizons, cadre naturellement avec l’esprit curieux du chercheur. On n’est guère complet explorateur sans être au moins partiellement savant et pour plus d’une raison fa-

(1) Mgr Laflamme loc. cit. d’après l’Histoire de l’Académie des Sciences

cile à comprendre. Aussi de toutes parts, ces travaux se poursuivaient-ils dans le domaine des sciences naturelles avec une régularité qui nous étonne.

Certains sujets qu’abordera Sarrazin en Nouvelle-France, ont déjà été très poussés ailleurs. Nous pouvons lire par exemple (1), une longue étude sur le ginseng rédigée par le père Jastoux en Chine. Fa plante fut également examinée au Canada par le père Fafitau. Il ne semble pas cependant que Sarrazin ait reconnu le ginseng aussi tôt qu’on l’a cru (2). Au contraire une lettre écrite à l’abbé Bignon en 1717, indique clairement que s’il a pu en envoyer un échantillon en 1704, il n’a fait que beaucoup plus tard le rapprochement entre la plante décrite et celle retrouvée en Chine. Ce passage le laisse entendre : “ Il paraît ici une plante qu’on croit le Geinseng de Tartarie ou déjà Chine, que les sauvages ont trouvée et qu’ils ont donnée aux Jésuites : ils en feront bien leur compte et nous demeurerons dans la bâche, du moins moi qu’il y a vingt ans qui suis botaniste, et à qui malheureusement cette plante a échapé. J’envoie au jardin roial des racines vivantes de geinsing. fe prie Monsieur Vaillant de vous envoier des racines des-

,.J* 1VIA1KF ^ errault Archives du Séminaire, extrait de

1 Académie Royale des Sciences 1718 page 41.

(2) Cf. Mgr Laflamme op. cit. — - Elle ne figure ms au catalogue dressé par de Jussieu Cf. pièces fcüficMi-

séchées, afin de vous rajeunir si vous êtes âgé et de bien soutenir votre jeunesse si vous êtes assez heureux de l’être encore” (i).

Les missionnaires apportèrent pour leur part à ces recherches une vaste collaboration. Leur culture supérieure à celle des colons, leurs contacts plus précis avec les indigènes dans tous les pays, leur pénétration plus complète, leurs déplacements incessants les mettent à même de recueillir nombre d’informations. Les relations constantes qu’ils entretiennent d’autre part avec leur communauté leur permettent d’enregistrer leurs observations et d’accumuler de l'Orient à l’Occident un matériel abondant.

Il existe sous ce rapport un fort curieux manuscrit qui remonte à plusieurs années avant l’arrivée de Sarrazin et dont l’auteur fut, très probablement, un Jésuite, bien que le document ne soit pas signé. Cette pièce incluse au fonds français du XVIIIè siècle de la Bibliothèque Nationale (2), est intitulée : “ Traite des animaux à quatre pattes terrestres et amphibies qui se trouvent dans les Indes Occidentales ou Amérique Septentrionale” suivi d’un “Traité des oyseaux ” et d’un “Traité des poissons”. Ecrit de façon fort curieuse, outre certaines

(1) Lettre de Sarrazin à l’abbé Bignon 5 nov. 1717. pièces fournies par l’Académie des Sciences. Cf. Pièces justificatives.

(2) Nous avons pu consulter la copie que possèdent les Archives publiques du Canada à Ottawa.

fantaisies dues à de faux renseignements, illustré de figures assez nombreuses, il dénote chez l’écrivain des connaissances spéciales manifestes et une culture supérieure. Celui-ci en effet ne manque pas de citer, outre Pline et Virgile et tous les auteurs anciens qui ont touché aux sciences, des institutions médicales importantes, telle l’Ecole de Salerne, notions qui marquent l’étendue de ses recherches livresques. D’après certains passages et références à des missionnaires qu’il situe de façon précise, l’ouvrage dut être écrit vers 1675 (1).

Ce récit descriptif, parfois fabuleux, comporte cent soixante-treize pages où l’on trouve de tout, pour se terminer par certaines observations géographiques sur le St-Laurent, le Grand-Banc, Terreneuve, Anticosti, Tadoussac et l’île de Sable. Mais les chapitres captivants sont ceux consacrés aux mammifères, où l’on voit détaillés dans un style facile, leur description, leurs mœurs et les usages qu’on en fait. L’ours et l’orignal y sont étudiés à fond ; le castor et le rat musqué s’ils ne sont pas fouillés du point de vue anatomique, comme le fera plus tard Sarrazin, sont assez bien campés par rapport à leur mode de vie. Un long article a trait aux escureux dont tou-

(1) Il y est question par exemple d’une rencontre a\ec le père Alloues pue l’auteur dit avoir rencontré ft tel endroit où il se trouvait dix ans auparavant. Or les Relations établissent que le père Alloués se trouvait lft en

tes les variétés sont décrites y compris celle que l’on désigne encore ici sous le nom de suisse et qui déjà est ainsi dénommée. Les oiseaux s’y lèvent et s’envolent depuis l’oiseaumouche jusqu’à l’outarde et au huard. Les poissons y fourmillent du flétan à Yatchigan avec toutes les variétés de truittes , l'esturgeon et l’anguille et cette petite moulue dont la pêche est abondante jusqu’aux Trois-Rivières. Document de premier ordre, très complet et qui par son étendue montre bien à quel point l’histoire naturelle passionnait les premiers pionniers.

Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières, avait lui-même publié à Paris en 1665 une “ Histoire naturelle de la Nouvelle-France, vulgairement dite Canada” (1).

Avant lui André Thevet, en 1558, abordait le sujet dans “Les singularités de la France Antarctique autrement nommée Amérique et de plusieurs autres terres et isles découvertes de notre temps ”. Puis après cet auteur, Champlain lui-même, Nicolas Denis, le Récollet Louis Hennepin qui accompagnait La Salle, Jacques Philippe Cornut dans son ouvrage “ Canadensium plantorum historia ” Paris 1:635, Dierreville, pour qui Tournefort créa le

(1) Penliallow “A Review of Canadian Botany from the first settlement of New France to the nineteenth century, Compte rendu Société Royale 1887.

genre Diervilla, apportent tous leur large part (i).

Sarrazin fait donc partie d’un groupe de chercheurs dispersés aux antipodes. Il est permis d’affirmer cependant que sa méthode et ses exposés le mettent bien au-dessus de la masse et le classent là comme en médecine d’une façon très précise. On est frappé à la lecture de ses travaux de retrouver chez lui non seulement toutes les qualités de l’observation la plus fine, nécessaire au savant, mais encore une conception des sciences biologiques lui faisant aborder les sujets les plus fouillés par le biologiste moderne. Anatomiste incomparable, dont les descriptions ne furent souvent pas dépassées, il pousse cette étude jusqu’à la constitution fine des tissus et des organes, qui peut être contrôlée sans crainte d’erreur par 1 histologiste du jour. Physiologiste averti, il ne s’arrête pas aux données grossières des grandes fonctions animales, il semble fouiller sans relâche les rouages les plus complexes qui font le sujet des recherches des biologistes les plus en vue. Usant de l’hvpothèse avec discrétion, il veut un contrôle absolu à toutes ses observations et confirme par des travaux répétés, où il sait varier les conditions, les données qu’il a cru entrevoir lors d’une première recherche. Il a du reste la pas-

(1) Penliallow, loc. cit.

sion du chercheur, toute sa correspondance, toutes les amitiés qu’il signale, reviennent toujours au sujet de ses études et il déplore souvent les tristes conditions où il se débat ; il ne s'efforce pas moins d’obtenir le maximum de son précaire outillage et des échantillons sur lesquels il peut travailler. Il ne manque pas par suite de s’étonner lorsqu’on discute ailleurs ses affirmations, ou si l’on ignore des faits qu’il a réussi à décrire: “Vous m’étonnez, monsieur, de n’avoir pas connu parfaitement la pointe du piquant du porte-epy, car vous êtes muni de tous les moiens nécessaires pour en venir aisément à bout, pour moi qui suis en touttes manières du commun, je n’ai qu’une louppe qui n’est point bonne en sorte qu’étant aussi gueux que je le suy, je ne peux qu’avec peine me fournir des instruments nécessaires pour démêler les parties qui peuvent échapper à la vuë ” (i). Il avait apparemment emprunté cette mauvaise loupe chez les Jésuites. Aussi lorsque Monsieur de Réaumur lui en fait parvenir une, sans doute meilleure, avec une seringue à injection, ne manque-t-il pas de l’en remercier (2).

Il éprouve également certaines difficultés à se procurer son matériel en bon état. Ses pre-

(1) Lettre de la Bibliothèque de Reims. Cette lettre bien que ne portant pas d’indication, fut probablement adressée à Réaumur, Cf. Pièces justificatives.

(2) Lettre fi Réaumur, 10 octobre 1727. Archives de l’Académie cf. pièces justif.

miers travaux sur la vache marine portent sur un veau “ à moitié pouri ” qui ne lui permet pas de faire des constatations très affirmatives (i). Il en est de même pour le rat musqué dont il veut se procurer des spécimens variés aux différentes saisons de l’année (2), en faisant intervenir l’intendant, comme il cherchera à faire encore pour reprendre certaines recherches sur le castor (3).

Il ne néglige rien et ne perd point d’occasion, poursuivant à Montréal comme à Québec la recherche déjà entreprise, tout aussi confortablement sans doute, dans un laboratoire improvisé que chez lui. Il sait user d’expédients qui lui permettent de surmonter les inconvénients rencontrés. Témoin l’ingéniosité avec laquelle il fait griller les poils du rat musqué pour masquer l’odeur insupportable de l’animal (4).

“ Il est peu de cerveaux, dit de Réaumur, qui fussent capables de soutenir l’action continue d’une aussi forte odeur de musc que celle qu’il répand. Monsieur Sarrazin a été deux fois réduit à l’extrémité, par les impressions que cette pénétrante odeur avait faites sur le sien. Nous aurions peu d’anatomistes et nous aurions peu à nous en plaindre, s’il le fallait

(1) Lettre à l'abbé Bignon déjà citée.

(2) Lettre A Réaumur 10 octobre 1727.

(3) Lettre à Réaumur 4 octobre 1728. Archives de l’Académie dos Sciences Cf. Pièces justificatives.

(4) Mgr Laflamme loc. oit.

être à PareiI prix. Malgré tout son courage, il eût été obligé de laisser son travail imparfait sans un expédient heureux qu’il imagina. Ce fut de faire griller le poil des rats qu’il voulait disséquer” (i).

Homme de science consommé qui doit savoir .improviser et se suffire à lui-même avec esprit d initiative, il reste le précurseur type de ces savants modestes, et si grands d’autre part, qui, loin des palaces scientifiques de l’Amérique, savent chercher et trouver dans des installations primitives où ils manquent souvent du strict nécessaire, mais appliquent leur génie à tout créer sur place. Ht pour complétei son travail, il s’associe tous ceux qui semblent un moment s’intéresser à la chose, pour leur faire contrôler et vérifier ses avancés, l’intendant (2), le gouverneur ou un confrère (3}-

. Faut-il illustrer ses descriptions, il s’improvise dessinateur et y réussit fort bien comme le prouvent les figures intercalées dans les mémoires de l’Académie, malgré l’humilité avec laquelle il avoue son incompétence (4).

Aussi n’est-il pas surprenant que cet homme “ d’un rare savoir, fort habile dans son art et

(1) Mémoires de l’Académie des Sciences.

(2) Lettre à Réaumur 10 octobre 1727.

(3) Mgr Laflamme ’loc. cit.

(4) Lettre à Réaumur 27 octobre 1727. Archives Académie Des Scieuces Cf. Pièces justificatives.

fort estimé à l’Académie" (i) puisse être considéré comme la grande figure médicale et scientifique de notre XVIIIe siècle national. La revue de son lourd bagage suffit à en établir l’importance et si du côté littéraire il laisse souvent à désirer, sa haute évaluation est tout à fait incontestable.

Dès son arrivée au pays, Sarrazin s'intéressa à sa mission. C’est par ses travaux de botanique qu’il débuta dans cette voie. Le sujet en était plus facile que celui de la zoologie et les recherches étaient déjà plus à jour et plus complètes. Son titre de correspondant de Tournefort devait également le diriger de ce côté. Au dire de Monseigneur Laflamme, il aurait expédié lui-même, très probablement, toutes les plantes décrites à l’époque par l’Académie des Sciences. En tout cas le Muséum possède une longue liste des spécimens qu’il avait envoyés jusqu’en 1704. Cet important catalogue écrit de la main d’Antoine de Jussieu ne contient pas moins de deux cents spécimens qui vinrent augmenter les collections du Jardin Royal et y fleurissaient encore dix ans plus tard (2). L’énumération en est curieuse (3). Ces premiers envois suscitèrent un intérêt considérable et l’on voulut mettre tout en œuvre pour qu’ils se continuent. Dès

(1) Archives de l’IIÔtel-Dieu 21 octobre 1720.

(2) Cf. pièces justificatives. Catalogue des plantes.

(3) Idem.

le 15 juillet I7°5, une lettre du ministre à monsieur Raudot insiste ouvertement. . .Je vous adresse une lettre que j’écris à monsieur de Vaudreuil pour le prier de donner au sieur Sarrazin, médecin de Canada, les secours qui peuvent dépendre de luy pour lamas des plantes dont M. le premier médecin l’a chargé, donnez lui aussi de vostre costé ceux que vous pourrez et faites embarquer celles qu’il voudra envoyer sur le Héros et sur les autres vaisseaux qui viendront de Canada en recommandant aux capitaines de les mettre dans des lieux secs où elles se puissent conserver ” (1).

Deux ans après on revient de nouveau à la charge et de façon plus précise (2), pour qu’on aide le savant à herboriser et que ses expéditions de spécimens se fassent le plus rapidement possible.

Dans ces travaux Sarrazin témoigne comme partout de toute l’ardeur et de toute l’attention dont il est capable. Il transplante et surveille lui-même les plantes à l’étude (3) ; il rédige des mémoires à faire remettre aux officiers des différents postes, leur donnant

(1) Archives publiques du Canada. Arc. Nationales Série B. vol. 27-1 page 221.

(2) Lettre h Raudot Archives de la Province de Québec.

(3) Archives Publiques du Canada. (Archives Nationales, Série B 41, page 67, lettre du ministre à l’abbé Bignon S février 1719.

des instructions sur la manière de procéder (i), en même temps que ceux-ci reçoivent directement l’ordre de “ ramasser indifféremment toutes les graines ” et de les lui remettre (2).

De tous ces ouvrages, le plus important est celui qui a trait à une plante répandue dans toute l’Amérique et à laquelle Tournefort donna son nom la “Sarracena purpurea”, créant tout le groupe des Sarracénées qui suffit à immortaliser Sarrazin en laissant cette désignation dans les classements scientifiques. La plante qui croît dans les marais surtout, ou du moins dans les tourbes humides, pousse assez facilement et comprend plusieurs variétés. Les phyllodes remplis de liquide constituent de véritables pièges où viennent se prendre les mouches et les insectes. On a utilisé cette plante en médecine comme teinture administrée en potion, et elle a même été préconisée à tort comme prophylactique de la variole. La description qu’en fait Sarrazin mérite d’être parcourue pour juger de sa manière (3) :

“ Cette plante est d’un port fort extraordinaire, sa racine est épaisse d’un demi-pouce, garnie de fibres du collet de laquelle naissent

(1) Archives Publiques du Canada, etc. Série B, vol. 52-2, page 228, lettre à Sarrazin, 24 niai 1725.

(2) Idem, Vol. 48-2, page 93, lettre à Sarrazin, 5

juin 1725. •

(3) Description reproduite par Charlevoix et citée par l’abbé Bois dans un travail sur Sarrazin.

plusieurs feuilles, qui en s’éloignant forment une espèce de fraise ; ses feuilles sont en cornet, long de cinq à six pouces, fort étroits dans leur origine, mais qui peu à peu s’évasent assez considérablement. Ces cornets qui commencent par ramper sur la terre, s’élèvent peu à peu et forment dans leur longueur un demirond, dont le convèxe est au dessous et le concave dessus ; ils sont fermés dans le fond et souvrent en gueule par le haut. La lèvre supérieure, quoique dessous (car les feuilles sont comme renversées) est longue de plus d’un pouce, large de deux, arrondie dans sa circonférence ; elle a une oreillette proche et à côté de l’ouverture ; cette lèvre qui est inférieurement velue et creusée en cuiller, est tellement disposée qu’elle semble ne l’être ainsi que pour mieux recevoir l’eau de la pluie que le cornet garde exactement. La lèvre inférieure, si l’on peut dire que c’en soit une, est fort courte ou plutôt le cornet est comme coupé, simplement roulé dans cet endroit de dedans en dehors, d’une manière très propre pour affermir cette ouverture. Il rampe sur la partie cave du cornet une feuille qui n’en est qu’un prolongement. Elle est étroite dans ses extrémités, plus large et arrondie dans son milieu, ressemblant assez bien à la barbe d’une poule de l’Inde.

“ Du milieu de ces cornets s’élève une tige, longue d’environ une coudée, elle a la grosseur d’une plume d’oie et elle est creuse. Elle

porte à ses extrémités une fleur à six pétales de deux façons dont il y en a cinq disposés en rond soutenus sur un calice de trois feuilles : du milieu de cette fleur qui ne tombe point que le fruit ne soit mûr s’élève le pistil qui devient le fruit, lequel est relevé de cinq côtés, et divisé en cinq loges, qui contiennent des semences oblongues, rayées et appuyées sur un placenta qui l’est lui-même sur une continuation de la tige, laquelle en se prolongeant sort du fruit, de la longueur d’environ deux lignes. C’est sur cette extrémité qu’est située la sixième feuille, laquelle est beaucoup plus mince que celles qui composent la rose ; celles-ci sont dures, épaisses et oblongues, tirant sur le rouge quand le fruit est mûr. Cette sixième feuille forme un chapiteau de figure pentagone. Toute la partie convexe regarde le dehors et la concave le fruit. Chaque angle est incisé de la profondeur d’environ deux lignes. Elle croît dans les pays tremblants. Sa racine est vivace et

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