‹ Un biologiste canadienChapitre 7 sur 26 · A JJ · texte numérisé non relu

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acre .

Sarrazin ne semble pas s’attarder à traiter ici des propriétés des sarracénées. Ces propriétés intéressent cependant ses contemporains à plus d’un titre et les recherches poursuivies ne le sont pas habituellement en rapport seulement avec le côté scientifique du sujet, mais encore embrassent la portée pratique qui s’en peut tirer. Sarrazin par ailleurs s’occupe en général de préciser ces propriétés

comme on le voit indiqué dans une lettre du ministre (i).

Il est intéressant de constater ici le luxe de détails qui caractérise cette description botanique, luxe de détails qu’on retrouvera partout dans les travaux d’anatomie animale et qui établit bien la constance de cette tournure scientifique, signature de Sarrazin à tous les sujets qu’il traite. Le fait est curieux à noter lorsque l’on apprécie comme aujourd’hui le lien qui unit entre elles toutes les sciences et en particulier peut-être la botanique et la zoologie dont les phénomènes biologiques se rapprochent chaque jour davantage de telle sorte que l’on peut faire actuellement de la pathologie comparée, non seulement de l’animal à l’homme, mais même en partant des végétaux, comme l’établissent certains travaux sur le cancer.

Comment enfin ne pas signaler parmi ces études de botanique, l’importante communication que rapportent en 1730 les Mémoires de l’Académie Royale des Sciences sur un sujet on ne peut plus national : l’érable à sucre.

Le phénomène qui permet à l’érable de donner une sève abondante est assez curieux pour qu’il ait attiré l’attention de Sarrazin et Monsieur P.-G. Roy après Benjamin Suite croit que l’on doit peut-être à Sarrazin, sinon la dé-

(1) Lettre du 24 mai 1725 déjà citée. Cf. Pièceï justificatives.

couverte, du moins l’industrialisation de la fabrication du sucre d’érable (i).

Le travail de Sarrazin établit nettement qu’il a poursuivi des expériences d’un caractère scientifique dépassant ce qu’un simple fabricant aurait pu établir. Il décrit quatre variétés d’érable au pays, dont “ l’Acer canadense sacchariferum fructu minori Il signale du reste (2) que les Français après les sauvages ont constaté le caractère sucré de la sève qu’il fournit au printemps. Il précise les conditions climatologiques nécessaires à la montée et à la qualité ue cette sève: neige, fonte et gelée. “ Cette espèce de manipulation dont la nature se sert pour faire le sucre d’érable, ressemble à quelques opérations de chimie, où l’on fait des choses qui paraissent opposées, où celles qui paraissent le plus semblables ne sont pas équivalentes pour l’effet ”.

Sarrazin indique même ce que peut donner par saison un arbre de trois à quatre pieds de circonférence. Il fournit en un printemps soixante à quatre-vingts livres de sucre sans en souffrir.

Si la communication sur le sucre d’érable ne fut publiée qu’en 1730, Sarrazin avait cependant étudié le sujet dès ses débuts et l 'érable

(1) P.-G. Roy “Petites choses de notre histoire”, Vol. V, page 14-1 et suivantes.

(2) Mémoires de l’Académie des Sciences, 1730. Cité par Mgr Laiiamme, P. -G. Roy et Benjamin Suite.

faisait partie de son premier envoi au Jardin Royal. Là comme partout ce n’est qu’après des travaux de longue portée, appuyés sur des épreuves successives que Sarrazin traite à fond la question. Pourtant au premier communiqué, de cette sève dont on “ prépare des sirops ”, il avait dit l’essentiel, ainsi que des phénomènes qui préparent sa montée (i).

Voilà une industrie, tout comme le fait se répète de nos jours, bénéficiaire des recherches scientifiques à un moment où pourtant la science et l’industrie étaient encore l’une et l’autre dans l’enfance, et cela dans les mondes nouveaux où les conditions se montraient peu favorables.

Et pour clore ces considérations sur la botanique, il n’est pas jusqu’au bleuet du Canada que Sarrazin fait connaître en France, non plus au même titre que la petite fleur bleue de là-bas dont on connaît le charme, mais parce que son fruit, bon à manger, est utilisé par les sauvages de certaines contrées qui en font provision pour mettre dans leurs ragoûts (2).

Sarrazin vient de parler de réactions chimiques. C’est un sujet qu’en général il a peu abordé et sur lequel, forcément, il se trouvait plus dépourvu, la chimie ne pouvant guère s’expérimenter en terre canadienne et ne relevant qu’indirectement de l’histoire naturelle,

(1) Cf. Pièces justificatives, catalogue des plantes.

(2) Idem.

du moins pour les travaux de manipulations qu’elle comporte. Il allait faire une incursion dans ce domaine. On l’avait déjà chargé en haut lieu de recherches sur l’alkermès, médicalement expérimenté. Rien ne nous indique les travaux qu’il fit sur ce produit.

Le pays allait lui fournir une occasion d’entrer sur le terrain. Sarrazin ébauche une étude d’eaux minérales que du reste il ne poussera pas très loin. Il s’agit des eaux du Cap-dela-Madeleine. On avait trouvé dans la région des minérais de fer et l’installation des forges de St-Maurice était à s’organiser. La découverte fit émettre l’hypothèse que les eaux du voisinage pouvaient bien être par suite minéralisées. Sarrazin fut chargé par l’intendant de se rendre compte de ce fait (i).

Il reconnut qu’il s’agissait bien d’eaux ferrugineuses et effectua quelques réactions pour établir la chose et prouver en même temps qu’elles n’étaient ni sulfureuses, ni alumineuses. Les recherches semblent avoir été des plus simples et il ne démontre pas la puissance dont il témoigne ailleurs. Ses conclusions sont par trop affirmatives.

Les qualités qu’il attribue à ces eaux et le grand cas qu’il veut en faire, dépassent de beaucoup la réalité. Il les compare aux eaux de Forges dont il a lui-même autrefois éprou-

(1) Le travail sur les eaux minérales fut publié dans les mémoires dp Trévoux en 1736. Cité par l’abbé Bois.

vé les heureux effets. Ces eaux célèbres où l’avaient précédé et le suivirent Louis XIII, Richelieu, Madame de Sévigné, Voltaire, Buffon et tant d’autres, sont beaucoup plus minéralisées en fer que ne le furent jamais celles des Trois-Rivières, et elles comportent en plus des substances salines qui les rapprochent des eaux de Spa et de Marienbad. Malheureusement pour les infirmes et les malades du Canada “ dont les maladies se montrent si souvent rebelles à la médecine ordinaire ” les eaux du Cap-de-la-Madeleine ne constituent pas Me trésor ” que Sarrazin croit y avoir trouvé. C’est le sort réservé à toutes nos sources thermales, ou à peu près, qui peuvent être légèrement salines, sulfureuses ou ferrugineuses, mais tout au moins dans la région, ne présentent pas cette haute minéralisation susceptible de les rendre médicales. Il ne faudrait pas perdre de vue combien nous sommes éloignés du plateau central qui réunit à lui seul presque toutes les sources importantes de toutes natures. Si avec ses connaissances chimiques peu approfondies, Sarrazin a cru pouvoir attirer 1 attention sui une telle découverte, c’est assez normal et il est juste de le juger avec indulgence. Les cures thermales étaient en honneur en Europe, il eût été heureux qu’on pût les établir ici. Avec des notions géologiques peu approfondies, il était facile de verser dans une erreur semblable, dans laquelle on tombe encore au-

jourd hui lorsque d’aventure certains faiseurs veulent se mêler de questions qu’ils ignorent totalement.

Pour une fois Sarrazin avait conclu un peu trop rapidement et exagérait la portée d’une ressource que sa fonction d’un tout autre ordi e ne lui pei mettait pas d’apprecier à sa valeur.

Ses travaux botaniques constituaient un champ assez étendu où il avait pu établir la préparation, appropriée et l’orientation définie de son espi it. Ils ne forment que la minime partie de son œuvre, celle qu’il poursuivit pendant toute sa vie, presque en marge des études beaucoup plus poussées dans ‘le domaine zoologique, où il allait débuter par une description magistrale.

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