‹ Un bon patriote d'autrefois (volume 2)Chapitre 6 sur 15 · I.E SÉMINAIRE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

I.E SÉMINAIRE DE QUÉBEC

Hommage au séminaire de Québec. — Directeurs du séminaire, du temps de Labrie. — Ses confrères de classe.

Saluons ce noble asile des sciences et des lettres, ce boulevard de la nationalité canadienne-française, cette institution admirable qui a traversé vaillamment les époques les plus critiques de notre histoire, qui a fourni à l'Eglise une légion d'apôtres et à l'Etat tant de citoyens instruits et dévoués. On ne sait pas tout ce que le pays doit de reconnaissance au séminaire de Québec. Il a été bien des fois le phare lumineux qui nous aidait à

nous diriger sûrement, à travers les écueilSj vers les espérances de l'avenir.

Jacques Labrie demeura toujours respectueusement attaché à cette maison où il avait fait ses études classiques. Le séminaire ayant été attaqué par un correspondant du Canadien^ le Courrier de Québec^ dont le principal directeur était Jacques Labrie lui-même^ répliqua :

*' Vous ne connaissez ni cette sage maison, ni les messieurs qui la gouvernent...

Il n'y a personne quis'eflforce plus qu'eux de donner aux jeunes gens des sentiments loyaux et patriotiques. Ce n'est pas parce que je leur dois mon éducation que je parle ainsi, mais parce que j'ai l'avantage de connaître particulièrement leurs sentiments,,..

Je suis fâcliéj ajoutait-il, que le séminaire n'ait pas un meilleur avocat que mûi-.,.j mais je n*ai pas voulu laisser échapper cette occasion de prouver ma reconnaissance aux sages instituteurs qui ont gui-

dé mes premiers pas dans la vie. Puissent tous ceux qu'ils ont instruits ne point dévier du sentier qu'ils leur ont tracé ! "

Les principaux directeurs du séminaire, lorsque Jacques Labrie y fit son cours d'études, étaient MM. Gravé, Robert, Lahaille, Antoine Bedard et Jérôme Demers. C'étaient tous des hommes éminents, d'un grand savoir, d'une vertu éprouvée. Tous, à l'exception de M.

Bedard, qui ne resta que quelques années au séminaire, furent longtemps vicaires généraux du diocèse, et supérieurs de leur maison à plusieurs reprises, M. Gravé, durant dix-neuf ans, M. Demers, dix-huit ans. M. Bedard était frère du célèbre patriote Pierre-Stanislas Bedard, qui fut l'un des fondateurs du Canadien. M.

Lahaille était un vieux gascon, né à Tarbes, qui avait fait ses études à l'Université de Bordeaux :

" Doué de très grands talents, dit un

chroniqueur, il saisissait avec facilité ce qu'il y a de plus difficile dans les hautes sciences, et développait avec tant de netteté et de méthode celles qu^l enseignaitj que ses jeunes auditeurs le suivaient toujours avec plaisir et presque sans aucun effort,"

Le Jeune Labrie avait des talents brillants et un grand amour du travail : sous la direction de ces maîtres habiles, il fît de très fortes études. Dans les quelques écrits quHl a laissés, il cite souvent les auteurs classiques, et particulièrement Jules Césarp Ses connaissances en histoire étaient considérables: on peut dire que rhistoire a été la passion de sa vie.

Quelle belle pléiade de jeunes gens Pou voyait alors au séminaire de Québec, gravitant autour des maîtres éminents que je viens de nommer : parmi les confrères de classe de Labrie, Louis-Joseph Papineau, le futur orateur de l'assemblée législative,

Antoine Parant, l'un des futurs directeurs du séminaire et l'un des fondateurs de l'Université Laval, Raby, Lajus, Fortin, qui seront l'ornement du clergé ; et, dans les classes les plus voisines de la sienne, André Doucet, le futur curé de Québec, Louis Plamondon, ce jurisconsulte distingué et instruit qui sera la gloire du barreau, Thomas Bedard, Pierre-Flavien Turgeon, le futur archevêque de Québec, Louis Moquin, cette autre gloire de l'ancien barreau, celui dont le grand juge du district, faisant son éloge, à ses funérailles, disait publiquement " qu'il n'avait jamais voulu prendre une cause sans s'être assuré par les meilleures informations qu'elle était fondée en justice. "

" Au séminaire de Québec, écrit Bibaud •dans son Panthéon Canadien^ Louis Moquin étonna par son intelligence. Il fit 5on cours d'études en cinq ans." Puis il cite un trait qui rappelle l'histoire de

Racine apprenant par cœur, en une nuit, un roman grec dont ses maîtres ne lui avaient pas voulu permettre la lecture :

" Le Disœurs de Bossuet sur V histoire universelle lui étant un jour, dit-il, tombé sous la main, et n'ayant pu se le procurer dans les boutiques de Québec, il l'apprit par cœur."

Ces jeunes gens distingués restèrent toujours très attachés à leur Aima Mater.

M. Papineau, entre autres, garda toute sa vie un excellent souvenir du séminaire et des prêtres qu'il y avait connus dans sa jeunesse. Il écrivit un jour, à ce sujet, une magnifique lettre à M. l'abbé Cyrille Legaré ; et celui-ci se proposait de l'insérer dans la monographie d'un des anciens directeurs du séminaire qu'il préparait avec soin. Tout cela, malheureusement, fut détruit dans l'incendie du 25 mars 1865, qui consuma une grande partie de cette institution.

Entre tous les jeunes gens d'avenir que je viens de nommer et avec lesquels il rivalisait par les talents, Jacques Labrie se faisait remarquer par la douceur et TafiFabilité de son caractère. Il avait, paraît-il, un cœur aimant, une âme tendre et sensible. " Ce fut, dit son panégyriste, durant son cours d'études au séminaire de la capitale, qu'il forma des liaisons étroites que le temps n'ébranla jamais. "

Il ne connut que plus tard Denis-Ben« jamin Viger, qui avait vingt ans de plus que lui, et avait fait ses études au collège de Montréal. Sitôt que ces deux hommes se rencontrèrent, il se sentirent fortement attirés l'un vers l'autre par la communauté de leurs vues et de leurs sentiments sur l'honneur, sur l'amour du travail, sur toutes les vertus qui font le bon citoyen et peuvent le rendre utile à son pays. J'ai moi-même entendu M. Viger faire le plus

bel éloge de la science et du caractère de son ami.

Ce ne fut également que plus tard que Jacques Labrie connut M. Morin, lequel avait vingt ans de moins que lui ; mais il s'attacha alors à ce jeune homme, dont les talents brillants donnaient tant de promesses. Tous deux étaient du même pays natal : ^'^ leurs familles n'étaient probablement pas étrangères ; et le Doâeur Labrie dut favoriser plus tard de toutes ses forces l'élection de son jeune ami comme député du comté de Bellechasse.

(i) M. Morin était de Saint-Michel, concession dite Vide-Poches ; le Do<5leur I^abrie, de la paroisse iroisine, Saint-Charies de Bellechasse.

Page 1