‹ Un cadet de Gascogne au XVIe siècle, Blaise de MonlucChapitre 10 sur 38 · E\ PIÉMONT SOUS BRISSAC · texte numérisé non relu

E\ PIÉMONT SOUS BRISSAC

treize cents Italiens. Cette intempestive économie arrêta net les progrès de Brissac. Les princes rentièrent en France vers le 7 décembre.

An mois de mai i553, don Ferrante, qni, depuis le début de la guerre, restait sur la défensive, tenta un grand etrort. Fn compagnie du jeune prince de Piémont, Emmanuel-Philibert, il envahit le marquisat de Saluées, occupa Brà, Carde, Saluées, Verzuolo, Busca et Dronero. Brissac, désarmé, voulut, du moins, ravitailler Bene que l'ennemi assiégeait. Au commencement de juin, Monluc y fut envoyé. 11 ne faisait que sortir d'une fièvre dont il avait encore les lèvres toutes gâtées. 11 ne se souciait guère d'y aller. Brissac le prit par son point faible, la vanité, et le décida. A Bene il fut reçu, avec la même joie qu'en novembre i543, parle comte Giovanni Ludovico Costa et sa mère, la vaillante comtesse Bonavilla. Avec des pierres tombales, la comtesse fit fabriquer onze meules. Pendant la nuit, cinq ou six cents hommes et femmes sortirent de la ville, et, tandis que, pour faire diversion, le capitaine albanais Tliéodore Bedaigne allait donner l'arme aux avantpostes impériaux, les uns coupaient les blés dans un champ voisin de la ville, les autres les liaient et rapporlaient les gerbes. Les paysans du voisinage, enhardis, introduisirent, les jours suivants, le plus ([u'ils purent de leurs récoltes. On broya le grain à l'aide des meules de la comtesse, et Bene se trouva ravitaillé. Le i5 juillet, don Ferrante, après avoir « tournoyé » six semaines aux environs de la place et gâté la campagne, leva le siège et s'en revint précipitamment à Asti.

A j^eine s'était-il relire que Brissac reprit l'ofTensiAe. Le i8 juillet, Bonnivet, Yassc et René de Birague réoccupèrent Carde, puis Saluées. Au mois d'août, le maréchal prit Busca et reconquit tout le marquisat. Mais la prise de Verrua par les deux Birague et Bonnivet le rappela vers le nord. 11 y occupa le Canavase, pays situé entre la Dora el l'urin. 11 ne rencontra de résistance que devant San Martino. Quinze ou vingt coTips de canon en eurent raison; Bonnivet fit pendre six ou sept hommes de la garnison, ce qui fut d'un salutaire exemple pour les places voisines. Brissac se disposait à fortifier San Martino lorscju'il apprit que don Ferrante marchait sur Ceva, une des jdIus fortes places de la région montagneuse des Langhe, à l'autre bout du Piémont. Vassé et Gordes s'en étaient enq^arés, par un hardi coup de main, le i" octobre. A l'approche des Impériaux, ils s'étaient retirés ; mais la pluie les avait empêchés d'évacuer l'artillerie sur Mondovi. 11 fallait, pour la sauver, lutter de vitesse avec l'ennemi et arriver avant lui devant Ceva. Brissac se mit en marche. Le 8 octobre, après une étape gênée par une pluie torrentielle, il parvenait à Mondovi. Là, ayant appris que les Impériaux passaient le ïanaro, il détacha Vassé pour aller, le soir même, loger dans Ceva. Le lendemain matin, il l'y rejoignit. Ses forces étaient légèrement supérieures à celles de D. l'errante, qui étaient logées à un mille, dans un village séparé du pied de la montagne par un petit pont de bri([iie. Le maréchal envoya en reconnaissance des clievau-légers. (jiii furent chargés et refoulés jusque sous les murailles, .\hiis à l'approche de l'infanterie

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française, les Impériaux coimucncèrent à battre en retraite. Leurs gens de pied franchirent le pont et gagnèrent la montagne. Brissac alors jeta hors de la ville trois enseignes de la garnison et lit passer le Tanaro à sa cavalerie. Sous le feu de l'arquebuseric ennemie, les Français franchirent le pont à leur tour et poursuivirent les Impériaux dans la montagne. A ce moment arrivèrent les capitaines que Brissac avait mandés de San Martino, Bonnivel, Ludovic de Birague, Monluc. Sampiero Corso, avec quelques arquebusiers à cheval. Le maréchal les chargea d'arrêter la poursuite et de rallier les gens de pied et les cavaliers, engagés dans la montagne, à la queue des Impériaux. Monluc admira le sang-froid avec lequel le mestre de camp de don Ferrante, Alvaro di Sandez, dirigea sa retraite. 11 eûl été, d'ailleurs, d'avis de le charger près du pont, (( de cul et de tèle ». Ce ne fut pas l'opinion du prudent Brissac, qui ramena le lendemain l'artillerie à Mundovi (9 octobre).

V peine le maréchal s'étail-il éloigné que don Ferrante reparut devant Ceva. Il s'en empara sans peine, mais s'attarda ensuite au siège de Lesegno. ÎX'ayanl pu s'en rendre maître, il résolut de tâter son ennemi sur un autre j)()int de la frontière. Aussi bien sa grande préorru])ation était de conserver et de ravitailler ^ Olpiano, la suprême l'essource des Impériaux sur la rive gauche du Pu. 11 fallait pour cela reprendre les places du Canavese conquises le mois précédent par Brissac. La plus à portée de Vercelli et d'Ivrée était San Martino. Cesarc Maggi s'en empara, le 10 novembre, et lit pendre l'un des trois capitaines, pour le punir d'avoir

vaillamment résisté. C'était la loi de la guerre. Il reprit de même Pont Canavesc, puis marcha vers Caselle, à quatre milles au nord-ouest de Turin. 11 espérait l'enlever aussi facilement ; mais Brissac, quoique surpris par cette soudaine offensive, avait prévu ce dernier danger. Caselle au pouvoir des Impériaux eût été comme une écharde dans l'œil de Turin. Monluc y fut donc envoyé, avec quatre compagnies françaises, dans les derniers jours d'octobre. A l'en croire, le maréchal avait d'abord décidé d'évacuer la place, jugeant qu'il serait fou de vouloir la défendre. Monluc accourut de Moncalieri et lui démontra que le mot (( impossible » n'est pas fiançais. Brissac consent à le laisser faire. Il fait transporter à Caselle des vivres, lard et farines, des munitions, plomb, poudre et cordes d'arquebuse, des outils, marteaux, pics et pioches. II y trouve en garnison la compagnie du gouverneur du Dauphiné, Guy de Maugiron, commandée par son fils Guillaume, sieur de Gié. Ce vaillant jeune homme refuse, malgré les instances de Brissac, de quitter la place. On se met à l'œuvre : on répare la méchante muraille de cailloux qui entoure Caselle, on en renforce les angles, on fait du gazon pour le terreplein, on creuse des tranchées, on terrasse les portes, on scie des planches au moulin, on remplit des gabions. Les quatre compagnies et cinq cents pionniers travaillent aux cantons et aux courtines. Les habitants, hommes, femmes, enfants au-dessus de six ans, portent la terre. Monluc a tout réglé ; il a établi un ordre exact et une rigoureuse discipline : mil n'a le droit de quitter sa besogne du malin jusqu'au soir, hors de

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onzo heures à midi, poui (liner. Sur les places, on a dressé des potences pour ralraîchir la mémoire des <Kiblieux et stimuler le zèle des négligents. Le chef donne, du reste, l'exemple ; sans compter il paie de sa personne : on le voit partout, aux cantons, aux courtines, au gazon, aux gabions ; la nuit, il fait des rondes avec des torches. Il encourage tout le monde, caresse les petits et les grands, montre, au besoin, du doigt les potences et, de gré ou de force, fait régner l'union dans tous les cœurs.

Ccsare Maggi se disposait à assaillir Casellc. L'escalade d'Âlba par LaMothe-Ciondrin et ^ imercali, dans la ïuiit du i3 au i4 novend)re. l'en empêcha. Cette heureuse diversion ramena les Impériaux sur la rive droite du Pô. Don Ferrante repassa le fleuve à Pontestura et se relira à Asti pour y étudier les moyens de reprendre Alba. L'entreprise était loin d'être aisée : la place avait été rendue très forte par les Impériaux, ■et Bonnivet travaillait, avec les pionniers que Alonluc lui avait envoyés de Caselle, à la mettre couiplètement en défense. Don Ferrante fit venir du Milanais deux mille pionniers, deux cent cinquante chariots, huit cents paires de boMifs et Sâ.ooo ducats. Le 9 décembre, il réunit un conseil de guerre : ses capitaines montrèrent peu d'enthousiasme pour une campagne en plein hiver, mais il passa outre à leurs ■avis. Ce fut pourtant le 20 seulement qu'il put se mettre en marche ; les renforts demandés en Milanais avaient été très lents à \enir. A cette date, il quittait Alexandrie, et par Nizza se dirigeait lentement vers Alba. Il se présenta devant la ville, mais mie

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vivo escainiûuche lui prouva ([u'il serait dangereux d'en tenter le siège.

Il se tourna alors vers la place du Monferrat la plus voisine d'.Vsti et la plus aisée, semblait-il, à prendre, San Damiano. Le i" janvier i553, il établit son camp sur les collines voisines et ouvrit assez mollement le feu; son artillerie, qui tirait à coup perdu, ne lit pas grand dommage. Le gouverneur de San Damiano était un \aillant homme, François de Bricquemault. Il dépêcha aussitôt à Brissac pour le prier de le ravitailler 011 poudre, plomb et cordes d'arquebuse. Monluc se chargea de l'alTaire. II vint de Carmagnola à la Cisterna d'Asti pour diriger les convois de munitions destinés à San Damiano. Le capitaine de la place, un Italien, nommé Torquato Torto, ne savait trop comment s'y prendre. Monluc, plus débrouillard, réquisitionne trente paysans, leur fait attachera la ceinture la corde, le plomb et des sacs de poudre et remettre un bâton à chacun. Ils quittent la Cisterna à deux heures du malin, à travers la neige. Du haut d'une plate-forme Monluc les regarde partir. La bise piquante de cette nuit de janvier a réveillé sa blessure de Chieri ; sa cuisse le « tue de mal ». Bientôt il les voit revenir : les capitaines italiens ciiargés d'escorter le convoi ont déclaré qu'on ne peut ap]irocher de San Damiano, qu'on n'y saurait faire entrer un chat. Moiduc hausse les épaules. II mande imnK'dialeinenl de Moncalieri son enseigne, le capitaine (iharrx, une tète brûlée s'il en fut en Piémont, avec ordre d'amener trente arquebusiers et.vingl piquiers d'élite, tirés de sa compagnie. (Jliari'y ne se fait pas prier : la nuil suivante, à

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une lionie du malin, il arrive avec ses hommes. Moulue les n'cliaulle avec trois on ([ualre feux de cliarl)on préparés dans une cave, el leur remplit solidement l'eslomac. Puis il appelle un jeune t'ou. nommé P(>dro Antonio, qu'il a connu à Moncalieri. lui fait la lc(;on el le charge de conduire le convoi, attestant la Madone ({ue, s'il fait le poltron, il lui fera « un trait à la Monluc ». L'autre jure qu'il sera « sage ». Tous les gaillards qui sont là se déclarent prêts à tout ; l'un d'eux, un caporal picard, nommé Le Turc, assure le chef (ju'on entrera. Monluc lui saute au cou pour le remercier. Après cette émouvante scène dans la cave, qu'éclairent quelques chandelles basses, Charry part, escortant les paysans, et Monluc se replace en sentinelle sur la plate-forme. Au bout de deux heures, il entend, du côté des avant-postes imjMniaux, un grand bruil d'arquebusades. C'est Charry ([ui met en déroule le premier corps de garde. 11 culbute de même le second, arrive à la porte de la ville, y dépose les mvmitions, embrasse Bricquemault et revient à la Cisterna avec un seul homme blessé. Le lendemain, il renouvelle la tentalixe avec un égal succès, mais cette fois, à la prière de Bricquemault, il reste à San Damiano.

La place fut secourue de deux autres côtés. La garnison d' Mba venait toutes les nuits donner l'alarme aux assiégeants; celle de \ illano\a d'Vsli envoyait des coureurs (pii gênaient beaucoup le ia\ itaillemont de leurcanq). Don l->rrante, en dépit de son ingénieur, ([ui lui a\ait jiromis que la ville se rendrait au premier cou[) de canon, était obligé d'en faire le siège en règle, lîricquemault parvint à éventer trois mines. Cesare

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Maggi, le vieux renard, faillit être pris à l'orifice de l'une d'elles. Les arquebusiers du capitaine Loup escarpèrent la plate-forme du « vieux pont », que l'artillerie impériale essayait en vain d'entamer. Le baron de Cliepy, envoyé d'Vlba par Bonnivet, et le capitaine Charry descendaient dans le fossé avec leurs gens, enlevaient les fascines à mesure que les soldats ennemis les y jetaient. Plusieurs sorties vigoureuses furent faites par la porte d'Asti et la porte de Canale et jetèrent le désordre dans les corps de garde impériaux. Le 1 6 janvier, don Ferrante, découragé par la pluie et la neige qui tombaient sans discontinuer, n'ayant plus d'argent pour payer ses troupes, leva le siège et battit en retraite sur Asti. Monluc accourut aussitôt' à San Damiano, se jeta étourdiment à sa j^oursuite et y gagna d'être fortement étrillé. La joie de voir décamper l'ennemi lui fit faire là un tour de jeune capitaine. Cette escapade dut le mortifier passablement.

Le lendemain, Brissac, très fier de ce succès, dépêcha à la cour, pour en porter la nouvelle, un des héros de San Damiano, Cliarry, en priant le loi de lui remettre, à cette occasion, qu('l([ue folie qu'il avait faite en sa jeunesse. Le acj jainicr, l5iron, le futur maréchal, arrivait à Turin. 11 apportait jjour Monluc la récompense des services rendus depuis un an et demi, cette place de genlilhnninie de la chambre qu'il avait sollicitée trop tôt. La joie de Alonluc fui grande : il so inonha aussi satisfait (pi'il avait jusque-là paru mal roiileiil. Mais lirissac \oulail ])Our lui da\antage. Il (leuianda au coimélaljle de lui donner le gouvernement d' \il)a, en faisant \oir qu'il excellait à « tenir police n

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el à adiiiinishcr (( un peuple ». Il l'avait Lion prouvé à Casellp. Aloiitmovcncy aj^réa cette proposition. Le gouvernement (le Moncalicri Cul attribué à Moritbazin et la maîtrise de camp vacante au baron de Cbepy.

La lin de rhi\er fut employée par Brissacà faire travailler aux fortifications de Carmagnola et de Villanova d'Asti et à attendre de France l'argent et les munitions qui lui manquaient, ainsi que les troupes de relève. Dans les derniers jours de février, on annonça la procliaine arrivée des compagnies de Termes et du comte de Tende. Le nouveau gouverneur d'Alba reçut l'ordre de préparer son artillerie. Le maréchal, suivant sa méthode favorite, làtait l'ennemi aux points sensibles, (hi cé»lé de Volpiano, objet de ses constantes préoccupations; vers le marquisat de Saluées, où il songeait, pour la campagne prochaine, à reprendre Cherasco, Fossano, Coni ; vers Ivrée enfin. Ces tentatives partielles, rendues d'ailleurs nécessaires par les forces insunisant(>s dont il disj)osait, n'eurent pasde succès. L('])rinl('nips élail déjà avancé et les renforts atlendus n'arrivaient pas. Les gouverneurs des places chi Piémont (|ui avaient obterui leur congé, s'attardaient en France. Hrissac réclamait leur retour avec instance. A la lin de mai seulement, six enseignes de lanscpienets et trois de Suisses étant enfin arrivées, il put dresser un nouveau plan de campagne. 11 AJnl nicltre le siège devant Fossano. La place résista ; il fallut se replier sur Brà. Brissac songea alors à reprendre un dessein qu'il avait déjà eu en septembre i552, lors du coup de main de Vassé et Gordes sur Ceva : s'emparer de cette région montagneuse des Langhe qui permettait aux Impériaux

de communiqvier librement avec la rivière de Ponent, Gênes et Savone.

Le i6 juin, il vint à Alba, pour y réunir les vivres et les bêtes de somme nécessaires à son entreprise. Déjà les chevau - légers et l'artillerie, commandés par Yimercati et Monluc, étaient en marche vers Cortemiglia. Le comte Alessandro Bcntivoglio, lieutenant de Cesare Maggi, qui se trouvait dans la place, s'enfuit à leur approche, et l'on put croire un instant que Cortemigliaavait été occupé sans coup férir par les Français. La nouvelle était fausse. Monluc el Yimercati, après avoir paru le 19 juin devant la place, jugèrent d'autant plus prudent de ne pas en tenter la prise que don Ferrante s'apprêtait à y envoyer ses Allemands et toute sa cavalerie légère. Ils se détournèrent vers la droite, et s'emparèrent sans peine de Cerretto, Serravalle, Bossolasco, Murazzano, Mombarcaro. en marche décidément sur Ceva, qu'il était plus difficile à l'ennemi de ravitailler, à raison de la distance.

Le vendredi 22 juin, l'avant-garde française arrivait devant Ceva. La ville, bâtie au bord du Tanaro, était dominée par une montagne sur laquelle les Impériaux avaient élevé une redoute autour d'une chapelle et d'un ermitage creusé dans le roc. Monluc et Yimercati décident de brusquer les choses et d'occuper par surprise cette forte posilioii. File était gardée par le capitaine Bonconte de Carpegna cpii. à l'approche de l'ennemi, sortit sur la contrescarpe et fit ouvrir le feu par soixante ou cjuatre-vingts arquebusiers. Monluc (h'mande des renforts au baron de ('liepv. Là-dessus, Bonni\et arrive en poster de la corn- ; il crie qu'on

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altcnde le maivchal. Moulue lui dil, narquois : u Monsieur, pour votre hicnvcnuc, niellez donc pied à lerre el allons rembarrer ces gens dans leur l'oit. » Bonnivet consent, a Mon compagnon, dit Moulue à N'imereati. pendant que nous les chargeons, faites les quartiers. — Point du tout, répond l'autre, je ne vous laisserai pas seul remplir la charge cpie monsieur le maréchal nous a donnée, .le ferai le fou aussi bien que vous el, par ce coup, je serai (îascon ». Il nul pied à terre et marche au feu, tout alourdi par l'âge et par ses armes pesantes. Quanta Monluc. son bàlon familier-, la hallebarde, en main, il ^ole ; il ne lui souvient plus de sa hanche; il se sent plus léger qu'une once. On charge, on repousse rudement les ennemis ; on franchit la tranchée à leur suite, on les mène, toujours tuant, jusqu'à la chapelle. Les survivants se barricadent dans l'ermitage. Le capitaine est tué sur la porte. L'enseigne capitule le soir ])Our avoir sa part des bagages d'un noble llamand, le marquis de Brederode, qui étaient déposés dans les casemates de la redoute. Le lendemain, Brissac arrive et ouvre le feu contre la place : après quatre cents coups, elle se rend. Le dimanche .>Ji, il fait sommer le capitaine Girolamo Sacco, qui s'est enfermé dans la citadelle, et. après avnii- ('ail ])ièche, l'oblige à cajiifuler.

Le maréchal re\int cnsuilc à Vlba pour rallier (pielques enseignes de lans([ueiiets v[ d'Italiens el faire rhabillei- deux canons endommagés. Mais il voulait compléter sa campagne ; il envoya donc sa petite armée, sous- les ordres de iîonnivet, pour assiéger Cortemiglia. Les Français arrivèrent le «juillet au soir

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devant la ville. La garnison, composée de cinq à six cents Espagnols, résista mieux que celle de Ceva. La ^ ille fut d'abord occupée ; mais il fallut faire le siège du château. Le maréchal vint d'Alba avec Monluc, qui dirigea les opérations. La batterie ouverte contre la muraille du château qui regardait vers le faubourg situé sur la rive gauche de la Bormida di Millesimo, avait été sans effet. Monluc se mit en quête d'un point plus vulnérable. Il fait sonder la rivière, découvre qu'elle est guéable et, pendant la nuit, y fait passer trois canons qui sont amenés derrière le château et protégés par une solide gabionnade. C'est, avec quelques variantes, le coup qui a réussi à Lanzo. A l'aube, on allait ouvrir le feu, quand le tabourindu château se mit à sonner la chamade. Le gouverneur capitulait, au bout de six jours de résistance et après avoir enduré deux mille coups de canon (8 juillet). Les pièces de Monluc n'avaient pas tiré, mais il avait affermi sa réputation de (( fort digne homme de siège », et Brissac était maître d'une place amplement fournie de munitions et de vivres.

On remonta vers le nord. Le maréchal, pour prott'ger ses conquêtes, \iiit se placer à Canclli et à San Slefano Belbo, à (piehpies milles des Impériaux logés à Nizza. La silualion pou\ait devenir critique si don Ferrante rcpicnail l'olTensive. Brissac, en pré- \isinn d'une bataille parlait de lever deux ou trois mille Italiens de plus, dont les villes du pays auraient avancé la solde, et pressait le roi de lui donner des instructions nettes qui n'arrivaient pas. Bientôt Henri II, menacé d'une invasion des Inq)ériaux à la

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