‹ Un cadet de Gascogne au XVIe siècle, Blaise de MonlucChapitre 11 sur 38 · EM PIEMONT SOUS BRISSAC "J · texte numérisé non relu

EM PIEMONT SOUS BRISSAC "J

suilo de la prise de Tliéiouaiine et de Ilesdin, lui manda de renvoyer en France quinze vieilles bandes françaises et le régiment allemand de Georges Reckenrol. C'éfail lui donner l'ordre de renoncer à toute oll'ensi\e. Au moment où Brissac reçut cette lettre, don Ferrante élait enlin sorli de l'inarlinn oi'i le condamnait le man([ue d'argent pour payer ses troupes. Vers la fin de juillet, il s'était mis en mouvement : après une tenlali\e infructueuse pour reprendre Corlemiglia, il avait ravitaillé Clierasco ; de là, franchissant le Tanaro, il s'était porté vers l'armée de Brissac, qui avait reculé d'abord vers Alba, puis sur Riva diCliieri. Ni l'un ni l'autre des deux adversaires ne désirait une bataille : don Ferrante avait des forces supérieures, mais n'était rien moins que sûr de ses troupes; Brissac avait ordre de ne rien hasarder. On ne songeait qu'à négocier. Au début d'août, Monluc fut chargé de traiter d'un échange de prisonniers avec Ludovico A istarino, gouverneur d'Asti. Brissac espérait amf)rcer ainsi des pourparlers en vue d'une trêve. \ islarino repoussa d'abord toute ouverture, alléguant la déloyauté de la rupture en septembre i55i ; mais l'objeclion ('lait de pvu'C forme, et la suspension d'armes allait être signée quand Monluc, au nom de Brissac, demanda que don h'errante évacuât d'abord la partie du Monferral, territoire français, qu'il occupait. Celle prétention mit fin aux pourparlers. Ils furent repris à la fin du mois et aboutirent à la trêve de Buttigliera (3i août). Mais Monluc n'y eut point de part. \jn(' maladie grave le força de céder la place à Montbazin, gouverneur de Moncalieri, et de demander son congé.

Le 19 septembre, il ((uittait le Piémont, porteur de lettres pour le roi et le connétable, où Brissac faisait de lui le plus bel éloge. 11 vint à la cour, y entretint Henri II des aflaires « de deçà », n'oublia pas de se faire valoir, comme il convenait, puis s'en alla se rafraîchir en Gascogne, non sans pester im peu contre la fortune qui, après lui avoir si libéralement donné la gloire du soldat pendant ces laborieuses campagnes, lui ravissait, au dernier moment, celle du diplomate. L'accueil de ses amis et voisins le consola, d'ailleurs. Le vieux routier du Piémont fut fêté. 11 s'offrit, sans se faire prier, à l'admiration de tous ; il la stimula, au besoin, par ses récits. Ils lui valurent d'être estimé et honoré, lui, chétif, par les plus grands seigneurs du pays.

CHAPITRi: V

L\ DEFEMSE DE SiE>XE.

l'iivoi de 'Nfoiilnc à Sienne. — Déparl du secours de F'rancc. — I/esciirmouche do Sant'Abbondio (l'i jnillel i.').')'!;. — Défaile de Strozzi à Marciano (■; aoùl'. — Mcmlnr ninlade : Strozzi à Sienne (scplcrabrel. — Le blocus. — Le «parlement)» avec le nnarqiiis. — La camisade de Noël (sT) décembre . — La « batterie n (i i janvier i555). — La sortii! des Allemands (iy Janvier). — Découragement de Monluc. — Le borgne Pietro. — La Inniine. — Les négociations et les derniers jours du siège. La capitulation. — La sortie (ai avril). — Monluc à Rome. ^ Uelouren FranciMmai).

Monluc no resta pas plus de si\ mois oisifà croupir sur les cendres. An débnt de mars loô^, un ordre du roi vint le tirer de son inaction : Henri 11 l'envoyait de nouveau en Italie, non plus comme sous-ordre, mais comme chef, non plus en Piémont, mais en Toscane, à Sienne. Depuis deux ans, les Siennois, après avoir chassé, avec l'aide des agents françaisà Rome, la garnison es|)agnole imposée par l'empereiu' en i54<S, s'étaient placés sous la protection de Henri H. Un banni florentin, cousin de la reine, coniui par ses hautes qualités militaires et sa haine contre le duc Cosme de Médicis, Pietro Slrozzi, commandait à Sienne avec le

7o BLAISE DE MOXLIC

titre de lieutenant-général du roi de France en Italie. Dans les derniers jours de jan\ier i554, une armée impériale, au service du duc de Florence, était venue mettre le siège devant la ville. Elle avait pour général un condottiere illustre, Gianjacomo Medici, marquis de Marignan. Menacé d'être bloqué et de manquer de vivres, Strozzi conçut un plan audacieux pour dégager Sienne. Il résolut d'en sortir, de tenir la campagne en vivant sur le pays, de fortifier les principales places du Siennois, puis, tendant, d'une part, la main au baron de Fourquevaux, qui levait à Parme un corps de secours composé de Grisons et de Suisses, renforcé, d'autre part, parles Allemands de Reckenrot, qui attendaient en Provence qu'on les embarquât pour la Toscane, de prendre une vigoureuse offensive et d'aller faire le dégât sur le territoire florentin. C'était la raison principale pour laquelle il demanda d'être suppléé dans Sienne. Il en avait une autre. Il se sentait usé ; il n'était pas fâché de passer la main. Peu souple de son naturel, autoritaire et violent, il avait vite mécontenté les Siennois. On lui reprochait ses aigres disputes avec le cardinal Ippolito de Ferrare, qui, ayant partagé quelque temps avec lui sa charge, ayait dû lui abandonner la place. Strozzi avait assurément donné des preuves suffisantes de sa haine contre Florence ; à Sienne, on lui en voulait pourtant d'être florentin, et l'on admettait avec peine que ce « fuoruscito n, qui n'était, en somme, (pi'un aventurier, prétendît, même au non) tlu roi de France, régenter la république.

Henri II désigna-t-il lui-même Monluc, après avoir évincé les autres candidats à la suppléance de Strozzi ?

Brissac insista-t-il pour qu'on lui renvoyât en Piémont son niostre de camp ') On l'ignore. Une seule chose est certaine : la « patente » expédiée à Monluc lui donnait, avec le titre de lieutenant-général du roi, pouvoir absolu sur les gens de guerre à pied et à cheval, et aussi mission de maintenir la bonne intelligence et l'union parmi ces terribles Sicnnois, bien connus pour leur humeur fantasque cl brouillonne. C'était à la fois une charge de soldat et de diplomate. Pour la remplir, on comptait autant sur sa dextérité et sa souplesse que sur son expérience des choses militaires. 11 est, on le voit, très vraisemblable qu'une discussion se soit élevée au conseil du roi sur le point de savoir si le caractère bizarre, fâcheux et colère de Monluc le désignait pour des fonctions aussi délicates. Il est naturel aussi que le connétable ait été opposé à sa nomination, que le duc de (Juise, au contraire, ait parlé en sa faveur.

La patente royale le trouva à Agen « malade de plusieurs maladies ». Elles ne l'empêchèrent pas de se mettre aussitôt en route. Mais il avait trop présumé de ses forces : à Toulouse, il dut s'arrêter, revenir par eau à Agen et s'y jeter entre les mains des médecins. Sur sa demande, ils lui fiionl subir un traitement énergique : en six jours, on lui administra sept médecines et on lui arracha deux dents. Il se trouva soulagé ; il ne lui resta plus qu'un mal d'estomac. Huit jours de diète l'en délivrèrent. Mais «pielle peur il avait eue ! L'aubaine magnihque, inespérée, qui lui tombait du ciel, avait failli lui échapper. De son lit il dicta une lettre dans laquelle, oubliant ses vieilles rancunes, il se faisait petit devant le tout -puissant connétable et

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le suppliait de ne pas revenir sur la décision prise.

A Marseille, il rejoignit les Allemands de Rockenrot et les débris des bandes françaises et italiennes rentrées en France après la reprise de la Corse par André Doria, qui allaient former le corps de secours pour Sienne. Le départ fut retardé de plus d'un mois par les atermoiements du baron de La Garde. Dans les derniers jours de juin seulement, on embarqua à Toulon. La traversée se fit sans autre incident que la capture, près de l'île d'Elbe, de Imit ou neuf transports de blé de Sicile. Le G juillet, les vingt-six galères du baron de La Garde, accruesde « l'arméed' Alger », quatorze galères et seize bà liment s légers du beglerbey Salab-Raïs, étaient en vue de Porto-Ercole, sur les cotes de Toscane. Le débarquement eut lieu à Scarlino. Puis on se mit en marcbe. par la Alaremme, vers Buonconvento. C'est dans cet te place, située sur les bords de l'Ombione, que Strozzi, avant de s'engager dans la a allée de l'Arbia pour marcber sm- Sienne, concentra ses troupes. Grisons de Fourquevaux qu'il élail allé cliercberenjuin sur les confins du Lucquois. renfort de France et corps florentin levé par Bindo Alloviti. Alonluc partit en avant avec Strozzi et Fourquevaux, et tous trois entrèrent, le li juillet, dans Sienne. Us y trouvèrent Lanssac, ambassadeur de France à Rome, diplomate éprouvé, que Strozzi, se défiant de l'inexpérience de Monbic. a\;iil pvu' de Aciiir aider de ses conseils le nouveau lieulenanl de l'oi.

Marignan, après avoir molleuient essayé de barrer, sur la route de Home, le passage au renfort allendu, avait, à l'approche de Strozzi, évacué le faubourg de

San La/.zaro pour se n'])lirr an nord de la ville. Son ([uartiergéncral était an Palaz/o de' Dia\oli, snrla ronte de Florence. 11 avait laissé qn('l(|n(>s lr()nj)es senlenie?U dans les forts de Monistero et de Sanl'Abbondio. Lo dnc Cosine, indi<inéde celle recnlade, donna l'ordre à son général de reprendre l'dllensive. Le corps de secours arrivait par la vallée de la Tressa. Pour lui faciliter l'entrée, Slrozzi fil sortir de Sienne, dans la nuil du li au i3, environ Irois cents arquebusiers, <pii occupèrent le couvent des (iesuale, à Sauf Vbbondio, après avoir à jamais guéri les cin(pianle soldais malades qu'y avait laissés le niarcpiis. Le lendemain, cette garnison fut renforcée de trois compagnies des capitaines Ginstiniano da Faenza, Federigo Montauto et Bartolommeo da Pesaro. On envoya aussi des jDÏonnierselon fortifia la position.

Le i4au matin, le maiciuis (|uillait Palazzo de' Diavoli, emmenant avec lui ses Uleniands et ses E.spagnols, en tout ([uatorze enseignes. Les Impériaux contournèrent, au nord-ouesl de la \iilc. le poggio de San Prospero et. j^ar le vallon de la Tressa, descendirent vers Monistero et Sanl'Abbondio. Une violente escarmouche s'engagea, en avant des portes San Marco et Tufi, dans les prés qui bordent la Tressa et sur les pentes, couvertes de vignes, du coteau de Moin'slero. Monluc était à table, dînant chez Lanssac avec Strozzi, lorsqu'on entendit le canon du côté de Sanl'Abbondio. Il se lève, em[)runtc un cheval turc à poil gris et sort de la ville par San Marco, accompagné du fidèle Charry et de trente bons soldats. Il trouve les choses fort gâtées. 11 aperçoit un capitaine italien qu'il ne

connaît pas, l'interpelle. C'est Mario de Santa-Fiore. ^lonluc se nomme, l'aide à rallier ses hommes et tous deux ramènent l'ennemi jusqu'au haut du monticule de Sanl'Abbondio. Puis ils occupent la petite église Saint-Charles et deux maisonnettes sur la route de San Marco à ^lonistero. Monluc dépêche ensuite aux Grisons, qui avaient fait halte au Pala/zetto Tolomei. Il obtient avec peine de leur colonel qu'ils viennent le renforcer. Les Grisons commencent à sonner leurs tabouiins. Mais c'est surtout de la cavalerie qu'il faut pour culbuter les gens de pied espagnols que le marquis ne cesse de renforcer. Monluc emprunte aux Grisons quatre cornettes qui chargent avec l'infanterie siennoise. L'ennemi enfin recule. Le marquis bat en relraile. iaissani beaucoup de morts sur le terrain. On n'osa pas le poursuivre. Y pouvait-on songer avec des forces insuifisantes ? Les (iascons et les Allemands avaient refusé de marcher: il faisait grand chaud, et ils étaient restés en arrière, attablés à boire sur le chemin encaissé et frais qui longe l'Arbia.

L'escarmouche de Sant'Abbondio avait eu du moins pour effet de dégager la route par laquelle arrivait le secours. Le lendemain, Sfrozzi logea les troupes dans le vallon entre Porta Romana et Porta Ovile. Il les fit ensuite déiiler par la ville pour faire admirer aux badauds la belle mine ei les justaucorps de soie des reîtres allemands et des gens de pied français. II connaissait ses Siennois ; il savait les moyens à employer pour réchaull'cr leur culliousiasme et leur redonnci' du co'ur. Après avoir tenu conseil avec Lanssac el Monluc, il décida de se remettre en cam-

])a^ii(- et (1p roj)rpndre son plan, si malheureusement ajouiné par le retard du secours de France. Le 17, il réunit ses troupes à Porta Romana, et traînant à sa suite ciiui canons, dix chariots de houlets, dix de poudre, sept charges d'échelles, de sapes et de pics, et quatre compagnies de pionniers, il s'éloigna dans la direction (l'Asciano. Le matin. Lanssac était reparti pour Uonie.

Monluc resta seul dans Sieiuie. Il eut préféré suivre Strozzi. Quelques jours lui avaient sufTi pour se rendre conqjte que la situation n'était pas brillante : deux mille gens de pied et cent chevaux seulement pour garder la ville ; une population terriblement difficile à manier ; un avenir très incertain, à la merci de la bataille que Strozzi allait certainement livrer au mar- (piis. Pour comble de disgrâce, une fièvre tierce acheva de le mettre à bas. Il écrivit à Lanssac qu'il lui semblait merveilleusement nécessaire cpiil revînt à Sienne, et à Strozzi qu'il avait besoin d'un suppléant, son frère Roberto ou le capitaine Combas. Etait-il aussi sérieusement malade qu'il le disait? Baccio Cavalcanti, un Florentin qui était à ses côtés, écrivait qu'il était surtout découragé. On jx'ut le croire. Avec son flair de vieux routier, Monhic avait de suite auguré mal de l'entreprise ; il se mordait les doigts d'en avoir si ardemment sollicité la charge. Son vieil ennemi, le .connét;d)le, savait ce qu'il faisait en le fourrant dans cet abominable guêpier.

Les nouvelles du Val di Chiana. nù Strozzi et le marquis maïupuvraient, étaient i)eu rassurantes, Le i)remier, après avoir pris, puis ])erdu Marciano, s'était

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établi dans unemavivaise position. Après (piatie jours de tergiversations, sovis un soleil de feu, manquant d'eau, il se décida à la retraite. Marignan saisit ce moment pour l'attaquer. Le jeudi 2 août, à 7 heures du matin, Lécussan apportait à Sienne la nom elle que Strozzi se disposait à décamper ce jour-là vers Lucignano. Moulue, qui l'en avait dissuadé, lejugea perdu. Se rendit-il. vers les 9 heures, au Palazzo publico, malgré sa fièvre et sa dysenterie, et y prononça-t-il. devant le Concistoro, composé du capitaine du peuple et des neuf priori, un beau discours pour préparer les habitants à l'événement fatal et les engager à imiter leurs ancêtres les Romains, lorsqu'ils apprirent qu'Hannibal avait défait leur armée à Cannes, « près de Rome » ? Nous l'ignorons. Il est, du moins, certain que les Siennois se trouvèrent unis de cœur en face du désastre. Le soir, sur les 5 heures, le capitaine Combas, mestre de camp de l'infanterie française, arriva, annonçant que la bataille était perdue. Le vendredi fut à Sienne une journée de deuil. On y apprit, par les vaincus de Marciano, qui rentraient débandés, que Strozzi, blessé à la cuisse, avait été transporté sur des perches à Montalcino, où la cavalerie s'était, d'ailleurs, retirée intacte. La panique se répandit dans la ville. L'archevêque Francesco Bandini se sauva avec une nombreuse suite de gentilshommes. Moulue prit des mesures énergiques. Par son ordre, on pul^lia que tous les réfugiés eussent à évacuer la ville dans deux jours, avec leurs familles, sous peine de deux coups de corde par homme et du fouet j)our les femmes et les filles. Un hando convocjua les lansquenets au couvent de San

L\ DEFENSE DE SIENNE bo

DoniGiiico. les Gascons et les Français au couvent des Servi, les Italiens au couvent de San Spirito. Dix-huit enseignes turent reconstituées : six d'Allemands sous Reckenroî, six d'Italiens sous Cornelio Bentivoglio, six de Français sous le capitaine Gombas. Le reste, c'esl-à-dire les Grisons, fut renvoyé à Montalcino. Enlin, comme c'était l'anniversaire de l'expulsion de la garnison espagnole, on lit, le samedi, la procession traditionnelle du Duomo à San Agostino. La Madone fut j)ortée à travers la ville. Cent cinquante jeunes fdlrs l'escortaient, pieds nus et les cheveux é|)ars. cli;inla!il les lilaiiies, et répétant l'invocalictn : Chrislr, au</l nos ! Le marquis, heureus(Mnent, s'attarda à reprendre Lucignano et les places xoisines ; il ne reparut que le dimanche de\aMl la ville. Celle faille sauva Sienne.

Le lieuleuaiil de roi élail de plus en plus malade. Décidément l'air de Toscane ne lui \alail rien. A sa requête pressante, Lanssac prit la [)oste pour venir se jeter dans la ville. Mais le 1 1 août, il tondra dans une embuscade et fut emmené prisomiier à Florence. Mon lue résigna ses pouvoirs au Bolonais Cornelio l'x iilivoglio. Sa maladie rendait la situation encore plus ciiti([ue. Sur la proposition d'Ambrogio jNviti, le Consiglio générale décida d'envoyer à Henri 11 un orateur, Berna rdi no Buoninsegni, pour lui représenter le misérable étal de la républicpie. Le marquis s'était, en elfe t, rajjprocbé ; il hhxpiait les deux entrées principales, Porta Camollia et Porta iiomaua Pour la première fois. Sienne était sérieusement menacé, et l'on commençait à croire qu'il serait très difficile.

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sinon impossible, d'y faire entrer nn secours. Pendant tout le mois d'août et la première quinzaine de septembre, l'état de Monluc empira. Le lo septembre, les médecins avaient opiné qu'il était pour passer de cette vie en l'autre dans trois jours. A Rome, on s'attendait tous les jours à apprendre sa mort. La ville aussi était de plus en plus malade. Le blocus du marquis, l'indisposition du gouverneur, la diminution croissante des vivres avaient vite jeté les mobiles Siennois dans le désarroi et le découragement. Au lendemain du désastre de Marciano, dans un bel élan de patriotisme, ils ne parlaient que de garder leur liberté et l'amitié qu'ils avaient jurée à la France. Au bout d'un mois, leur zèle était tombé et le parti impérial, recruté parmi les gentilsbommes, relevait la tête. On parlait de se rendre. Pour rétablir dans cette ville désemparée l'autorité, le bon ordre et la concorde, on envoya Strozzi. Il partit, le 17 septembre, de Montalcino, accompagné du successeur de Lanssac à Rome, Odet de Selve et de l'archevêque Francesco Bandini. Il emmenait six enseignes de gens de pied et trois compagnies de gens de cheval. Aux portes de la ville, du coté de Fontebranda, il tomba dans une embuscade. Portant sa cuisse encore malade en écharpe à Larron de sa selle, il fut obligé, avec l'archevêque, de se jeter, pour échapper à l'ennemi, derrière un mur en ruines. Une fois dans la \\\l(\ Strozzi et de Sehe constatèrent cpie le « ménage » allait fort mal. Odet de Selve commença par déclarer que le roi de France ne pouvait secourir Sienne avant le printemps, que d'ici l;i il IjiHail, à tout prix, tenir. Il lit décider (|u'on expiiiscrail toutes les

boiiclies inutiles, ce (|ui ne |)Iiil. guère au Concisloro. Le dimanche 7 octobre, le Consif^lio générale se réunit. Stro/.zi proposa de créer une magistrature extraordinaire, les Huit de la guerre, et d'en confier la désignation aux agents français. Là -dessus, grand tumulte : Idmbrageux patriotisme sicnnois s'émeut ; quelqu'un crie que, si l'on accorde cela, les Français feront ce qu'avait fait jadis don Diego de Mendoza, le gouverneur espagnol. Strozzi protesta énergiquemenl contre cette injurieuse comparaison ; au cours d'une grande harangue, il met aux Siennois le marché en main. Kniin, après force discours, la niajorilé lui donne raison. Le lendemain, Strozzi, deSehe, ^loiduc et Saint-Luc, d'accord a^ec le Concistoro et 1(> capitaine du peuple, élisent les Unit. Leur choix se porte sur des homiues énergiques, tous ch''vonés à la cause fianc'aise e| ])ièls à lont |)ourla liberlé.

(Jue l'.iisail cependant Monlnc? Il allait mieux, mais pourtant, plus que jamais, il eût bien voulu s'en aller. Il écrivait qu'il était condamné par les médecins à ne recouvrer d'un an la sanlé. Il élail t'url en ])eine, sentant sa responsahiiilé de plus en plus lourde, et laissait entendre ([u'il enl Aolonliers accepté d'être soulagé. De Selvene se souciait pas, de son côté, de rester dans Sienne. 11 dut lui faire com])iendre qu'il ne servait de rien de geindre et qu'il l'allail accepttM' la silnalion, si fâcheuse tpi'elle fùl. Strozzi, de Sehe et Saint-Luc c[uiltèren[ la \ille dans la nm'l du 10 au 11 octobre. \ peine (''taienl-ils [laitis, cpie Hentixoglio |i)nd)a malade à son tour. Moninc, redcAenu un peu plus gaillard, reprit le commandement. Il commença à sii

faire porter dans une chaire par les forts, dont il inspectait les travaux. Un bando du 17 octobre, ordonnant à tous les habitants d'aller travailler à Porta Tufi et établissant un corps de garde à cette porte pour empêcher la rentrée des bouches inutiles, ainsi que plusieurs mesures énergiques prisesjourncllement jus([u'à la fin du mois, attestent son activité. Le marquis, de son côté, resserra le blocus. Le aS novembre, ses gens de pied, quittant Arbiarotta, vinrent loger entre le couvent de rOsservanza et Monistero, ce qui causa une alarme dans Sienne. Le lendemain, il fit hisser son artillerie sur le coteau de Monistero. De leur côté, les Français incendièrent le faubourg San Lazzaro, en avant de Porta Romana. Le 26, le reste de l'armée impériale quittait Arbiarotta, après avoir brûlé ses logements, et s'établissait à l'Osservanza, à Monistero et à Sant'Abbondio. Chiappino Vitelli et la cavalerie étaient cantonnés à Santa Regina, le marquis et les Allemands à Montecchio, puis à Belcaro, en face de Porta San Marco et de Porta Fontebranda. Le même jour, pour (Uverlir la garnison, les Impériaux de Camollia don liaient nne alerte du côté de la citadelle. Le marquis bridait niainlenant toutes les portes de la \ille : Sienne était hh)qué.

La ([ucslion ch's \ ivres se posait. Depuis le if) octobre, on niaïupiait de viande fraîche; le 3o, le dernier couMii (le \i\andiers était tombé dans une emljuscade. Pendant la maladie de Moulue, on a\ail dérobé plus de deux cents moges de blé delà mnnilidii royale. \iissi. le '1 iiMNciiihic. t;illul-il i('(luirc à \ingt-deux onces le pain (le^ soldats; le y el le :20, nou\ elles ,

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