‹ Un cadet de Gascogne au XVIe siècle, Blaise de MonlucChapitre 9 sur 38 · EN PIÉMONT SOUS BRISSAG · texte numérisé non relu

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très élogieux. Mais le connétable la trouva un peu audacieuse, au moins prématurée. Ce fut au début de i553 seulement, après deux campagnes où Monluc se distingua, qu'il le jugea digne de l'honneur qu'il sollicitait. Celte démarche inopportune n'eut, pour l'instant, d'autre effet que d'indisposer Montmorency ; quant à l'ambitieux Gascon, il en conçut un a if mécontentement contre le grand c( rabroueur ». 11 dut se contenter de reprendre son gouvernement de Moncalieri.

Au bout de dix mois, la guerre recommença à propos de Parme. Par le traité du 27 mai i55r, Henri 11 s'était engagé à soutenir le duc Ottavio Farnese contre l'empereur et le pape Jules III. Cette intervention de la France dans les affaires italiennes eut pour effet de rouvrir les hostilités en Piémont. De longue main Brissac avait préparé la « rupture » ; il la consomma, la nuit du 2 au 3 septembre, par trois entreprises simultanées sur Chieri, San Damiano et Cherasco. Les deux premières réussirent; la troisième échoua. Monluc avait été appelé de Moncalieri au conseil tenu par Brissac à Turin. 11 prit part à l'attaque de Chieri. On avait rcconiui la place et décidé de l'enlever par escalade. Monluc fut d'avis d'emmener par précaution de l'artillerie. L'événement lui donna raison. La camisade « tourna en fumée » ; il fallut faire jouer le canon. On ouvrit la brèche ; mais la pluie contraria la batterie et la place ne capitula que le troisième jour. La population, par peur du pillage et aussi par amour pour la France, força la main au gouverneur, Giovan Giorgio Lampugnano, gentilhomme

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milanais, qui, « logé entre monsieur et madame », se rendit, « bagues sauves, enseignes pliées et sans sonner tabou rin ». Monluc fut mis par Brissac dans la roquette avec soixante soldats, qu'il sut empêcher de piller la ville. Mais en voulant prévenir un désordre, qui s'était produit à la brèche, il dégringola, comme jadis à Forcha di Penne, le long de la muraille et se déboita la hanche. La douleur fut cuisante ; il resta deux mois et demi dans son lit, et depuis ne chemina plus droit.

Le 20 septembre, étant encore malade, il vit arriver à Ghieri le duc d'Aumale. frère de François de Guise, le duc de Nemours, le prince de Condé et son frère, Jean, comte d'Anguien, François de Montmorency, le lils aîné du connétable, et d'autres jeunes seigneurs qui, suivant l'usage, venaient assister à la bataille que l'on prévoyait en Piémont. La venue des princes lorrains fut pour Monluc un événement gros de conséquences. Mal vu du connétable, en quête de nouveaux ])rotecteurs, il trouva là l'occasion de s'instituer d'une façon officielle client des Guise. Il y fut aidé par son frère. Depuis trois ans, Jean s'était insinué très avant dans les bonnes grâces de la maison de Lorraine. Biaise, qui devait avoir confiance entière dans le llair de son cadet, suivit son exemple. Les deux frères se poussaient l'un l'autre. Biaise allait jusqu'à demander au dnc François et au cardinal de Lorraine l'archevêché de Bordeaux ])ourJean; éAincé, il se ralialtait sur le modeste évêché d'Kiiihniii. Lois donc ([ue les cadets (]o Lorraine arrivèrent à Chieri, il s'empressa auprès d'eux, leur procura armes et chevaux, mit à leur

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service, pour les occasions prochaines, sa vieille expérience de routier d'ilalie, et n'omit pas de se faire valoir, avec une modestie orgueilleuse, auprrs du chel' de la maison, le duc François.

Instruit des premiers succès de ses armes en Piémont, Henri 11 avait manifesté à Brissac son désir de le voir tenter, au cours de l'hiver, rjuelque nouvelle entreprise. Le maréchal songea d'abord à aller assaillir Busca, près de Coni ; puis, craignant avec raison que la j)lace fût facilement secourue et qu'un échec de ce coté amenât le général des Impériaux, don Ferrante (ionzaga, à envahir le marquisat de Saluées, il décida d'aller surprendre Lanzo, dans la vallée supérieure de la Stura, au nord-ouest de Turin. Le lieu était très fort, mais isolé au milieu de possessions françaises. Les ennemis, pour le secourir, étaient obligés de franchir le Pô, la Dora Ballea et l'Orco, opérations trop longues pour (pi'ils pussent arriver à temps. Le calcul de Brissac était juste, son plan excellent. Monluc, qui s'était l'ait transporter sur un [letit mulet de Chieii à Moncalieri, fut mandé par lui à Turin pour être du voyage. On partit le a/j novembre au matin, l'ififaiiterie de Bonnivet en avant, servant d'escorte à l'artillerie, que Monluc menait avec les commissaires Caillac et Duno. Brissac et les princes, conduisant la cavalerie, les eurent vite dépassées et arrivèrent les premiers. Le château de Lanzo, juché sur un piton escarpé, leur parut d'abord imprenable. Monluc arriva le soir avec le canon. 11 soulfrait tellement de sa cuisse, qu'il eut juste la force de se jeter sur un matelas. Le lendemain, on lui apprend que la position n'est accessible que par

derrière, qu'il y a, de ce côté, une petite esplanade, mais qu'il est impossible d'y mener l'artillerie. Il se met en tête d'aller y voir en personne. On le hisse sur un mulet; on le mène sur les lieux. Le roc se dressait à pic ; les anges auraient eu assez à faire pour monter par là. Mais Monluc s'aperçoit que l'on peut tracer des lacets qui permettront d'éviter les rochers. 11 fait part de son plan à Brissac. Le maréchal et les vieux capitaines se montrent sceptiques. Les jeunes seigneurs, en revanche, acclament l'idée de Monluc, qui gagne, à la fin, sa bataille contre tout le cojiseil. Le lendemain, trois troupes de pionniers se mettent à l'ouvrage ; en six heures les lacets sont creusés dans le roc. Le soir venu, on hisse quatre pièces sur la petite esplanade, à la lueur d'une seule lanterne. Caillac et Duno placent à mesure les gabions. A trois heures du matin, le canon est en batterie. Brissac et les princes accourent pour voir le miracle. Ils volent à Monluc le pain, le demisac de pommes susines et les quatre flacons de vin qu'il destinait aux soldats, et s'en régalent en attendant le jour. A l'aube, on ouvre le feu. Les pièces placées à l'entrée du château, du côté du bourg, tirent aussi. Au bout de quelques heures, le castellan de Lanzo, Giacomo Provana di Leyni, fait sonner la chamade et capitule, le 'n) novembre.

Cette jiriso eut d'inmiédiates conséquences : Brissac occupa la vallée de l'Orco et rejeta l'ennemi au-delà de la Dora Baltea, vers Ivrée. Les Impériaux, repoussés aussi en Piémont, ne gardèrent sur- la rive gauche du Pô ([ue la forlcicssc de Yolpiano. Malheureusement, le roi rappela en France sept vieilles bandes et cassa

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