I.V DKFENSK DK SIENNE Si
réductions. Ce fut pour Monluc une occasion d'adresser à ses capitaines et au Concistoro deux entraînantes remontrances : « Ce jeûne que nous ferons, s'écria-t-il héroiqucnieni, sera non seulement pour nos pécliés, mais aussi pour racheter vos vies, pour la conservation desquelles je dépenserai volontiers la mienne. » Celle éloquence produisit bon eflel. La dictalure des lluil n'était pas moins cificace. Des mesures rigoureuses étaient prises, d'accord avec les seigneurs de l'Abbondanza, pour épargner les vivres. Les espions et les suspects étaient immédiatement arrêtés, enfermés dans l;i tdur df la Pia/.za et étranglés sans autre forme deprocès. Les hal)itanls étaient réquisitionnés pour tiavailler aux fortiiicalions, à San Marco cl à Tufi, à San Francesco et à San Lorenzo. On refusait de dormer du blé au recleur du grand hôpital, messer Scipione Vcnluri, parce qu'il ne consentait })as à faire sortir do la ville ses malades. Sans pitié, on chassait les enfants de riiôpilal, et les pieux Sieimois, épouvantés par ce sacrilège, redoutaient la colère de la Madone. Tous les jours, les soldats sortaient à l'escarmouche ; cl parfois, au retour, s'ils avaient été frottés, les Allemands venaient bruyamment se plaindre, menaçant de qui tter la ville si on ne les payait pas.
Vu début de novembre, le manjuis. déjà las du siège, avait proposé de pailcmenter. Sans défiance, Monluc avait accepté l'enlicvue; puis, tout fier, il avait écrit à la courqu'il se faisait fort de négocier, à lui tout seul, la tin (le la guerre entre Hemi 11 et Cliarles-(hiint. Celte inqMutlente démarche lui valut mie méchante ailaire. Ses ennemis — il en avait déjà — ne laissèrent
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pas échapper l'occasion de le desservir. On alla jusqu'à mettre eu doute sa fidélité. 11 eut beau, pour se disculper, écrire lettre sur lettre, atTirnier que le marquis n'avait désiré le voir que pour lui marquer sa joie de sa g-uérisou. qu'ils ne s'étaient entretenus qu'à l'occasion de (pielques courtoisies dont ils avaient usé l'un à l'égard de l'autre. Le soupçonneux connétable lui infligea un blâme foriiiel, et il fallut que le cardinal du Bellay, qui était à Rome, inlcrvint en faveur du pauvre Alonluc, l'excusât sur sa maladie et son inexpérience, assurât cpi'à Sienne on était très content de lui.
Le (( parlement » ayant échoué, le marquis se décida à tenter un coup décisif. Il s'y trouvait contraint : ses soldats étaient malades et commençaient à mourir dans les forts. Dès la mi-décembre, on connut à Sienne son dessein d'assaillir et de battre la ville par plusieurs côtés. Monluc dicta l'ordre qu'il avait résolu de tenir en cas d'attaque et se tint prètavec les capitaines. Dans la nuit du 3.5, le marquis lui servit le festin qu'il lui préparait. Les Impériauv vinrent donner l'alarme sur phisieurs points, à Porta liomana, à Ovile, àTufi, à San Marco, à Camollia. Mais c'est à celle dernière porte, \oisine de la Castellaccia et de la citadelle, qu'eut lieu la ])lus sérieuse attaque. Lnire onze lieures et minuit, l'ennemi (juitta \v Palazzo de' DiavoU. Par la route de {•'loience. les soldais du mar(piis s'axançaicnt en colonne; les pièces de canij)agne élaienl portées à dos de mulets; arquebusiers et canomn'ers s'étaient encapuchonnés, à cause du froid ; un grand nombre avait des lanternes. L'alai-nie fui donnée dans la -Nille vers
deux heures du matin. L'émoi fut grand. Les bons et pieux bourgeois de Sienne, revenus d'entendre les matines, étaient couchés dans leurs lits quand soudain, dans cette claire nuit de Noël, retentit la grosse cloche de la "^l'orre del Mangia. Tout le monde se leva en hâte et courut aux armes. Monluc ne fut pas des derniers. 11 sort de son logis, précédé de deux pages portant des torches, et court à la porte Camollia. Le capitaine français qui commande là, Saint-Auban, s'est laissé surprendre ; sa compagnie, prise de panique, a évacué le torazzo de la Castellaccia, que les Impériaux occiqjent. La compagnie siennoise de Lelio Placidi défend seule de son mieux le rempart fort bas et ruiné entre la porte et la redoute. Tandis (jue Bentivoglio. le comte Cajasso et le capitaine Bourg, un Gascon de la Samelal-de- (laure, chassent les eimemis, qui déjà ont envahi la rue de (]amollia. Monluc jelte des gens dciiors par le guichet pour reprendre la tranchée du torazzo perdu. La pointe sur la gorge, il oblige Saint-Auban à sauter le premier; Lussan. Blacons, Combas suivent, l'épée et la dagu(> aux mains; la tranchée est reconquise. Reste le torazzo où les Impériaux se sont enfermés. Charry vient d'arriver ; Monluc lui dit simplement de le reprendre. La tête coiffée d'un morion pour protéger son front bandé, à la suite d'une récente blessure, velu d'une demi-armure et de manches de mailles, l'épée et la rondelle à la main, Charry monte à l'échelle, à la lueur des torches, suivi de deux arquebusiers. Tous trois sautent dans la tour, criant : « France! France ! Vive le roi ! » Ils tuent trois hommes ; le reste se sauve. Au même moment, on découvre tout un corps d'Impé-
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liaux ([ui venaient occuper la Castellaccia. Le combat recommence à trois heures du matin ; il dura jusqu'au jour. L'ennemi fut enfin repoussé avec de grandes pertes; le chef, Pietro dal Monte, avait été mortellement blessé. Les soldats s'enfuirent, laissant au pied des murailles leurs échelles et leurs arquebuses. Allemands, Français et Italiens, restés sur pied toute la nuit, avaient bien gagné la gratification de vin que les Huit leur accordèrent. Le soir de Noël, pour fêter la victoire, on alla donner, par moquerie, une sérénade avec fifres aux Impériaux du fort de Camollia.
La joie devait être de courte durée. Le marquis méditait une nouvelle entreprise. L'empereur était tout près d'accepter la médiation du pape ; il désirait donc une intervention vigoureuse pour s'assurer, le cas échéant, de plus favorables conditions. Un diplomate espagnol très expérimenté, don Juan Manriquede Lara, se rendit au camp devant Sienne. Pour stimuler le zèle du cupide condottiere, il lui offrit un vase d'argent de grand poids et lui promit, s'il agissait vite, de grandes récompenses pour lui. })oui' son frère, le cardinal et pour toute sa famille. Le marquis se décida à ballre la %ille. Le -iS, il envoya un tabourin pour la sommer. Moninctiui. c(\j(iui-là. faisait travailler fié- Arcuscnienl à réparer la (laslellaccia. répondit que si k- marquis voulait la ville, (|u'il vîiii la prendre, qu'on l'attendrait. Le jour cl la luiil sui\ants, tout le monde fui sur pied. Le malin du i ' janvier, à l'aube, Heckenrol, pour fèh r. cduiuic il le faisait tous les ans, son anniversaire, lit sonner pendant une demiluMire une belle» im])ériale ]iai' ses Ironipelles ; puis.
fifres, lalxiuiins et corncis lui (loiiiièrent la sérénade.
L'heure était grave. Amis et ennemis regardaient Sienne comme perdu. Les habitants paraissaient à bout de forces. Ils en étaient réduits à se nourrir d'un peu de salade et d'une herbe vulgairement appelée scarsellina. Ces gentilshommes, ces belles dames, dont l'élégance était jadis proverbiale, s'en allaient maintenant par les rues, méconnaissables, le \isage hâve, ne prenant même plus soin de leur toilette, vêtus simplement, sans or ni perles. Le parti delà paix redoublait d'efîorts; déjà l'on parlait de composer avec le marquis avant l'arrivée de l'artillerie. Le i" janvier, il fallut empêcher, au conseil des Huit, d'envoyer un ambassadeur à Venise. Le 4. on apprit que seize pièces étaient arrivées sur la place de Casciano, et<[ue celles qui venaient du Val di Chiana étaient à Castelnuovo Berardenga. Le péril croissait d'heure en heure, l'angoisse aussi.
Povu- raffermir les cœurs. Moulue usa-t-il de l'expédient qu'il a si joliment conté ? Le fameux épisode de la toilette n'est coniirmé par aucun document connu ; mais les éléments en sont très authentiques. Le (( froid grand et âpre » qui obligeait le lieutenant de roi d'aller tout embéguiné de fouirures, n'est pas une gasconnade : le 8 janvier, il tomba à Sienne une neige épaisse. Le casaqviin de velours gris, tout couvert de petites tresses d'argent à deux petits doigts l'une de l'autre et doublé de tocquadille d'argent, qu'il revêtit pour se rendre à la Piazza et au Palazzo publico, quelqu'un l'a vu sur le dos de Monlur le jour de la sortie. Pourquoi les chausses de velours cramoisi, tailladées et
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cnuvcrtcs de passement d'or, souvenir du temps où. à Albe, il était amoureux, et la chemise ouvrée de soie cramoisie et de lllet d'or, avec le collet un peu avalé, et le chapeau de soie grise à l'allemande, orné d'un large cordon d'argent et de plumes d'aigrette argentées, et les deux petits flacons de vin grec, cadeau du cardinal d'Armagnac, dont il se frotta le visage pour faire aflleurer le sang à la peau, seraient-ils davantage des inventions ? L'exactitude du détail topographique n'est pas moins remarquable. On pert suivre Moulue pas à pas. Arrivé au Palazzo, il monte le degré et pénètre dans la « grand'salle », cette salle des Arbalètes ou (/('/ Mappamondo, que décorent la Maestà de Simone Memmi, les victoires des Siennois au xiv"" et au xv" siècle, le portrait de Guidoriccio di Fogliano et le Saint ]'ictor de Sodoma. Le Grand Conseil y est déjà réuni. Personne ne reconnaît Monluc, qui salue gravement, tandis que l'épais Reckenrot et ses capitaines allemands, qui sont dans la confidence, pouffent de rire. 11 est admis ensuite dans la petite salle, (( à main gauche », de la Balia, où siègent le capitaine du peuple, le Concistorio et les Huit, et il leurfaitsa remontrance. L'un des plus notables bourgeois, le médecin Ambrogio Nuti, la répète au Grand Conseil du liant de l'ambon de bois, surmonté du mot Dieu, ([ui se dresse au fond de la grande salle.
L'eilet produit par la harangue de Monluc fut immédiat. Le lo, une délibération des Huit l'investit, à la romaine, de pouvoirs diclaloriaux ])our tout le mois (le jainicr. 11 dicte aussitiH un ordre général aux Iroujjcs en prévision de la batterie. Toute la ville va
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travaillor aux a ie(ira(l(^s » (^[u'oii ménage derricro toutes les portes, en cas de brèche : à la Castellaccia, à San Lorenzo, à San-Viene, à Porto Nuova, à Laterino, à Tii(i. surloutà San Francesco, dont la hauleiir dominail IVirtaOvile. juste en face du poggio de Ravacciano, où roMvoyait les Impériaux dresser depuis deux jours des gal)ions et mettre leurs pièces en batterie. Hommes, femmes, enfants, moines, nonnains remuent la terre el le fumier, melteni en place les tonneaux à ((ui mieu\ mieux. Les dames de Sienne fureni aussi braves qu'elles l'avaient élé deux ans avant, lorsque, sous les yeux de M. de Termes émerveillé, elles s'en allaieni par la ville, divisées en trois escadrons, portant jiics, pelles, hottes et fascines, pour chasser plus vite la garnison espagnole. A Fontebranda, on citait avec honneur une humble et héroïque jeune fille, enfant de quelque p.iinre artisan de ce po})ulaire quartier, qui, endossant la lunicpie de bullle et coiirant la bourguignote, montait la garde à la place de son frère, symbolisant d'une façon très poétique l'attachement sincère du j)etit ])euple de Sienne à la liberté et à la France.
Le mercredi 9 au soir, deux espions annoncèrent que le marquis avait tenu conseil et décidé de faire batterie le lendemain. Les capitaines avcrtiretd leurs hommes de se tenir })réts. On ne ferma j)as I'omI tlans Sieime. \ ers minuit, les sentinelles de la citadelle ouïrent des grincements de roues et des cris de paysans aiguillonnant leurs bœufs : c'était le marquis qui remuait son artillerie. Le lendemain se passa pourtant sans encomlne. Les Impériaux n'étaient pas encore prêts. Marignan se contenta d'envoyer un trompette
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pour soninicr la Aille. M. de Monhic répondit verbalement (pie la Aille de Sienne ayant j)resque tout son territoire perdu ou ruiné et étant réduite à l'extrémité, chacun de ses lils était décidé à >aillamment combattre pour voir la défaite ou la victoire ; (jue le marquis pouvait venir quand il lui plairait, (pi'il les trouverait toujours prêts à lui répondre.
Le vendredi ii, à l'aurore, le canon impérial ouxrit le feu contre la partie de l'enceinte voisine de Porta Ovile. Le premier coup tua trois gens de bien, Goro Burroni, marchand de soieries, Baldassare Cinuzzi et le savetier Guglieimo, pères, à eux trois, de vingtquatre garçons. Mais la muraille était bonne ; elle avait été refaite par le pape siennois Pie II, de la maison des Piccolomini. lorsqu'on engloba dans la ville l'enceinte et le couvent de San Francesco. Aussi la canonnade fit plus de bruit que de mal : elle n'entama qu'un tiers de brasse de la muraille, qui avait trois brasses d'épaisseur. Par contre, l'artillerie de San Francesco el de Camollia endommagea gravement la gabionnade du poggio de Ravacciano. En moins d'ime heui-e et demie, Monluc mit en batterie un demi-canon à la Castellaccia. In artilleur siennois, préalablement encouragé par une gratification de dix écus, pointa la pièce. Monluc, debout, à droite, avec le commissaire Bassompierre, regardai! le boulet (pii fendait l'air « comme un chapeau en feu. » Après deux '«ssais malheureux, ([ui le tirent trépigner de dépit, le troisième coup donna en plein dans les gabiers impériaux, ce (jui valut au brave Sieiuuiis une fralernelle accolade avec la promesse de six autres écus el d'un wvvc du fameux vin grec. Un
autre coup luil en niieltes une maisonnette de briques; elleense\elil sous ses découibics don Juan Manrique. (|ui se Irouvail là par hasard, cloué |)ar la goutle dans sa litière, et causant avec le niarc[Tiis. On les relira l'un et l'autre, l'orl empêtrés, de ce « fracasscmenl. »
La nuit vint. Le fendes Impériaux, qui avait été, du reste, assez mou, cessa. On s'attendait pour le lendemain à une nouvelle attaque. Sozzini, le futur chroniquenr dti si('<T^e, étant de garde aux murs rompus de Fontc^iusla. \it [)asser dans le ciel une lueur étrange qui lui parut de sinistre auguic. Toute la ville restait sm- pied. \ers minuit, la lune se le\a. Des jeunes gens nionlèrent à la tour de San Lorenzo pour voir si l'ennemi, logé en face, élevai I de nouveaux gabions. Ils n'aperçurent rien. On entendit scnicmeni (oute la miit grincer des loues d'ail'ùts en marche. Le soleil levant permit de discerner que les canomiières de la gabionnade inq)rrial(' ('laicnl béanles. l/ennemi aAait évacué le poggio de Kavacciano. Dans la ville, l'ébaliissement fut général. Les bons Siennois, moulés sur la muraille, se vengèrenl de la belle peur qu'ils avaient eue en injuriant >igoureusejuent leurs adversaires : « Cof/lioni, marrani, rc/iifc ([iia; ri metferemo per ferra venli hrassi (li mûri. » Enhardi ])ar cette reculade, le neveu de Reckenrol soilit à midi, avec ses rcîtres, pour reconnaître (hi c(Mé de \à Certosa. Au retour il tomba dans une end)uscade et perdit trois hommes. Son oncle lui infligea une verte remontrance et parla de lui donner du bâton. Reckenrot était, d'ailleurs, un colosse mal commode : n'a\ail-il pas, un jour, la dague à la main, forcé de sauter par la fenêtre son tailleur, coupable
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d'avoir rélréci sa cotte de mailles en la raccommodant ?
Le dimanche, pour fêter la retraite des Impériaux, les jeunes gens de Sienne se mirent en pourpoint et firent, devant le Palazzo publico, une grande ronde qui remplissait près de la moitié de la place. Puis, ayant choisi deux capitaines, ils se divisèrent en deux bandes, et, pendant deux heures, jouèrent une superbe partie de ballon. Le charcutier Bernino invita un gentilhomme espagnol de bonne mine, qui, trois jours avant, avait été fait prisonnier, à y prendre part. L'Espagnol fut fort admiré pour son agilité. La partie de ballon linie, on engagea une partie de boxe. Les capitaines français contemplaient avec élonnement ces grands enfants, si fous et si mobiles. M. de Monluc vint à la place, vit la fête et en pleura d'émotion. Soudain une voiv cria : (( A la garde ! » Chacun laissa le jeu, coiuut aux armes et à son poste.
Les vivres diminuaient. Le samedi 20 janvier, il n'y eut au marché que neuf bêtes de boucherie ; on les acheta pour les soldats et le Palazzo. Les habitants ne trouvaient même plus de viande d'âne. On perquisitionnait chez eux pour savoir combien il restait de moges de blé. De pauvres gens allaient par les rues, criant : « Je meurs de faim ! je meurs de faim ! » Et l'on attendait de Montalcino le secours qui ne venait pas. Le 29 arriva le capitaine Flaminio, porteur de lettres de Rome. Monluc convoqua dans son logis Reckenrot, Benlivoglio et les Huit ; et tout le jour ils tlélibérèrenl. On sut le soir ce qu'ils avaient décidé. Vers uiiimil. les rciires se réuniienl sur la grande
place de Porla \uova. avec leurs chevaux, leurs colTres, leurs femmes et leurs eiifanis. Ils quillaienl Sieuue pour diuiinuer le nombre dc^ bouches el permettre de prolonger la résistance. Deu\ compagnies françaises et une italienne les escortaient. Elles mirent en déroute deux corps de garde impériaux, (|iii barraient le passage à San Lazzaro. Mais les doux détachements de (Iharry el de Blacon ne se recoiunircnl pas dans la tiuII cl (Il xiareiil aux mains : ce fui un beau désordre, (hiaid aux nôtres, ils se laissèrent défaii-e [)ai' les chemins.
La situation des assiégeants était, du reste, aussi piteuse. Le camp du martpiis était ])lein de malades ; à six milles autour de Sienne il n'y a\ail pas un ninr ilebonl ; partout les chiens mangeaient des catlavres. Marignan, malade de la goutte, s'était retiré à lîelcaro, abandonnant la conduite du siège à son iieulenani, le féiocc Chiappino Vitelli. qui, si i mule j)ar deux agents du duc Cosme, le secrétaire Concino et le chef du conting;ent florentin, Yincenzo NoljiH. faisait pendre tous les xilains et citarlins pris hors de la \ilie. (hiand Moiduc Irsiil. il entra en fureur cl Jura d'en l'aire aulaid à tous les Impériaux. Ces cruautés étaient du reste imitiles. L'hiver et la fièvre sulTisaient à décimer les assiég'eants. Si la neige était alors revenue, comme il arrive en Toscane au début du printemps, elle les eut cerlainement décidés à la retraite.
Les Siennois aussi étaient las. Les Huit, choisis pai' Strozzi dans l'ordre du peu|)le, s'étaient jusque-là montrés irréductibles ; ils commençaient à fléchir. Le 1" février, un parlementaire était arrivé de Florence,
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porlenr d'un messa,ixe doucereux du duc. Le vieux reuard s'olï'rail à procurer à ses bons amis de Sienne un sauf-conduit ])our leur peruietire de communiquer directement a\ec Home, affirmant que leurs lettres étaient toutes interceptées par l'enragé Strozzi à "Montalcino. La mano^nre du duc réussit. Au moment même où les Huit ouvraient une information contre Hoberto Piccolomini pour les propos factieux qu'il a\ail tenus à l'adresse de Strozzi et de certains de la ville, leurs délégués, Deifebo Turamini et Andréa Trecerclii conféraient avec Monluc pour envoyer à Rome un orateur de l'ordre du peuple, cbargé de tenter auprès des agents français une démarche suprême. Le 3 février, Vmbrogio Nuti était désigné. 11 devait s'assurer si ce que disait le duc était vrai, et avait ordre de ne j)as passer par Montalcino. En fait, il avait pouvoir d'amorcer des pourparlers. Le changement d'attitude était significatif, et Monluc, on le voit, y était fa\orable. Il se rendait compte que le jour approchait où i! faudrait capituler. Le 17 février, Ambrogio Xuti revint à Sienne et rendit compte de sa mission aux Huit et à Monluc ; le lendemain, il parfit pour Florence. Strozzi, mis au courant, fut très ému. Il écrivit aux Huit pour les mettre en garde coidre la bienveillance hypocrite du duc Cosme. Il écrivit à Monluc poui' lui dire qu'il savait f[ue la \illc était décidée à résisler juscpiau bout, l'exhorter à adresser aux Siennois quelqu'une de ces remontrances, dont il avait le secret, et lui annoncer l'envoi de nouvelles lettres de change pour payer la garnison. « Le Roi, lui disait-il, le i" mars, dans une nouvelle lettre, plus laconique et
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plus pressiuilt', a clé soudain a>eiii par moi tic \olrc zcle ; les deniers ne manqueronl pas. » Stio/./.i connaissait son homme ; il le savait glorieux, anibitieu\ cl (pielque peu rapacc. 11 avait, d'ailleurs, de bonnes raisons d'être inquiet. Moiduc, écœuré des propos répandus contre lui à l'occasion de son « parlement » avec le marquis, avait de nouveau demandé, le i3jamier, de rentrer en France. Siro/.zi proposait même de lui donner comme successeur Souhise, qui commandai! à Parme. A Rome, les cardinaux français cherchaient à s'opposer à ce rappel; mais Monluc s'entêtait dans son idée, et Stroz/.i invitait le cardinal du Bellay à stimuler l'amour-propre languissant du gouverneur de Sienne, ajoutant tristement : « .)(> ne parle pas ainsi sans grande raison. »
La désunion régnait dajis la \ille. Monluc l'atlrihuail naturellement aux menées secrètes du marquis. Par le moyen des gamins qui allaient avec de petits sacs ramasser des herbes dans les prés le long delà Tressa, Ma rignan corrompit un citoyen de l'ordre du peuple, nonnué messer Pietro. (^e méchant borgne s'en alla iuaiqucr, la miit, d'ime croix blanche les portes de trois gentilshommes du parti impérialiste, qu'il dénonçait en même temps à des nobles du parti français, (irantl ('1110! dans Sienne : les lluil font arrêter les trois suspects ; on parle de les envoyer à l'échafaud. Monluc ne savait comment débrouiller l'indjroglio. Plus (pie jamais il devait se répéter le mol du cartiinal du ik'Ilay : (( C'est une terrible Jjête que celle ville I » Tout à coup, il songe que ces Sieiuiois mobiles et irréllécliis sont aussi 1res dévots. Pour({uoi n'exploite-
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rait-il pas cette piété ing-énue, cette foi naïve en la Vierge, patronne de la ville, qni a si délicieusement inspiré les Sano di Pietro et les Simone Memmi > Pour faire prendre patience à cette race de cerveaux bizarres, il fait faire une procession générale. Et par les rues étroites et escarpées de Sienne, du Duomo à San Domenico, à San Francesco, à San Spirilo, aux Servi, à San Agostino, on vit défiler le cortège traditionnel : jeunes filles tout de blanc vêtues, cheveux épars et pieds nus, pénitents à cagoules, confréries de flagellants, moines de tout froc, et, s'avançant par derrière, dans un recueillement hypocrite et mal gardé, les capitaines gascons et italiens, mordant leur moustache et marmonnant des jurons. Le procédé réussit. Le peuple oublia quelques jours ses inquiétudes. Une souricière fut organisée : messer Pietro fut pris, à une heure du matin, glissant une lettre sous une porte. On lui fit tout avouer en le mettant à la torture ; l'affaire fut tirée au clair. On parlait de pendre le coupable aux fenêtres du Palazzo ; mais Moulue, qui tenait à assoupir tout ce tumulte, nlilint qu'il fût simplement ba-uni à perpétuilr.
Onétail au (iri)ul de mars. La lamine faisait rage. On a\ail mangé Idus les chevaux, ânes, mulets, chats et rais (]ui étaient dans la ville. Un chat se vendait trois cl (pialic écus. un rai un écu. Le blé se payait cinq écus dur le staru. On n'a^ait conservé que trois vieilles juments éliques, qui faisaient tourner les meules, deux chevaux appartenani à .Monluc, celui du contiiMeur La Morlière. celui du trésorier l'Espine, la j)elilc li;i(|ucrirc baie. (|ui a\ail [)crdu la \ ue de vieil-
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lesse, de Conielio Bcnli\t)gIio, l'antiquo cheval turctle Girolamo Spannocchi, ruri des Huit. Pour soutenir les forces des soldats, les liourgeois s'ôlaicnt le pain delà bouche et se contentaient de mauves bouillies, nourriture indigeste et qui lâchait l'estomac. Et beaucoup commençaient à s'écrier que cela durait bien longtemps, qu'il n'était pas possible de vivre sans manger ; cl les boutiquiers commençaient à ne plus vouloir monter la garde. Monluc et ses capitaines tâchaient de contenir ces pauvres gens en })romettant une l)onne dépêche de Rome ou un secours du maréchal de Brissac ; mais il devenait de plus eu ])his diUicilc de les faire taire.
Cependant les négociations entamées continuaient. Le i<" mars, Ambrogio Nuti partait de nouveau pour Rome ; il était chargé d'exposer aux cardinaux français et à Odet de Selve la situation désespérée de la ville. Les Huit demandaient que M. de Monluc fût autorisé par le roi de France à traiter pour la garnison avec le marquis. Le 9, Xuti était de retour, et le dimanche 10. après vêpres, en présence du Consiglio générale, il exposa que le pape Jules 111 conseillait aux Siennois de s'en remettre à la générosité du duc Cosme et des ministres de l'Empereur, et de hii donner carte blanche. Ces choses ne déi)lurent i)as au coiiseiL Aussitôt on décida d'envoyer à Florence quatre plénipotentiaires, Alessandro (îugiielmi, (Jirolamo Malcvolti, Scipione Chigi et (iirolauio Bandinelli, à ([ui l'on remit le sauf-conduit rapporté de Belcaro par Nuli. Les allées et veniies de ces pléni[)ofentiaires durèrent plus (l'un mois. Le luaicpiis aidait de toutes ses forces
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au succès de la négociation. Il ne négligeait pas non plus Monhic ; le lundi de carnaval, il lui avait envoyé, par un tambour et un trompette, un chevreuil, quatre lièvres et quatre paires de poulets. Monluc avait fait joyeuse chère à ce festin, donné un bon pourboire aux porteurs et les avait chargés de rendre gnice au marquis. Il eut une dernière joie : à la séance du lo mars, certains proposèrent de lui donner, pour le remercier de l'affection qu'il témoignait à la ville, le titre de citoyen de Sienne, aAec le droit de porter le capuchon de \elonis cramoisi à bandelettes réservé au capitaine du peu|)le, ce qui fut adopté presc[uo sans opposilion.
Le jeudi i8 aMil, leconite Camillo d'Elci arriva de Florence, porteur de la capitulation. Le même jour. Monluc fut prié par le marquis de venir le trouver au faubourg San Lazzaro. A l'entendre, il se contenta d'y envoyer Cornelio Bentivogiio et Charry ; d'après Sozzini. il y alla en personne. Marignan lui annonça que les conditions concernant la garnison française avaienl été insérées dans la capitulation pour la ville ; il ajouta <|iie les Siennois ne lui paraissaient pas avoir qualité pour traiter au nom des capitaines du Roi Très (Ihrétieii et fpie l'on devait, à son avis, dresser un acte à |):ii I |)(iui- ces derniers. Là-dessus, Monluc de protester en iinocpianl les anciens Romains, ses ancêtres, ((qui cnNoyèrent une de leurs colonies habiter en Gascogne», et de déclarer (jiic le nom de Moiduc ne se trouxcniil jamais au bas d'une capitulation. Il semble bien cpie le mar(juis soule\ait celle dilliculté contrairement aux conxentions ; le xendrcdi 17 a\ril. les (jualre négo-
T.v i)i:ii:\sK i)i£ sii:>m: io.)
ria leurs drsi<;ii(''S a \ a ici il iciu des lluil jxnir iiisIriHlidii (le l'assuror que M. dv Moiiiiic el les soldais JVaiu.-ais, en ce qui concernail la cajiilulaliou. se bonieraieul à se (■(informer à la décision de la ville. Marignaii se déliail-il ') voulail-il luiuiiiiei' son achersaire ') Il un rthissil pas, et Moulue fui coiU|)ris. couiinc il le voulait, dans le texte de la ca[)ilulaliou unique, signée le 17 axiil par le duc de Florence, don Francesco de Tolède, au nom de l'Kmpcreur, el les plénipotentiaires siennois. Il n'obtint pas. du reste, comme il s'en est vanté, la suppression de l'article qui exceptait, comme rebelles à l'Empereur et au duc, les <( fuorusciti )) de Florence. 11 avait pris soin lui-même de les l'aire sortir secrètement, dans la nuit duo au G avril, protégés par ime escorte. Gavalcanti et le secrétaire de Monluc, Lazzaro, ne s'évadèrent qu'à la dernière heure, le 18.
La situation du lieulenant de roi l'ut, dans ces derniers jours du siège, assez difficile. Songeait-il sérieusement à ((jouer à la désespérade » et à faire une sortie supn'uK^ ? Rien ne permet de le croire. Au fond, il n'était pas l'àché (jue le dénouement approchât. Mais (le Monlalcino le tenace Stro/.zi lui expédiait leltres sur lellres j)our le supplier de résister encore. Il essayait de s'y cord'ormer el jouait, de son nueux, la comédie du désespoir. Il y gagna de devenir à la lin presque inijxtpulaire. 11 axait beau faire abattre son grand cheval, (pu Aalail plus de cent écus, pour en distribuer la viande aux soldats, Gascons et Italiens en avaient assez. Quant au peuple de Sienne, il ne prenait |)his garde an\ signaux (|iic l'aisail. la nuit, la tour
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de Montalcino : il y avait trop longtemps que l'on regardait de ce côté sans voir rien venir. A la sortie des séances du conseil, les citoyens déblatéraient contre M. de Monluc sur la Piazza. A toutes ses belles paroles on répondait comme le capitaine Flaminio, interrogé sur le contenu des lettres de Strozzi qu'il apportait : (( Tout cela ne sont que carottes ! » ou encore : v Tu as clianté trop tard ! »
Le samedi 20, la capitulation fut publiée au canqi impérial. Dans la prairie de Camollia on vit fraterniser Siennois et soldats du marquis, écharpes blanches et rouges mélangées. Les Huit firent enlever partout les drapeaux et les écussons aux armes du roi de France. Dans la soirée, l'ordre fut donné à la garnison de se tenir prête à marcher le lendemain, dès l'aurore, avec armes et bagages. Le dimanche au matin, les labourijis sonnèrent parla ville. Les compagnies traversèrent une dernière fois la Piazza et se réunirent à Porta Romana. Les Impériaux étaient en Ijalaille sur la roule de Home, tout au long de la rue du faubourg San Lazzaro. Il y avait là dix-huit enseignes d'Allemands et six d'Espagnols, les Allemands en armures blanches et l'arquebuse sur l'épaule. La porte de la ville fut ouverte et l;i petite garnison défila. On vil sortir les gens de j)i((l italiens, ayant à leur tète Cornelio Benlivoglio, une picjue à la main, précédé d'un serviteur qui portail son casque empanaché de plumes blanches ; puis les Français, ciii([ hoiiiines par file, piquiers de Saint- Vuban et de Lussan. la picpie au col, arquebusiers de Chanvet de Blacon, les lapilaines tenant en main la li.ill<'l)ar(l(' ; au-dessus des rangs, les enseignes dé-
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plovres claquaient au voiil. Ensuite s'avançait M. de Monhic; Giiolanio Spannocchi, l'un des Huit, aciiarné partisan de la résistance, chevauchait à ses côtés. Le [)()il tout blanc, les joues creuses, la peau sèche collée sur les os, le lieutenant de Sa Majesté Très Chrétienne l'aisait j)()urlanl bonne mine sur son courtaud « bien maigre et harassé ». 11 a\ait, en elFet, revêtu son plus ijeau costume, ce casaquin de velours gris dont il s'était paré jadis l()is(|u'il avait ramené aux Siemiois découragés un Moulue i)ion vivant à la place du Moulue (|iii allait mourant |)ar les rues. Derrière hii se pressait un troupeau lamentable : hommes tenant leurs enfaïUs [)ar la main, femmes portant leurs nourrissons dans des berceaux sur leur tèle, garçons et fdles, au total plus de huit cents personnes. (Tétait le petit peuple de Sienne, les pauvres gens de Fontebranda, qui, pour ne pas voir dans le Duomo le baldaquin fleurdelisé remplacé par celui de l'Empereur, s'exilaient et s'en allaient fonder à Montalcino cette « république retirée » doid la devise fut : ibi cives, ibi palria.
Le marquis était avec ses gentilshommes auprès de la |)ort(\ 11 poussa son cheval vers Monluc, l'embrassa, et ou les vit s'en aller de compagnie, svu" la roule de Montalcino. Ils de\isaient comme deux vieux amis, se remémoraient les éi)isod(>s du siège et philosophaient sur les analogies de leurs destinées. Alarignan faisait remar(jner à Monluc qu'ils étaient fous deux de pauvres gentilshommes et (|uc |)ai- leur \ertu ils étaient devenus de grands personnages. Puis ils se lirent de louebauts adieux. V Vibiarotta, on trouva dix-huit àiics ebargés de paius, amenés là par l'ordre du uiar-
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quis. Monluc eut pour sa part quatre flacons de vin et cinq ou six pains blancs. On fit halte au bord de la Tressa pour manger sous des saules. Le soir, les liéros, décharnés et semblables à des cadavres, arrivaient à Montalcino. d'où, le mercredi, Moulue écrivit an roi une lettre dune concision éloquente pour l'assurer qu'il eût mieux fait s'il l'eût su. 11 n'ignorait pas. du reste, ce qu'il fallait penser d'Henri II et de ses ministres, en particulier dvi connétable, qui avait opposé une inertie absolue aux démarches pressantes des cardinaux français et des orateurs siennois. Il était plein d'amertume contre ceux qui engagent les gensde bien et ])uis les laissent là ; mais il n'en laissa rien voir.
Le même jour il prit la poste avec ses capitaines et arriva à Rome sur les quatre heures de l'après-midi, lly trouva mourant le pape Marcel II, dont l'élection avait provoqué à Sienne tant de paris. II alla lui faire sa révérence le lundi 29 avril, le vit fort mal en point dans une chaire, près de son lit, et prédit, en sortant, au cardinal de (inise que ce pape-là ne serait pas en ^ ie le lendemain. Marcel II ne mourut que le mercredi soir. Sa maladie retarda de ({uelqnes jours le départ de Monluc pour la France. Le duc de Ferrare fut d'avis qu'il le différât jusqu'à l'arrixée du premier courrier. On croyait avoir encore besoin de lui. Fnlin le vendredi 3 mai, Monluc s'embar(piait à (livitavecchia suriuie galère de Stio/.zi, (pie commandait un jeune che\alier de Malle, parent (bi marécliai. On l(\a l'ancre le lendemain, à l'aube. Le \ent était bon : le soir, on était e?i ^ue du cap (lorso. Le dimancbe malin on lit escale à lk»nifacio, où l'on axcriit La Molle (]uc Doria a\ail (piilté
r, V DEFENSF, DK SIF.AM; I0()
J'i(>nil)imi poiii- aller siii-|)roii<Ir(> Tonnes en Irain d'assiéirei (]al\i ; |)nis on re|)ril le large; mais 1(^ Aont avait santé. Le lundi matin, il recommença à sonfller (In snd et la galère cingla \ers Marseille. On ent nne sérieuse alerte : on rencontra dans le brouillard cin- <[nanle-deu\ galères de Doria revenant de la chasse, ^lonhic et ses compagnons eurent une belle penr ; ils se Aoyaient déjà à la cliaine : ilsenssenl préleré être à planter des choux. Ils Iment sauvés par le sangfroid tin jeune chevalier et Vénergie des rameurs. Le mardi soir, on arriva à Marseille. Moulue y fut leçn })ar le comte de Tende, Claude de Savoie, la comtesse, nne Gasconne. Françoise do Foix-Candalo, et le baron de La Garde, qui soupaioni an jardin de Al. (\(^ Saint-Blancard.
Il j)artit ensuite pour la cour. Le lundi i .') mai, il était au chàt(>au de Saint-Ormain. Henri II lui donna audience apiès son dinoi-. vers une heure : c'était le moment où il recevait les ambassadeurs et les personnages importants. Le roi adorait les gentils discoureurs de guerre. Il voulut cpio Alonluc lui rendît comjito. jour par jour, de toni ce rpi'il avait fail à Siemio. On imagine aisément que cette narration lut très oratoire. Après l'avoir écouté avec un infini plaisir, le roi, suivant son habitude, alla |)assei- une heure chez madame de \ aleiUinois ; et le lendemain Diane de Poitiers conlia au héros qu'elle n'avait jamais vu homme revenajil d'une charge dont Sa MajesTé fut pluscontente. Le mercredi, le duc de Guise lui annonça qu'il allait recevoir le collier de l'ordre. Le jeudi matin, le roi l'en « honora » ; il lui accorda, de plus, une
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pension de trois mille francs sur l'épargne el une renie de trois mille livres sur son domaine, comprenant Bergerac et la comté de Gaure. C'était enfin, avec les honneurs et la faveur, la fortune. Le petit-fils de Pierre de Lasseran obtenait de la munificence royale le même don que jadis Charles VII avait fait au sire d'AUuet. dont son grand-père était maître d'iiotel. Monluc ne fut pas ébloui : en somme, ce n'était là, presque, cpi'une restitution. Et lorsque Henri II, après lui avoir fait remettre deux mille écus comptant, lui demanda s'il désirait autre chose, il suivit le conseil que lui avait donné son frère Jean de solliciter, le cas échéant, de préférence de bonnes charges de judicature, comme lapportant davantage, et répondit sans hésiter qu'il voudrait bien deux places de conseiller au Parlement de Toulouse, pour doter sa fille Françoise, qui venait d'épouser noble et paissant seigneur Philippe de La Roche, baron de Fontenilhes, du Castéra-Lectourois et autres lieux. Henri II sourit, accorda et promit, par sm-croît. la première compagnie de gens d'armes qui vaquerait. Après cette triomphale semaine, Monluc s'en revint en (îascogne goûter \\n repos bien gagné el chanter les louanges du roi son bon maître. Comme plus lard Brantôme, il dut proclamer que son règne et sa cour « se pouvaient nommer à bon droit les délices de notre âge. I)
CHAlMTIli: \I
KOME. MOMVLCINO. — lEHUAlU:. — TIIIONVILLE.
La (leriiicre e\p(''dilii)ii de l'iriuoiit (septembre i555). — FJinoi île Monkic il Montalcino (juillol lôôG). — Séjour à Rome. — A Montalcino. — Démêlés a\ec Henri de Mesmes et le duc de (luise. — Les dernières semaines des Français en Italie. — ■ Monluc à la cour de Fcrrarc (janvier-mars i558). — Retour en France. — • La succession de d'Andelot : Monluc, colonel des gens de pied. — Devant Thionville (juin i558). — Péripéties du siège. — La prise des casemates. — La revue de Pierrepont. — Paix de Cateau-CandDrc'sis.
Après un mois à peine de séjour en Gascogne. Moulue fut rappelé en Piénionl. D'inipoilants événements niililaires s'y préparaient. Le maréchal de Brissac se disposait à assiéger Volpiano, la seide place voisine de Turin que détenaient encore les Impériaux. Ceux-ci songeaient, de leur côté, à faire un effort décisif pour regagner 1(^ terrain p(M(lu depuis le rappel de don Ferrante. Le duc d'Albe \enait d'être nommé lieutenantgénéral de l'Empereur en Lomhardie ; on s'attendait à le voir reprendre une vigoureuse offensive. Il avait mis le siège devant Santhia. C'est pour dégager la place que Henri II décida d'envoyer des renforts de Suisses et de Gascons à Brissac. Monluc fui désigné ; il partit
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pour le Piémont, fin août. Lorsqu'il y arriva, la situation était déjà singulièrement meilleure : l'héroïque résistance de Bonnivet et de Ludovic de Birague avait obligé le duc d'Albe à lever le siège de Santhià, et tandis (ju'il battait en retraite sur Pontestura. le duc d'Aumale, suppléant Brissac retenu à Turin |)ar la fièvre, commençait celui de Volpiano.
Monluc était chargé de diriger son inexpérience. Vn peu grisé par les grands souvenirs de Sienne, il supportait mal, maintenant, une position subalterne. Il étala son zèle d'une façon maladroite. Le maréchal avait enjoint à son lieutenant de faire les approches en règle et de creuser deux mines sous le grand bastion en forme de tenaille cjui couvrait le château et la ville. Monluc, à peine arrivé au camp, désapprouve cette méthode ; il trouve que les commissaires Duno et Balasergues ne font rien qui vaille; il imagine un autre plan, plus expédilif et |)lus hardi. 11 emmène, pendant la nuit, le duc d'Aumale pour examiner le fossé au bord ducjuel il es! (laNis (pi'on |)Iace l'artillerie. Cette reconnaissance failli) mal tourner : une pluie d'arquebusades survint et Moiduc et son chef passèrent un fort mauvais quart d'heuie, blottisderrièrcime chapelle, « où il leur servit Ijien de serrer les fesses ». Quant à son idée de battre directement la muraille de la ville, elle eut im lésultat lamentable. Sur son avis, on tenta de forcer le passage avant (|ue la brèche fût ouveite ; une colonne d'assaut descendit dans le fossé, mais les hommes restèrent enlisés dans la boue, et il fallut reculer. Brissac. f|ui de Tuiin a\ait entendu le canon, envoya en hâte son se- ( réijiiic, Boyviii du Villais, ])our exprimer son mécon-
KOMi:. — :momai.ci\o. — ^feukaue. — tiiionville I i3
Itiilenicul au duc crVuinale cl lui oidoiiiicr de se conformer striclcmenl à ses ordres. Le siège fut repris : il dura du 3 au -io septend)re pour la ville, au ■i',\ pour le cliàleau. ^ol[)iallo fui einj)orlé grâce à deux assauls doiuiés à la fois, l'un à la uniraille, l'aulreà la tenaille, après que les mines eiuenl joué.
Pendant le siège, on apprit que le roi, \oyanl I5rissac malade, avait décidé de lui envoyer comme coadjulciir un vieux soldat de Piémont, AI. de Termes. Celle nouvelle provoqua un vif mécontentement dans l'entourage du duc d'Aumale. Les capitaines avaient espéré que le jeune duc remplacerait définitivement le maréchal. Une cabale fut montée ; Monluc fut un des meneurs. Les dues d'Aumale et de Nemours, Bonnivet, Gonnort, Vassé, Monluc firent savoir qu'ils demandaienl à renireren France si Termes venait commander en Piémont. Brissac transmit la requête et conseilla discrètement de ne pas envoyer Termes. Les réponses du roi et du connétable ne se firent pas attendre. Elles étaient foudroyantes : Henri II, visiblement inspiré par son compère, ({ui de\inait un coup des (iuise, lele- Nail rudement, comme un man({uement grave à la discijjline et à son service, l'altitude des mutins et se déclaraitprét à leur accorder très volontiers et de suite le congé qu'ils avaient sollicité. Montmorency n'était pas plus tendie : il rejjiociiail à Brissac d'être d trop doux et gracieux à commander » et lui ordonnait, de par le roi. d(>. montrer la lettre de blâme à tous ceu\ ([ui y étaient nommés. Le maréchal non fit rien : il calma les esprits, ménagea l'amour-propre ombrageux de ses capitaines et raccommoda les choses. Mais le
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connétable n'en jugea pas de même. Une fois de plus, il nola le petit compagnon qui se permettait de faire la mauvaise tête et de mettre le feu aux étoupes. Au lendemain de la prise de Moncalvo par le duc d'Aumale (7 octobre), Monluc reçut l'ordre de rentrer immédiatement en France, C'était la disgrâce. Il obéit en se mordant les doigts de son zèle intempestif et prématuré pour la maison de Lorraine. Brissac essaya en vain de le faire excuser à la cour par son frère Gonnort. Lui-même s'y présenta pour se justifier, mais il parla Y>ou, contrairement à ses habitudes. 11 sentit vite que la mauvaise humeur du connétable lui défendait de faire long séjour, et il s'en retourna en Gascogne, pour accommoder ses affaires personnelles, depuis trop longtemps en souffrance.
Le bon souvenir qu'avaient gardé de lui ses amis les Siennois, lui valut de ne rester que neuf mois dans l'inaction. Il prenait soin, d'ailleurs, de ne pas se laisser oublier et, du fond de ses terres, sollicitait la protection et les bonnes grâces du duc de Guise. En juillet lô.îG. une occasion se présenta pour lui de retourner, une fois de plus, en Italie. Depuis la chute de Sienne, la (( république retirée à Montalcino », se maintenait jiéniblement, avec l'aide de quelques troupes françaises, dans les principales places de la région montagneuse que domine le Monte Amiata et que coupent les vallées de l'Ombroneet del'Orcia. Les Siennois n'étaient pas satisfaits du lieutenant du roi qui avait succédé à Strozzi en Toscane, Jean Larchevêque de Parthenay, baron de Soubise. Ils lui reprochaient d'être plus un diplomate qu'un soldat et de ne pas les aider dans les
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coups de main cl les razzias qu'ils leiilaiont, au mépris de tout droit, sur les places et le pays occMipés par les Kspa,L;nols. llss()uliaitai(Mil un homme plus énergique. Leurs ambassatleurs extraordinaires, Ambrogio Nutiet Camillo Spannocchi demandèrent Alonlnc. Henri II, cédant aux instances du légat Carlo Carafa, renonçait à ce moment à la politique pacifique du connélable, se rapprochait des Guise et promettait au pape Paul IV de lui envoyer des secours en argent et en troupes pour l'aider à chasser les barbares d'Italie. Le territoire de Montalcino se trouvait menacé si la guerre éclatait entre la France et l'Espagne. Le roi pensa que Mon lue pourrait être utile là-bas. Le connétable ne s'opposa pas à sa nomination: la mission était ingrate et ne pouvait rapporter grande gloire.
Le 17 août, Carafa quitta la cour de Fiance j)our regagner Rome. 11 emmenait av(H' lui Pietro Strozzi, Lanssac, Monluc, le baron de la (Jarde, d'autres capitaines conduisant sept enseignes de Gascons, et emjiortait une somme de 35o.ooo écus pour les frais de la guerre. On arriva à Rome. La situation y était assez critique pour que Carafa voulût y retenir quelque temps le héros qu'il avait. sim])le capitaine, connu à Sienne et profiter de son expérience. Le duc d'Albe avait, en effet, envahi les Etals de l'Eglise et menaçait le pape dans sa capitale. Rome, mal protégée par l'imprévoyance du vieux Camillo Orsino, était en proie à la panique. Monluc considéra avec une pitié dédaigneuse les descendants dégénérés des «Césars, Catons, Scipions et autres, » qu'il voyait la nuit, brusquement réveillés par le tambour, courir à travers les rues et