LES PREMIERS TROUBLES
surprise au pouvoir clos hugiienols. Do co nid d'aijLrlo. ils fondaient sur la campagno environnante et la ruinaient. V la fin do juin, ils avaient pris par esealade La Sauvetat-de-Gaure; le 3i juillet, Larromieu ; le 8 septembre, Terraube. Les genlilshommes du pays, (pii étaient au camp de Burie, àMontoch, s'émurent eu apprenant que leurs maisons et leurs terres étaient menacés. Monluc ne dut pas l'être moins qu'eux : Saint- Puy était tout voisin. A la nouvelle que la reine de Navarre envoyait à Lectoure un renfort de cinq cents Béarnais sous le capitaine Jean de Mesmes, il expédia en Gascogne le capitaine Peyrol avec trente salades de sa compagnie, deux enseignes de gens de pied et de la noblesse. Peyrot arriva à temps pour dégager Sainl- Puy. attaqué par Bégolles, le commandant de la garnison de Lectoure. Puis, prenant l'olfensivcil enq)ècha Bégolles de joindre Jean de Mesmes, l'obligea à s'enfermer dans Terraube, assembla les communes du pays au son do, la cloclie et se rendit maître de la place.
Monluc avait di'Jà quitté le canqi de Montecb, avec trois enseignes de gens de pied, pour répondre à l'appel de son fils et assiéger Lectoure dégarni. 11 aj)prit en route la capitulation de Terraube. 11 amenait avec lui trois canons. Grâce aux relais préparés, les attelages de bœufs ne mirent que troisjours à leur faire franchir la distance qui sépare Moissac d(> Lectoure. Le ->.') septembre, Monluc faisait sommei' la Aille, (|ui refus,! de se rendre. Le siège commença aussil(')t. Lectoure se dresse surun éperon qui domine la vallée du Gers. Des ravins lui font de trois cotés une fortification natu-
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relie. Il n'est relié aux collines voisines que par une étroite langue de terre. La position est formidable : elle explique l'importance stratégique et le rôle militaire de la ville, véritable clé de la Gascogne. Monluc l'attaqua par le seul côté accessible. La place était protégée par une double enceinte, flanquée de bastions. Le samedi matin 26, à l'aube, Monluc et ses deux commissaires, LIrtubie et Fredeville, mirent les pièces en batterie en face du bastion nord ou grand boulevard. La brèche fut ouverte près de la fontaine de Hontélie. Le dimanche, on ne s'occupa que d'agrandir l'ouverture ; on tenta, le soir, un assaut qui fut repoussé. Le lundi. Monluc déplace deux de ses canons et les transporte en face du bastion sud ou petit boulevard. La batterie est rouverte de ce côté. Urtubie est mortellement blessé d'un coup de fauconneau. Fredeville continue à tirer tout le jour et, le mardi matin, à huit heures, le capitaine Brémont d'Ars. commandant de la garnison, bat la chamade et demande à capituler. La journée se passe en pourparlers. Les assiégés tirent par deux fois sur les parlementaires de Monluc, qui, furieux, envoie son enseigne Yerduzan à Terraube pour y massacrer les prisonniers auxquels le capitaine Peyrot avait promis la vie sauve *. Dans la nuit, il s'apprête à renuier de nouveau ses canons pour battre la ville d'un autre côté. Le mercredi 3o au matin, les assiégés capitulent,
l^e vendredi ■>. oclubro, fiircnl signés les (( arlicles ».
I. .le suis la chronologie des (yniiniriildircx. Voir Blaist Monluc historien, p. /ir)r)-'i57.
LES PREMIERS TROl'HI.ES l8()
Ils rlaionl rclalivomcïil doux. Le vaitKjnciir nori-spiilonieiif accorilail aux vaincus de sorliravecleursarnics, mais s'interdisait de punir lui-même les conlrcvcnauls auv édits royaux, s'enfra^cait à empêcher les Paricuionis de Toulouse et de Bortieaux de scAir contre eux. juomettait qu'on ne contraindrait aucun Lcclourois d'aller à la messe jus([u'à ce que le roi et la reine de Navarre y auraient pourvu, donnait enfin deux otages pour garantir la vie sauve à tous ceux qui voudraient se letirer en leurs maisons ou en Béarn. Il y a lieu de croire que cette modération l'ut conseillée à Monluc par le général des finances l^)rlal, Iniguonot sincère, c|ui était auprès de lui cl qu'il cnNoya portera hircine la nouvelle delà prise. 11 n'élail pas si inaccessible aux raisons politiques; il le prouva en offrant d'accueillir dans ses troupes les huguenots qui désiraient le suivre.
Il se mit ensuite on route pour rejoindre Buiie. (|ui s'était mis à la f[ueue de Duras en letraite vers le Périgord et la Sainlonge. Après avoir arrêté à Fleurance les compagnies espagnoles qui, n'étant pas payées, avaient déserté, il les expédia, le samedi 3, ainsi que les cinq enseignes du baron de Clermont qui avaient pris part an siège, vers Layracpour y passer la Garonne. Lui-même employa sa journée à remettre les gens d'église en l'évêché et dans les couvents de Lectoure, les officiers de justice sur leurs sièges. Le dimanche matin, il s'en alla dîner à Estillac et coucher à Agcn. 11 y atteignit ses compagnies qui passaient le fleuve dans deux petits bateaux. 11 y appiit aussi que Duras avait pris le château de Mercuès et qu'il marchait sur Sarlat. Le lundi, il quitte Agen, dépasse les comjia-
igo
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gnies et \a coucher à Villeiieuve-crAgen. Informé que le baron de Clermont ne peut le rejoindre, il ralentit sa marche et gagne le mardi Montagnac-sur-Lède, près de Monflanquin. Le mercredi, il est à cheval deux heures avant le jour et va dîner à Belvès. Tandis qu'arrive son avant-garde, il pousse jusqu'à Siorac, au bord de la Dordogne, d'où il envoie deux courriers pour annoncer son arrivée, l'un à Bergerac, au duc de Montpensier, l'autre à Burie, logé sur la rivière à Castelnaud-les-Milandes. 11 avait promis à son collègue d'être auprès de lui ce jour-là ou le lendemain. Il était exact au rendezvous. Il n'en avait pas moins fait une de ses plus belles (( corvées ».
Les enseignes du baron de Clermont et les Espagnols sont arrivés à Siorac. Le soir du 7, Monluc leur fait passer la Dordogne et les loge à Saint-Cyprien, où ils trouvent les trois compagnies de gens d'armes de Burie, Randan et La Vauguyon. Il couche à Siorac. Le jeudi malin, il se dispose à franchir la rivière à gué. Au moment de monter à cheval, il reçoit une dépèche de Burie qui est d'avis d'attendre, pour livrer bataille, qu'on ait rejoint le duc de Montpensier. Il répond qu'il faut marcher de suite à l'ennemi et expédie à son collègue les capitaines Arné, Classés et Charry pour l'informer qu'ils vont faire passer la Dordogne à leurs enseignes. Lui-même, avec quarante ou quarante-cinq chevan\, pique droit à Sainl-Cyprien, où il ordonne au baron de ClermonI ol aux Espagnols de se mettre en mouvement. Puis il franchit la Vézère et envoie Fontenilhcsavccquatie chevaux reconnaître l'ennemi. Fonli'iiillies rencontre le maréchal des logis de la compa-
j.Ks i'iu:mii:iis tiioliu.ics
giiie Raiulan, (nii lui appicMid ([iic Duras se dirig(>ait vers rislr, mais (|iic, ^alls inrliaiico, il s'est arrèlé en roule et a logé ses gens de pied cl son artillerie à "N'ergt sa cavaleiie à (lendrieiix et dans les \illages voisins. Tandis cpic Monliic i)r('nd connaissance de ces nouvelles, aiiixc Hurie, toujours hésilanl. Moninc Ini dénionlre ([u'il faut à tout i)ii\ empêcher Dnras de francliir l'isle et se jeter résolument d sur sa (pieue ». L'arrivée des enseignes de Charry et des coiuj)agnies de gens d'armes (pii ont passé la Vé/.èic lève les deiniers sciaipules ilii ^ieuv capitaine, cpii, enlrainé |)ar l'eniagé (îascon, s'écrie^ : d \lions donc, de par Dieu soil 1 »
M onl ne envoie d(> nou\eau l-'onlenillies en axant jxair prendre contacl. Il le snil et le rejoint à Sainl-AIxère, Des crêtes qui tlomineni an nord le village, il peut \(uv l'ennemi logé au-delà du (Tandon. Sur les inditaiions (|ue lui doiuie un ser\ileur du châtelain de Saint- Vlvère, il pousse jus([ii'au ruisseau avec quelques cavaliers. Monl'errand enlève dans une maison un capitaine huguenot, Salignac, el son lieutenant, en train de préparer leur souper. Après celte reconnaissance audacieuse, Monluc revietit prudemment en arrière. Il trouve à Saint- Vlvère les gens de pi(>d en liain de passer la Louvre, et Hurie au château ; il le met an courant de ce ([u'il a \u cl aj)|)ris. Bnrie décide ((ue le \in étant tiré, il faut le boire et cond)attre. Le vendredi matin. () octobre, an |)oinl du j"ni-. on est à cheval. Monluc part le premier avec sa compagnie el, parle chemin (jui va de iîergerac à Cendrieuv. se dirige \ers ce dernier ^illage. Il apprend (pie Dnras l'a évacu(' el
qu'il fait replier sa cavalerie sur Yergt. 11 pousse jusqu'à Yeyrines et envoie son guidon Fontenilhes reconnaître à travers bois du côté de ^ ergl. 11 mande aussi à Ikuie de se hâter et d'amener les (piatre pièces de canqDagne. Duras, en effet, en évacuant Gendrieux, a commis la faute suprême: il a abandonné une région coupée de bois et de barrières et il est venu camper dans les prés de Yergt, où il sera facile à la cavalerie catholique, supérieure en nombre, de charger ses gens de pied. Monluc ordonjie donc à la gendarmerie d'aller de l'avant. Mais les trois compagnies de Burie, Randan et La Vauguyon se trompent de route et tombent sur une compagnie d'argoulets huguenots qui couvre la retraite de Duras. Bordet accourt avec cent ou cent ^ingt chevaux et charge si rudement que les trois compagnies en sont ébranlées. M. d'Argence, enseigne de Randan, rétablit l'ordre ; Fontenilhes survient à point et Bordet recule. Mais cette faute a pour résultat de provoquer un arrêt général dans la marche de l'armée huguenote, ^'importe : Duras est perdu. En faisant sa retraite « à la tête d'un camp », il commet la même erreur que Strozzi à Marciano, que le connétable à Saint-Quentin. El Monluc, plein d'une confiance joyeuse, s'écrie : (( Je aous ré|)onds qu'ils sont à nous ! »
Cependant Burie est arrivé à Yeyrines, amenant l'artillerie qui tire quelques volées contre les arquebusiers et les argoulets de Bordet. Monluc range en bataille sa gendarmerie : à l'aile droite la conq^agnie de Termes, à gauche la sienne et celle du roi de .Navarre, au centre les conipagnies de Burie, Randan et
LES l'KEMIEKS TKOl BLES ig.H
La ^'auguyoIl. l.à-dcssus, les enseignes gasconnes el espagnoles anivenl. Monlwc aussitôt modifie son oidre : il imite Burie à se mettre à la tête des gens de pied (pii formeront la bataille ; les gendarmes et les anjuebusiers à cheval les encadreront. Puis il part au galop avec Monferrand et Mongairal pour reconnaître de nouveau. V moins de (rente ou quarante pas, il aperçoit sous un arbre cin(| ou si\ chevaux : c'était Duras, liordet et le capitaine Pevrelongue, mestre de camp, qui, à son approche, tournent bride et vont rejoindre leurs gens de pied j^our leur faire allonger le |)as, (piilter la [jlaine et gagner le coteau voisin. Il se sou\ient alors de la charge meurtrière de Targon ; il faut à tout ])ri\ empêcher l'ennemi de gravir les pentes. Il revient en hàle vers la gendarmerie el ordonne de charger, sans se préoccuper des gens de pied. Duras, sentant le danger, essaie de sauver son artillerie el l'encadre dans une troupe de vieux soldats. Mais il est tro|) tard. La conqiagnie de Termes tombe sur cette réserve, tandis que les cinq autres chargent l'infanterie huguenote, qui. prise de panique, se débande à travers la plaine. Un grand nombre de soldats se réfugient dans un bois de châtaigniers à gauche, où les Gascons et les Espagnols les tirent comme des oi.seaux. Les gendarmes de Burie et de Moulue chassent vers Pont- Romieu. en aval de Vergt. L'artillerie est prise, ainsi que div-neuf enseignes et treize cornettes ; la \ictoire est complète. Les paysans se chargent de massacrer les débris de l'armée vaincue. Trois mille morts jonchent les prés de \ergt. (hiehpies gens de pied rallient la cavalerie, (jui échappe presque tout entière.
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Ce brillant succès était dû à la décision avec laquelle Alonluc avait su proliter des fautes commises par l'adversaire. 11 avait, d'ailleurs, bravement payé de sa personne : il faillit être victime de la mauvaise bouche de son cheval, qui l'entraîna dans les rangs des piquiers de Duras, d'où il fut péniblement dégagé.
Vers les deux heures de l'après-midi, Burie et Moulue entraient dans Vergt. Le soir, ils rédigèrent leur rapport au roi. Le dimanche 11, ils allèrent loger à Grignols et cantonnèrent leurs troupes entre Manzac et Mussidan, sans doute à Jaure, Vallereuil et Saint- Séverin d'Estissac. Le même jour, ils étaient à Mussidan et y faisaient la révérence au duc de Montpensier, que la reine envoyait en Guienne pour prévenir leurs dissentiments et aviser à ménager les deniers royaux. Le duc embrassa plus de dix fois le vainqueur de Yergt, qui, toujours quémandeur et d'ailleurs bon frère, lui demanda une compagnie et le gouvernement de Périgueux pour ^L de Lieux. En attendant de cueillir le prix de sa victoire, il faisait bénéficier les siens du service qu'il venait de rendre à la couronne. A Mussidan, on décida que Monluc retournerait en Guienne, avecla compagnie du roi de \avarrc et la sienne, pour reprendre Montauban, et que le duc emmènerait en Saintonge le reste de la petite armée de Burie, accrue de deux mille Espagnols qui devaient arriver ce jour-là à Bergerac.
Monluc s'en retournait lorsque deux courriers le rappelèrent. Le duc de Montpensier, parvenu à Barbezieux, y craignait d'être attaqué par La Bochefoucauld, que Duras avait rallié. Ce ne fut qu'une fausse alerte.
LES l'UEMIFUS TROl lU.ES I n5
Alonluc put rovonir à Ageu cl y pioïKlre un repos \nen gagné. Vois la uii-nov('inl)r(\ une lellic du cardinal d'Armagnac l'apinMa à Iduldusc. On le j)riail d'aller aider Terride engagé devant .M()nlaul)an. Il se rend il à l'appel sans enthonsiasine. Il n'angurail rien de bon de l'entreprise cl préférait dormir sur ses lanriers. Il se borna donc à aller \isiter les Irancliées entre le id el le ■îo novendue. Il y jeta un regard dédaig-neux, se convainquit de l'incapacité de Tcrridc coniuie lioniinedc siège et s'en revint à Estillac. Il y passa la (in dn mois, inter- \('nant onicieusenicnt aujHvs de la reine en l'avenr fies habitants de Leclouro, faisant évactiei' (lasteljnlonv par la g^arnison qui l'occupail. pour (''pargner la popidalion. menaçant, par contre, Anch, (pii u braidail toujours », de lui inqioser la charge d'une couqiagnic de gens do guerre. Vu début de décembre, il se rend de nouveau à Toulf)use, avec sa compagnie etcellede chevau-légers du capitaine Peyrot. Le cardinal d'Armagnac l'y appelait encore, pour suivciller la lenne des Etals de Languedoc à Carcassonne. Il y modère le fanatisme catholique des conseillers au Parlement et <le la j)opulalion, surexcité jiar les lettres d'abolition qui venaient d'accorder nne amnisli(> com])iète ,uix réfoimés à l'occasion des événements de uuu et blâmaient les excès des callio!i(pies. Ln janvier i')(V.\, il {^sl de nouxeau à Toulouse, à la |)rière du cardinal d'Armagnac el des capitouls. Il \ rexieid encore fin février et assiste, en l'église Saint-Klienne, à la cérémonie où sout faits chevaliers de l'ordre M. de \egrepelisse el le baron de Four(|uevaux.
Là se borna son activité pendant ces trois mois.
QuanI à la guerre, il s'en désintéressa. Elle continuait pourtant en Périgord, où deux hardis partisans, Armand de ClermonI, sieur de Piles et La Rivière tenaient la campagne, enlevaient le 8 décembre Sainte- Foy par escalade, surprenaient Eymet,occupaient Mussidan et Bergerac et jetaient la terreur jusque dans Bordeaux. Moulue ne s'en émut guère : en mars seulement, sur les instances des Bordelais, il prit des mesures pour envoyer son fils surprendre Mussidan. Cette indifTérence avait des raisons profondes. Au lendemain (le la victoire de Vergt, alors qu'il croyait toucher enfin la récompense due à ses services, il avait eu la désagréable surprise de recevoir un blâme à peine déguisé. Les })reniières félicitations du roi et de la reine l'avaient enhardi à demander un pouvoir particulier pour amnistier ses camarades de leurs peccadilles ; il avait aussi réclamé celte comté de Gaure, dont on l'avait gratifié à son retour de Sienne et qui lui avait été enlevée à ^a^ènemen^ de François 11. Ses demandes ne furent pas trouvées raisonnables : le roi y répondit en l'engageant à se contenter des cinq cents livres qu'il recevait ])ar mois pour son plat. L'indiscrétion de Monluc donna beau jeu à ses ennemis. Ils rapportèrent à la reine ({u'il ne déployait tant de zèle que pour son profit personnel. On répéta à la cour qu'il avait menacé Jeanne d'Albret de passer en Espagne et de demander à Philippe II d'envahir le Béarn, si elle continuait à favoriser les rebelles. Le propos était vrai ; il était, à ce moment, particulièrement grave : il justifiait les signataires du traité de Ilanq)toncourf. La reine le reprocha sévèrement à Moulue, qui s'excusa en allé-