‹ Un cadet de Gascogne au XVIe siècle, Blaise de MonlucChapitre 19 sur 38 · LES PREMIERS TROUBLES I · texte numérisé non relu

LES PREMIERS TROUBLES I

<ïuant f|n"il avait voulu plaisanter. A ce jeu daugoi('u\ il n'avait réussi qu'à se conipromcttre. Aussi jugca-t-il prudent de se faire pardonner son incartade en laissant faire Piles et La Rivière et en affectaiil à Toulouse la plus grande modération.

La nouvelle de la journée de Dreux, qu'il apj)rit à Layrac, dans les derniers jours de décembre, lui j>ermit de modifier de nouveau son attitude. La victoire de l'armée royale, duc en partie aux bandes de C.harry, lui parut assurer le triomphe définitif de la cause catholi(|ue. Encouragé par la noblesse gasconne, qui, dans la requiMe apportée en mars à Funiel, demandait qu'on lui permîtde s'associer pour sa défense, sdulciui par l'opinion des Etats d'Vgenais (jui, !<> .'^ jaii\ icr. prolestaient contre les lettres de pardon envoyées yinv le roi, comme si la majorité des habitants, dévouée à la religion traditionnelle, eût été coupable, il crut le moment venu de créer dans la sénéchaussée d'Agenais une organisation analogue à celle des synodes, une ligue catholique destinée à courir sus aux séditieux, à empêcher leurs entreprises, à les mettre entre les mains de la justice, le tout sous l'obéissance (hi mi. La ligue agenaise fut constituée le /j février iô(j3. In mois plus tard, Moiduc l'atïiliait à la grande ligue, (pii embrassait toute la juridiction du Parlement de Toulouse en Languedoc et en Guicnne. L'acte fut signé à Toulouse, le 3 mars, par le cardinal d'Vrmagnac. le cardinal Strozzi, Monluc, ([ui s'inlitulait hiiidinirnl lieutenant de roi en Guienne. Terride, Negref)elisse, Fourquevaux et Joyeuse. Celle inanifeslation d'inth''pendance provinciale ne i)()uvail être \nc (l( buri d'il

If)8 BLVISE DE MOXLLC

par le pouvoir central. La reine, dès que la paix fu[ signée, la condamaa formellement, et Monluc fui obligé de défaire lui-même sou œuvre.

Le 4 mars au matin, il quittait Toulouse. Il se rendait à Bordeaux, où l'appelaient en hâte le Parlement et le maire, Antoine de Noailles, à l'occasion d'un différend survenu entre ce dei'nier et le premier président Lagebaston. 11 arriva le 12. La situation était grave. Comme à Toulouse, les lettres d'abolition en faveur des réformés avaient mis aux prises les catholiques exaltés, dont elles condamnaient la politique de répression à outrance appliquée depuis un an, et les sages, groupés autour de Lagel)aston. La ville était afTamée, le peuple mécontent ; on craignait une nouvelle surprise du Château-Trompette, une descente des Anglais. Depuis quelques jours, des inconnus marquaient, la nuit, les portes des catholiques d'une croix blanche, celles des réformés d'un signe différent. Monluc apaisa tout par son éloquence. 11 harangua les jurats, le clergé, le Parlement. De plus, il informa la cour qu'en route, on lui avait remis des lettres de lieutenant de roi pour la Haute-Giiienne, à l'est de la rivière du Lot. La province était partagée en deux entre Burie et lui. 11 lit valoir les inconvénients qui résultaient du (( département » par rivières. Il hésitait à accepter la charge qu'on lui (ill'rait enfin. Sans doute il se rendait conqite ([u'il ne lui serait pas facile d'administrer la province au nom du jeune prince de Navarre ; les C(Uiflils avec Jeanne d'Albret étaient certains. ^lais il était, surtout, peu satisfait de n'avoir que la moitié du gâleaii. 11 avait cspéié (pio Burie, vieux et malade^

LES l'HEMIERS TROUBLES

retiré depuis le mois d'octobre dans ses terres de Saintoiig-e, seiail coiuplèlemenl dépossédé.

Oiioi ([ii'il eu fût, sa nomination était un triomphe pour le parti calholicpie, dont il était apparu comme le plus brillant soutien. S'il était connu à la cour pour son caractère fôcheux, il l'était aussi pour ses hautes qualités militaires; s'il y avait des ennemis, il y avait aussi des amis qui parlaient en sa faveur. Vu lendemain de l'assassinat du duc de Guise, que sa vigilance avait failli empêcher, son nom avait été mis en avant pour le commandement en chef de l'armée royale, et Poltrotde Méré, dans ses premiers aveux, l'avait cité parmi les grands personnages dont on avait résolu la mort. C'était là des titres. La reine avait longtemps hésité. Burie réclamait lui-même un successeur depuis le mois de juillet. En sepl(>ml)re, le duc de Monlpensier fut envoyé en Guienne. Moulue se fût, semble-t-il. accommodé de l'aider dans l'a^uvre de pacification dont il était chargé ; mais la victoire de Vergt lendit cette missioii inutile Après la mort d'Antoine de Bourbon, Catherine de Médicis songea à nommer lieutenant de roi le maréchal de Saint-André; Moulue avait l'espoir de lui être subordonné. La mort du maréchal à Dreux fit échouer cette nouvelle combinaison, mais le nom de Moulue avait eiudre été prononcé, et la désignation de Saint-André prouvait que la reine était décidée à envoyer en Guienne un homme résolu à tenir tête à Jeanne d'Albrct. Aussi son choix s'arretat-il sur Mordue, avarri même (pie le duc de Guise eût été assassiné, et l'acte de Poltiot n'était pas fait pour modifier sa volonté. Mais, en (joruianl satisfaction au

aOO BLAISE DE MONLUC

parti catholique, Catherine ne vouhit pas trop mécontenter la reine de \avarre, qui se plaignait déjà avec amertume de ce choix injurieux pour elle ; elle ne voulut pas non plus trop grandir le vaniteux capitaine ni trop humilier les représentants des vieilles familles gasconnes auxquelles elle préférait ce parvenu. De là cette division de la lieutenance et cette cote mal taillée, contre laquelle Monluc protestait si librement en pleine audience du Parlement. 11 avait assisté, le i3 mars, aux funérailles du maire, Antoine de Noailles, mort le II. Le 3o, il se disposait à quitter Bordeaux, rappelé à Toulouse pour réprimer les désordres qui s'étaient produits à Pamiers. Auriac et Buzet, lorsque le capitaine béarnais Fleurdelis lui apporta des lettres du roi. C'était la paix. Il les communiqua au Parlement, aux jurats, à l'archevêque et, le lendemain, les fit publier par les cantons et carrefours accoutumés.

CH\I>ITUE IX

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