ANNÉES DE TREVE. — LES SECONDS TROUBLES
Monluc et la paix d'Amboise. — Tournée triomphale en Gascogne. — Démêlés avec Jeanne d'Albret. — Les démissions de Monluc. • — Relations louches avec Philippe 11. — Monluc dénonce et ce qui s'ensuivit. — Voyage du roi et de la cour dans le Midi. — Les <( batizailles » de Charlotte-Catherine à Agen (25 mars i.ô05). — Les conférences et les fêtes de Bayonne.
— Monluc seul lieutenant de roi. -- L'expédition du capitaine Peyrot. — Le château d'Estillac.^ Nouveaux bruits de guerre.
— L'occupation de Lectoure (3o septembre 1507). — Envoi d'un secours en France. — L'expédition do Saintonge (mars i.')68).
Monluc resta à Bordeaux les mois d'avril et de mai i563. Son séjour y était d'autant plus naturel que le vieux Burie paraissait peu empressé à remplir sa charge pourtant allégée de moitié : il s'était retiré de nouveau dans ses terres, laissant carte blanche à son actif collègue. Monluc s'employa avec zèle à justifier la confiance do la reine en faisant strictement observer la paix d'.\.mboi.se. Se désa\ouant lui-même, il prononça la dissolution de la ligue catholique organisée en Bordelais, sur son initiative, jiar le comte de Caudale. Le /| mai, à six heures du malin, il convoquait à l'h(')lei de ville les jurais et les notables et leur adressait
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un chaleureux appel à la tolérance : (( Ne trouvez-vous donc pas, mes amis, que la paix nous était fort nécessaire ;* Ne connaissez-vous pas combien votre roi et la reine nous sont bons, doux et miséricordieux? Ne voyez-vous pas l'incommodité qu'il y a d'èlre un troupeau dissous, séparé et disssipé, et, au contraire, le bien qu'il y a de s'assembler, soit pour se défendre des ennemis étrangers, qui nous voudraient frustrer de nos possessions, soit pour reprendre la douceur de notre ancienne et familière conversation?... » Tous levèrent la main et répondirent : « Oui, oui, monseigneur! » Et l'on décida que les lieutenants des jurats chargés des rondes et les dizeniers seraient désormais mi-partis, ^lonluc pouvait écrire : (( J'ai fait rentrer tous les huguenots, qui m'ont promis de vivre en bonne pacification. » Et le roi le félicita de ce succès.
Il aurait bien voulu s'en aller à Toulouse, où les choses ne se passaient pas aussi aisément. Mais il ne pouvait quitter Bordeaux avant que d'Escars, successeur de Noailles, fût arrivé ; et d'Escars ne se pressait pas. En l'attendant, il pourvoyait de loin, par des ordonnances, à la sûreté d'Agen et de La Réole, restituait aux consuls de Périgueux les canons qu'il avait prêtés à Peyrol pour le siège de ^lussidan, et commençait à se brouiller avec les conseillers au Parlement, au sujet d'une confiscation pai- lui accordée et par eux annulée. Enfin, le 3i mai, après avoir obtenu que la cour demandai au roi le département de la Guienne entre Burie et lui pai- sénéchaussées et non par rivières, il quitta Bordeaux et s'en alla faiie un « passage » à travers son gouvernement. Il fit d'abord une entrée
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solcniiclledans sa lioiiiie ville d'Aficn. Los consuls, ipvètiis (le l(Mirs liMvcs, Aimoul aii-dovanl do lui ol lui roniiroDt. coniuio à un sou\oiain. los clos do la \illo on le liaranguanl. (loni |)olils ciirants bien liahillôs criaient : (( \ ivo le roi ol le sieur do Monluc son lioutenaul ! 1) Le /j juin, il alla à Condom : les consuls lui oITrironI une chaîne d'or avec l'ordre de Saint-Michel, du prix do trois cent huit livres. Puis il se rendit à l.ectoure et à Vuch. Cette tournée triomphale acheva de le convaincre qu'il était décidément le grand homme de la Gascogne, le seul capable d'y maintenir la paix. 11 se rendait compte, d'ailleurs, (pie la besogne f[ui lui était confiée était singulièrement délicate. Il avait pour première voisine sa plus grand(> ennemie, J(>anne d'Albrot, dont les Etats bornaient au sud son gouvernement et dont certains propres étaient enclavés, en (juienno et en (îascogno. dans lo doiiiaino royal. La reine do Navarre ne lui ])ardoruiail pas d'être l'autour responsable de la défaite de Duras. « Dieu sait conmio elle me voulait mal, écrira-l-il plus tard, et comme elle me baptisait, ni'appolant le tyran, avec toutes les injures du inonde ! » 11 n'était pas, d'ailleurs, en reste et il lui arrivait dv tenir sur .leanno des propos de soudard. Entre doux pareils athcisaiies, la paix n'était pas [)ossible. Dès le mois de mars i563, Monluc dénonçait bruyamment la façon dont la reine de Navarre appliquait l'édit d'Amboise, son ardent prosélytisme, sa prétention de faire prêcher dans toutes ses villes et châteaux, et non pas seulement dans un lieu par sénéchaussée. Avec le Parlement de Hordeaux. il jirotoslait contre les lettres patentes du a'j a\ril, par loscpiolles.
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se fondant sur son titre de haut justicier, elle réglait elle-même l'exercice des deux cultes dans le duché d'Alhret. Son zèle, accru par son animosité, le portait à signaler la propagande active qu'elle faisait en Béarn : il y voyait un danger de guerre possible avec l'Espagne. A ces objurgations véhémentes, Catherine répondait en affirmant sa volonté d'empêcher tout empiétement sur l'autorité royale, mais aussi en invitant son fougueux lieutenant à vivre en paix, dans son propre intérêt, avec la reine de Navarre.
Loin d'écouter ces sages conseils, ^htnluc se laissa aller à tenir les propos les plus imprudents. Un incident acheva de tout gâter. En juin i5G3, les rapports entre la France et l'Angleterre étaient très tendus. La guerre, habilement provoquée par Catherine, était imminente. Burie et Monluc reçurent l'ordre de se saisir des vaisseaux anglais qui se trouveraient dans les ports de Bordeaux et de la cote gasconne. On parla d'une descente possibledes Anglais en Guicnne. Moulue laissa entendre qu'ils seraient assurés d'y trouver à point une puissante protectrice. Le propos fut rapporté à la reine-mère, Catherine, qui, ne songeant à ce moment ([u'à rallioi- catholiques et protestants contre l'ennemi extérieur, trouva (pie, cette fois, son lieutenant a\ail passé les bornes permises. Elle lui dépêcha son frère Joachim. avec l'ordre d'adresser immédiatement des excuses à la reine de Navarre. Moulue s'exécuta : il écrivit à .Jeanne d'Albret une lettre de rétractation très embarrassée et très humble. Dès lors, il s'eftorça, dans ses récriminations contre les réformés, de mettre hors de cause sa personne et de distinguer