‹ Un cadet de Gascogne au XVIe siècle, Blaise de MonlucChapitre 21 sur 38 · ANNEES DE TREVE. — LES SECONDS TKOFBLES · texte numérisé non relu

ANNEES DE TREVE. — LES SECONDS TKOFBLES

cnlic .I(Nuiii(> (rVIl)rol, princesse de sang royal, cl .leaiuKMrAlliiT'I. rlief ot àiiiodu |iarli Iiuguenot. Ilcriil (|U(' ce <listi/](/u(t sul)lil siinirait à le tirer d'affaire. Ses violences avaient une excuse. Les catholi({ues l'cxaltaicnl comme leur sauveur et l'encourageaient à persévérer dans son attitude. En juin, les Etats d'Agcnais se réunirent, ("e fut pour jîrotester contre l'édil d'Ainboise. Ea |)ai\. proclamée en théorie, était loin de régner en fait : la banlieue d' Agen était sillonnée par des bandes de huguenots en armes. A la cour, le président Sevin intriguait pour faire révoquer les mesures de précaution, très justifiées, (pi'avait prises Alonluc en vue d'assurer la gar(l(! d(> la ville. Les réformés songeaient à tirer de l'édit non seulement les moyens d'exercer leur culle, mais aussi ceux d'user de représailles envers les calholiciues. Les Etal s protestèrent avec véhémence contre (^es |)réten lions, contre le rétablissement des juridiiMions piéNotales au profit des huguenots; ils dénoncèrent les prêches clandestins, demandèrent la ré\(i(ali(in des officiers royaux suspects et le maintien des garnisons dans le pays. Leurs doléances étaient exprimées endetels fermes, qu'il fallut, probablement à l'instigation de Monluc, atténuer la forme du cahier du fiers-état. Les représentants du pays voulaient, conmie le l*arlement de Bordeaux, que la partie de l'Agenais située sur la rive droite du Lot el attribuée à Buric, fût restituée à Monluc, (pi'ils saluaient officiellement comme leur libérateur. 11 dut, on le voit, modérer le zèle catholique des Etats. Vn mois après, il interdit une réunion de la noblesse, provoquée pour protester contre les prévôts huguenots. Les consuls

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d'Agen, d'Auch, de Condom ne se molliraient pas moins hostiles à la politique de tolérance. En présence des difficultés pratiques que soulevait chaque jour l'application de l'édit, au contact de ces opinions locales qiii se manifestaient violemment autour de lui, Monluc n'eut pas beaucoup d'efforts à faire pour perdre toute confiance dans la vertu d'un simple texte, considérer la politique de la reine comme une chimère et préconiser des moyens plus simples, l'occupation du pays par de fortes garnisons, le retour aux exécutions sommaires, quelques tournées dans la province avec, pour escorte, un prévôt et un bourreau.

La reine était d'accord avec lui sur la nécessité de restaurer le prestige monarchique ; mais elle ne voulait à aucun prix user de répressions violentes. Elle préférait attendre et gagner du temps. Monluc n'a\ait pas besoin d'une grande clairvoyance pour sentir qu'il ne pouvait être l'homme de cette politique. Moins de deux mois après avoir accepté la lieutenance de Guienne, il offrit sa démission. La reine la refusa. Une lui déplaisait pas d'avoir, à côté du vieux Burie, un représentant de son autorité capable de tenir en respect les réformés, un lioinme qu'elle savait très populaire et dont elle pouvait, en somme, brider le zèle en lui faisant de belles promesses et en flattant sa vanité. Elle la refusa encore lorsque, en décembre i563, las de servir une politique dont les fluctuations le déconcertaient, vivement |)réoccupé par l'attitude énergique de la cour à la suite de la fui ml nation (hi nionitoiredePiel\ (■28 septembre), qui citait Jeanne d'Albret devant le Saint-Office, convaincu que cette opposition aux cmpiè-

a>nll:s i)i; ihkve. — les seconds tuoibles aoy

tements de Koiiie aiucnenul à bref délai la piédoiiiinancc deschefs réformés dans le conseil du roi, craigiiaid, non sans niolifs, pour lui-même, n'ayant d'ailleurs reçu de la coui- aucune des récompenses qu'on lui promettait. Miiiiliic annonça solennellement son intention de résigner sa charge dans cet important mémoire à Charry, où il e\|3osail. avec un véritable esprit politique, les raisons (pii le faisaient s'en tenir à la religion traditionnelle et les dangers ([ue la Réforme faisait courir à l'alisolutisme royal. Catherine démêla sans doute ce qu'il y avait i\c juste et de sincère dans ces récriminations a irulenles. Toujours fidèle à son système de lemj)orisalion, elle lui fil renvoyer sa « patente », en l'inAilant à garder provisoirement sa lieutenance jusqu'au moment où le jeune roi viendiail en Languedoc et en Guieim(\

Mordue n'était pas seulement mécontent de la politique de la reine-mère. Il se plaignait avec amertume d'aAoir loiiles les charges de sa lieutenance sans en recueillir aucun profit. Avec une franchise naïve et une liberté de langage qui nous paraît singulièrement l)rutale, dans toutes ses lettres il rappelait, sans se lasser, que lui-mèni(\ s(^s enfants, ses parents n'éprouvaient aucun elTel de la inunilicence royale. Il disait à la reine : « Nous m'avez de \u|ie grâce, Madame, écrit maintes fois (jne je ne me souciasse de rien et (jue le roi et vous ne m'oublieriez point; mais il faut que je AOus dise. Madame, que ceux (|ui nie suivent ne dînent point de paroles, et (pi'il faut leur mettre autre viande sur table, si je les veux conlenici-. d U ne concevait pas les honneurs sans argent. Toute peine, à ses yeux.

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méritait un salaire. Un roi devait payer royalement des services comme les siens. Or. depuis six mois, il n'avait, disait-il. touché (( ni croix ni pile ». Son secrétaire Martineau poursuivait en vain, à la cour, le remboursement d'une somme de 5. 600 livres, avancée au trésorier de l'extraordinaire des guerres au lendemain de la victoire de Vergt. Etait-ce crainte de mécontenter les ennemis puissants de Monluc? mauvais vouloir? pénurie financière? Ces doléances, présentées avec une rudesse maladroite, restaient sans écho. La mauvaise humeur de Monluc en était accrue. Il n'était pas homme à taire ses plaintes. Il ne se lit pas faute de les ébruiter. Elles parA inrent aux oreilles de Philippe II. roi d'Espagne, qui vit immédiatement le parti qu'il en pouvait tirer. Il était en rapports de correspondance avec Monluc depuis Vergt. Le concours prêté à Charles 1\ par les compagnies espagnoles avait été l'origine de ces relations. Dès la fin de 1062, on accusait Monluc d'avoir voulu remettre toute la Guienne au roi d'Espagne. En décembre i563, on signalait des allées et venues suspectes à travers les Pyrénées. Monluc protestait avec véhémence contre ces accusations injurieuses pour la nolilesse catholique de Guienne. Deux mois plus tard, il avait à Toulouse une entrevue secrète avec un espion tic Philippe 11, Juan de Bardaxi, cousin d'un aventurier, le capitaine Felipe de Bardaxi, (|ui avait servi dans ses gens de pied pendant les premiers troubles. Felipe avait déjà remis à .Juan un grand mémoire où Monluc exposait ses vues sur la situation de la France et de l'Europe, dénonçait les dangers delà politique d'atermoiementsde la reine-

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incrc ol du cliaucelicr, les intrigues secivlos des réformés pour amener le jeune roi à leur croyanee, la [)rédoininance de la r(>ine de NaAarre dans les conseils de l'Elal, sup])liail Philippe H {TinleiNenir par les armes, jjromeUait son concours et celui de la noblesse catholique de (iuienne et de Languedoc, eidin demandait que, le cas échéant, une retraite lui lut assurée en Espagne. Philippe H répondit lui-même et lit répondre par son agent une lettre pleine de remerciements et de promesses vagues; il invitait Monluc à conliiuicr à l'informer et lui demandait par quels moyens on pourrait gagner le nouveau gouveriKMii- du Languedoc, Damville.

Au moment où il re(;ut cette lettre, Monlucétail déjà dénoncé. Le iti février i5()'j, il était rentré de Toulouse à Estillac et s'était em])ressé de confier son redoutable secret au .sénéchal de (Juercy, François de S<''guier. sieur de La Gravière. (Jelui-ci paila à son tour. Le •<<), un inconnu se ])résenlait à Paris chez le nouvel ambassadeur d'Es|)agne. don l"'rances de .Vla\a. Il se prétendait chandjellaii de M. de Monluc et venait, de sa part, prier d'écrire d'iugence au roi d'Espagne (jue, si l'on ne se hâtait, tout serait découxerl. \lava, flairant le piège, mil le personnage à la porte, nuiis s'empressa d'écrire à Madrid (pj'on avait des soupçons sur Monluc. Au nu^'me moment arrivait à la cour le ca[)ilaine Antoine Rapin. 11 était porteur d'un mémoire en six articles, rédigé par Marchastel. baron de Peyre, et signé de la reine de >avarre et des principaux chefs huguenots de Languedoc et de Guienne. .Monluc y était accusé, sur le dire du sénéchal de Quercy, d'a\oir

voulu délruire Montauban, d'avoir tenu des propos irrévérencieux contre le roi, la reine et les princes du sang, d'avoir avec le roi d'Espagne des intelligences en vue de lui livrer la (iulenne, de lui avoir envoyé son second fils, d'avoir dit qu'il ferait observer dans sa province, malgré le roi, les décisions du concile de Trente, enfin d'avoir tramé tout ce complot avec Damville, 'l'erridc, le cardinal d'Armagnac et l'évéque de Comminges, Pierre d'Albrot. dans une réunion tenue à Grenade, près de Toulouse.

L'émotion fut très vive autoiu- de la reine-mère. On décida tout d'abord de retirer à Monluc sa lieulenance, de rappeler à la cour pour faire partie du conseil privé et d'envoyer en sa place le maréchal de Bourdillon. Le iDruit courut quç le Aieux capitaine, se sentant perdu, allait quitter la France, qu'il avait demandé au pape unévéché, que son ami Pie IV, dès qu'il serait à Rome, le ferait cardinal. En réalité, Monluc riposta avec vigueur par un mémoire au roi et un cartel, où il niait tout. Ses ennemis le calomniaient, en effet, en prétendant qu'il avait envoyé son second fils en Espagne: Jean de Monluc s'était embarqué àNarbonne pour se rendre à Malte en passant par Rome, où le |)ape hù donna une recommandation pour le grandmaîtrede]'orch"e de Saint-Jean-de-Jérusalem, où il allait entrer. L'entrevue de Grenade était aussi plus innocente qu'on ne l'avait dit : Monluc, Damville et le cardinal d'Armagnac n'avaicMiteu h\ tort que des'yrcnconti'er a\ec un eimcmi acliaiiu'' de la reine de Navarre, Pierre d'.Mbrel, (pu allait se ])laindre à I^liilipjie II (pi'elle lui eûL enlevé son évèclié. Mais il était très

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