ANNEES DE TREVE. LES SECONDS TROUBLES
sicrs. ivpiimer do ce coté les exactions de deux audacieux partisans, Foutrailles et Solan. Dans l'inter- >alle de ses voyages, il séiournail en ses maisons de Saint-Puy, de Cassaigne et surtout d'Est illac. la plus voisine d'Af^en, sa capitale, et ([ui devint alors sa résidence préférée. Dès i565, il avait entrepris de remanier et d'agi'andir le vieux château du xni'^ siècle, héritage de ses oncles. Pendant qu'il était à Bayonne. Ysabeau de Beauville. une maîtresse femme, surveillait les travaux. En avril 1067, il faisait venir de Toulouse du bois de charpente pour la toiture du château. Il ne songea pas un instant à dresser sur la hutte cpii domine la plaine d'Agen une demeure élégante. Sa construction fut toute militaire : n'avait-il pas été assiégé chez lui par les huguenots? et ne pouvait-il pas à bon droit craiiidie de l'être encore ? Aux vieux corps du logis il en ajouta deux nouveaux, terminés par deux lunettes formidables, à l'italienne. Ce n'était pas en vain ([u'il avait étudié à Sienne les forlilications (lu poggio de San l'rospero, dues à l'ingénieur Baldassarc Peruzzi. 11 lit aussi reconstruire l'église voisine d'Estillac, pour pouvoir revenditpier tout entier les droits de sépulture, de litre et d'agenouilloir près de l'autel, jusque-là partagés avec les messieurs de Lapoujade, seigneurs du Buscon. Voisin mal commode et impérieux, il entendait être seul maître au banc d'œuvre de sa paroisse. Ses vexations obligèrent les châtelains du Buscon à quitter le pays.
Cependant de divers cotés il recevait des avertissements sur les préparatifs de guerre des réformés. Son service d'espionnage était très étendu. 11 a\ait ajipris
2 22 BLVISE DE MONLUC
en Italie à ménager avec- soin ces (( pratiques » et ces (( marchandises ». Il se servait de deux huguenots qui avaient besoin de ses bons offices jDOur gagner leurs procès. Il avait même un diacre parmi ses agents. Aussi était-il très bien informé. A la cour, on se moquait de lui ; on le traitait de (( corneguerre ». Mais lorsque, au lendemain du rendez-vous de Rosay-en- Brie, on vit les troupes de Condé sortir de terre (( comme potirons en une nuit ». il fallut convenir qu'il avait raison. Le 19 septembre, un cavalier arrêté près de Lyon avouait qu'il était envoyé par Coligny à Genève. Au môme moment, Monluc apprenait qu'un émissaire de l'amiral passait à Montauban, portant le mot d'ordre aux églises. Le samedi 20 septembre, il part avec Robert de Gontaud, évéque de Condom, et les deux Tilladet pour les bains de Barbotan. Dans la luiil il a, chez M. de Panjas, un cauchemar prophétique, qui le met tout en eau et lui fait la tcte plus grosse qu'un chaudron. Le dimanche, il renonce à Barbotan ; le lundi, il rentre à Cassaigne. Le jeudi 35, arrivent coup sur coup un consul de Lectoure, qui lui dénonce l'attitude suspecte du sénéchal d'Armagnac, Michel d'Astarac, baron de Fonterailles, gouverneur du cliAle.iu, et deux consuls de Moissac, qui l'informent (pi'on parle d'une prise d'aimesà Montauban. Le (liiiiaïuiie suivant (■?(S s(^])tenibre). il reçoit la visite de Tilladet de Sainl-Orens, son vieux camarade, et tous deux décideiil d'aller le lendemain voir voler leurs oiseaux. Mais à minnil arrive à Cassaigne un messager d'Agen, apportant la nouvelle que les huguenots ont pris les armes à Bergerac. Le lundi matin.
ANNEES DE THÊVR. LES SECONDS TKOUIU.ES O.'i^
Monliic csl sur |)i('(l dès l'aiiho : comme il regardo à In Ccnrliv m alloiHl.-ml Saint-Orons. il voil venir nii ca\ali(M' (|ui lui rciiifl un |)a(|iicl rciircriiiaiil une Icllrc (le menaces cl, sur un « ])revet » à pari, un avis liés précis (lu soulèvement arrêté pour le v.S, le 39 et le 3o. Alors il commence à penseï- à d'aulres choses ([u'à la chasse.
11 monte à ciie\al. coiiil à Sainl-Puy. où il a donné rendez-vous, à dix heures, à plusieurs de ses voisins, les y attend ou vain justprà midi et décide de se rendre presque seul à Lectomc Près de Terraube, il apprend (pie la xille est déjà en armes. Il entre dans Leclonre. descend au logis de Al. de Pnységur. y convocpie 1(; sénéchal et l'inxile à se démettre de sa charge. Le mardi matin, au lexcr du soleil, Fonlerailles, intimidé par l'attitude de Moiduc. cède après une longue discussion et \ ide le chàleau. Le sienr de La Cassaigne y entre à sa place, comme gouverneur, avec vingt soldats. \ pein(> Fonterailles est-il parti, .Moulue est avisé de raj)|)roche d'ime grande troupe de gens de pied et à che\al, qui vient, mais trop tard, surprendre Leclonre : se voyant découverte, elle bat précipitamment en retraite. Le soir même de celle mémorable diligence, pleinement édifié sur les intentions des réformés, il écrivait d'Agen aux capitouls de Toulouse de prendre les armes et « d'y mettre le vert et le sec ». Puis il convoque en son logis le conseiller au prcsidial Martial de Nort et l'avocat du roi de Las, et pendant cinq jours et cinq miits, aidés de deux clercs et de deux secrétaires, ils expédient de tous côtés lettres, commissions, dépêches, ordonnanc(^s. j)oni' lever tles
gens clans toute la Gascogne et jusqu'au pays de Foix, et aussi mettre sous séquestre les l)iens des nouveaux rebelles.
Le 7 octobre, il se promenait sur le gravier d'Agen lorsqu'arriva de la cour le capitaine Burée. Il apportait une lettre de Charles IX annonçant lui-même la tentative avortée des huguenots, à Meaux. sur sa personne et la retraite qu'il avait dû faire sur l^aris, protégé par les Suisses. Les consuls lîicnt aussitôt sonner les cloches en actions de grâces pour le salut du roi. Alonluc envoya des doubles de la lettre à Toulouse et à Lectoure pour les faire publier à son de trompe. Puis, se conformant aux ordres royaux, il assembla toutes ses forces, vingt-cinq compagnies de gens de pied, neuf de gens d'armes, six cents chevaux-légers et quatre cents gentilshommes volontaires, destinés au « secours de France ». 11 les cond\iisit lui-même jusqu'à Limoges, où il arriva le 9 novembre. Il y fit faire montre. Il fallut, pour cela, obtenir de l'extraordinaire des guerres une somme de treize mille livres tournois. Ce ne fut pas sans résistance de la partdes gens de finances. Ils se plaignirent qu'il eût tant dépensé. Il refusa net de donner des explications. C'est à Limoges, en effet, qu'il apprit qu'on avait détaché de son gouveinementle Bordelais pour le donner, avec le titre de lieutenant général de roi dans la xille de Bordeaux, à Henri de Foix, comte de Caudale. C'était le gendre du connétable. Monluc n'eut pas de peine à deviner d'où venait le coup. Il fut nalurellemonl furieux de la façon dont on \c remboursait de ses dihgences. Il eut letoitdelc pubher ])artout. Ses lettres faillirent lui
ANNKES DE THEVE. LES SECONDS TROUBLES n'iô
attirer une mécliante anVUro. 11 fut obligô do los désavouer e[ d'écrire au secrétaire d'Etat Villeroy une rétractation, oîi il demandait pardon au connétable. <( le genou en terre, tout mort ». Pour marquer son dépit, il renonça à suivre plus loin ses compagnies et rebroussa chemin. De plus, el en ré[)onse aux ])laintes des trésoriers, il dénonça son collègue Damvillc, gouverneur du Languedoc, le propre fils du connétable, comme ayant gasi)illé 190.000 francs, sans avoir levé ])lus de quatre couqjagnies. Il ajoutait : (( Mais si lesdils sieurs des finances veulent ménager l'argent du roi, (pi'ils le fassent à l'endroit de ceux (jui le dépensent en vain, s'il y en a. Car, quant à moi, je ne suis })()int de ce nombre. » Le langage était fier; mais s'il n'était ])as justifié, il était terriblement insolent. Cet incident n'arrangea pas ses affaires en cour et fut l'origine de sa mésintelligence avec Damvillc. Il ne revint pas directement de Limoges à Vgen. 11 passa par Sainte-Foy-la-(!rande et Bordeaux avant de rentrer dans sa capitale, où il séjourna juscpi'à la fin de l'année.
Grâce à son iniliati\e hardie et à son altitude éneigique, la (luienne restait calme cette fois. 11 n'en était pas de même de 1" \njou, du Poitou et de la Saintonge. La Rochelle s'était livrée, le 9 janvier i568, aux réformés. Moulue fut chargé d'allei- la reprendre. On lui donna peul-èl recette commission j)our l'apaiser. On n'y réussit pas. Il mrna l'enlrcpiise a%ec mollesse, ne se soucia pas de payer de sa j)ersonne et ne fil guère que temporiser. Il lui fallait d'abord se procurer de l'argent. Il en demanda en \ain aux capitouls d(> 'l'ou-
3 26 I?L\ISE DE MONLUC
louse. 11 s'en vint à Bordeaux. Le Parlement et les jurats lui refusèrent des subsides et des canons. Découragé, il fit savoir à la cour que sa santé ne lui permettait pas de faire le voyage. La nouvelle dut produire un fàclieux e(Tet ; on le croyait déjà dans La Rochelle. 11 revint ensuite à Agen pour rassembler ses troupes. Le 2 0 février, il était de nouveau à Bordeaux pour hàler ses préparatifs. Le ii mars, ayant appris que Louis de Madaillan avait défait les Marenneaux au pas de Saint-Seurin, il partit pour Blaye, puis gagna Saint-Jean-d'Angély, où il séjourna trois ou quatre jours pour réunir les vivres en vue du siège. 11 se lendit ensuite à Marennes, d'où, le aô mars, il fit tenter par son neveu Leberon une descente dans l'île de Ré, qui ne réussit pas. 11 revint alors en arrière et se rencontra, le i"' avril, à Villeneuve-la-Comtesse, avec le comte du Lude, gouverneur du Poitou, et Jarnac. Du Lude lui offrit d'aller reprendre le château de Marans. Monluc, qui avait d'abord jiarlé de l'aider, consentit à laisser en Sainlonge huit compagnies de gens d'armes et trois enseignes de gens de pied, mais annonça sa résolution de ramener le reste en Gascogne, puisque le roi ne lui donnait pas les moyens d'assiéger La Rochelle. 11 sentait que ses compagnons ne se souciaient aucunement d'exposer leurs vies et de perdie leur temps h)iii de leurs terres, pour assurer le succès d'un dessein hâtivement conçu, mollement suivi et déjà à demi al)andonné. 11 était, du reste, informé que la paix était prochaine. Elle avait été signée le 23 mars à Longjumeau. Monluc reprit donc le clieinin de Bordeaux et d'Ageii.
(;ii\i>iTiu-: \
[a:s xiunsiiiMKs tholijlks.
l'assaj^o de .Icamic d' \Ibrrt cl de son fils en Giiicmio (scplcinbre i,")(J8). — La inarcliL' des Provençaux (octobre). — Voyajrcs à hordeaux. — Démêlés avec Oltavio Frcfçoso. — Monliir cniilrc l'ilcs : escarnioiiche de Miraniont(g mars i'jOi)). — Au camp du <luc d'Anjou.- Kchec d('\anl Mussidan. — Monluc sur\('illc l'amiral. — Knlrevue à Toulouse avec Damville (-m juillet). — Marche mystérieuse de Monij:onmery. — Monluc à Aire ; la catastrophe d'Orlliez. — Altitude singulière de Damville. — lietour en (luii'nne. — NoiiM-au départ jiour la Gascojrne. — Prise de Mont-de-Marsan (îo septemi^re). — Brouille définitive' a\ec Damville. — Entre l'amiral et Monr^onmery. — La défense d'Agcn et la ru|)ture du pont de bateaux de Porl-Sainle-Marie (1!! décembre). — Lettres au roi contre Damville. — Monluc à Bordeaux : expédition de La Uoche-Chalais (lévrier i')-ji)). — l'.xjiédilion de liéarn. — Siège de Uabastens (juillet). — Retraite de Moulue.
La (1 pclilo |)ai\ »> ne dura pas plus de six mois (avril-oclobic ijtiS). Monluc, (pii iinmail cpic ( loiidr et Coligny axaiciil fait un pas de clerc en la signanl la veille d'enipdilcr (lliarires. jugeait qu'elle ne sei\iiail aux partis (pià reprendre haleine. Dès le moi de mai, il se traiisporlail à Blaye, a\ec le jjrocuieur général Laliet, pour tàter le capitaine du château, Pons de
■t'iS liLAISE DE >IOMAC
Polijinac. siour des Roys. Il on revint coiiAaincu qu'il élail tout prêt à livrer la place aux huguenots. 11 en informa la reine, mais à la cour on préféra croire Lanssac, qui se portail garant de sa fidélité. On eut tort : le '22 octobre suivant, des Roys ouvrait les portes de Blaye à Mirambeau. Alonluc ne fut pas plus heureux pf)ur convaincre Catherine c[u'il était nécessaire de mettre La Rochelle à l'abri d'un coup de main. Il élabora tout un plan, exposa les moyens de se procurer l'argent jxtur l'entreprise. On ne l'écouta pas. Ses eimemis prétendirent qu'il ne parlait de réunir une flotte sur les côtes de Saintonge que pour (( pillotter » à son profil. .Sa réputation de cupidité lui nuisait toujours.
Le icS mai, il était de retour à Agen. A ce moment il fut malade : il s'ollensa une jambe, puis eut un catarrhe qui faillit lui couper la gorge. Vers la mi-juin, il était mieux et s'apprêtait à se rendre à Auch. Fin juillet, il s'en alla changer d'air à Cassaigne, d'où, le •->(), il datait une lettre et une commission à l'évèque de Lombez, Pierre de Lancrau. ])nui' oiganiser. en vue de la guerre ])rochaine, une association des catholiques de son diocèse et du comté de Oomminges. Il surveillai! aussi les mouNcmcnls de .Icaniii' d' \lbiel, qui était à Tarl)es a^ec smi fils, mais dont on annonçait le prochain déjjarl pom \ ic-Bigorre. Une assemblée des Etats de la proNincc (pii se linl le 20 août, le rappela à Vgen. Il y ap|)ril que le jeudi 26, la reine de Navarre avait quitté Vie j)onr venir à \crac. Il lui envoya son neveu Leberon j)our tâcher de savoir où tondait son voyage. Le samedi 4 septembre, elle lui expédia un de
LES TROISIKMES TROUBLES "i^Q
ses gens pour l'avertir (|ue (-oiulé el (;olij>ny jnaienl ([uillé Noyers. Alonliir fui Irrs perplexe. l,a reine lui écri\ail (pie le i)riis(|iie (ir'pail de (loiidé iTaxail aiiciiii luolir ^lave el (prelle-iiièinc ne vciiaità .Nérac(pie |)()ur entretenir la ])aiv. Condé. de son côté, lui envoyait copie des lettres ([u'il a\ait adiessées au l'ni en (piill;inl Noyers : il y atlirnrait qu'il se rendait sinij)lenienl chez M. de La Rochefoucauld, son beau-frère. Il semble bien (pie Monluc donna d'abord dans le ])ièf,''e. Le diuianche, il einoya sa femme à Nérac pour faire la révérence à Jeanne d'Albrel. KUc l'informa ([u'elle parl;iil pour ( lasleljaloux. Le lundi, elle (piill.iil \('iac avec cinquante gentilshommes et serxiteurs. Moiihic, à celte nouvelle, commença à comprendre. La reine allait rejoindre son ])eau-frèrc j)our reconuiiencer la guerre.
C'était grave. Il lil iniiie de vouloir inlimider Jeanne en lui mandant qu'il se rendait à \ illencu\e-d' \gen pour assembler ses capitaines et aviser aux affaires de (iuienne. En réalité, il ne bougea pas d'Agen, mais eiivoNa le cbevalier de Moiduc, son gendre Font(;nilbes el Madaillan pour barrer le passage à Porl-Sainte- Marie. Jeanne resta deiiv jours à ('.asleljaloux. Le mercredi 8, elle franchit la (Jaronne et coucha à Tonneins, où la noblesse huguenote de (Jascogne la rejoignit. Le cbevalier n'a\ail |)u rejoindre Madaillan. \ mit-il beaucoup de zèle ? L(! vieux \loiduc ne se souciait pas ((u'il arrivât à temps. Il se souvenait de ses mésaventures passées et se disait fpi'une nomelle imprudence pourrait lui couler encore plus cIkm-. Tant qu'il ne s'agissait que de tenir en bride Jeanne d'Albrel
a3o BLAISE DE MONLUC
par lies moyens plus ou moins légitimes, mais pacifiques, en contrecarrant ses ordres d'une façon détournée, il n'avait pas hésité. Arrêter à main armée une princesse du sang lui parut moins facile. Il la laissa franchir la Doi-dogne, gagner Bergerac, puis Mussidan et se contenta d'avertir d'Escars, qui sagement imita son exemple. La reine de Xavarre put, sans être inquiétée, poursuivre son voyage jusqu'à Cognac, où elle rejoignit Condé. Les mesures que prit Monluc furent donc volontairement tardives. Sans doute, il pensa que les assurances qu'il avait reçues de Jeanne et de Condé pourraient, le cas échéant, lui servir d'excuse. Il se trompait ; on lui reprocha sévèrement son attitude et il en fut réduit à répéter une fois do plus : (( Toujours le plus petit a tort. » C'est, tlu reste, postérieuremcnl au passage de la reine qu'il connut les instructions royales, datées du 4 septembre, qui lui ordonnaient de lever des gens et de prendre contre les réformés des mesures de rigueur. Tandis que Jeanne d'Albret et son fils gagnaient La Rochelle, Monluc tomba de nouveau malade. Son état fut si grave qu'il fit, pour la joremière fois, son testament. Il était dans son lit lorsqu'il apprit par le vicomte de Joyeuse que le Midi protestant avait levé,, sous les ordres de Mouvans et d'Assier, une grande armée pour renforcer (^ondé et Coligny. Il importait (l'('nq)èclier ces dix-huil ou vingt mille Provençaux d'atteindre la Saintonge. .Monluc leva péniblement quatre mille hoiiiines de pied et environ (piinze cents chevaux, plulol médiocres. Le 3o septembre, il était à Caliors. Il y reçut de la cour l'ortire tl'aller rejoindre
T.ES TROISIEMES TROL HI.ES ;i3l
en Poitou le duc do Moiil|)onsi(>r et de se replier sur Bergerac et l\''ii<^iieu\ poui- « favoriser» Vngoulème, que (^Dudé assié<^cail. \ Sduillac. où il était le [\ octobre, il réunit un conseil de guerre, et l'on délibéra sur le parti à j)ren(lre. Moulue proposa, sans conviction, d'obéir aux ordres du roi. Vu loud, il l'ut de l'avis de ses capitaines, cpii liront observer que. si l'on s'éloignait vers la Cliarente, Assicr prendrait sans coup férir Agen, Moissac, Villeneuve, et (pi'il ('iail prudcul d'attendre les forces de Joyeuse et celles du grandprieur d'Auvergne pour attaquer un ennemi (|ui se renforçait de jour eu jour. C(>lte décision très sage A'alut à Moiduc vuie nouvelle «cbarité». Monsalès lui cliaussa les éperons à la cour et le représenta comme en prenant toujours à son aise avec les ordres royaux. On décida donc de recvder sur Gourdon. Moulue s'en ^intjus([u'à ^ illefranche-de-Belvès : était-ce |)()ur faiie croire qu'il obéissait et qu'il se dirigeait ^ers Bergeiac ? V ce moment, il apprend par l'éxèciue de Cahors que les Provençaux approchent de cette \ille el qu'il est urgent de la secourir. 11 y envoie eu bâte La^aletteet Koutenilhes. Mais \ssier, laissant Caliors. marcbait ^ers la Doi'dogue. Moulue pousse jiis([u'à Grauiat une recoiniaissance : il y fait i)risonnier le capitaine Moreau, mestre de canq) des Provençaux, qui le renseigne exactement sur le nondjre de ses adversaires. Il est trop fort pour qu'on puisse hasarder une escarmouche. Moulue laisse donc Vssier dénombrer ses forces à Payrac, puis franchir la Dordogne au gué de Souillac. 11 se crut couvert par une nouvelle injonction de la cour couliruiaut la première. Et lor.s-
3 Sa BLVISE DE MONLLC
qu'on siit qu'Assier était passé, on oublia qu'il n'avait pas ordre de l'arrêter et on lui en aouIuI de sa mollesse.
Le 36 octobre, après avoir réparti ses compagnies vers Sainte-Foy, Libourne et Bergerac, il était de retour à Agen. A peine remis d'une dysenterie qui l'avait pris à Castelnau-Montratier, il se prépara à aller retrouver le duc de Montpensier, qui l'attendait avec impatience au nord de Limoges. Le 3i, il était à Villeneuve-d'Agen, où il avait donné rendez-vous à Terridc et à Gondrin, pour partir avec eux « en France ». De Périgueux, le duc lui écrivit qu'il avait mis les Provençaux en déroute. En même temps, le roi lui ordonnait d'aller se jeter dans Bordeaux. Les huguenots venaient, en effet, d'occuper Blaye, livré par des Roys. et de prendre Bourg. Ces deux nouvelles aA aient jeté l'épouvante au cœur des Bordelais ; on disait que le prince de Condé avait des intelligences dans la \ille. qu'il était sur le point de la surprendre. Moulue, qui trouvait ces craintes exagérées, y envoya en hâte son fils le chevalier, eslinianl que sa présence suffirait. Sur les instances du Parlement, il dut s'y transporter luimême, bien qu'il eût reçu du duc d'Anjou, qui venait d'entrer en campagne, l'ordre de le rejoindre. Le mercredi 3 novembre, il fit dans Bordeaux une entrée solennelle. 11 fut accueilli, une fois de plus, comme lin sauveur. On lui donna un présent de mille écus. Il prit aussitôt des mesures énergiques. A la requête du clergé bordelais, il rendit une ordonnance qui défendait l'entrée de la ville au premier président Lagebaslon, suspect de com|)laisance à l'égard des
LES TROISIÈMES TROUBLES :î33
ivfoniiés. Pour pourvoir à la sure te- do lîordcaux, il lit achclcr par les jurais les pièces d'artillerie que Douu"nique de Gourgues a>ail eoïKpiises sur les Espagnols en Floride.
11 demeura six jours à Hordeaux. Le 9 novembre, il s'acheminait vers Périgueux pour aller rejoindre le duc d'Anjou. A sa grande satisfaction, il reçut à Sainte-Foy l'ordre du duc de Montpensier de rester en Guienne pour surveiller Bordeaux et Libourne. Il séjourna à Sainte-Foy, accepta encore mille écus, que lui olTrirent les consuls pour qu'il leur laissât leurs blés, puis répartit ses compagnies entre Castillonnès, Saintc-l'\)y et Libourne. Le yô novembre, il était de retour à Agen. Il y présidait une assemblée des députés des douze principales villes du pays, qui lui demandèrent, conformément à redit du H) novembre, la révocation de tous les magistrats appartenant à la religion réforméfî et le supplièrent de laisser en Agenais une garnison sullisante. En décembre, il se rendit à Lectoure, puis vint à Bordeaux, où la situation était encore troublée. Il y malmena rudement le capitaine du Château-Trompette, Vaillac, dont l'attitude de tout temps lui avait paru louche.
11 revint encore à Bordeaux dans la seconde quinzaine de janvier iM]ç). Il y fut peut-être rappelé par les violents démêlés qu'il eut alors avec le général de l'armée de mer en Guienne, Ottavio Fregoso, qui l'accusa formellement d'avoir, de connivence avec l'avocat général Du Sault, accaparé tous les blés de la province. L'accusation était grave ; elle parait avoir été fondée. Une lettre du duc d'Anjou au roi donne raison
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à Fregoso. Au même moment, Monluc justifiait avec une éclatante maladresse tous les soupçons de lucre qu'on pouvait avoir de lui. Par un mandement en date du iG février, il se permettait de mettre la main sur une somme de 18.000 livres destinée au paiement des rentes de la ville de Paris, et de l'attribuer sans façon au trésorier de l'extraordinaire pour le paiement des gens de pied levés en Guienne. Ce n'était pas la première fois qu'il en usait ainsi : il s'était déjà approprié 10.000 livres par le même procédé. Une plainte en forme fut déposée contre lui. Charles IX lui adressa un blâme sévère et l'ordre de restituer immédiatement les sommes extorquées : a Ce faisant, ajoutait la lettre royale, me ferez plaisir et service très agréable et effacerez l'opinion que tant de plaintes, qui journellement me sont faites de vous, me pourraient imprimer. » Monluc plia l'échiné et dévora l'atTront sans mot dire. Il essaya de se faire pardonner en faisant de nouveau parler de lui.
Deux nouveaux dangers venaient de surgir. Du côté du (^)uercy, les quatre vicomtes s'apprêtaient, renouvelant la manœuvre des Provençaux, à rejoindre l'armée des princes devant Mort ; en Périgord, Piles, le hardi partisan, avait repris les armes et occupé Sainte-Foy. Monluc, qui avait inopportunément dégarni cette place, marcha d'al)ord du côté des \icomtes. A la fin de février, il part d'Agcn, passe par Monllanquin et arrive à Cahors. Son neveu Leberon, envoyé en a\ant \(ms \ ilicIraiirlic-dc-Houorgue, trou\e l'ennemi sur ses garch's et doit se replier. Ace moment arrive un ordre du duc d'Anjou : il faut revenir en
LES TROISIÈMES TKOUULES tS^
arrière ol coinballn^ Pili^s. Motilnc rcbrousso clicinin. mande à Terride el à JJellegarde. ([ui élaienl à Moissac. (le faire diligerjce pour le rejoindre. Il donne aussi contre-ordre à Lcberon, refait en deux: jours, a\ec sa cavalerie, la distance qui sé|)ar(^ C.ahors de Monllanquin, où il arri\e le (i mars. .V|)rès iwo'w expétiir de divers cotés des dépêches pour hâter la marciic des compagnies qui doivent renforcer sa petite troupe. il pique droit à Monbalms et envoie en avant son hciitenant Madaillan, Fontenillies et Fabien. Ceu\-ci. arrivés à Miramont le () mars, s'y heurtent aux casa([ues blanches de Piles, les chargent et les metleni iii liiilc \ers La Sauvelat-du-Drot. Monluc arrive tiop lartl pour consommer la défaite de la cavalerie huguenote, qui se retire sur Evmcl.
Le soir de l'affaire, Moulue logea à La Sau\elal cl le lendemain il réoccupa Sainte-Foy. Deux Jours après, Terride prit congé de lui pour S(> r(Midre en liéarri avec le titre de lieutenant de roi ; Hellcgarde s'en alla \ers Caliors pour barrer la roule aux \icouiles; Fabien partit pour le canqj du duc tl'Anjou. où il arriva lro[) tard pour assistera la victoire de Jarnac, dont Moiduc apprit la nouvelle le 17. 11 séjomiia à Sainte-Foy jusqu'au début de mai. Fin mars, il l(;nta de reprendre Mussidau. Il lit brèche, perdit une centaine d'hommes, eut un canon sur deux démonté et leva le siège au boni de quelques jours. Le 37 avril, il se rendit à \|on(moreau, pour y baiser les nuiins du duc d'Anjou, ([uil accompagna à \ illeboi.s-la-YaIette. C'est là qu'arrivèrent coup sur coup deux messages de Charles de Monferrand, gouverneur de Bordeaux, annon(;anl ([ue
Coligny était en Médoc. Monluc démontra au duc l'invraisemblance de cette nouvelle. L'alarme était fausse, en eiïet : il s'agissait simplement d'une audacieuse razzia de Piles. Le duc. craignant, d'une part, une descente des Anglais en Gironde, et aussi que Coligny, qui était du côté de Pons, ne marchât vers la Dordogne pour rallier les vicomtes, renvoya Alonluc en Guienne. Il en fut fort dépité : il ne lui déplaisait pas de prolonger son séjour auprès de ce jeune prince, du futur roi de France, qu'il savait flatter. Il revint donc à Sainte-Foy, laissa d'I']scars emporter Mussidan le i*"' mai, puis rentra à Agen.
Deux lettres du Parlement de Bordeaux vinrent l'y trouver au moment où il se disposait à rejoindre le duc d'Anjou, sur le point de livrer bataille à l'amiral. C'était les huguenots de Blave qui de nouveau menaçaient Bourg. 11 vint à Bordeaux, assista le 8 juin à l'audience du Parlement, y jjroiionra une Nigourcuse harangue, où il étala coni])laisamment ce qu'il avait fait, se plaignit de la ladrerie des magistrats et des jurais, leur conseilla d'être plus généreux pour les capitaines dont ils sollicitaient sans cesse le secours, puis, jugeant que l'alTaire valait tout juste un beau discours, s'en retourna à Agen.
Le duc d' Vnjou avait quitté son camp de La Rochefoucauld ; il s(Mi allait vers Saint-Claud et Rochechouart poiu- arrêter sur la A ienne et la Creuse l'armée du duc de Deux-Ponts. Il laissait Monluc en Guienne, avec ordre de favoriser ïerride en Béarn, de concert avec le nouveau lieutenant de roi en Languedoc, le maréciial Damville. La ntuivelle fut dure à Monluc.
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Il prossonlail ([u'il lui serait {lillicilc do l'aiir bon inrnaire avec le Mis de sou ^ieil ennemi le connélahle. Il tenta de faire revenir le diK^ d'Anjou sur sa décision; pour obtenir d'aller servir sous ses ordres, il fit appel auv bons ollices d(^ Daniville lui-même. Tout l'ut inutile : il lui l'albil axaler cette très amère pilule. Contre l'oilun(> il lit bon cœur du mieux qu'il put. \\anl aj)|iris (pie Damville s'en venait à Toulouse par l'Albi- ;j:eois, il l'informa (pi'il se portait usa rencontre pour l'aider à traverser un pays qu'occupait l'armée des vicomtes, à laquelle venait de se joindre Mongonmery. Le 3'? juin, il (juittait Aijen. Informé à N'illeneuve que Dannille voulait passer par Lavaur, il le mit en garde contre le danger d'une rencontre de Mongonmery, parti le ^o de Montauban vers Castres. Il ne put. d'ailleurs, continuer sa route vers le Quercy. Un ordre de la reine lui enjoignit, le a."), de se jeter dans Bordeaux. L'amiral elles princes, après avoir opéré, le lo, leur jonction avec les reîtres du duc de Deux-Ponts, s'étaient avancés à Sainl-'^ rieix. nienac-ant le Périgord et tendant la main aux vicomtes. Moiducaxisa aussil('>t Monferrand de mettre Bordeaux en défense, expédia son neveu à Libourne et songea à retirer de Périgueux quatre conq)agnies du chevalier pour renforcer les garnisons d' Vgen et des autres places de la lîasse- (iuiemie. 11 demandait en même tcm[)s que Damville se chargeât à sa place de surveiller l'énigmaticpie .Mongonincry. Après le combat de la Roche-Abeille (3.") juin), l'amiral, pour rafraîchir' ses reîtres. a\ ides de pillage, se dirigea vers fliixiers et Périgueux. Monluc, laissant Bordeaux, était revenu à Agcn le -«8 ;
'iOb BLVISE DE MONLUC
il en repartit le 3 juillet pour Villeneuve. II y apprit <[ue l'amiral, après avoir logé à Brantôme, remontait vers Confolens. Le mécontentement des reîtres à demi mutinés et la débandade des Provençaux de son armée l'obligeaient à s'éloigner. Moulue fut d'autant plus satisfait que ses compagnies avaient déclaré tout net <iue, n'étant pas payées, elles ne franchiraient pas la Dordogne. Ces graves préoccupations ne hii faisaient ])as, du reste, oublier ses afl'aires : le 7 juillet, il demandait au roi de lui confirmer la donation de l'évèché de Condom, dont le titulaire, Robert de (iontaud, était sérieusement malade. II escomi^tait sa mort et destinait sa succession à son lils Jean. Un chevalier de Malte était tout désigné pour faire un évèque.
Au moment où il dictait cette lettre, il souffrait atrocement d'un furoncle « au letin ». Il revint à Ageu où on le lui perça. Le jeudi i'^, il put enfin se mettre i'ii route pour aller voir Damville à Toulouse. Il coucha à Lectoure. Le vendredi, le mal empira ; le samedi matin, les chirurgiens durent pratiquer une seconde incision. Le malade craignit que le furoncle ne tournât en cancer. (( C'est, écrivait-il. un catarrhe qui m'est tombé là-dessus. » Le lundi, il se sentit mieuv ; le mardi matin, il quitta Lectoure, coucha à Beaumontde-Lomagne, le mercredi à Grenade, et arriva le jeudi 'u à Toulouse. Il logea dans la maison de Pierre (^alel, conseiller au Parlement. Il avait emmené ixxec lui son train et bon nombre de gentilsliomuK^s. Cet étalage indiscnM lui Aalul un accueil Irrs frais (hi maréchal, déjà indisj)osé contre lui par ses avances trop bruyantes pour être sincères et empreintes d'un air
LES TUOISIKMKS TROl lil.KS O.'ii)
fàchoiix clc protoctioii. Il resta Irois jours à Toulouso. Le :i'4 au lualiri il rlail à (iiniade, le soir à "\orduii, le :>A) à Cassaif^no ; 1(> 3i, il était de retour à X^j^cmi.
11 y apprit, \v leiuleniain, une très fiiave nouvelle : Mouyonmery a\ail (piillr Castres, le ■>.- à nn'di, et se disposait à IVanchir l'Ariège pour passer en iîéarn. Moulue fut sluprl'ait : il élait convaineu que le lanieu\ capitaine n'a\ail (''!('■ etnové par l'amiral que pour r('lablir l'autorité dans les bandes des vicomtes ; il l'iait à cent lieues de soupçonner qu'il avait en poche mucommission de Jeanne d' Vlbret, datée du lo juillet el de La Uochcdle, i)ovu- aller surprendre Terride attardé au siè<ie de \a\arrenx. Pas d'argent, pas de troupes ; il faut agir, el ^ile. Le i" août, il obtient des syndics d'Agenais la somme nécessaire à la solde de douze ceids arf[uebusicrs ; le 3, i! signe une ordonnance' enjoignant à tous les gentilsliomnu's de ciuitiibuei' aux charges de la guerre ; le !\, il impose 3.ooo li\res sur les sénéchaussées d'Agenais, Rouergue, Quercy, Condomois, Bazadais et leurs aides. Là-dessus, nouxelle dépèche, celle-ci de M. de Noé : Mongomnery a déiidément passé le Salât et l'Ariège ; il est au bord de la (îaronne : il \a la francliir el entrer dans Saint-(iaudens. Le don le n'est plus [)ossible. En hàtc. Mordue écrit à Terride de lever son siège, de se replier sur Orthez el Sainl-Sever, à (iondrin et à Madaillan de concentrer leurs compagnies disper.sées à Monségur, Nérac, Monflanquin et Moissac, à son cousin Lussan d'occuper Auch avec toutes ses forces.
Le nu'^me jour, il cpiitte Agen et arrive le soir à Lecloure. Au déhollé. il éciit à Dannille (pi'il se por-
24o BLVISE DE MONLUC
tera le lendemain à sa rencontre vers Mauvezin. Il est convaincu que le maréchal fait, comme lui, diligence. Le 5, il apprend par le capitaine Mansan que l'ennemi traverse si rapidement la plaine de Tarbes qu'il est peut-être entré déjà en Béarn. Il change aussitôt de dessein et décide de partir pour Mont-de-Marsan et Aire afin d'occuper ces deux villes et de sauver les vivres qui s'y trouvent. 11 en informe Damville et termine sa lettre par ce post-scriplum allègre : « Monsieur, ne m'estimez jamais soldat, si nous ne sommes trois cents lances ensemble et si, avec la faveur du pays, nous ne les défaisons pas. » A l'approche du danger, le vieux cheval hennit et piaffe. Le 6 août au matin, il quitte Lectoure ; le soir, il couche à Eauze ; le dimanche 7, il est à Nogaro. 11 y reçoit une dépêche de Damville : le maréchal lui annonce qu'il a résolu de s'acheminer en Gascogne. Monluc lui en marque sa joie avec une effusion respectueuse. II expédie le capitaine Mansan au sénéchal de Toulouse, Bellegarde, qui se trouvait vers Saint-Gaudens et avait laissé passer Mongonmery, le suppliant de le rejoindre en hâte. Puis il continue sa route et arrive le 8 à Aire. Nouvelle . dépêche de Damville : il a changé de dessein, refuse de sortir de sa province et s'en va battre le chAleau de Fiac, près de Lavaur. Monluc est éliahi, puis furieux. Là-dessus arrive le capitaine "Montant : il amionce f|ue Terride, à l'approche de Mongonmery, a levé le siège de Navarrenx et se replie sur Orthez. Monluc qui, de Nogaro, hii a\ail donné ce conseil en ^in^il;l^t à jeter son arlilliMie dans le Gave, pour aller ])his \\[v. j^arle d'abord d'abandonner ïerride comme Damville l'aban-
LES TROISIÈMES TUOUBLES 3[\i
donne lui-mrine. Trois ou ([ualrc ircntilshoninios béarnais le su[)plicnt de n'en rien faire. H renvoie donc le capitaine Alonlaul à Terride, en lui conseillant tle se replier sur Sainl-Sever, pour donner à Damville et à Bellegarde le teui])s d'arriver. Le mardi lo, il se rend à Projan et y confère avec le sénéchal de Toulouse, le capilainc Arné et le baron de Larbousl. Ils décident d'inviter de nouveau Damville à venir à leur secours. A la suite de celte entrevue, Moulue écrit au gouverneur de Pau, Henri de Navailles, sieur de i*eyre. qu'il sera joint le dimanche i4 avec Bellegarde et ([u'on « jouera des ongles ».
Le jeudi 1 1, il quitte Aire avec tous ses gens de pied et de cheval et s'avance jusqu'à Saint-Sever. Il y passe la journée en pourparlers avec Terride. 11 lui avait proposé de venir conférer avec lui à llagetmau. Terride refuse, sous prétexte que Hagetnian appartient à M. de Gramont, et lui propose de venir jusqu'à Orlhcz. Moiduc lui mande en colère qu'il n'en fera rien : « Je ne voulais point, écrira-t-il plus tard, acheter chat en sac ; je voulais voir dedans et dehors. » 11 ne se souciait pas de se perdre pour essayer de sauver Terride. Il convient à la fin avec Armand de Gontaul, sieur d'Audaux et Yalentin de Domezain, que le lendemain, vers midi, il aura une entrevue avec Terride dans une maison autre ([uc celle de M. de (iramont. Le soir, les deux gentilshommes béarnais prennent congé de Monluc et regagnent Orthez, escortés par Madaillan et quarante soldats. Vers les onze heures, un peu au-delà de llagetmau, ils rencontrent dans la nuit un marchand d'Orthe/. Il leur ap|)rend que Mongonmery a
2[ii BLAISE DE MO>"LLC
surpris la ville et qu'il assiège dans le château Terride et ses capitaines. Un quart de lieue plus loin, le capitaine Fleurdelis leur confirme la nouvelle. On l'apporte à Monluc dans son lit à Saint-Sever. Il n'y veut pas croire et se signe par trois fois. Son parti est, du reste, pris aussitôt : il n'ira pas avec des forces insuffisantes se frotter à un capitaine aussi hardi et aussi heureux que Mongonmery. 11 reculera.
11 reste encore trois jours à Saint-Sever, pour sauver la face, puis retourne à Aire. Il y apprend que le château d'Orthez a capitulé le i5. 11 écrit à Damville de venir le retrouver en diligence avec toutes ses forces ; il l'attendra à Aire. II se retranche, loge ses trois compagnies de gens d'armes sur la rive droite de l'Adour, prohablement à Barcelonne, ses six enseignes de gens de pied dans la forte position du Mas, envoie des éclaireurs pour surveiller, peut-être de Garlin, les chemins vers Morlaàs et Pau. 11 reste là neuf jours. Il reçoit enfin des nouvelles de Damville. Le maréchal, ému par le désastre de Terride, ayant, d'ailleurs, pris Fiac, se décide à le rejoindre ; il avance vers l'Isle-en- Jourdain. Monluc réimit aussitôt ses capitaines : il leur fait part de la nouvelle et leur propose un plan complet d'invasion du Béarn : on marchera sur Morlaàs, on franchira le gave de Pau à Coarraze et on ira secourir dans Oloron Jacques de Sainte-Colomme, seigneur d'Esgoarrabaque. Il expédie ce plan à Damville par le capitaine Maiisaii.
Le maréchal ajjprochait. \h)iiltic qui lui faisait préparer des vivres à Auch, es])éiail l'\ lenconlrer le mercredi 2l^. La veille, il quitlail Aire pour rejoindre
LES TROISIÈMES TROUBLES r!/i3
Bellcgarde à Marsiac. Il !(' renconlro en louh', lui remet le commandemeul de ses troupes cl \ieiil coucher à Nogaro. Il en repart le mercredi a/i au malin et, par une ciialeur accablante, fail les cinquante-neuf kilomètres {[ui séparent \ogaro d'Aucli. Il avait d'autant plus de hâte de voir Damville qu'un courrier venait de le joindre, porteur de lettres du roi, de la reine et de .Monsieur. Au milieu de sa course, il fait halte à Vic-Fezensac pour ouvrii- un paquet de Damville. Le maréchal l'informe qu'il ne sera pas le lendemain à Auch, comme il le lui a promis. Moiduc lu répond aussili'tt en le priant de s'avancer au moins avec son train juscju'à Gimont. Le soir il airi\e à Auch, où le lendemain le rejoint sa femme.
Le jeudi matin, un conseil fut tenu au logis de M. de Negrepelisse. Joyeuse expliqua que le maréchal ne pouvait sortir de son gouvernement, parce que les Etats du Languedoc refusaient de payer la solde de ses troupes s'il les employait hors de la pro\ince et que lui, Joyeuse, allait le soir même le rejoindre à l'Isle-en-Jourdain. Damville acceptait les faits accomplis et ne jugeait pas utile de cond)altre Mongonmery. Tous les plans laborieusement dressés pai' Monluc s'écroulaient. 11 demeura fort ébahi, puis déclara tout sec à Joyeuse qu'il ne lui restait plus qu'à s'en retournera Libouriie, où le roi lui mandait d'aller. A l'issue du conseil, il écrivit à Dannille pour lui faire part de cette intention ; en même temps, il se plaignait, en termes très modérés, presque hund)les, de ce que le maréchal eût fait publier sa patente, qui lui concédait des pouvoirs si amples qu'ils lui semblaient
empiéter sur les siens ; il terminait en annonçant qn'il en référait sur ce point au roi. ï]n fait, il était furieux. Damville venait de lui faire sentir d'une façon outrageante qu'il ne comptait pour rien ; il répondait en abandonnant tout et en le menaçant d'une plainte officielle. Le même jour, après dîner, il s'en revint trouver à Marsiac Bellegarde et les autres capitaines, qui ne furent pas moins ébahis que lui-même. On tint conseil et l'on décida de se séparer. Le 28, Monluc rentrait à Cassaigne, d'où il conseillait à Lussan, gouverneur d'Auch, d'évacuer la ville à l'approche de Mongonmcry et de surveiller l'ennemi vers Tarbes. Il recevait au même moment une lettre de Damville, qui lui reprochait amèrement d'avoir tout abandonné et l'informait qu'il était maintenant décidé à venir a donner la bataille » en Gascogne. Cet étrange revirement le plongea dans la stupéfaction. Il se disculpa aussitôt en énumérant les précautions qu'il avait prises pour que rien ne fût entièrement compromis et se mit de nouveau à la disposition du maréchal. On imagine aisément quel effort il dut faire sur lui-même pour dicter cette réponse. Damville ne donna, d'ailleurs, aucune suite à sa proposition.
De retour en Agenais, Monluc logea ses cinq enseignes de gens de 2:)ied à Port-Sainte-Marie et à Aiguillon. Il craignait avec raison que Mongonmery, ayant terminé sa besogne en Béarn, ne cherchât à forcer les passages de la Garonne pour aller rejoindre l'amiral et les princes devant Poitiers. Il s'efforçait déjà de le prévenir en surveillant de près les manœuvres de Bernard de Chaussade, sieur de Calonges,
LES TROISIÈMES THOLBLES 3^5
lo long du lleuve. Il préserva Casteljaloux d'un coup de main que nicdilait ce partisan et donna la chasse à Geoffroy de Peyre-Marchaslel, qu'il n(> put empêcher de franchir la Garonne avec trois ou quatre cents chevaux, el d'aller rejoindre Mongonmery à Grcnade-sur-l'Adour. Rentré à Agen, il y trouva des lettres de Damville, qui lui mandait de ne pas abandonner le plat pays pour se rendre à Libourne, comme il en avait marqué l'intention. Il lui répondit en acceptant de ne pas quitter la Gascogne et en lui proposant de marcher vers Nogaro et Mont-de-Marsan à la rencontre de l'ennemi. Mongonmery élait, en elfet, sorti du Béarn, avait pris Tarbes, puis, descendant la vallée de i'Vdour, avait occupé les principales places des Landes. Le péril fleveiiait de ])lus en plus imminent. Damville, qu'assiégeaient les plaintes des habilanls de la Bigorrc et de l'Armagnac, atrocement foulés par les bandes huguenotes, le comprit enfin et donna rendez-vous à Monluc à Auch dans cinq jours.
Parti d'Agen le lo, il rejoignit le maréchal le \'A. Le i/(, il loge à Yic-Fezensac ; le i5, toute l'armée^ arrive à Nogaro ; le i6, a lieu un conseil où il propose de marcher immédiatement sur (iienade et Cazères. Damville refuse d'abord, puis hésite, enfin consent à aller jusqu'à Grenade. Le soir même, Monluc, avec sa coin|iagnie et la noblesse gasconne, pousse vers cette bastide, d'où Mongonmery vient de déloger, pour y surprendre une centaine de chevaux laissés en observation. L'entreprise ne réussit pas : une pluie torrentielle l'oblige à s'arrêter à (iaube, maison de l'évèque de Valence. Lne autie reconnaissance, dirigée au
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même moment sur Cazères par quatre cornettes de cavalerie, n'est pas plus heureuse : l'enseigne du capitaine Saint-Projet se laisse surprendre avec douze salades, à la porte de Grenade. Les ennemis, informés de l'approche de Damville, courent avertir Mongonmcry, qui était vers Montant et Mugron, au-delà de l'Adovir. Pris de panique, il battit précipitamment en retraite sur Amou et ne s'arrêta qu'à Salies-de-Béarn. Le samedi 17 au matin, Damville arrive à Grenade. Monluc est logé à Saint-Maurice. Le mauvais temps persiste. Le dimanche, le maréchal parle de se retirer, alléguant qu'il manque de vivres, car le « charroi » n'a pas eu le temps d'arriver. Monluc lui propose alors d'enlever Mont-de-^Iarsan, le grenier des Landes, qu'il savait garni de blé. Après quelques objections, Damville accepte, et hii confie quatre à cinq cents chevaux et deux mille" honmies de pied. Le lundi ig, sous une pluie battante, Monluc tente une reconnaissance vers Mont-de-^Iarsan. 11 ne peut faire jilus d'une demilieue et rentre à Saint-Maurice, d'où il écrit aux consuls d'Agen de ne rien négliger pour fortifier leur ville. Sa lettre trahissait les préoccupations nées de l'entretien qu'il avait eu, l'après-midi, avec ses capitaines. Ils lui avaient appris qu'au conseil du maréchal, la majorité était d'avis de ne pas aller plus loin. 11 s'indigna de voir des seigneurs gascons, pour faire leur cour, préconiser l'inaction, au détriment de leurs intérêts les plus immédiats. 11 était persuadé qu'on livrait ainsi le pays en proie à Mongonmery, et il tremblait déjà pour son cher Agen. Tandis qu'il dictait sa lettre, Damville lui fit dire (pi'il jugeait préférable de renon-
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cer à marcher sur Monl-do-Alarsan. Moulue lui (Mivoic plusieurs .irciililsliomuics pour le rassurer cl oblicnl enfin (|u'il lui prèle deux pièces de campagne. Le lendemain malin ( ^o septembre), en dépit d'une objurgation suprême de Damville, il se met en route.
Il marchait à l'avant-garde avec les gens d'armes el une centaine d'argoulets ; puis venaient les cinfj enseignes de gens de pied, suivies des deu\ pièces. En route, il reçoit par deux fois des renseignements précis : il y a dans Mont-de-Marsan cinq cents hommes en élal de se battre ; deux capitaines, Jean de Fabas el Lucbardès, viennent de se jeter dans la place. Monluc arrive sur la hauteur où la roule aboutit à Monl-de- Marsan. De là il peut xoir la \ille, dans un fond, partagée en trois quartiers, clos tous trois de murailles : la cité entre la Douze et le Midou, le bourg sur la rive gauche du Midou, et Saint-Jean-d'Août. C'est par ce dernier coté qu'il songe d'abord à attaquer. Avec quekpies chevaux, il traverse la Midouze en aval, i-econnaîl l"(Miceitile de Sainl-Jean-d" \oùl el constate que l'escalade est impossible. 11 rexient alors sur la rive gauche et trouve que les ar([uebusiers du capitaine Castella on! déjà mis les échelles, franchi la première muraille du bourg el refoulé les défenseurs dans la cité. Monluc entre dans le bourg. Impossible de tenir dans la grande rue, (pic h.daieiil les arcpiebusades tirées de la porte du |)onl. On \o conduit dans une maison au bord du Midou, d'où il peut voir le feu d'enfer de lennemi. Un gros homme, rbabilleur de cuirs, l'assure qu'on peut passer la rivière à ^iw et s'olfre à conduire les soldats. Monluc préside
24o BLAISE DE MONLIC
en personne à l'opération : il descend un escalier de pierre qui mène au bord de l'eau et fait raine d'y entrer. A cette vue, ses hommes, qui étaient fort occupés à piller les maisons du bourg, accourent. A la façon d'un troupeau de moutons, ils passent, ayant de l'eau jusqu'aux aisselles. Ils sont sur l'autre rive, culbutent les tonneaux qui protègent les tireurs ennemis ; ceux-ci détalent vers le Château-Vieux et s'y enferment. On emporte Monluc, épuisé par cet efTort ; on le couche. De son lit, le vieux renard a la force d'ordonner de passer toute la garnison au fil de l'épée, pour venger les gentilshommes béarnais dagues par Mongonmery à Navarrenx, un mois avant. Son fils Fabien et Savignac, qui avaient promis la vie sauve aux défenseurs de Mont-de-Marsan, obtinrent à grand peine que Jean de Fabas fût épargné.
Damville, arrivé le lendemain, blâma ces horribles représailles. Monluc aurait voulu qu'on poussât jusqu'en Béarn. Le maréchal, visiblement jaloux de son succès, ne voulut rien entendre. 11 convoqua un conseil où l'on décida de retourner en Languedoc. Monluc, qui s'était arrangé pour ne pas aller saluer Damville à son arrivée, n'y fut pas admis. 11 alla trouver le maréchal, se plaignit des continuelles entraves mises à son autorité, en sorte qu'il ne lui restait pas « une once de pouvoir », non plus qu'au dernier cadet de Gascogne, et annonça son intention d'envoyer son fils Fabien à la cour pour porter sa démission au roi. Dans l'entourage de Damville, on était très irrité contre Monluc. 11 sut que (pieliju'nn avait dit qu'on pourrait bien un jour le trouver sur les carreaux, mort de coups de dague.
LES TUOISIKMKS TnOllil.r.S 2^(1)
Il demanda des cxplicalions sur ce proposa sou frère, (pii élail (oui près de là, en sa maison de Gaube. L'évèque de Valence, llairani une méclianlc all'aire. s'excusa de ne point se mêler de ce dillércnd. Le lendemain Damville fit à Moulue l'alTront suprême : il lui fit (( tenir la mule » plus d'une grande heure à la porte de sa chambre, puis partit, l'abandonnant presque seul à Mont-de-Marsan. Le vieillard, le cœur ulcéré, tint sa promesse : Fabien partit pour la cour, porteur d'une dénonciation en règle contre Damville. Tandis que celui-ci s'éloignait pour aller assiéger Mazères. Aloiduc resta les derniers jours de septembre à Montde-Marsan, faisant évacuer le blé qui s'y trouvait sur Eauze et les places voisines. Puis, voyant ses derniers hommes se débander, il revint en Gascogne, jiourxul à la défense de Lectoure et rentra à Agen.
Aux environs du i8 octobre, il y apprit deux graves nouvelles. Mongonmery, à la façon des loups a cpii sortent de la forêt par famine », s'avan(;ail vers l'Armagnac poui' gagner la (îaronne et la l'r.iiicliir, soil au Mas-d'Agenais, soil à Verdun. 11 avait occupé Eauze, il approchait de Nogaro et menaçait Condom. D'une autre part, l'armée de l'amiial ol des priiK^cs. bal lue à Moncoiitour, liaversait les marches dw l'érigctrd et du Limousin, se dirigeant vers Monlauban. Il sut bienlol qu'elle venait tendre la main à Mongonmery. Il était démissionnaire ; mais pouvait-il rester inactif en présence dune situation aussi grave '.' En faisant (niaiid même son office de lieutenant de roi, il risquait sans doute d'être accusé d'avoir agi sans mandai ; mais il risquait aussi de rendre quelque nouveau service et de
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rhabiller ses affaires. Enfin il ne pouvait laisser son cher Agen en proie à Tennemi. Après avoir fortifié Lectoure. où toute la noblesse du pays s'était réfugiée, il s'en courut à Agen dans les premiers jours de novembre et demanda du secours à Bordeaux, au baron de La Garde, qui s'y trouvait avec sa flotte, et à Monferrand. Au moment de monter à cheval, on lui lut une lettre que la noblesse d'Armagnac avait écrite à Damville pour se plaindre de son inaction. 11 en approuva certainement les termes. 11 trouva la ville d'Agen en émoi. On disait que l'armée des princes approchait ; tout le monde commençait à plier bagage. Monluc réunit les Agenais à la maison de ville ; il leur déclara qu'il voulait mourir avec eu\. Sa belle remontrance remit le cœur au ventre des plus poltrons, et l'on déchargea les charrettes sur lesquelles on avait déjà entassé les marchandises. 11 était, du reste, réduit à ses seules forces : Damville. furieux de la lettre de la noblesse d'Armagnac, avait décidé de ne pas bouger de Toulouse, et ^lonferrand, après avoir amené ses arquebusiers à Aiguillon, rentra avec eux à Bordeaux. Le 28 novembre, vers les neuf heures du matin, les habitants de Clairac virent arriver, sur la rive opposée du Lot, quatre ou cin([ trompettes, qui se mirent à sonner haut, et que suivaient douze à quinze cents chevaux, en bel équipage, cornettes au vent. C'était l'avant-garde de l'armée des princes, commandée par La Loue et La Cazc. Aiguillon, iniprudemment dégarni par Monluc, fut surpris ; on eut juste le temps d'évacuer sur Agen les trois compagnies (\\n y étaient logées. Les reîtres de l'amiral, qui avaient fort pâli depuis
LES TROISIÈMES TROIBLES 301
Monconlour, se répandirenl dans la j)laiiturcuso vallée de la Garonne, y mangèrent tout leur saoul et se livrèrent au\ plus horribles excès. Le pays fut complètement ruiné par leur passage. Monluc, fort occupé à fortifier Agen, place dominée au nord par des iiauteurs et malaisément défendable, fil contre eux (pielques sorties, vers Moyrax et Monbran.
Dès qu'il fut arrivé à Port-Sainle-Marie, Coligny s'occupa d'assurer ses communications avec Mongonmery. 11 avait apporté de Montauban de grosses chaînes; il ilt faire à Tonneins des cables gros comme la jambe d'un homme. Un pont de bateaux large et solide relia bientôt les deux rives. ^lonluc était tenu au courant de sa construction. Un maître maçon de Toulouse, qui faisait les moulins de M. le marquis de Villars à Aiguillon, suggéra l'idée de profiler d'une crue de la Garonne, grossie par les pluies, pour détacher un moulin qui. en s'en allant à la dérive, ronq^rail le pont. Le capitaine Topiac, ingénieur de Moiduc approuva, ajoutant cpiil faudrait ciiarger le moulin de grosses pierres. Là-dessus, Monluc apprend (pie Damville, à Toulouse, méditait de faire rompre le pont par trois bateaux montés par le capitaine Saint-Projet et soixante soldats. Cela ne sera pas ; si quelqu'un tente l'entreprise, ce sera lui-même. Le mercredi 21 • arrive à Porl-Sainte-^Iarie le commissaire des guerres ^'iard. Il était chargé par Damville d'une mission [lacifique auprès de l'amiral. Il échoua, d'ailleurs. Suivant la promesse qu'il avait faite à Monluc en passant à Agen, il lui expédia un trompette qui le renseigna exactement sur la crue de la Garonne. Monluc juge
que l'occasion est favorable. Il décide de lâcher à la dérive le moulin de son vieil ennemi le président Sevin. Ce moulin huguenot ira ruiner le pont de l'amiral et, du même coup, l'espoir qu'avait Damville de le rompre. La farce est excellente. Elle réussit. A la nuit, six soldats mariniers vont détacher le moulin. Le pieu auquel était fixée la chaîne, cède ; un des hommes tombe à l'eau et se noie. Le moulin du président descend rapidement le fleuve ; le jeudi 22, vers quatre heures du matin, il arrive au port. Les sentinelles de Coligny, croyant aAoir affaire aux bateaux du capitaine Saint-Projet, tirent foi'ce arquebusades au pauvre moulin, qui ne dit mot, mais emporte de son choc câbles, chaînes et bateaux. Tout s'en va à vau-l'eau, et le brave moulin poursuit sa marche triomphale ; il ne s'arrêta qu'aux îles, vers Marmande. De pauvres gens qui allaient acheter du sel au bout du pont rapportèrent la nouvelle à Agen.
Cet événement retarda seulement de quelques jours la jonction de l'amiral et de Mongonmcry. Celui-ci, après avoir renvoyé en Béarn six compagnies de gens de pied et deux cornettes de cavalerie, fit franchir, péniblement d'ailleurs, la Garonne au reste de ses troupes, à l'aide de plusieurs bateaux mus par des cordes et des poulies, à la mode provençale et italienne. Ce fut le 3 janvier i.'i-o. La veille Monluc, revenu de Lectome. où il élait allé passer deux jours, était à Agen, surveillant le départ de l'armée des princes. Il savait qu'elle se dirigeait vers Montauban et Toulouse, pour ruiner le Languedoc comme elle avait fait la Guienne. 11 alla, avec ses deux compagnies, la voir défiler au
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chAteau de Bajamoiit, et il la vil, vonaril do l^rovssas et de llautelage, passer au Pojit-du-Casse, puis s'éloigner vers Saint-Maurin et Montjoi. pour gagner Valence et la vallée de la (laroiine.
Libre (rinqniélude. convaincu ([u'il \eriail de sauver de nouveau la province, il jugea le moment verm de satisfaire son âpre rancune contre Damville, et de rattraper, s'il était possible, la démission (pi'il a\ail, dans un moment de colère, adressée à la coin-. 11 dépêcha donc au roi le sénéchal d'Agenais, François de Durfort, baron de Bajamont, porteur- d'un long mémoire. Avec ce zèle indiscret qui lui était habituel, il y donnait son avis sur la manière dont il fallait mener la guerre en Languedoc. C'était une façon de faire la leçon à Damville. 11 aggrava sa maladresse en chargeant verbalement le sénéchal de représenter au roi que Xarbonne était perdu par suite des complaisances de Damville pour le gouverneur de la place, qui était huguenot ; c'était, du moins, ce qu'alfirmait l'évèque d'Agen, Giano Fregoso. L'insinuation était gra\c. Le maréchal y répondit, le •>.- février, par un tiémenti violent. 11 traitait Monluc de menteur et, ramassant contre lui les accusations portées depuis longtemps, l'accusait d'avoir été un déloyal serviteur du roi, d'avoir dilapidé ses finances, pillé son peuple, enfin d'être « un forceur de filles ». Monluc bondit sous l'insulte : il écrivit au roi une grande lettre où il présentait point par point sa défense. 11 y rappelait ses services depuis le commencement des troubles, sa résistance auv tentatives de corruption des huguenots, Toulouse conservé en mai lâôa, Bordeaux préservé de la famine, en
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juillet, par la victoire de Targon. la Guienne reconquise et, tout récemment, Agen défendu avec succès contre l'armée des princes. Le plaidoyer était habile, digne, mesuré, éloquent même ; dans les dernières lignes, Alonluc dénonçait avec un accent quasi plébéien la cause originelle de sa mésintelligence avec Damville, l'arrogance de cette orgueilleuse maison de Montmorency, le mépris du grand seigneur pour le simple cajiitaine : (( Je porterai honneur à l'état tjuil tient comme maréchal de France, mais non comme sieur de Damville. Il n'est que fils d'un gentilhomme non plus que moi, sauf qu'il l'est d'un baron de l'Ile-de- France, et moi d'un gentilhomme pauvre, mais d'aussi bonne race qu'il y en ait... » Une disait pas, d'ailleurs, toute sa pensée ; mais dans un billet à ini capitaine toulousain, qui espionnait pour son compte le gouverneur du Languedoc, il l'exprimait sans réticences et en termes de soudard : a Quelque chose qu'il dise ou sache faire, lui ou l'autre maréchal, son frère, qui est par delà, je ne les crains de rien ; car je soutiendrai devant le roi à celui-ci qu'il est traître à Sa Majesté ou l'homme le plus couard qui fut jamais. » Et il invitait son correspondant à assurer de sa part le premier président DaiTis que les environs de Toulouse n'eussent pas souffert des ravages de l'armée des princes si Damville n'avait pas été d'intelligence avec son cousin l'amiral.
La réponse à Damville fut ])orléc à la cour par Fabien. Elle y fut froidement accueillie. D'une pari, Monluc était perspicace en soupçonnant que des intérêts de famille n'avaient pas été étrangers à l'inaction
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du marrchal on face do rarméc huguonotc. Le parti des poliliqiies, à la lète duquel était François de Monlmoiency. frère aîné de Damville, travaillait dès ce uioinent à préparer entre le loi et Coli^ni} le rapproclieuienl cpii devait aboutir en septendjre 1071. 11 venait dOblcnir (pie deux de ses adhérents les plus distiii,i;ués. Armand de (lonlaut-Biron, jj-rand-uiailic de l'artillerie, et Henri de Alesuies, seig'neur de Hoissy et de Malassise, membre du conseil des finances, (pii précisément, étaient l'un et l'autre deux \icux eiuieniis de Moiduc, fussent députés au})rès de l'amiral pour lui proposer de né^aicier. Le mémoire appoité pai- Fabien ne venait donc pas à son heure : il parlait de ,yuerre et l'on commençait à être tout à la ])aix. D'autre part, arrivait au même moment de Bordeaux l'avocat général du Sault; il avait charge de renouveler au nom du Parlement, les plaintes déjà formulées en septembre par le maire Mnnferrand et les jurats à l'occasion de la querelle de Moulue et de Damville, ([ui avait mis en péril la province. La cour fut donc pleine de criailleries et de doléances. Le roi, qui commenrail à prendre en mains les affaires de l'Ftat. en fut ému. Mais la situation était trop incerlaitic pour que l'on put songer à donner satisfaction à Damville. On laissa s'assoupir l'allaire.
Que faisait cependant Moulue? A la fin de janvier, il fut appelé i)ar Monferrand à Bordeaux. Il y arriva le 20. Le lendemain, il assista à l'audience du Parlement et y prononça un grand discours, dans bupiel il justifiait sa conduite et rappelait ce qu'il venait de faire pour le salut de la province. Dans sa réponse, le
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président de Roffignac se plaignit de la ruine totale du pays, des dévastations commises par le capitaine Gliantevrac, de la Roche-Chalais, et termina en priant le lieutenant de roi de vouloir (( nettoyer » les Landes, Lévionac et Bi'idoire des voleurs qui les infestaient. Monluc envoya l'ordre à Madaillan et à Leberon d'occuper ces deux châteaux, aux confins du Périgord et de l'Agenais. Le i" février, il assista de nouveau à l'audience avec son frère l'évèque de ^ alence et Monferrand. Le président de Roiïignac exposa que le Parlement ne pouvait obtenir des jurats l'argent nécessaire pour réprimer les courses des rebelles en Saintonge et les perpétuelles menaces de Pardaillan et des huguenots de Blaye qui, tandis qu'ils se rendaient à la cour, avaient enlevé, en novembre ib&g, le président Joseph de La Chassaigne et les conseillers Gabriel de Gentils, Antoine de Poynet et François de La Roche, qu'ils retenaient prisonniers. Le jurât Rigolle essaya de justifier ses collègues. Alonluc déclara que sans argent il ne pouvait rien faire. A la fin, il décida, avec Monferrand, d'aller prendre le château de la Roche-Chalais pour débarrasser ce côté du Périgord des courses du capitaine Chanteyrac, et aussi tirer du seigneur du lieu une rançon qui leur permît, disaient-ils, de faire face aux besoins de la guerre contre Blaye.
Le samedi 4 février, Monluc quittait Bordeaux pour rejoindre à Libourne La Vauguyon, qui y était arrivé dans la nuit du 3. Le dimanche soir, il arrive à Contras avec Monferrand, l'artillerie et le charroi. Le lundi matin, au point du jour, ils sont devant La Roche. La position était forte : le château se dressait
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sur imc terrasse surplombant la Dronuc. Monferrand, avec les ^en<. de cheval, charge le capitaine Chanleyrac et le rembarre dans le château. L'artillerie, retardée par les mau\ais cliemins. arrivr- le soir. Dans la nuit, Monluc la i)lacc. Au matin, M. de la Roclie-Chalais demande à capituler. On le lui accorde, mais on dépêche sans pitié les mauvais garçons de la garnison. Dans les chausses de l'un deux, nommé Brus(piin, on trouva un nMc. lurt exactement tenu, de cent (li\-s(>p! personnes <pi'il avait tuées. L'afTaire faite, Moiduc tixe à six mille écus la rançon deM.de la Koche-Chalais et coun ieiil de la partager avec Monferrand et La^ auguyon. De l'entreprises contre Blaye il n'est j)lus question. De retour à Bordeaux, il apprend que le Parlement a obtenu du roi (pie le |)risonnier serait, au lieu d'être rançomié, échangé contre les conseillers reteims à Blaye. 11 essaie de s'y opposer et ordonne à Monferrand de lui envoyer M. de la Roche, qu'on avait enfermé au château du Hâ. Le ParlemenI le lui interdit, sous peine de dix mille livres. L'échange eut lieu ; Monluc garda, d'ailleurs, la rançon, mais, dénoncé à la cour, il se brouilla à mort avec les magistrats bordelais.
Après cette expédition fructueuse, il était rentré à Agen. Au mois de mars, se jjroduisit un événement sigiiilicatif. L ne conspiration fut tramée contre sa vie. Sur sa demande, les consuls lui accordèrent une garde de douze genlilshommes. Le promoteur du complot fut-il, comme le prétend Monluc, Oltavio Frcgoso, le vindicatif capitaine des galères? fut-il encouragé paison frère l'évèque d'Agen, Giano, que Monluc avait
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maladroileiuent coinpioniis dans sa dénoncialioii contre Damville? cette dénonciation elle-même fut-elle étrangère à une tentative, qui ne surprend, d'ailleurs, pas en un temps où l'on ne faisait pas plus de cas de la vie d'un homme que de celle d'un poulet ? Fregoso joua-t-il, dans cette afTaire, le rùle d'un spadassin à gages? La lettre adressée à cette occasion par Charles IX aux consuls d'Agen tendrait, en tout cas, à prouver que la cour ne vit pas d'un mauvais œil le procédé employé pour la débarrasser d'un personnage de plus en plus « fâcheux ».
I']llc allait pourtant avoir encore une fois besoin de ses services. Lorsque, au début de juin, les conférences ouvertes à Saint-Etienne entre Biron, de Mesnies et Coligny eurent échoué et que l'amiral guéri se fut mis en marche sur Paris, Charles IX, très inquiet, ^oulut punir Jeanne d'Albret de la mauvaise volonté ({u'elle opposait de La Rochelle avix tentatives de conciliation. 11 donna l'ordre à Monluc d'envahir le Béarn. Tout le passé était oublié : le vieux capitaine rentrait en grâce de nouveau. 11 se rendit bien compte qu'on ne le rappelait que parce qu'on avait besoin de lui. Ses expériences antérieures l'avaient aussi rendu sceptique sur ces brusques, mais brefs réveils de l'énergie royale. Tout d'abord donc il ne se pressa pas ; le roi lui exprima son mécontentement de sa lenteur. Le reproche stimula son zèle : il écri\it à son frèie pour (ju'il lui procurât de l'argent à Bordeaux ; il en\()ya son gendre à Toulouse pour emprunter au\ capilouls deux canons, une coulevrine et se faire délivrer les poudres et munitions nécessaires, conformément aux ordres du roi.