‹ Un cadet de Gascogne au XVIe siècle, Blaise de MonlucChapitre 26 sur 38 · LES « COMMENTAIRES · texte numérisé non relu

LES « COMMENTAIRES

maux de la guerre. On ne s'est souvenu (|uc des quelques scènes de sauvagerie qu'il a retracées avec une brutalité révoltante. Le rapprocliement établi par Brantôme entre Monluc et des Adrets a fait fortune. Au xv!!!*" siècle, d'Auvigny et Anquetil ont forgé la légende et imaginé de toutes pièces « le boucbcr royaliste » qui met sa dague sur la gorge de tous les huguenots qu'il rencontre, marche toujours suivi de deux bourreaux, comble, sur sa route, tous les puits de cadavres, apprend à ses enfants à se baigner dans le sang. Il faut en rabattre. Et d'abord, peut-on rendre Monluc responsable des excès commis par les brutes qu'il commandait ? Qui songerait à reprocher à Coligny ceux de ses reîtres en Agenais, attestés par les documents les plus authentiques ? Il est certain qu'à Toulouse, à Monségur, à Penne, Monluc fil des efforts pour contenir ses soudards. La pendaison de Gironde ne fut que la réponse au pillage de Saint- Macaire par les soldats de Duras. Protestants et catholiques se valaient et les procès-verbaux qui constatent par le menu les excès commis par les premiers sont aussi convaincants que les émouvants récits de VHisloirc ecclésiaslique et de l'Histoire des marlyrs qui flétrissent ceux des seconds. Sans doute, Monluc ne fut pas naturellement tendre ; volontiers il jouait de la corde avec les siens ; il ne devait pas être porté à plus de bienveillance à l'égard de l'ennemi. Sans doute aussi il mena souvent la guerre en vrai barljarc ; mais il y fut contraint par le manque d'argent pour payer les troupes, fléau des armées mercenaires du xvr siècle, et les habitudes acquises du soldat. Lors-

qu'il dicta son livre, il avait tout chaud encore le souvenir des ravages commis en Gascogne par les bandes de Mongonmery, auxquels il avait assisté impuissant. Le bon temps n'était plus où il étrillait les huguenots. Il s'est consolé des misères du présent en évoquant sans ménagement le passé, en chargeant au besoin les couleurs du tableau et en aggravant à plaisir sa responsabilité. Mais lorsqu'en 1073, il dictera son grand discours au roi, il y dénoncera avec éloquence, en termes dignes de La Noue, la nécessité en laquelle les gens de guerre ont réduit le pauvre peuple des campagnes et montrera qu'il fut. lui aussi, accessible au sentiment du respect auquel a droit toute vie humaine.

CIlVlMTIli: \I

!Monliic aux eaux de Hiirrnércs (avril i.");! ). — La Saint-I5arlli('li'my. — Siège de La Rochelle (t('\ricr l'j-j'i). — Mort de Fabien. — Les derniers écrits de Muiiiuc : dialogue avec la Fortune ; discours au roi sur la paix. — Avènement de Henri ilL — Monluc maréchal de France (ao septembre lây'i). — La guerre en Guienne. — Retraite définitive (juillet 1070). — Le testament lie Monluc. — Sa mort (2G juillet 1577). — Le manuscrit des Coiiimcnlain-s. — L'édition de Florimond de Ra-mond

La dictée du inémoiro juslificatif au duc d'Anjou, première forme des (Joninie/itaires, absorba Vb)idiupendant les premiers mois de l'année 1571. Kii avril, il se rendit aux eaux des Pyrénées, à Ba^'^nères-de- Bigorre, en compagnie de l'archevêque de Bordeaux, Prévost de Sansac, pour soigner ses douleurs et ses blessures. Au retour, il passa par Samatan, y assista à une assemblée des Klals de 0)mminges et y fil, le 3 1 août, la montre de sa compagnie. Puis il i(\iiil cbez lui et s'y tint coi, suivant avec angoisse les i)rocé{Iures de Mondoulcet, liocbant la léte lorsqu'il appiciiait les grandes caresses que l'on faisait à la cour aux huguenots. Sa vieille expérience l'avait rendu sceptique. Il ne

aga blaise de molic

croyait pas que Charles IX parviendrait à s'émanciper de la tutelle de sa mère et à imposer sa volonté aux deux partis. Il prévoyait que, sans tarder, tout cela finirait mal et qu'il y aurait du bruit au lo^is. L'événement lui donna raison. Lorsque, dans les derniers jours d'août 1572, la reine lui fit l'honneur de lui mander qu'on avait découvert une grande conspiration contre le roi et son Etal, il sut bien ce qu'il en crut. La nouvelle du massacre de la Saint-Barthélémy lui causa pointant quelque surprise. Il s'étonna qu'un capitaine aussi sage et aussi avisé que l'amiral eût fait la lourde faute d'aller s'enfourner dans Paris ; que, le soir du 22, après qu'il eût été blessé par Maurevel, les chefs huguenots eussent été à ce point « éblouis » de ne pas songer à faire sortir de la ville tous les gentilshommes de la religion, pour se mettre en sûreté et recommencer la guerre ; qu'enfin Catherine, l'instigatrice du crime, eût, en fait, manqué le coup. Quant à l'approbation donnée par le roi à l'idée du massacre, il la trouva naturelle : Charles IX se souvint, à ce moment, de la retraite de Meaux. La Sainl-Barthélemy eut quelque retentissement en Gascogne. A Condom, les catholiques se saisirent des huguenots et les jetèrent, pieds et poings liés, dans la Baïse du haut du pont des Carui(>s. ajnès les avoir assommés à coups de cognée et de marteau. Moulue non seulement laissa faire, mais encouragea et approuva. L'occasion était bonne de se venger des ravages de Mongonmery. dont le souvenir était toujours vivant, et de l'insolence dont faisaient preuve, depuis plus d'un an, ceux de la religion.

DERNiÈUES A>':fÉES agS

11 Ai\ait cependant dans son chàloaii d'Eslillac agrantli et roslauré. 11 élail niainlenaiil liaïuinille : l'absolution royale l'avait délivré de tout souci. 11 se faisait lire les historiens et, tous les jours, dictait quelque addition à ses Conunenlaires. Parfois il se rendait à Agen pour y débrouiller les ailaires de ses bons amis, avec qui ses relations ne cessaient pas d'être cordiales. Eux, de leur côté, ne manquaient pas une occasion d'être agréables à leur grand homme : ils autorisaient l'établissement au Passage d'une boucherie, pour ({u'Eslillac pût s'approvisionner plus commodément, et, lorsque Monluc venait en ville, ils le gratifiaient d'un présent, poisson, gibier ou volailles. En décembre, il reçut de la reine une lellro qui le lira de son inaction. Elle lui m.uidait de se rendre au canq) du duc d'Anjou, qui se disposait à aller reprendre aux: huguenots La Kochelle. Convoqué au festin. Moulue ne bouda pas. Au fond, il était llatlé et heureux de trouver une occasion de se pousser de nouveau auprès d'un jeune prince, qui lui avait déjà fait bon accueil et dont il espérait beaucoup. Il partit avec son Uls Fabien et rejoignit le duc d'Anjou à Chàlellerault vers le i^;^ janvier 1073. 11 fut de son conseil. Il lui apportait l'appui de son expérience et les avis d'un des plus vieux capitaines de l'Europe. II ne se ménagea pas, se répandit en remontrances, dicta un grand mémoire « sur l'ordre qu'il faut tenir à ce siège, aiin que toutes choses aillent par raison et par grande diligence. »> Il y rap])elait des souvenirs de Pavie, de Boulogne, de Thionville, du voyage de Naples sous M. de Lautrec, et il en tirait des leçons. Les amateurs de beaux récils de

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guerre, et au premier rang Brantôme, ne se lassaient pas de l'entendre converser dans la tranchée avec un autre débris des campagnes d'Italie, le comte de Cajasso, qui faisait bravement son service de maréchal de camp, encore qu'il fût estropié d'un bras. Ils évoquaient ensemble le siège de Sienne et il faisait beau les ouïr. Une autre fois, de nuit, Monluc, « étant en ses causeries », contait à Brantôme un de ses plus anciens souvenirs de jeunesse, les amours de Lescun et de la marquise d'Escaldasol. Les soldats regardaient passer avec curiosité et stupeur ce vieillard de plus de soixante-dix ans, encore vert, à la langue agile, au parler bref, d'ailleurs affreux à voir avec son visage troué, que masquait un touret de nez. Du haut du rempart de La Rochelle, une sentinelle huguenote demandait ironiquement des nouvelles de celui qu'on avait surnommé u lou nas de Rabaslcns ».

La ville lit une défense héroïque. Monluc l'admira sincèrement. Il ne fut, d'ailleurs, pas longtemps à se rendre compte c[ue l'entreprise était mal conduite. Il admira l'étrange bigarrure de l'armée assiégante, où les bourreaux de la Saint-Barthélémy combattaient aux côtés du roi de Navarre, du prince de Condé et de gentilshommes protestants qui eussent été bien marris qu'on evit abouti. On eut aussi le tort de ne pas suivre ses conseils. Il prit part, le 20 février, à une attaque, régla l'ordre du grand assaut et assista aux pourparlers en vue de la capitulation. II profita de l'occasion pour se rappeler au souvenir du roi, qui le récompensa de ses services en lui accordant une bonne confiscation et mic crue de trente lances pour la compagnie de Fon-

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