DERNIERES ANNÉES
tenilhes. Son zèle indiscret faillit, d'ailleurs, à ce moment lui attirer de nouveau une méchante affaire. Le marquis de ^'illarsnégociaitsans succès la réduction de Montauban. Monluc se vanta auprès du duc d'Anjou de réussir où le lieutenant de roi en Guienne échouait. Il écrivit, avec son autorisation, une lettre à la noblesse de Montauban pour la décider à lentrer au service du roi. Villars vil là un empiétement sur son autorité et s'en plaignit à la cour, Charles IX écrivit à son frère d' « appointer » cette querelle. Leduc d'Anjou y coupa court par une enquête qui établit que le douille de la lettre de Monluc remis à Villars avait été falsifié.
La Rochelle fut sauvé par un événement imprévu : l'offre au duc d'Anjou de la couronne de Pologne. C'était l'œuvre de l'évêque de Valence : Jean de Monluc, ajoutant à ses prouesses diplomatiques un nouveau tour de force, avait, par son éloquence, .sa finesse et son audace gasconnes, assuré dans la diète l'élection d'un prince français au trône des Jagellons. Monluc prit sa part de la gloire qui en rejaillit sur la famille. Mais, à son retour en Guienne, un deuil cruel le frappa. Fabien, le digne frère de Marc-Antoine et de Peyrot, commis par Villars pour réprimer dans le Marsan et le Bas-Armagnac les incursions ronlirmelles des huguenots de Héarii, après avoir contraint le baron d'Arros et La Caze à lever le siège de Lourdes, fut blessé mortellenuMit d'une arquebusade, en septembre, tandis qu'il essayait de forcer une barricade à Nogaro. Le vieux Monluc pleura. De ses quatre fils, un seul sur\ivait, Jean, le chevalier de Malte, aujourd'hui jiourvu de l'évéché de Condom. Les trois autres, les
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brillants capitaines, étaient morts. Le père médita sur leur destinée et sur la sienne : c'est alors, sans doute, qu'il eut avec Montaigne cet émouvant entretien, où il s'accusa d'avoir été trop dur pour ses enfants et de n'avoir pas, par sa faute, connu les joies que procure la tendresse paternelle.
Enseveli dans son deuil, il s'enfonça de plus en plus dans ses réflexions. Les voisins qui venaient le voir le trouvaient assis dans sa chaire, au coin du feu, les yeux fixés sur les tisons, plongé dans d'interminables rêveries d'où le tiraient à peine les caresses de ses trois filles, Charlotte-Catherine, Suzanne et Jeanne-Françoise. Il évoquait tout le passé, se répétait à lui-même pour la centième fois les belles histoires qu'il avait maintenant fixées pour la postérité, se les faisait relire et avait toujours quelque nouveau détail à y ajouter. Il instituait, dans son imagination toujours vive, un dramatique dialogue entre la Fortune et lui-même et le faisait aussi coucher par écrit. L'ouvrage est perdu. Il devait être curieux. Monluc y concluait-il, comme dans le Préambule au duc d'Anjou, dicté deux ans avant, qu'il était Ihomme le plus content de France et qu'il n'aAait rien à envier à la destinée ? La douleur, qui avait enfin eu prise sur ce cœur de roche, l'amenat-elle à atténuer cette vaniteuse et superficielle affirmation ? Nous l'ignorerons toujours. Elle avait, du moins, éclairé son intelligence. Cette àme ardente et tumultueuse était maintenant apaisée : la sérénité y régnait. On le vit bien lorsque, sortant de ce long et tragique silence, il dicta son admirable Discours au roi sur le faihlc fa paix. Don/c années de guerre civile, d'anar-