CAMPAGNES DE FRA>ÎCE ET DE PIEMONT
La légion de Langiieiloc. — La défense de Marseille : expédition dn moulin d'Auriol (août iô3G). — Campagne d'Artois (marsjuillet 1537). — Invasion du Piémont : Monluc dans les Hautes- Alpes (novembre 1537). — Les débuts de Jean do Monluc. — Siège de Perpignan (août-septembre ^h'ii): l'escarmouche de Tautavel. — En Piémont sous Boulières. — L'escarmouche d'Andescno (y juillet i5i3). — Les (ccorvées» de Monluc à Savigliano. — La « marchandise» de Barges. -^ La rupture du pont de Carignan. — Le siège d'ivréc (janvier i5/i4).
Le 24 juillet iô34, François I" signait, à Sainl-Germain-en-Laye. l'édit en cinquante-six. articles qui instituait sept légions d'infanterie, arquebusiers et hallebardiors, de six mille hommes chacune. Le i3 octobre suivant, il nommait colonel de la légion de Languedoc Antoine de Rochechouart, seigneur de Saint-Aniand, sénéchal de Toulouse. Une permission spéciale du roi de Navarre, datée de Pau, 11 novembre, autorisa le nouveau colonel à faire une partie de sa levée en ces pays de Gascogne, qui étaient par excellence « un magasin de soldats », tandis que le Languedoc passait pour fournir des hommes de qualité très inférieure. Monluc fut son lieutenaut. Fut-il séduit par cet essai de création d'une armée nationale, imitée, d'ailleurs.
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de la milice florentine, dont la première idée fui due à Machiavel? 11 y a plutôt lieu de penser qu'il \it là une occasion de sortir de l'obscurité et de satisfaire son goût, plus A if ([ue jamais, pour le métier de fantassin.
Les légionnaires de Languedoc furent mis en garnison dans la province. Ils y commirent quelques méfaits et eurent maille à partir avec les capitouls de Toulouse. L'inAasion de la Provence par Charles-Ouint, en aoTit i536, vint les tirer de cette fâcheuse inaction. On les envoya collaborer à la défense de Marseille. Ils furent logés au quartier de la Blancarie. L'exacte discipline qui régnait dans leur troupe et, je pense, aussi leur humeur gasconne les rendirent vite populaires. Le chroniqueur local Honoré de Valbelle ne tarit pas d'éloges sur leur compte. Du reste, ce que Monluc venait chercher à Marseille, ce n'était pas des sympathies platoniques, mais quelque belle occasion de se pousser, de se faire connaître du roi qui, du camp re- Iranclié d'Avignon, suivait les péripéties du siège. 11 la trouva danslesderniersjoursdu mois d'août. On décida d'aller détruire le moulin de l'abbaye de Saint-Victor, mû par les eaux d'un béai dérivé de l'Huveaune, au bourg d'Auriol. L'objet était d'affamer les Impériaux, logés près d'Aix, et déjà très éprouvés par la dévastation méthodique qu'avait organisée Montmorency. Persomie ne se présentait pour tenter ce coup de main. Monluc, avec son assurance ordinaire, s'offrit. Une fois agréé, il [)répare l'entreprise avec une minutieuse prévoyance, s'enquiert auprès de son hôte de la situation d'Auriol et des chemins qui y mènent, se procure des
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guidos, lie laisse rien au hasard. Il prend cent, \ingt hommes d'élite, centenierel ca[)S d'escouade éprouvés, gentilshommes prêts à loul. [^e soir, il les réunit à la porle Réale. Les grands chefs, Harhezieux, Monpezat, houtières, \ illehon, le sénéchal de Toulouse sont là ]iour sur\eiller la sortie. Ils jettent les hommes un à un hors du guichet. Mais la précaution est inutile : Gaspard de Saul\-Ta\annes, le futur gouverneur de Bourgogne, et Raymond de Castelpers, qui n'étaient pas invités, sortent quand même pour avoir part à l'aventure et se joignent avec quelques chevaux à la petite troupe.
Sur le plan Saint-Michel, Moulue partage ses hommes en trois corps. Chacun part avec son guide. On chemine toute la nuit. On suit la grande route de Marseille à Aubagne, puis, par des sentiers de chèvres, à travers la montagne de Roussargue, on gagne Auriol, après une halte faite probablement au delà du quartier de Joux. On passe devant le château et l'enceinte du bourg sans répondre au t/iii-rire des sentinelles. On s'engage dans la grande rue ; on arrive au moulin. Les soixante hf)mmes qui le défendent sont presque tous endormis. On foire la porte ; Monluc et ïavannes grim{)ent l'escalier de pierre, landis cpie leurs camarades, montés sur la loiture, la niellent en pièces. Les ennemis sont pris entre deux feux ; on tue ceux qui ne sautent pas dans le canal par la fenêtre. Puis on brûle le moulin, après avoir pris tous les ferrements et roule les meules à l'eau. Le petit jour commençait à luire. Monluc bat en retraite par la rue, où pleuvaient les arquebusades, et revient à Aubagne. Là il abandonne
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le grand chemin, et, sous un soleil de feu, à travers les croupes arides du massif de Carpiagne et de Marseille- Veyre, les gens d'armes marchant à pied, tenant leurs chevaux par la bride, il aboutit, après plusieurs alertes, derrière Notre-Dame de la Garde.
Ce bel exploit resta anonyme. Le grand-maître, en l'annonçant à M. de Humières, ne nomma personne. L'incapable Barbezieux était alors plus soucieux de ménager sa fortune compromise que de faire valoir le mérite d'obscurs soldats. Il négligea de transmettre les noms des capitaines et ne présenta pas Monluc au roi lorsque, le mercredi 20 septembre, François I" fit son entrée dans Marseille. L'ambitieux Gascon fut d'autant plus furieux qu'il sut par le roi de Navarre que Barbezieux s'était attribué tout l'honneur de l'cn- Ireprise. Découragé, il s'en revint en Gascogne.
Il n'avait pourtant pas perdu tout à fait sa peine à Marseille. 11 y avait fait la connaissancede Guignes Guiffrey, sieur de Boutières, capitaine des cinquante lances du duc d'Orléans. Boutières étant parti, en novembre, pour le Piémont, où il remplaça, comme gouverneur de Turin, Burie, fait prisonnier à Casale, Monluc songea d'abord à l'y rejoindre. Mais en route il s'arrêta à Marseille chez le comte de Tende, Claude de Savoie, dont la femme était une Caudale. Là, ayant appris que le roi dressai! une aiiiiée pour dégager Tliérouanne, assiégé par l'Empereur, il partit pour Paris afin de (enter de nouveau la fortune. 11 se fit présenter au grand-maître, qui, pour prix de ses services, venait de recevoir l'épée de connélable. Montmorency lui donna une compagnie de gens de pied. Avec Christophe Guerre, dit u le
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Basco ». Moulue fui clrsigiir pour faii'o partie de la partie du dauphin. lieuteiiaiil-,i;éiiéral de l'arniée. De la caiupai;ne dVilois ( niars-juillel i .").')■; ) il ne j)araî[ pas avoir relire d'.iiilre a\anlai^('. Il esl \rai (pi'il ,i\ail levé sa coui pagine aux eu\ iidiis de l'.iiis. (Jiie |)(iu\;ul- 11 faire avec ces gens-là ? Il j)assa (miciuc inapenni el, lorsfpie s'ouN rirent les pourparhMs ([iii aboulirciil à la trêve de Bomy, il s'en revint en Provence, où il avait laissé ses grands chevaux et ses armes.
11 y reçut, au bout de quelques jours, un paquet du connétable, lui donnant commission j)()ur dresser deux nouvelles bandes. Une grande expédition se préparait pour aller rétablir en Piémont notre situation gravement compromise par le manque d'argent pour payer les Iroiipes. les opérations malheureuses du liexitenantgénéral, M. de llumières, et les progrès du marquis del Vasto. l ne armée s'assemblait à Lyon : François I" en personne devait la commander. Monluc prit la poste et s'en alla lever des hommes en (îascogne. Mais il coiiiulit rinipiiidence, pour rejuindre |)lus Aite le roi et le grand-inaitre, de les laisser jirès de Toulouse, sous les ordres de son lieutenant, le capitaine Mérenx. Celui-ci, malgré la ])r()messe (jii'il lui avait laite. s'attarda pour attendre Joachim de Moulue, (jui voulait aussi le\(M' une bande pour aller en Piémont. Ce frère cadet de Biaise débutait, mais il donnait déjà les plus belles espérances. 11 s'était entraîné au métier des armes par le brigandage. A vingt ans, il avait pillé le village de (iimbrède, tué le curé, attacpiésur la grande route un seigneur du pays, qu'il avait laissé mort sur la place, assommé un sergent (pii l'invitait à compa-
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raître devant le juge-mago d'Agenais, transpercé d'un conp d'épée le nommé Laguiraude. de La vrac. Tel chef, tels soldais. Les bandes de Joachim de ^lonhic et de Mérenx, n"ayant sans doute pas fait montre, se payèrent sur le ])ays. Le 4 octobre iô'6-j, elles entrèrent dans Lisle ])ar escalade, pillèrent les églises, violèrent les femmes et les filles, saccagèrent les maisons, brûlèrent les archives sur la place, aux cris de : « Viva Espanhia ! » De Lisle elles marchèrent sur Gaillac, qui résista, mais dut enfin composer pour deux cents écus. Elles lavagèrenl alors le pays, tentèrent d'enlever d'assaut Réalmonl. l ne partie de ces brigands revint vers Mbi : on les prit, on leur lit leur procès et on en condamna q-.iarante-lrois àèlre décapités, pendus, fustigés ou l^annis. Joachim et son beau-père, rendu responsable, fiirenl traduits (l(>^ant le Parlement de Toulouse, (pii confisffua leurs biens. Le l'j juillet i538. ils furent graciés à l'occasion de l'entrevue de François l"' et de (lliarles-OuinI à Vigues-Morles.
Cei)eiulant Monlmorency, à la lèle des aventuriers de Montjelian, avait forcé brillamment le pas de Suse. François i"' pressait fie (îrenoble la marche du gros de l'armée. (|ui arri\ail de Lyon Acrs les Vipes. Le 'iH oclobre. Moidnc le rejoignit à Chorges. Le roi lui ordonna d'aller au-devant de sa bande. 11 comptait l'employer, avec celles du baron d'Ambres et du capitaine Dampons, à occuper les vallées voisines de Barcelonnette, pour assurer le ravitaillement des troupes qui envahissaiiMil \p Piémonl. Monluc partit en hâte lever de nouveaux liommesà ^ illeneuve-lès-AA ignon. Il n'en arriva pas moins en relard. Sous les ordies de (Ihavignv,
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capilaino des fjaitlcs du roi. les trois bandes razzièrcnl Ions les vivn^s du pays, destinés à être envoyés à Pigneinl. prirent le château de McmUou et la ville de Barcelonnelte. François I'"" les récompensa en gratifiant les I rois capitaines d'une somme à répartir de façon que charpie compagnon reçût nn écu sur la main. Il avait lié d'abord question de faire passer ces bandes en Piémont pour assiéger Coni. Mais il étail trop tard. Turin élait déjà seconru. On les licencia. M(^nluc ramena la sienne en Pioxeiice et renvoya les soldais dans leurs maisons. Pour lui. toujours attentif à ménager sa forlune, il vinl Irouver. en décembre, à iNarboiuie le connétable plus en faveur que jamais, olfril ses services, obtint d'accom])agner à Perpignan, pendant les conférences de Leucate, le président Poyet et le général des finances (Jilberl Hayaid, en profila pour reconnaître la place, déguisé en cuisinier el faillit être recomm par un capitaine espagnol, ce (|ui le dégoûta pour jamais du métier d'espion.
Que de\int-il dans les cinci années de ])ai\ (pii suivirent la trêve de Mce et In réconciliation de François 1" el de Gharles-QuinI !* il a négligé de nous l'ap- ])rentlre. In seul dociinienl est connu poiar cette périotle : le i '1 février lô/jo, Biaise « Maseincomc », écuyer. i-endail, à \ miens, hommage au roi pour sa terre el seigneurie de Monluc, sise en la sénéchaussée d' Agenais. Il vint donc à la conr s'essayer au méti(M- de courtisan. 11 est permis de croire qu'il profitait, })our se pousser, de la réputation naissante de son frère .lean, le di])lomate. Aussi hardi, aussi avenlnrenx (jue Rlaise, dévoré, comme lui. (rami)ilioii, mais mieux ])ourvu de
ce qu"il faut pour réussir, doué d'une intellig-ence plus fine et plus déliée, d'une merveilleuse souplesse, humaniste et beau harangueur, au total admirable composé de Gascon et d'Italien, Jean de Monluc venait de se faire connaître par im coup d'éclat qui surpassait les pauvres prouesses de Biaise. Secrétaire de Nicolas Raince, ambassadeur de France à Rome, il avait été chargé d'une mission secrète, dont le récit faisait le plus invraisemblable roman. Il s'était embarqué sur un navire turc, était allé rejoindre près de Djerbah, sur la côte tunisienne, le fameux amiral Barberousse, s'était présenté à lui, sans lettre de créance, comme un agent du roi de France, l'avait emmené à Constantinople pour qu'il put voir par lui-même les préparatifs que faisait Soliman en vue d'une action commune avec François F% puis s'était rembarqué, avait fait naufrage non loin de Raguse et était enfin rentré à Rome après avoir passé trois mois sur mer. Le Saint-Père, émerveillé, l'avait nommé protonotaire apostolique. Après la révocation de Raince. on lui a\ait confié l'intérim de l'ambassade. Jean de Monluc vint en France en lôSg et i54o. Il y avança ses affaires, mais ne parvint pas à faire celles de son aîné. Biaise s'était attaché, d'ailleurs sans profit, à la fortune du connétable, et Alontmorencyfut disgracié en i54i. I^'ut-il mêlé aux intrigues de cour qui accompagnèrent sa clnile? C'est possible. Il avaitconnu le dauphin pendant la campagne d'Artois. Lorsqu'en août i543, il apprit qu'il était mis, avec le maréchal d'AnneIjault, à la lélo de l'armée chargée d'envahir le Roussillon, il accourut. On ne lui donna rien. Il assista comme volontaire au siège de Perpi-
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gnan, critiqua, sans raison, d'ailleurs, les dispositions d'attaque prises par le célèbre ingénieur Girolamo Mariai, puis, la compagnie de M. de Golènes ayant \aqué, se liàta d'écrire à son frère pour la demander. Jean de Monluc suivait la cour, alors à Sallèles-d'Aude. 11 était au comble de la faveur, à la veille d'obtenir la charge d'ambassadeur à ^ enise. Il enleva l'alfaire. Biaise, de nouveau capitaine de gens de pied, vil lever le siège le lô septembre. On repassa la Tet et l'Agly, on reprit le chemin de France. Les ennemis harcelèrent l'arrière-garde et menacèrent Tuchan, bourg des Corbières, où l'on avait retiré tous les vivres. Il y eut une chaude escarmouche au pied du château de Tautavcl. Les deux petites troupes de Monluc et du Pelons, dégringolant les pentes raides et rocheuses du Puy d'Aguilar, se heurtèrent, dans la plaine plantée d'oliviers et de vignes, à l'avant-garde espagnole, la chargèrent de cul et de tète et la repoussèrent jusqu'à la rivière de Domneuve. Monluc n'eut que trois tués, mais trente de ses hommes, sur trente-cinq, furent blessés. Le lendemain, dimanche 22 septembre, il fallut battre en retraite et Tuchan capitula.
Le Roussillon évacué, d'Annebault repassa les Alpes, vers le milieu de novembre, pour aller secourir le gouverneur du Piémont, Guillaume du Bellay, qui se maintenait péniblement contre le marquis del Yasto. Il emmenait trois mille hommes de pied et de nombreux chevau-Iégers. Monluc en était, avec sa nouvelle compagnie. La campagne fut courte et malheureuse. On mit le siège devant Coni et l'on y fut bien frotté. Dans les premiers jours dejauNier i5/|3, d'Annebault
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rentrait en France. Monluc resta en Piémont, sons Bontières. Il fut envoyé avec sa compagnie et celle du capitaine Gavarret, pour tenir garnison à Savigliano, dont un Gascon. Paul de La Barthe. sieur de Termes, était gouverneur. Les opérations traînèrent la fin de l'hiver et tout le printemps. En juin seulement, lîoutières sortit de son inaction. 11 s'empara de Chivasso, puis occupa tout le pays sur la rive droite de la Dora Baltea, à l'exception de Volpiano, incendiant San Giorgio Canavese et, de l'autre coté du Pô, San llaffaele, dans le Monferrat. Ces démonstrations avaient pour objet d'immobiliser en Piémont les forces de del A asto et de l'empêcher de secourir Nice menacé par l'armée du comte d'Anguien et par les flottes du baron de la Garde et de Barberousse. En juillet, les Impériaux, à leur tour, repiirent l'offensive. Pirro Colonna, parti de Chieri avec trois mille hommes de pied. Espagnols, Allemands et Italiens, et avec de l'artillerie pour surprendre Andeseno, rencontra, le 9, les Français qui s'étaient portés de (^arignan au secours de cette place. Une forte escarmouche s'engagea; le résultat fut indécis, les pertes égales des deux côtés. Les Impériaux se retirèrent surC^lliieii, et les Français sur Rivadi Chieri. puis surCarignan. Monluc prit part au combat d'Andeseno, avec lrente-([ualre soldiits de sa compagnie. 11 avait, à celle occasion, fait couvrir leurs morions de taffetas jaune, pom- l'amour de M. de Termes, son chef, dont c'était la coulcui-. Cette petite troupe fit des prodiges. Ses exploits devinrent légendaires, et l'on paria longtemps en Piémont des braves morions jaunes de Monluc.
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Del \ aslo, après avoir secouru Mec, rcvini eu Picuiont. Le 4 novcuibre i54«), il lit capituler Moudovi. (]et évènemeut jcla l'émoi dans louics les villes voisines occupées par des garnisons françaises, «pii se sentirent menacées : Bene, Savigliano, Cherasco, Carigiian, et jusqu'à Turin. Maîtres de Mondovi, les Impériaux pouvaient, en remontant le Tanaio, s'emparer de Bene, ou bien, prenant pour base d'opérations la forte place de Fossano, sur la Slura, marcher à leur gré sur Savigliano ou Cherasco. Dans ces journées d'alerte qui suivirent la prise de Mondovi, Monhic se dé])ensa fort. Le jour mèrne où la place capitula, il était parti de Savigliano avec vingt-cinq hommes ];om" tenter, dit-il, d'y pénétrer. \"crs Malpasso, à un dciuimille de Marene, il rencontre soixante soldats de la garnison de Fossano : il les oblige à s'enfermer dans uiK! étable. à laquelle il met le feu, en tue quelquesuns et renvoie les autres prisomiiers à Savigliano. attachés avec des cordes d'arquebuse. Arrivé à Cherasco, il apprend la prise de Mondovi. Il rebrousse chemin pour avertir Termes. En route, il rencontre une vingtaine de cavaliers ennemis allant vers Fossano. La hallebarde au poing, à la tète de ses arquebusiers et de ses piquiers, il fait bonne contenance et les oblige à s(> retirer vers Santo Albano, laissant l'un d'eux sur le terrain. A peine rentré à Savigliano, il reçoit l'ordre de se jeter dans Bene. dont Termes ]iensait que le vaiiufueur de Mondo\ i alhiil fain^ le siège. Il y court : aux portes de la ville, le comte de Bene, Ciovaimi Ludovico Costa, et sa mère, la comtesse Bonavilla. ardents partisans de la France, le reçoivent avec bon-
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nevir. Mais, an bout de deux jours, il apprend par un prisonnier que del Vasto marche sur Savigliano, sa garnison. En hâte il rjuitte Bene, avec Caillac, commissaire de l'artillerie, arrive le soir à Cherasco, en repart sans débrider, chemine la nuit, en grand peurde rencontrer l'ennemi, et arrive à Savigliano à deux heures du matin. Il se rend droit au logis de Termes, le trouve écrivant des ordres, le dos tourné, et l'embrasse par derrière en lui disant : « Eh ! pensiez-vous jouer cette farce sans nous ? » Ayant eu enfin des nouvelles certaines de la marche des Impériaux, qui, laissant Bene et Savigliano, s'en allaient droit vers Carignan par Monterone et Sanfré, il se met à la poursuite de leur cavalerie, arrive nu quart d'heure trop tard pour s'emparer, près de Cavallermaggiore, du duc de Savoie en train d'ouïr la messe, et se venge sur un convoi qu'il enlève, après avoir défait la compagnie de gens d'armes de M. de la Trinità, Giorgio Maria Costa, le frère du comte de Bene. et les deux bandes de gens de pied du capitaine Ascanio. Monluc lit ces brillantes v corvées » entre le 4 et le i5 novembre. Elles n'emioèchèrent pas d'ailleurs del Vasto de passer le Pô à Lombriasco. de mettre en déroute Pierre d'Ossunet Francesco Bernardino A iniercati sur le bord du fleuve et d'occuper Carignan, où il se fortifia pour passer l'hiver.
Les Impériaux avaient maintenant un pied sur la rive gauche du Pô. C'était pour eux un sérieux avantage. Boutières n'avait pas de forces sudisantes pour les déloger. Il fallut se borner à les harceler et à les empêcher de s'étendre. Le comte Pietro Porto, gouverneur de Fossano, attiré par un marchand de Barge, son
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ennemi personnel, dans le château de celle ville, y loniba dans un piège savamment ourdi et fui assassiné au moment où, sans défiance, il franchissait le pont- Icvis. Le récit de ce fait divers, doimé par les Commenfaires, peut être comparé aux inventions les plus extravagantes du roman-feuilleton de jadis. Rendezvous nocturne dans un petit bois ; pacte conclu entre un Ecossais, porte-clefs du cliàlcan. à (pii l'on promet de faire faire un beau mariage, et un prêtre qui joue à la fois le rnle d'entremelleur et de dupe ; travestisscmenls de soldais, (|iii, siii\anl (pi'ils ciiangcnl de manteau, portent la croix blanciie français(> ou la croix rouge impériale, au grand ébaliissemenl des bons babilanls de Barge; prisonniers jetés, sans savoir l)our(pioi, dans des culs de basse-fosse ; enfin guelapens organisé avec un tel machiavélisme que la victime \ loinlje falalemenl, rien ne man([ue pour conq)li([uer celle histoire, qui jette un jour curieux sur les moMirs italiennes au \vi" siècle. De Savigliano, Monluc prit part à cette u marchandise d. Trente-cinq de ses hommes, commandés par le capitaine Favars, son lieutenant, occupèrent le château par surprise et l'un d'eux, le bâtard de lîazordan. tua Pietro Porto d'une arfpiel)usade.
La nioii du gouverneur de f'ossano obligea (^esare Maggi, {)ar (pii del >"aslo avait fait occuper le marquisat de Saluces. à expédier d'urgence des renforts dans cette })lace. Avec deux cents arquebusiers et deux cents corselets, accrus de quatre-\ingls hommes d'armes de la compagnie tle Termes, de quinze chevaux du capi- Inine Mauro de ?sovate et de vingl arquebusiers à che-
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val amenés par Antoine de Bouliers, seipneur de Ccntallo, Monluc tenta de barrer la route aux Italiens et aux lîlspagnols envoyés à Fossano. Il laissa échapper les premiers, mais défit coraplèlement les seconds près de Sanfré. Peu après, Routières résolut de retirer toutes ses garnisons à Pignerol pour y dresser un camp Yolant. Monluc reçut l'ordre de quitter Sa^igiiano. Mais Termes voulut d'abord qu'il l'aidât à emporter une place du marquisat de Saluées, Costigliole, sur la Yaraita. On emmena de l'artillerie, avec laquelle on battit irois palazzi où s'était retranché l'ennemi. L'entreprise échoua. Monluc y gagna d'être obligé, pour rejoindre Boutières, d'éviter la plaine, que battait la cavalerie impériale, et de faire un long détour par la montagne pour passer le Pô vers sa source. Après avoir esquivé deux embuscades que Cesare Magi avait dressées sur sa route, non loin de Cavour, il arriva recru de fatigue, mais sain et sauf, à Pignerol.
Boutières avait enfin reçu de France des renforts, qui lui permirent de reprendre l'otlensive. Il réoccupa A igone, Yinovo, Piobesi, puis, franchissant le Pô, obhgea Cesare Maggi à évacuer Carmagnola et à se retirer sur Villaslellone et Chieri, où était le gros des Impériaux. La rive gauche du P(') se trouvait nettoyée. LeiHiemi n'y occupait ])liis (pie (larignan. Boutières résolut d'isoler la place en coupant le poiil (|iii lui permettait de recevoir (les approvisionnciiicnls de Chieri cl d'Asti. Une première lenlalivc fui lailcdans les derniers jours de décembre : (pialre cents hommes de pied et doux cents chevaux français partirent de ('arniagnola et xinrent donner l'alarme à la tète du [xiMi. Us