C.VMPAOES DE FRANGE ET DE PIEMONT
se heurtèrent à deux cents arquebusiers impériaux et durent se retirer après une légère escarniouclie. La nuit suivante, ils renouvelèrent la tentative sans plus de succès. L'entreprise fut alors confiée à Monluc.
Les B'rançais étaient maîtres des deux rives du fleuve. Boutières, avec les gens d'armes et les bandes gasconnes et italiennes, campait sur la rive gauche, à Piobesi ; les Suisses, sur la rive droite, occupaient Carmagnola. La rupture du pont ne pouvait (Mre empêchée qvie par la garnison de Carignan. Moulue emmène avec lui deux cents hommes d'élite seulement. Par une froide nuit de janvier, il marche droit au pont, charge les deux cents arquebusiers impériaux, qui se retirent précipitamment sur Carignan. M. de Salcèdc arrive, en même temps, avec soixante ou quatre-vingts paysans. Les uns prennent place dans sept ou huit bateaux et tentent de brûler les piles avec des artifices. Ils n'y parviennent pas et doivent les attaquer à la hache. Les autres coupent le tablier du côté de la rive droite. Le froid piquait ; un brouillard glacé tombait de temps à autre, voilant la lune. Les paysans se relayaient d'heure en heure. Au bout de quatre heures, quinze ou vingt pas du pont s'effondraient sur la rive droite. A ce moment, Pirro Colo?ma, le brave commandant de Carignan, fait sortir douze cents hommes. Espagnols et Allemands, qui, à la faveur de la brume, tombent sur les Français aux cris de : Kspar/ne ! Espagne ! Une panique effroyable se produit. Les arquebusiers de Monluc, les doigts gelés, n'ont pas la force de mettre le feu sur la serpentine. Ils se débandent et les autres troupes qui les soutenaient les imitent.
Monluc, désespéré, rallie trente ou quarante jeunes gentilhommes, qui n'avaient pas encore de poil au menton. A travers le brouillard, le verglas et la fumée, en dépit des arquebusades qui leur passent le long des oreilles, ils foncent sur les Impériaux et leur font tourner visage. Au bout d'une grande heure, les cris cessent. On s'aperçoit alors que les paysans chargés de détruire les piles, ont coupé les câbles des bateaux et se sont laissés dériA^er vers Moncalieri, que ceux qui détruisaient le tablier se sont jetés à l'eau, laissant là leurs haches ; Monluc les fait remplacer par ses hommes et, malgré les ordres de Boutières, qui le presse de se retirer, achève de rompre le pont. Vu matin, tout était fini. Carignan pouvait désormais être bloqué.
Cependant Ludovic de Birague, gouverneur deVerolengo, avait obtenu de l'hésitant Boutières la permission de pousser une pointe hardie dans le Vercellais. Le pont rompu, on alla le rejoindre. Le i5 janvier, on arrivait devant Ivrée. Le gouverneur, Cristoforo Morales, fit une belle résistance. 11 repoussa l'assaut tenté sur trois points à la fois. Il fallut battre la place. Le 20 janvier, l'artillerie française ouvrit un feu violent de deux côtés. Quatre cent vingt-trois coups de canon furent tirés dans la journée sans grand résultat. La chaussée fut rompue du côté du pont de la DoraBaltea, mais les munitions manquèrent pour continuer. Le 28, Boutières envoya un tambour pour sommer la garnison de capituler ; les assiégés répondirent en donnant les étrivières au parlementaire. Découragé, il leva le siège et se replia au sud vers Borgo Masino, Cavaglia,