CAMPAGNES DE FRANCE ET DE PIÉMONT
Cigliano, Borgo d'Alice. Vers Chcrasco, il rencontra le jeune comte d'Anguien, François de Bourbon, qui avait été nommé, le 2O décembre, lieutenant de roi en Piémont à sa place. Les elTorts faits en dernier lieu par Boutières pour faire oublier son inaction et sa mollesse depuis deux mois n'avaient pu le sauver à la cour. Sa disgrâce inspira-l-elle à ^lonluc de pbilosopliiques réflexions ? En tout cas, il s'en souvint plus lard, lorsqu'il fut victime de la même mésaventure.
CHVPITRE III
CEKISOLES i:r IJOLLOGNE.
Fii\i)i (le Mniiliic n la cour. — 1-a jimriK'c do Cérisolos. — L'aprèsmidi <lii diiuanclic i.S avril i.V'i'i- - La bataille : rescarmondie irarqucbuserie ; péripéties (1(> l'action ; la \ictoire (lundi l 'i a> ril). — Les campagnes du Boulonnais. — La camisadc de lîoiilogne (nuit du G au 7 octobre i5/|/i)- — Affaires de lamLUc. [,e voyage d'Angleterre (ir)'|5). — L'expédition de la terre d"()\r. — Ketour en (iascogne. — Avènement de Henri il : le duel de .larnac et de la Châtaigneraie (10 juillet i.')/i7).
Dt's la première quinzaine de décembre lô/jS, l'armée de Piémont avait reeu des renforts. Ln Xizard au service de la France, (iio. IJatlisIa Grimaldi, sienr d'.Vscros. avait amené à Houlières les légionnaires de Prov(Mice. rendus tlisponihles parla levée du siège de Nice. A son lour. le jeune comle d'Anguien conduisait sept bandes de Suisses tle l'armée de Picardie, faisant trois mille hommes, au.\ ordres du baron de Sisnech. Le marquis del Vaste s'était aussi renforcé. Le prince de Salernc, Ferrante di San Séverine lui avait amené de Naplcs six à sept mille Italiens. Quatre mille lansquenets, levés en Allemagne et commandés par Alisprando Madruzzo, étaient arrivés à Milan. La venue de ces renforts, la nécessité pour les Impériaux de déblo-
quer Carignan faisaient prévoir que la campagne de i544 s'ouvrirait de bonne heure, et probablement par une action décisive.
Alonluc a raconté dans son livre comment, au début de mars, il fut envoyé à la cour pour informer le roi de la situation et lui demander congé de livrer bataille. Aucun document officiel ne confirme cette mission ; aucun ne l'infirme non plus, ^lonlucpeut avoir été le gentilhomme dont Martin du Bellay parle, en ses Mémoires, sans le nommer. La scène du conseil du roi est célèbre. Tout le monde a lu ce dramatique récit, l'un des mieux venus des Commenlaires. La mémoire se plaît à en évoquer les personnages et les détails : François P'", enfoncé dans sa chaire, le poil blanchi, un peu las, vieilli avant l'âge, toujours inconséquent et impressionnable, prêt à accepter d'avance les raisons des favoris du jour, l'amiral d'Annebault et Saint-Pol, puis soudain, au bruit de la fanfare sonnée par le petit capitaine gascon, redevenant le brillant chevalier de Marignan, qui piaffe et caracole ; le dau])bin, debout derrière lui, appuyant à la chaire royale sa taille haute et mince, très etfacé depuis qu'il a perdu son grand ami le connétable, et laissant, lui aussi, en écoutant Moulue, transparaître son amour profond des choses de i;i guerre sur son visage long, froid et terne, qu'éclaire alors un pâle sourire ; Sainl- Pol, vieux soldat sans malice, enlèlé dans son o])iiii()n, revenant sans cesse à la charge pour détourner le loi d'écouter ce fou; d'Annebault, courtisan plus madré, gardant uti silence politique, souriant (piaïul le dauphin sourit, et suivant sur la ligure du maître h;