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chanp-oinciUqui Icnlemeiil se fait dans sa volontc indécise. II csl l'àclieux que la comparaison des nianuscrils et de l'édition originale révèle des remaniements nombreux dans la rédaction primitive. Bien des détails dramatiques ont été ajoutés après coup : l'intervention de Saint-Pol calmant Monluc de la main tandis qu'il (I trépignait de parler », le geste historique du bras levé, le bonnet du roi jeté sur la table, l'apostrophe en gascon aux jeunes seigneurs, à la sortie du conseil: (illares y harem aux pics cl patacs ! » On regrette aussi que l'auteur ail eu besoin d'avoir lu du Bellay pour se souvenir qu'il était chargé de demander de l'argent pour la solde des troupes. On peut croire que François I"^ lui donna audience ; mais, simple courrier, fut-il admis à la séance où l'on délibéra sur une alTaire d'Etat très grave?
Tandis qu'il était à la cour, M. d'Anguien avait resserré le blocus de Carignan, ouvert, le 8 mars, la batterie contre la place, établi deux ponts sur le Pô pour assurer le ravitaillement de son armée, enfin transféré, le 5 avril, son quartier général de Villastellone à Carmagnola. Del Vasto était parti d'Asti la veille pour débloquer Carignan. Il songea d'abord à passer par Chieri pour éviter Carmagnola et obliger les Français à sortir de leurs lignes. Avec son avantgarde, comj)osée des lansquenets de Madruzzo. il logea le !i à Montafia, le 5 à Buttiglicra, où le prince de Salerne, parti de Montechiaro, devait le rejoindre avec l'infanterie italienne. Mais il fallut vite renoncer à ce plan hasardeux. Le passage du Pô devant Carignan était fortement défendu par deux tètes de pont ; on
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risquait de se heurter en route à l'ennemi, dont les lignes s'étendaient jusqu'à Villastellone, et d'être arrêté jiar la garnison de Moncalieri. De plus, de grosses pluies avaient détrempé les chemins et l'artillerie ne pouvait avancer. Enfin l'armée impériale, manquant de munitions et de vivres, ne pouvait s'éloigner sans danger d'Asti, sa base de ravitaillement.
Le marquis revint donc sur ses pas. Le lo, il était à La Monta avec ses lansquenets et ses Espagnols. Le reste de ses troupes était cantonné aux environs : les Allemands du baron délia Scala à Canale, le prince de Salerne à San Stefano. 11 voulait maintenant, on évitant toujours Carmagnola, filer sur Sommariva del Bosco, franchir la Maira à Racconigi, le Pô à Casalgrasso et gagner Carignan. Ce plan était aussi hasardeux que le premier : de toute façon il fallait livrer bataille. Del Vaste s'y résigna. Le mercredi 9 avril, Philippe Lannoy, prince de Sulmone, à la tête de la cavalerie, marcha vers Carmagnola. Ses coureurs arrivèrent jusqu'aux portes de la ville. Le comte d'Anguien sortit avec une partie des gens d'armes et des gens de pied, mais les deux troupes se bornèrent à s'observer. Le lendemain, le niar([uis en personne, ne laissant h Canale que le contingent florentin de Rodolfo Baglione, se porta sur Ternavasso. Les Français ne se montrèrent pas. Un orage formidable l'obligea à rentrer dans ses retranchements, d'où le mauvais temps l'empêcha de bouger les deux jours suivants.
Le dimanche, jour de Pâques, le soleil brillait, bien que le ciel fût encore menaçant. Les Impériaux commencèrent leur mouvement vers Sommariva. Ils occu-
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pèlent d'ahoid sur la route la petite place de Ccrisoles, où le maicpiis mit deux cents arquebusiers. Les gens de pied avançaient lentement, protégés sur le flanc droit par les gens d'armes. A Carmagnola, M. d'Anguien ne fut préveiiu de la marche des ennemis qu'assez tard, après midi, et d'une façon assez vague : on ignorait s'ils se dirigeaient vers Racconigi, Sommariva ou Villastellone. L'ordre fut ausitôt donné de faire sortir toute l'armée hors des lignes et de la place. Mais avant de la mettre en mouvement, le jeune général réunit les plus vieux capitaines, Boutières, Taix, Termes. d'Ossun, Monneins, Martin du }3ellaY, M. de Centallo, Carlo Vagnonc, sieur de Dros, Ludovic de Birague. et leur demanda s'ils étaient d'avis de donner bataille. La majorité conclut qu'il était plus prudent d'envoyer seulement la cavalerie en reconnaissanc(\
Monluc s'était, comme on le pense, levé matin ce jour-là. Avec vingt chevaux du capitaine Tauiines, lieutenant de son ami le comte de Tende, il était allé déjà en reconnaissance. Son avis très net fut qu'il fallait marcher. Son dépit fut grand lorsqu'il vit que le coîiseil en avait autrement tiécidé. Il fui de la troupe d'arquebusiers que M. d'Anguien emmena, avec les chevau-légers, une partie des Suisses et ti'ois moyennes à double équipage. On parvint sur le plateau de la Gerbola, d'où l'on voyait Cérisoles et la vallée où marchaient les Impériaux. Les chevau-légers de Monncins et d'Ossun prennent contact avec la cavalerie italienne, que conduisait Ccsare Maggi. L'escarmouche s'engage assez mollement. M. d'.\nguien se repent
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alors de n'avoir pas suivi sa première inspiration, La seule vue des lieux lui démontre, en effet, que l'occasion était unique pour engager une action décisive. Au fond de la vallée, l'infanterie impériale avance péniblement. Les pièces d'artillerie sont engluées dans la boue causée par l'orage des jours précédents; les lansquenets et les Espagnols s'épuisent en efforts pour les en extraire. Les gens de pied italiens du prince de Salerne se traînent en arrière, brisés par les marches qui les ont ramenés de Montecliiaro à San Stefano. L'erreur commise est flagrante. Elle est d'ailleurs irréparable. La journée est trop avancée pour aller quérir le gros des. gens de pied, et, d'ailleurs, la pluie recommence à tomber. 11 faut rentrer à Carmagnola. Monluc revint avec les autres. Il avait passé l'après-midi à enrager, derrière des arbres, à deux pas de l'ennemi. Le soir, il y eut grand tumulte au camp français. Martin du Bellay était arrivé la veille avec l'argent pour payer les troupes. Mais les sommes qu'il apportait se trouvèrent insuffisantes à solder l'arriéré. Les hommes grognèrent ; on les calma en leur promettant j)onr le lendemain la bataille.
Dans la nuit, le mar([uis. au lieu de continuer sa marche vers Sommariva, occupa le plateau de l;i Gerbûlaet s'y déploya en bataille. C'est là que le trouvèrent les chevau-légers de Francesco Bernardino Vimercati, envoyés le lendemain matin en reconnaissance pour le prévenir. A l'aile gauche des Impériaux étaient les lanciers florentins de Rodolfo Baglione ; le gros était formé des gens de pied, Italiens du prince de Salerne, lansquenets d'Alisprando Madruzzo, vieilles bandes
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espagnoles de Ramon de Cardona et Allemands du Ijaion délia Scala, séparés les uns des autres par les gens d'armes du marquis ; enfin à l'aile droite était la cavalerie napolitaine du prince de Sulmone. Partis à trois heures du matin de Carmagnola, les Français se rangèrent de l'autre côté de la route. Leur position était stratégiquement inférieure, dominée par les vingt pièces de l'artillerie ennemie. A l'aile droite étaient les chevau-légers de Termes ; au centre, les bandes françaises de Taix et les Suisses de Frôlich, flanqués des gens d'armes de Routières, les gens de pied provençaux de d'Ascros et les Gruyériens de M. de Dros, appuyés par ceux du comte d'Anguicn ; l'aile gauche était formée des guidons et des archers des compagnies d'ordonnance, aux ordres de Dampierre. En avant de la ligne étaient braquées les seize pièces de Caillac et de Mailly.
Les deux armées restèrent toute la matinée en présence sans engager l'action. Vers midi seulement la bataille commença. Des lignes d'infanterie française se détachèrent des troupes d'arquebusiers, qui s'égaillèrent sur les pentes du plateau pour enlever une position couronnée par une maisonnette, où l'on voulait hisser du canon. Moulue était à la tête d'une de ces bandes d'enfants perdus. Il divisa la sienne en deux et déploya ses hommes en petits groupes de tirailleurs. Mailly appuya leur feu de son canon. La bataille s'engageait, on le voit, a à la moderne», par l'action combinée de l'infanterie en ordre dispersé et de l'arlillerie. La maisonnette fut d'abord emportée ; mais l'arquebuserie italienne la reprit. Un joua ainsi trois
OU quatre heures aux barres ; le mot, très expressif, est de Monluc. L'escarmouche se renforçait continuellement des deux côtés, Le feu devenait de plus en plus violent. ((Jamais on ne vit mieux faire», dit encore, simplement et fortement, Monluc. A la fin, le marquis fit appuyer les arquebusiers par les lanciers florentins. Monluc réclame avec force de la cavalerie. En attendant, il marche au feu et fait tourner le dos aux cavaliers de Rodolfo Baglione.
Entre quatre et cinq heures du soir, le marquis, n'ayant pu réussir, comme il l'espérait, à déborder et envelopper les lignes françaises, donna l'ordre de marcher aux lansquenets de Madruzzo. On vit descendre du plateau de la Gerbola ces quinze enseignes formidables, qui ressemblaient à une montagne hérissée d'une foret de piques. L'épisode décisif de la bataille commençait. Une manœuvre habile assura l'avantage aux Français : au lieu de marcher contre les Italiens du prince de Salerne, que l'escarmouche d'arquebuserie avait fort éprouvés, les vieilles bandes de Taiv, où Monluc avait repris son rang, se réunirent aux Suisses de Frcilich, et cette masse puissante d'infanterie, appuyée d'un côté par les che\au-légers de Termes et de Vimcrcati, de l'autre par les gendarmes de Boutières, s'avança contre les lansquenets. Le choc fut Icrriblc. Les Suisses des Qualre-Cantons étaient jusque-là restés lapis à plat ventre; à l'approche des Allemands, ils se levèrent et foncèrent, tète baissée, comme des sangliers. Les Gascons les imitèrent : Monluc, qui se nudtipliait, leur avait fait mettre le genou en terre et leur avait recommandé de tenir les
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pi(|nos à demi, pour mieux enferrer. Les lansquenets une l'ois rompus, les chevau-lé^'^ers mirent en fuite les lanciers florentins, et les Italiens du prince de Salerne tournèrent le dos avec eux. Dans la charge. Termes eut son cheval tué sous lui et fut fait prisoimier.
L'action était maintenant engagée sur toute la ligne. Del A'asto avait fait avancer son second corps d'élite, les piquiers espagnols de Ramon de Cardona et les Allomands du baron délia Scala. Fidèles à une vieille tactique, ils poussent d'abord droit aux pièces d'arlillerie française, s'en emparent, tuent les chevaux et les canonniers, brvilent les poudres. Puis ils marchent contre les Cruyériens qui, pris de panique, lâchent pied au premier choc et se rejettent sur les Provençaux. Le désordre est aggravé par la folle imprudence de M. d'Anguien qui, à la tête de ses gens d'armes, se lance sur cette foret de piques. Plusieurs charges sanglantes n'ont d'autre résultat que de laisser sur le terrain la plupart des chevaux et aussi, morts ou blessés, quelques-uns de ces brillants jeunes gens veiuis de la coiu- pour assister à la journée. Tandis ([ue le général en clicf, croyant tout perdu, commençait à fuir vers Carmagnola, la cavalerie napolitaine du prince de Sulmone, prise à son tour de panique, tournait le dos et galopait jusqu'à Asti sans s'arrêter. En dépit de cet incident, les Français avaient perdu à l'aile gauche la bataille qu'ils avaient gagné au centre.
La niiit venait. Les Espagnols et les Allemands du marquis avaient fait halle, vainqueurs et indécis. Tout à coup, ils virent les lansquenets en fuite et, marchant
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vers eux, les Gascons et les Suisses, flanqués de la cavalerie. Ils essayèrent de faire lète ; mais la partie était trop inégale et bientôt ils remontèrent les pentes du plateau de la Gerbola, en retraite sur Asti. Alors la curée commença. Les Suisses, tirant leurs longs couteaux, s'en donnèrent à cœur joie de tuer, aux cris de : Mondovi ! Mondovi ! rappelant ainsi le siège où les Impériaux leur avaient fait mauvaise guerre. Les gens d'armes français, auxquels se joignirent le comte d'Anguien et son escorte, se lancèrent à la poursuite des fuyards. Monluc, qui avait eu la fortune d'être, depuis le matin, aux bonnes occasions, voulut aussi sa part de cette chasse. Après avoir, non sans peine, retrouvé son pendard de valet, qui avait fui bravement avec les autres, emmenant le cheval turc, que son frère, le protonotaire, lui avait envoyé de Venise, il sauta sur sa bête avec l'allégresse légère du triomphe. Mais il était trop tard. Les ennemis, ;iyant repris leur sang-froid, se repliaient en meilleur ordre. Monluc dut renoncer à sa folle idée de prendre le marquis de sa main. Del Yasto était déjà en sûreté à Asti, blessé légèrement au genou d'un coup de pointe. Tandis que l'orgueilleux Gascon courait iiiiisi après la gloire, les Suisses saccageaient le camp impérial, et faisaient l'inventaire des quinze cents chairettes pleines de munitions, de farine, de viande sèciie, d'huile et de fromage qu'ils y trouvèrent.
La bataille avait été meuiirièro. Dans Cérisoles et un quart de lieue à l'enlour, les chevaux avaient du sang jusqu'au genou. Un trompette impérial venant de Carmagnola annonçait le lendemain à Asti qu'il y
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avait environ dix mille morts, dont huit mille du côté des vaincus. Près de deux mille Allemands avaient été faits prisonniers. Caubios, chevau-léger de Termes, avait découvert nu et respirant encore, au milieu des morts, Alisprando Madruzzo ; on l'avait transporté à Carmagnola, criblé de quinze blessures. Le baron délia Scala avait été tué, Charles de Gonzague, marquis de Gazuolo, fait prisonnier. Le désastre de del ^"asto était immense : il ne lui restait que l'infanterie du prince de Salerne et la cavalerie llorentine, sauvées par Cesare Maggi. La nouvelle causa un vif émoi dans toute l'Italie. Mais les conséquences de la victoire furent très médiocres. Le comte d'Anguien se borna à occuper les places du Monferrat, tandis que d'Ossun faisait capituler, le 21 juin, Pirro Colon na dans Carignan, après une superbe résistance. Monluc, d'ailleurs, n'était pas présent. Mécontent de n'avoir pas été désigné pour aller porter au roi la nouvelle d'une victoire dont il se persuadait qu'il était le principal auteur, et d'avoir été supplanté par d'Escars, demanda-t-il son congé pour rentrer en France.»^ Il est plus vraisemblable de croire qu'il y fut envoyé pour lever mille ou douze cents hommes de pied. Il les ramena en Piémont au mois de juillet.
A peine arrivé, il lui fallut repaitir., Le roi rappelait en France les vieilles bandes et les Italiens pour faire face aux Impériaux qui avaient envahi la Champagne. Monluc fut chargé de préparer les étapes. Les bandes de Taix rejoignirent vers le 20 août l'armée du dauphin et du duc d'Orléans qui, concentrée au camp de Jaallons, surveilla sans bouger la marche
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victorieuse de Charles-Quint sur la rive droite de la Marne, de Saint-Dizier à Epernay et à Château-Thierry. Monluc resta en arrière : tombé malade à ïroyes, il ne prit aucune part aux mouvements de l'armée, lorsque, quittant le camp de Jaallons, au début de septembre, elle se replia sous la Ferté-sous-Jouarre et Meaux pour couvrir Paris. Le manque de vivres, la crainte de voir ses troupes l'abandonner et l'approche de l'hiver décidèrent, d'ailleurs, Charles-Quint à battre en retraite et à ouvrir les négociations qui aboutirent à la paix de Crépy, le iS septembre i544-
François 1"', délivré de la crainte des Impériaux, se tourna contre Henri Vlll, qui avait fait cause commune avec eux. En juin, une armée anglaise avait débarqué, commencé le siège de Montreuil, puis fait celui de Boulogne, qui avait capitulé le i4 septembre. L'armée du dauphin reçut l'ordre de marcher en Picardie. Le aC) septembre, son avant-garde franchissait la Canchc à une demi-lieue de Hesdin. Les généraux anglais qui investissaient Montreuil, le duc de Norfolk et lord Russel. levèrent aussitôt le siège et se replièrent sur Boulogne, qu'ils évacuèrent, le 4 octobre, pour se retirera Calais. Le dauphin put très aisément couper Boulogne de Calais, et il ^int établir son quartier général à Mar<[uise, bourg situé entre les deux villes. 11 a\ait a\ec lui les Gascons des vieilles bandes que Monluc rétabli avait rejoints. C'est au camp près de Boulogne que Jean de Taix. colonel général de l'infanterie française, lui remit la patente de mestrc de camp, récompense tardive de sa belle conduite à Céri soles.
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Le matin du 6 octobro, avant le jour/l'aix l'emmena avec lui pour reconnaître la place. Ils ('(aient fluides par le beau-fils du maréchal du Biez, Jacques de Fouquesolles, seigneur d'Audrelieni, sénéchal de Boulogne. Ils descendirent sur le grand chemin qui allait à la porte de la ville. Ils purent approcher loul à leuraise des pa\iIlons anglais et dénombrer les canons. On savait déjà par un espion que Boulogne était ouvert comme un village et que, si l'on s'emparait de suite de la ville basse, dans huit jours on aurait la haute la cortle au col. Laïuiit suivante, donc, Taix et Moulue, menant les bandes gasconnes, auxquelles on avait adjoint les Italiens de Pier Maria Rossi, comte de San Secondo, et que devaient soutenir les Grisons de Dampierre, partirent en camisadepour surprendre la Basse- Boulogne, c'est-à-dire la partie de la ville qui s'étendait au bord de la Liane, au pied de la ville haute et du château, et dont la muraille non réparée avait conservé les brèches ouvertes le mois précédent par les canons anglais.
Par ces brèches on pénétra sans peine. Monluc, une fois dans la ville, s'amuse à forcer trois ou quatre maisons pleines de pionniers anglais, vêtus de o paletots » blanc et rouge, jaune et noir. Puis il pousse jusqu'à l'une des églises, Saint-Nicolas ou les Cordeliers. Il y trouve, outre deux capitaines italiens, d'Andelot, frère de Coligny, et Antoine de \oailles,le futur maire de Bordeaux. II demande où sont les autres ; on ne peut le lui dire. II soupçonne vm désordre et craint d'être abandonné dans la ville avec les quelques pillards qu'il a ralliés. Il ne se trompait pas. Taix
avait été blessé et les Français s'étaient retirés en hâte. Là-dessus, voici venir une grande troupe d'Anglais, courant tête baissée et criant en leur jargon: «Tue! tue ! » Monluc fonce sur eux et les ramène vivement jusqu'à l'entrée de la rue. Ils rechargent ; il les repousse à nouveau. A ce moment un orage éclate ; une formidable averse se met à tomber. 11 faut à tout prix se tirer de là. Avec ses hommes il va vers la brèche par où il est entré ; il en déloge une douzaine d'Anglais et envoie chercher les capitaines italiens restés à l'église. L'estafette ne peut passer. Une nouvelle troupe d'Anglais accourt le long du rempart. La situation est critique. La pluie redouble et la Liane croît à vue d'œil, barrant la retraite. D'Andelot s'écrie : « Hé ! capitaine Monluc, je vous prie, combattons-les, car ce parti est le meilleur. » On charge, piques en avant ; l'ennemi tourne visage. Monluc fait sauver d'Andelot et ses gens vers la tour d'Ordre, le vieux phare romain qui se dresse à l'embouchure de la Liane. Il reste à l'arrière-garde avec quatre ou cinq piquiers, franchit le canal des ïintelleries avec de l'eau jusqu'au genou et se retire enfin, lui aussi, par derrière la tour. II rapportait au logis comme butin quatre flèches, dont trois piquées dans sa rondelle et une dans sa manche de mailles. Le daupliin le gronda amicalement de son imprudence.
Le matin du 7 octobre, on tint conseil à Marcjuise: on décida do liatire en rolraite, et, après une alarnie sans iiiijxiiiaiicc donnée le (S à (îninos, on se replia, le II, sur Montreuil. L'hiver api)rochait : le dauphin revint à la cour laissant l'armée aux ordres du vieux
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maréchal du Biez. Monluc obtint, de son côté, son congé pour s'en retourner en Gascogne. Une affaire de famille l'y rappelait. Le dernier de ses oncles maternels, Gaixiot de Mondenard, venait de mourir sans postérité. Les Moulues étaient héritiers de la terre et du château d'Estillac. On dut se chamailler un peu entre frères et sœurs. A la fin, Biaise, qui était l'aîné, fit valoir ses droits et obtint, par diverses transactions, que sa sœur Anne, qui avait épousé François de Gelas, sieur de Leberon, son frère Joachim et son cousin Aerduzan abandonnassent les leurs. C'est ainsi qu'il devint maître d'Estillac.
Au début de juillet il reprit possesion de sa charge de niestre de camp. 11 ramena au Ilavre-de-Gràce les cinquante ou soixante enseignes destinées au voyage d'Angleteire. François \" préparait contre Henri VIII une grande expédition navale. 11 projetait même un débarquement sur la côte anglaise. L'entreprise débuta mal. Le baron de La Garde, retenu en Dauphiné par la répression de l'hérésie vaudoise, n'amena qu'en juillet au Havre l'escadre du Levant. Le vaisseau amiral le Philippe, magnifique carracon de douze cents tonnes, fut incendié au moment du départ. D'Annebault, qui commandait la flotte, ne fit rien quivaille.il débarqua dans l'île de ^^'ight, mais ce fut pour reprendre au.ssitôt la mer. L'amiral anglais Lisle l'attaqua sur sa retraite. Après une bataille indécise, livrée le lô août, d'Annebaull rentra piteusemeril au Havre. Monluc, qui n"a\ail licn l'ail de particulier dans cette campagne, coopéra à la défense des côtes. Au début de septembre, il était au Tréport. 11 ne put s'opposer à un débarque-
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ment de sept mille Anglais, qui incendièrent la ville, Il d vit se contenter de faire inie belle retraite, sous l'œil du comte d'Aumale, le futur duc de Guise, qui l'apprécia là pour la première fois.
Après cette expédition désastreuse, qui lui fit prendre en pitié la guerre sur mer, il alla rejoindre devant Boulogne du Biez, occupé, depuis le début de juillet, à construire, au sud de la ville, sur la rive gauche de la Liane, un fort destiné à commander le port et l'entrée de la rivière. Après bien des discussions entre le maréchal et l'ingénieur italien Melloni, on commença d'élever une enceinte pentagonale sur les hauteurs d'Outreau, entre les maisons et l'église du village. Au moment où Monluc arriva au camp, le fort n'était pas achevé. Les pionniers s'étaient débandés. Il obtint de ses soldats qu'ils remuassent la terre, et en huit jours il dressa toute la courtine du côté de Pont-de- Brique. Le travail terminé, on s'aperçut, d'ailleurs, que l'ingénieur s'était trompé dans ses calculs ; il falhil tout recommencer à pied d'œuvre.
Désireux de réparer ses maladresses, qui mécontentaient vivement le roi, du Biez résolut d'affamer l'ennemi en allant dévaster la terre d'Ove, région fertile bornée au nord p;ir In mer, à l'est par l'Aa. au sud par Ardres et (îuines, à l'ouest [)ar Calais, et d'où les garnisons anglaises liraient leurs Jjestiaux et leurs fourrages. Elle était défendue par vm système de canaux et par un ensemble de forts et de redoutes qui s'appuyaient sur le bourg de Marck, situé au centre du pays. Au début d'octobre, du Biez l'envahit. 11 menait avec lui les bandes françaises de in dernière levée.
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six OU sept pièces de grosse ailillerie et une cavalerie nombreuse, que commandai I Cliarles de Cossé, le futur maréchal de Brissac. Le premier foi I fut brillamment emporté d'assaut par les bandes françaises. Monluc, ])oareidever ses hommes, leur avait adressé le ])e(it discours (|ue voici : « ^ ous autres, sergents, avez toujours accoutumé, quand nous combat tons, d'être sur les flancs ou deirière; el asi'eureje veux que vous combattiez par le devant les premiers. Voyez-vous cette ensei^ïiie ') si vous ne la gagnez, tant que j'en trouverai devant moi qui voudront faire le renard, je leur couperai les jarrets. » Puis, se tournant vers les capitaines : k Et vous, mes compagnons, si je n'y suis pas aussitôt qu'eux, coupez-moi les miens. » Cette éloquence militaire produit son eflet. Les soldats descendent dans le fossé et grimpent jusqu'au pied de la courtine. Monluc, la hallebarbe en main, feint de faire de même pour leur donner l'exemple. Quelqu'un, qui ne le reconnaît pas, le prend parles fesses et le jîousse de l'autre côté. 7'oul le monde entre dans le fort pêlemêle ; la garnison est passée au fil de l'épée ; les survivants se sauvent vers Calais.
Ce premier succès fui sans lendemain. La marche était ralentie parla nature du l(>rrain el du Bie/ a\ait négligé de se nmnir de ponis pour franchir les canaux. Après un nouvel engagement, (pii cov'ita la vie à plusieurs hommes d'armes el (pie Monluc considéra comme une «coyonadc», il fallut revenir en arriére à cause des pluies. On rentra au fort d'Outreau. La garnison de Boulogne avait été renforcée de cinq raille hommes. Chaque jour, à la marée basse, les Anglais
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venaient «chatouiller» nos gens et Monluc apprit à ses Gascons le secret de les battre en les attaquant de près, à l'arme blanche, comme ils faisaient eux-mêmes. Mais l'hiver était très humide : la pluie et la neige rendaient peu agréable le séjour d'Outreau. La peste faisait dans le camp de grands ravages et les difficultés du ravitaillement obligeaient souvent à ne se nourrir que de biscuit. Monluc fut vite dégoûté de cette existence et de cette inaction. Au début de décembre, il quitta l'armée, y laissant son frère cadet Joachim, qui avait fait avec lui toute cette campagne. Il dit qu'il ])assa un mois à la cour, où il fit son office de gentilhomme servant, état qu'il avait obtenu lors de son ambassade avant Cérisoles et qui lui rapportait par an quatre cents livres. Il est permis de supposer que la faveur dont il jouit alors fut due en partie à son frère Jean. i\'était-ce pas lui qui avait engagé les premiers pourparlers en vue de la j^aix d'Ardres ? Biaise put voir de près François T'. Le roi, profondément atteint par la mort de son fils François, duc d'Orléans, déclinait lentement. « Assez vieux et pensif», il ne demanda qu'une seule fois au héros de Cérisoles le discours de la bataille.
Il n'y avait plus de guerre à espérer. Monluc s'en revint donc en Gascogne. Accablé d'affaires et de maladies, il n'en bougea plus jusqu'à la mort du roi. A l'a\ènement de Henri II, il se souvint qu'il était connu et estimé du dauphin, ([ui avait su l'apprécier lors de la camisade de Boulogne, llnccourut à la cour, en qurte d'une charge. 11 y trouva d'abord une mésaventure. Il était depuis longtemps lié avec François de
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Vivonnc, sieur de La Châtaigneraie, qu'il avait vu, eu décembre lô/ja, monter hardiment à l'assaut de Coni. Il avait obtenu qu'il lut h- j)arraiu de son cpiatrièuie fils, Fabien, qui s'appela d'abord François. Plus désireux que jamais de ne pas négliger un ami toutpuissant, que le nouveau roi appelait (( son tilleul n et (( sa nourriture », il accepta d'être l'un de ses quatre confidents dans son fameux duel avec Guy Chabot de Jarnac, le lo juillet 1047. à Saint-Germain-en-Laye, en présence de toute la cour. 11 ne fut pas d'accord avec Piclro Strozzi sur la manière de mener le combat. La mort de La Châtaigneraie eut pour conséquence le triomphe de madame d'Flampes. Le duel fit plus d'une victime. Jean et Bhdse, qui s'étaient sans doute trop ouvertement prononcés pour les Guise, patron de La Cliàtaigneraie, furent du nombre. Biaise, dont la langue élaitintempérante et qui avait peut-être laissé échapper quelque propos indiscret, dut se retirer de nouveau chez lui. Le métier de courtisan ne lui valait décidément rien.