OBSERV'ATION
L. F.., âgé de 60 ans, est trouvé le 26 avril 1922, € au matin, dans son lit, somnolent, pâle. Il ne parle pas : 1 a toutes les apparences d’un malade plongé brusouement dans un état de demi-coma. On pense à un accident urénique, Une saignée’ est pratiquée et le malade est transporté à l'Hôpital Suburbain, ‘au moment même «de ba visite.
Les Jours précédents, et la veille même, L. KF.. ne présentait ren, dams son état, qui put faire prévoir l’apparition de tels accidents.
Malgré l’état d’obnubilation partielle où il se trouve, le malade, quand om l’interroge avec un peu d’insistance. exécute des signes qui prouvent qu'il comprend Îles ques tions qu’on lui pose: il fait entre autres choses, signe qu'il a sommeil et qu’il désire qu’on le laïsse tranquille.
Quand on Jui demande s’il souffre de la tête: 1 fait signe que non. à
II me faudrait pourtant pas prendre ce mutisime pour le simple résultat d’une lassitude accentuée et pour une simple manifestation de besoin de repos. En effet, on n’a pas de peine à se convaincre que L. F.. est en réalité aphasique. Le malade ne peut pas parler bien qu'il comprenne et qu'il essaie de parker. 7! ne peut pas davantage
SAR Poe,
écrire et pourtant sa main droite n’est pas complètement paralysée. | ns
Il comprend ce qu'on lui fait lire et se le rappelle même quelque temps après: on lui présente un journal et quelques minutes après, quand on lui demande si c’est tel
autre Journal qu'il à lu, il fait signe que non. On prononocz alors le titre du journal que l’on avait mis sous ses veux au premier abord et il fait signe que oui.
Morriciré. — Le facial inférieur droiït est paralysé. La bouche est légèrement oblique ovalaire. La langue est déviée à droite.
Le facial supérieur droit est légèrement parésié: le ma- ‘ lade plisse bien son front, mais a de la peine à ouvrir complètement les veux, surtout l’œil droit.
Pas de paralysie du voile du palais.
Le malade ouvre difficilement la bouche, mais les màchoires ne sont pas serrées ; il m’y à pas de trismus. ;
Au niveau du membre supérieur droit et du membre. inférieur droit, on note une très légère diminution de la force musculaire. à
Il n’y à donc pas de paralysie véritable, maïs unie légère hémiparésie droite.
L. F. présente en outre une tendance peu Lrofontcée, il est vrai, à la déviation de la tête vers la droite.
RÉFLEXES. — On note une hyperréflectivité très marquée, lors de la recherche des divers réflexes tendineux, au niveau des membres supérieur et inférieur droits.
On remarque l'existence d’un réflexe contro-latéral à droite: contraction du quadriceps droit par percussion du tendon rotulien gauche. Il n’y à ni trépidation épileptoïde, n? Babiniski.
Les réflexes cutanés sont abolis.
Mouvements anormaux. — La- main droite, par mo-
ments, est le siège de secousses musculaires qui, parfois, se répètent en donnant l'impression! d’un tremblement.
Pupilles. — Les pupilles sont régulières, égales, normalement contractiles. Il y à du nystagmus.
Sensibilité. — La sensibilité est conservée, SOUS ses di vers modes: sensibilité au contact, à la douleur, à la température.
Autres symptômes. — Le malade présente quelques vomissements.
Il n’urine pas: porteur d’un rétrécissement assez serré de l’urètre, il ne peut évacuer sa vessie que grâce à un sondage: l’urime ne contient ni albumine, nr sucre. Elle n’est pas infectée.
L’examien de l’appareil respiratoire -dénote une légère congestion des bases pulmonaires, mais ne révèle: aucun foyer de pneumonie ni de brencho-pneumonie.
Rien, du côté de l’appareil cireulatoire.
L'azotémie recherchée à partir du sang de la saignée pratiquée le matin devait démonitrer que l’urée du sérum n'était pas en quantité anormale. La tension au Laubrvy- Vaquez est de 16,5-9,5.
Evolution. — Lie 26 au soir, la température est montée à 38°5. Maïs, à aucun moment, le malade n’a présenté d'importants symptômes infectieux: pas de frisson, en particuher.
En pratiquant un nouvél examen, on remarque que le malade se conche volontiers sur le côté droit, en prenant, d’une facon peu prononcée, l'attitude en chien de fusil. On note aussi une très légère raïdeur de la nuque et un peu de Kernig.
Les vomissements ne se sont pas accrus, et, à vrai dire, ces très légers symptômes méningés, re constituaient, à ce moment-là, qu'un élément bien secondaire dans l’en-
semble du tableau dliniqne, et c'est plutôt rétrospectiveinent et par souvenir! qu'on à PU leur attribuer quelque valeur importante.
Le 27 au matin, l’aspeet du malade à complètement changé. Le malade est allongé, dans son lit, lé regardi indifférent, les pupilles dilatées, les mâchoires serrées : y a du #rismus assez prononcé pour rendre Me vaine ioute tentative d'alimentation.
1,’ obnubilation a augmenté, au point de constituer une véritable entrée dans le coma. Si le malade n'avait été vu qu'à ee moment-là, on eût certainement été incapable de dire qu'il avait de l’aphasie, tout échange d'idées par sigues étant devenu impossible.
La contracture ne se limite pas au trismus: Ja nuque, la colonne vertébrale sont raides. Les membres sont contracturés: et cetté contracture généralisée à l’ensemble du corps, prédomine nettement au mveau des membres’ supérieur et inférieur droits.
La tête présente, en outre, quelques secousses latérales.
‘La respiration est précipitée : 64 à la minute, mais le pouls n’est pas ralenti.
La température est alors de 39°5,.
Ponction lombaire. — Devant cet état qui se précise, une ponction lombaire s'impose. Elle est aussitôt pratiquée.
Le liquide auquel elle donne issue est un liquide xantochromique, franchement louche, avec quelques reflets verdâtres, s’écoulant d’ailleurs facilement et plus épais à la fin qu’au début de la ponction.
Examiné sur le champ, le liquide montre une grande abondance de polynucléaires.
En outre, l’examen d’un frottis, après coloration par la méthode de Gram révèle la présence d’un grand nom-
ebre de nucrobes, la plupart extra-cellulaires; ce sont des diplocoques assez gros et à Gram positif. Leur forme n’est pas toujours très caractér istique. Pourtant, parmi ces éléments, un certain, nombre présente une forme lancéolée. On est autorisé à faire le diagnostic de p pnermroeoques après inoculation positive à la souris.
Traitement. — On refait aussitôt une ponction om: bare et on injecte dans le canal rachilien 20 centimètres cubes de sérum antipneumococcique. En: outre, on pratique dans le tissu ‘cellulaire sous-cutané une injection de 20 centimètres cubes du même sérum. Etant donné que des associations pneumo-méningococciques ont été signar lées, on ajoute à chacune de ces injections 10 centimètres cubes de sérum antiméningococcique. Ces injections ne sont suivies d'aucun incident. ?
T'erminaison. — Dans la soirée du 27, la température est de 40°. Le sujet est tombé dans un! Coma comiplet, I présente, vers 10 heures du soir, quelques convulsions
«lomiques au niveau de son membre supérieur Aroit et peu de temps après, survient l’exitus. :
Autopsie. — À l'ouverture du crâne, an voit s’écouler üne quantité importante de liquide louche. Le cerveau peut être facilement retiré de la boîte cranienme.
La surface interne du erâne est examinée, de façon à vchercher si la suppuration n'aurait pas poum point de départ une infection d’origine osseuse. En particulier, la caisse du tympan, à gauche, est ouverte, et attentivement explorée: aucune anomalie n’est révélée par cette recherche. Le cerveaw présente um aspect bien particulier: on voit, à sa surface, et d’une facon discontinue, s’étaler des rlaques de pus vert, très épais, très adhérent, aggelutiné ‘en quelque sorte.