LES TROUBLES DE L’EXPLICATION DU PROVERBE
On peut envisager ces troubles à deux points de vue :
1) Comme production du langage, 2) Comme troubles de l’idéation.
1) Comme production du langage.
Dans la pathologie du langage il est essentiel de se rendre compte qu’il n’est pas une entité indivisible, mais qu’il se compose de différentes « catégories » (voir Thèse
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Wolhueter de Lorior Renée, Strasbourg, 1937, page 38) : « Celles-ci peuvent être lésées séparément et à divers degrés, elles peuvent également se restaurer indépendamment l’une de l’autre. D’après GOLDSTEIN on peut distinguer : ‘
1) L'emploi du langage pour exposer quelque chose, le langage « représentatif » (darstellende Sprache) ;
2) Le langage expressif (émotionnel), plutôt passif que produit activement ;
3) Le savoir verbal;
4) Le langage usuel ».
Il est intéressant que notre cas ne présente des troubles que sur le domaine du langage représentatif. L’explication des proverbes relève, en effet, de cette catégorie. Il faut noter toutefois que les associations, qui, elles aussi, relèvent du langage représentatif, sont correctes; elles sont du type de la définition. Notons toutefois qu’elles sont pauvres.
La syntaxe de ces explications de proverbes défectueuses quant au sens, est ordinairement correcte. Mais parfois des phénomènes de persévération se produisent.
Exemples :
« Es fätlt kein Meister vom Wenn man einen Lehrling hat muss Himmel, » man ihm sagen, du fällst nicht direkt vom Himmel, du musst dich anstrengen.
« Der Apfel fällt nicht Wenn man jemand wa... weit vom Stamm. » Man will dem jungen Mann sagen, du musst die Lehre mehr aufnehmen, denn der Apfel fällt nicht weit vom Stamm, dass ihm gesagt wird dass er es wieder machen soll,
Eric
Le fait que la syntaxe est correcte prouve que les cadres du langage (Pick) qui réalisent la syntaxe ne sont pas lésés, Il est bien plus vraisemblable que l’incapacité d'expliquer des proverbes est due au ralentissement des mécanismes qui sont à la base de l’explication d’un proverbe. Pendant toute la durée de l’explication, l’évocation mnésique doit persister, et celle-ci, grâce au ralentissement des fonctions psychiques et aux diffieultés de la mise en train (Antriebsschwäche), ne se fait pas aisément dans notre cas.
Ce n’est pas un hasard que l’épellation, dont le mécanisme est exactement le même (pendant l’acte de l’épellation la persistance de l’engramme visuel-moteur du mot est indispensable), ait aussi montré par périodes de grandes déficiences.
L’incapacité d'expliquer des proverbes est un phé-
nomène assez fréquent. On l’observe à la phase de régression de certaines aphasies motrices. On l’observe aussi chez les traumatisés du crâne. En outre, il ne faut pas oublier que beaucoup d’arriérés présentent le même déficit. On ne saurait admettre que les troubles sont identiques dans toutes ces formes.
» En ce qui concerne notre cas, nous croyons que les difficultés d’évocation et de maintien des représentations dans le champ de la conscience expliquent suffisamment le phénomène.
Certains auteurs (BENDA, voir RUFFIN, p. 64, Stirnhirnsymptomatologie und Stirnhirnsyndrome) disent que « la démence est un symptôme initial et comprennent par démence une diminution de la mémoire, un ralentissement de l’idéation et du langage, des difficultés de la perception. Il est hors de doute qu’il s’agit là de symptômes qui, au moins partiellement, semblent dépendre de troubles akinétiques et de troubles de la mise en train ».
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Nous sommes entièrement de cet avis, mais nous considérons le terme démence comme impropre, car il ne s’agit que de pseudo-démence.
La situation est absolument la même que dans les états d’inhibition des stupeurs maniaques-dépressives et l’on parle depuis longtemps, à propos des déficits passagers de ces stupeurs, de pseudo-démence et non de démence.
2) Comme trouble de l’idéation.
Si nous considérons donc l’explication insuffisante des proverbes comme dûe à un déficit moteur, il nous reste pourtant à expliquer le fait très intéressant, à savoir, que le sens métaphorique du proverbe est omis dans l’explication. Notre malade était un homme très intelligent et cultivé, absolument à même de comprendre le sens métaphorique d’un proverbe en temps ordinaire.
La non-compréhension semble relever d’une déficience passagère de l’idéation, mais alors même qu’il ne s’agit dans notre cas que de pseudo-démence, la localisation si restreinte du déficit à la compréhension du sens métaphorique est frappante.
KLEIST attribue aux lésions frontales des troubles de l’idéation qu’il appelle « alogiques » et qui seraient caractérisés par un manque de suite dans l’idéation, par une incohérence plus ou moins prononcée. Il oppose cette « alogische Denkstôrung » des frontaux à la « paralogische Denkstôrung » des lésions temporales. C’est sur le domaine du langage que le contraste de ces deux formes de troubles idéatoires se manifeste avec le plus de netteté.
Les paraphasies des aphasiques sensoriels ont un autre mécanisme et présentent d’autres symptômes que les troubles phasiques des aphasiques moteurs purs.
Notre cas n’a jamais présenté de paraphasie littérale et rarement de la paraphasie verbale. Par contre, la production motrice du mot n’a toujours été réalisée qu’avec difficulté. Cette difficulté ne pouvait naturellement être constatée que pendant la production même; l’expression une fois écrite sur le papier pouvait être confondue avec une expression paraphasique littérale ordinaire, par exemple à l’examen du 21 mai 1938 :
Pour plume : Feler... Feder.
Pour chien : melon (a vu des fruits auparavant).
Pour éléphant : mélo... milio.
Nous voyons donc ici la persévération d'éléments constitutifs du mot et un faux choix de certains de ces éléments. Un paraphasique peut naturellement à l’occasion faire des erreurs analogues. Il ne faut pas oublier que les paraphasies littérales des aphasiques sensoriels sont surtout caractérisées par des associations par assonance, moins par consonance, et par des néoformations de mots. Des paralogies, en outre chez les sensoriels, montrent parfois des liens associatifs aisément reconnaissables avec la réaction juste. C’est que, en cas de déficience, les mécanismes qui se substituent (ordinairement jl s’agit de traumatisés) sont loin d’être identiques. Si on se limite à la considération de l’afonction et si on ne mentionne pas les associations pathologiques qui se substituent à l’association normale défaillante, on ne peut préciser les différentes formes cliniques. Les aphasies sont une preuve bien connue pour ce que nous venons de répéter ici. La seule dénomination de l’afonction par a privatif (aphasie) ne permet pas encore de distinguer des formes motrices et des formes sensorielles, etc.
Nous avons précédemment fait la distinction entre les éléments sensoriels : assonance, etc., et les éléments moteurs. Cette séparation n’est nullement artificielle. La
preuve en est que certaines stupeurs maniaques-dépressives montrent des troubles de l’épellation caractérisés par le symptôme suivant : les voyelles du mot sont produites correctement, les consonnes ne le sont pas. Toute la pathologie du langage psychotique et organique, que nous ne pouvons que mentionner ici, est en faveur de cette hypothèse.
On peut donc admettre que les associations vicariantes dans une déficience motrice sont autres que dans une déficience sensorielle. Nous ne parlons que de la déficience motrice qui nous intéresse seule ici.
Les associations de contraste sont très fréquentes dans la symptomatologie des troubles moteurs. Le négativisme dans ces formes extrêmes est toujours caractérisé par l’apparition d’une association de contraste : flexion pour extension, négatif pour positif, blanc pour noir.
La majeure partie de la symptomatologie catatonique est constituée par ces phénomènes de contraste, soit dans le domaine moteur proprement dit, soit dans le domaine de l’idéation qui relève aussi des fonctions motrices.
C’est à ce point de vue qu’il est intéressant de constater que notre malade a pendant des semaines présenté des associations de contraste : oui pour non et non pour oui.
Nous ne croyons nullement que les mécanismes, qui sont à la base de ce phénomène, puissent être identifiés entièrement à ceux qui sont à la base des phénomènes de contraste dans la catatonie. Ils semblent pourtant se toucher de près, tout comme les paralogies organiques du lobe temporal sont apparentées aux para-fonctions verbales des catatoniques. Toutefois nous ne croyons pas à leur identité complète, qui pourtant est admise par un auteur de la valeur de Kxeisr.
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Les points de contact entre les symptômes frontaux et les symptômes catatoniques ont attiré depuis longtemps l’attention des cliniciens. Depuis que nous connaissons mieux (grâce en partie à l’encéphalite léthargique) la symptomatologie des noyaux gris centraux et leurs nombreuses relations avec la symptomatologie catatonique, le rôle du lobe frontal s’est quelque peu effacé. Malgré cela il ne saurait être négligé. C’est ainsi que STEIN (RUFFIN, p. 64) a décrit chez des frontaux des troubles du dessin caractérisés par le fait, que les dessins montrent en partie le phénomène de l’itération, en partie une influence du dessin précédent sur le dessin suivant. Il s’agit là de productions qui sont parfaitement analogues aux dessins des catatoniques appelés métamorphoses.